TIME OUT: Loin de Gattaca

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timeoutafficheEn 1997, Andrew Niccol nous livrait un des meilleurs films de science-fiction de l’histoire du 7ème art, Bienvenue à Gattaca. Depuis, le Néo-Zélandais s’est fait rare derrière la caméra, mais a signé le très bon Simone et le fantastique Lord of War. Son retour était donc très attendu, surtout qu’il revenait à ses premières amours avec Time Out. Au final, il nous livre un film distrayant, mais tout de même assez loin de ce à quoi il nous avait habitués.

Le temps, c’est de l’argent. Dans un futur proche, le lieu commun est devenu réalité. Et si votre compteur arrive à zéro, c’est la mort qui vous attend. Du coup, les pauvres sont habitués à courir, quand les riches prennent leur temps et ne sont pas loin d’être immortels. Will Salas, en sauvant un homme fortuné venu traîner dans les bas-fonds, se voit offrir une fortune par ce dernier… ce qui revient à un suicide. Mais accusé de meurtre, il lui sera difficile de profiter du temps qui lui est offert.

Bon, allez, il y avait longtemps que je n’avais pas poussé un coup de gueule contre une traduction de titre. En effet, en Anglais, Time Out s’appelle In Time… Allez comprendre… Bon, revenons à nos moutons. Andrew Niccol marche vraiment sur les pas de Bienvenue à Gattaca avec la vision d’un futur où une minorité oppresse le reste de la population, le tout dans un contexte « technologique » proche du notre. Une nouvelle fois, il se focalise sur son idée de base et ne noie pas le poisson à coups d’effets spéciaux ou de gadgets futuristes. Mais cette fois, le fond n’est pas tout à fait exploité jusqu’au bout.

Time Out possède cependant quelques fulgurances qui le fait tout de même sortir du lot. Une course mortelle d’une mère vers son fils, quelques belles poursuites… bref, quelques bons moments de cinéma qui nous rappelle qu’il y a du talent derrière la caméra. Tout cela contribue à faire de ce film un vrai bon divertissement. Le film se laisse regarder, on ne s’ennuie jamais. Sans Andrew Niccol derrière la caméra, on dirait même qu’il surprend agréablement, car la bande-annonce pouvait faire croire au navet. Dans l’absolu, on est donc plutôt devant un bon film de genre, mais définitivement pas devant un chef d’œuvre.

timeoutCe qui pêche dans Time Out réside dans un nombre un peu trop élevé d’invraisemblances dans le scénario. Pas d’incohérences flagrantes, simplement, on a un peu de mal à croire à tout ça. Du coup, l’univers de ce film n’est pas vraiment immersif, on reste très spectateur. On ne ressent pas vraiment le caractère oppressant de cette société, on ne partage par les angoisses de personnages que l’on aime sans vraiment s’y attacher. Les deux personnages jouant le rôle de méchants sont vraiment faibles et caricaturaux. On est donc diverti, pas passionné.

Pour en finir avec la comparaison avec Bienvenue à Gattaca, on notera immédiatement une légère différence dans le choix de l’acteur principal. Je ne veux absolument pas insinuer par là que Justin Timberlake soit dénué de toute qualité d’acteur, il a déjà largement prouvé le contraire dans plusieurs comédies. Cependant, il est quand même loin de posséder le charisme d’un Ethan Hawke. Et dans le style de « je cours tout le temps parce que j’ai des méchants à mes trousses », il y a longtemps de Tom Cruise ou Matt Damon ont fait mieux. Par contre, Amanda Seyfried est infiniment mieux que dans l’horrible Mamma Mia ! Cillian Murphy confirme quant à lui qu’il est un des meilleurs seconds rôles d’Hollywood.

Time Out est donc un des meilleurs films de science-fiction de l’année. Mais on pouvait attendre beaucoup plus d’un tel réalisateur. Ca sera pour la prochaine fois, n’en doutons pas !

Fiche technique :
Production : Regency Enterprises, New Regency, Strike Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Andrew Niccol
Scénario : Andrew Niccol
Montage : Zach Staenberg
Photo : Roger Deakins
Décors : Alex McDowell
Musique : Craig Armstrong
Durée : 109 mn

Casting :
Justin Timberlake : Will Salas
Amanda Seyfried : Sylvia Weis
Cillian Murphy : Raymond Leon
Shyloh Ootswald : Maya
Johnny Galecki : Borel
Olivia Wilde : Rachel Salas

THE LADY : Sous le film politque, le mélo

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theladyafficheLuc Besson est un peu le Jean-Jacques Goldman du cinéma. Il écrit et produit de la bouse en tube pour les autres et garde ses éclairs de génie pour lui-même. Enfin génie est peut-être un bien grand mot, mais au moins un réel et incontestable talent. Une nouvelle preuve avec The Lady avec un sujet plutôt inattendu pour le réalisateur du Grand Bleu et du Cinquième Elément, mais un sujet plutôt maîtrisé.

Michael Aris annonce à son frère qu’il est atteint d’un cancer et n’en a plus pour longtemps. Les derniers jours de sa vie, il ne pourra les passer auprès de son épouse. Car cette dernière est San Suu Kyi, leader de l’opposition birmane et assignée à résidence dans son pays. Une femme qui voue sa vie au combat pour la démocratie. Un combat qui la pousse à tout sacrifier.

The Lady porte assez mal son nom. Ou plutôt, il passe sous silence ce qui constitue une bonne moitié de ce film. Il aurait du plutôt s’appeler The Lady and his husband. En effet, les deux personnages jouent chacun un rôle aussi important l’un que l’autre et leur relation constitue le vrai fil rouge de l’intrigue. On n’est donc pas devant le film avant tout politique auquel on s’attendait, mais aussi face à un pur mélo, combien même le contexte est quant à lui extraordinaire (au sens premier du terme).

The Lady peut décevoir si on n’accepte pas le fait de ne pas assister au spectacle attendu. Mais on peut aussi se laisser prendre dans cette histoire qui fonctionne parfaitement. L’émotion est réelle et arrachera des larmes même aux plus durs à cuire. Et puis, on apprend tout de même beaucoup de choses sur San Suu Kyi, son histoire et son combat. Le portrait est très intime, presque people diront les détracteurs, mais même les grands hommes ont une vie privée. On peut trouver regrettable de faire passer le combat contre la junte birmane au deuxième plan derrière des drames domestiques, mais le film cherche à montrer comment la petite histoire se mêle à la grande, même si c’est cette dernière que la postérité retient.

Si on se laisse totalement prendre par The Lady, il faut bien admettre que faire pleurer avec un cancer n’est pas non plus l’exploit cinématographique du siècle. Dans un autre contexte, on trouverait peut-être ça larmoyant et insupportable. L’émotion est un peu facile. Mais elle est là et bien là, alors on ne peut que saluer le talent de Luc Besson pour avoir su masquer certaines grosses ficelles qu’il emploie. Le cinéma, c’est comme la magie, il y a des trucs qui marchent à tous les coups, du moment qu’ils sont réalisés avec assez d’habileté. Après, on peut toujours jouer a posteriori les « on ne me la fait pas à moi », n’empêche que sur le moment, on y a vu que du feu !

theladyThe Lady nous rappelle aussi que Luc Besson sait tenir une caméra. On l’oublie souvent, mais ses films sont souvent visuellement très travaillés et c’est sûrement un de meilleur dans ce domaine avec Jean-Piere Jeunet au niveau de l’Hexagone. Il a opté cette fois pour la sobriété mais il alterne les scènes intimistes avec les scènes de foule avec le même bonheur. Par contre, il s’obstine à confier la bande-originale à Eric Serra, son éternel complice, qui continue à faire un tantinet dans le too much. Du coup, au lieu de porter l’émotion, elle exaspère parfois par une lourdeur superflue.

Niveau interprétation, on retiendra la métamorphose de Michelle Yeoh, qui rejoint la longue liste des acteurs mimétiques d’un personnages célèbres. Pas de prothèse ou de maquillage, juste du talent à l’état pur, comme en avait fait preuve Forest Whitaker dans le Dernier Roi d’Ecosse ou Jamie Foxx dans Ray. Mais il ne faut pas oublier David Thewlis, le Remus Lupin de Harry Potter, qui, vous l’aurez compris, n’est pas loin finalement d’occuper le rôle principal. Il contribue lui aussi à tirer le film vers le haut dans un très beau rôle.

The Lady n’est sans doute pas un grand film. Il possède certaines limites qui auraient pu être dans d’autres circonstances totalement rédhibitoires. Mais au final, le film fonctionne parfaitement et le spectateur finit par adhérer. San Suu Kyi méritait peut-être mieux, mais Luc Besson n’a sûrement pas à rougir de ce bel hommage.

Fiche technique :
Production : EuropaCorp, Left Bank Pictures, France 2 Cinéma
Distribution : EuropaCorp distribution
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Rebecca Frayn
Montage : Julien Rey
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Hugues Tissandier
Son : Ken Yasumoto, Didier Lozahic
Musique : Eric Serra
Costumes : Olivier Bériot
Durée : 127 mn

Casting :
Michelle Yeoh : Aung San Suu Kyi
David Thewlis : Michael Aris, Anthony Aris
Jonathan Raggett : Kim
Jonathan Woodhouse : Alex
Susan Wooldridge : Lucinda
Benedict Wong : Karma
Htun Lin : Général Ne Win

INTOLERABLE CRUAUTE : La classe à l’état pur !

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intolerablecruauteafficheIntolérable Cruauté nous projette en arrière dans le temps. Dans les années 50-60 plus précisément, l’âge d’or hollywoodien. Un temps où se multipliaient les productions mettant en scène un couple incarné par deux étoiles du septième art. Audrey Hepburn et Cary Grant dans Charade, Katharine Hepburn et Spencer Tracy dans Madame porte la culotte, Grace Kelly et James Stewart dans Fenêtre sur Cour… autant de duos qui ont marqué à jamais l’histoire du cinéma, dans un temps où les acteurs comptaient plus que l’esthétisme et les effets spéciaux.

Miles Massey est le meilleur avocat spécialiste des divorces des Etats-Unis. Marilyn Rexroth espère bien plumer son mari, pris en flagrant-délit d’adultère, lors de leur séparation. Ses plans seront ruinés par l’habilité de Miles, qui tombe pourtant visiblement amoureux d’elle. Ses rêves de fortune s’envolent. Mais a-t-elle dit son dernier mot ?

C’est donc un cinéma que l’on croyait mort que les frères Coen ont magistralement réussi à faire revivre. Et dans le rôle du couple magique, on retrouve Catherine Zeta-Jones et George Clooney. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce rôle leur va à ravir. Impeccables de bout en bout, ils illuminent l’écran de leur classe et de leur talent. Mais Intolérable Cruauté ne se limite pas à deux acteurs. C’est tout le casting qui est remarquable. Ce film est avant tout un film d’acteurs, magnifiquement dirigés par Joel Coen. L’ambiance légère est propice au cabotinage, mais jamais l’interprétation ne glisse dans la lourdeur.

Le réalisateur a su parfaitement laisser ses acteurs s’exprimer pleinement, sans que la mise en scène ne disparaisse. Le scénario, les décors, les costumes,… tous ces éléments sont particulièrement soignés mais ne sont là que pour mettre en lumière ces splendides numéros d’acteur. Nombreux sont les réalisateurs actuels qui devraient s’inspirer du travail réalisé ici par les frères Coen. N’est pas Stanley Kubrick qui veut, tout le monde ne possède pas assez de talent pour mettre les acteurs au service de la réalisation. L’inverse est souvent préférable.

intolerablecruauteLe résultat donne un film incroyablement drôle et distrayant. L’ironie et le second degré sont de rigueur, mais on rit tout de même aux éclats. En fait, tout est classieux dans Intolérable Cruauté. Le talent est partout, tout le temps. On s’attache aux personnages, même les plus odieux. Les petites touches de fantaisie apportées par les frères Coen, qui rendent ce film incontestablement moderne (à la différence de Bye-bye Love, avec Renée Zellweiger et Ewan McGregor, qui avait tenté de ressusciter le cinéma des années 60 mais sous un aspect rétro, sorti à la même époque et qui a depuis disparu des mémoires), donnent à ce film une dimension à laquelle la légèreté du propos ne destinait pas forcément. Les inconditionnels de The Big Lebowski et de Fargo trouveront peut-être que le grain de folie ne va ici pas assez loin, mais les frères Coen prouvent surtout une nouvelle fois l’incroyable palette de leur talent.

Intolérable Cruauté est donc bien plus qu’un hommage. Il constitue une réinvention. On pourrait lui reproche un manque d’originalité, mais c’est avant tout un film comme on n’en fait plus, ou très peu. Mais encore une fois, ce film n’est pas nostalgique. Il montre simplement que ce n’est pas parce qu’une recette est quelque peu passée de mode qu’elle ne peut pas être encore savoureuse. Et quand le tout est préparé avec le talent de deux grands réalisateurs et scénaristes, accompagné d’un casting flamboyant, d’un humour jamais vulgaire, le plat prend une saveur particulière et unique.

Bref, la grande classe !

Fiche technique :
Réalisation : Joel Coen, Ethan Coen (non crédité)1
Scénario : Robert Ramsey, Matthew Stone, Joel et Ethan Coen D’après une histoire de : Robert Ramsey, Matthew Stone et John Romano
Décors : Leslie McDonald
Costumes : Mary Zophres
Photographie : Roger Deakins
Montage : Joel et Ethan Coen (crédités sous le pseudonyme de Roderick Jaynes)
Musique : Carter Burwell
Producteurs : Ethan Coen, Brian Grazer, Joel Coen (non crédité) Coproducteurs : John Cameron, Jim Whitaker et Grant Heslov
Durée : 100 minutes Budget : 60 millions de dollars
Dates de sortie États-Unis : 10 octobre 2003 – France 19 novembre 2003

Casting :
George Clooney : Miles
Catherine Zeta-Jones : Marylin
Geoffrey Rush : Donovan Donaly
Cedric the Entertainer : Gus Petch
Edward Herrmann : Rex Rexroth
Paul Adelstein : Wrigley
Richard Jenkins : Freddy Bender
Billy Bob Thornton : Howard D. Doyle
Julia Duffy : Sarah Sorkin
Jonathan Hadary : Heinz, the Baron Krauss von Espy

LE STRATEGE : Un histoire plutôt bath

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lestrategeafficheLe cinéma et le sport ne font pas forcément bon ménage, à l’exception notable de la boxe. Le mélange des deux a plus souvent donné des navets que des chefs d’œuvre. Cependant, il arrive que le résultat soit tout de même de qualité. C’est le cas de Le Stratège, le nouveau film de Bennett Miller, avec Brad Pitt dans le rôle titre.

En 2002, l’équipe de baseball d’Oakland fut tout proche de remporter le titre suprême, malgré un budget très limité. Mais du coup, ses trois meilleurs joueurs partent pour des clubs plus fortunés. Pourtant, Billy Beane, en charge du recrutement, ne renonce pas à mener son équipe à la victoire. Il embauche pour le seconder un jeune statisticien qui lui propose une méthode « scientifique » pour recruter des joueurs. Le duo va en attirer plusieurs sur lesquels aucune autre franchise n’était prête à miser. Les moqueries ne manquent pas de fuser, au sein même du club. Mais les résultats seront-ils au rendez-vous ?

La petite consiste en un portrait d’un homme qui vit sa vie par procuration, pour citer un chanteur français célèbre. Il ne met pas du vieux pain sur son balcon, mais cherche dans son métier de recruteur à exorciser une carrière de joueur extrêmement médiocre, alors qu’on faisait de lui une future star, statut qu’il n’a jamais confirmé. Cette partie est vraiment réussie et si le contexte sportif est omniprésent, il nous parle tout simplement de la nature humaine. Mais il s’agit d’un portrait vraiment vivant, tracer au fil de l’intrigue, jamais dans la contemplation.

La grand histoire repose dans le destin de cette équipe dont la saison fut légendaire pour bien des raisons. On est là devant une histoire très hollywoodienne du David qui défie les Goliath, armé de sa simple intelligence et d’une inébranlable volonté. On est là en plein rêve américain, même si ce genre de mythe est lui aussi universel. L’histoire étant vraie, cela reste crédible et évite totalement le ridicule sympathique d’un A nous la Victoire par exemple. En tout cas, on se prend à aimer cette équipe et même ceux qui ne comprennent rien aux règles pourront avoir des raisons de s’enthousiasmer…

lestratege… Mais soyons honnêtes. Le Stratège souffre tout de même d’une limite indéniable pour nous, pauvres Français. Il s’agit de baseball, un sport totalement obscur pour nombre d’entre nous. Heureusement grâce à ma Wii, je connais désormais les règles, mais je me souviens aussi d’être déjà tombé sur du baseball à la radio quand j’étais au Québec et d’avoir entendu la retransmission la plus inintéressante qui soit, vu qu’il ne se passe à peu près rien la plupart du temps. Du coup, il manque cette dernière étincelle qui aurait pu donner à ce film une dimension supplémentaire. Si les qualités cinématographiques sont indéniables, il manque un écho à nos propres émotions. Certes, on peut facilement transposer tout cela à un sport qui nous est plus familier, mais cela rend les sentiments plus distants, moins profonds et moins naturels.

Le Stratège constitue un rôle taillé sur mesure pour Brad Pitt. Il épouse totalement son personnage, même si là encore, on a du mal à voir à quel point il s’approche de l’original. Par contre, on peut regretter qu’on lui ait encore confié un rôle où il doit passer son temps à mâchonner quelque chose. Du coup, on a parfois l’impression qu’il s’imite lui-même. Enfin, c’est assez léger et ne vient en rien gâcher le plaisir. On appréciera aussi la jolie performance de Jonah Hill, qui nous avait plutôt habitué aux mauvaises comédies lourdingues. Enfin, Philippe Seymour Hoffman est égal à lui-même, ce qui est gage de qualité.

Au final, le Stratège est un beau moment de cinéma, mais qui souffre, très légèrement certes, d’un des rares vrais décalages culturels entre les deux rives de l’Atlantique.

 
Fiche technique :
ProduBrad Pitt : Billy ction : Film Rites, Michael De Luca Productions, Scott Rudin Productions, Specialty Films
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Bennett Miller
Scénario : Steve Zaillian, Aaron Sorkin, d’après le livre de Michael Lewis
Montage : Christopher Tellefsen
Photo : Wally Pfister
Décors : Jess Gonchor
Musique : Mychael Danna
Durée : 133 mn

Casting :

Beane
Jonah Hill : Peter Brand
Philip Seymour Hoffman : Art Howe
Robin Wright : Sharon
Chris Pratt : Scott Hatteberg
Stephen Bishop : David Justice

 

OR NOIR : Du pétrole, mais pas beaucoup d’idées

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ornoirafficheJean-Jacques Annaud a longtemps été en quelque sorte le James Cameron français. Il faut dire qu’avoir reçu l’Oscar du meilleur film étranger pour son premier long métrage, la Victoire en Chantant en 1976, vous ouvre pas mal de portes et délie plus facilement la bourse des producteurs à l’international. Le problème est qu’après avoir enchaîné trois chefs d’œuvre, Coup de Tête, la Guerre du Feu et le Nom de la Rose, sa carrière s’apparente désormais de plus en plus à un long et inexorable déclin. Sa dernière œuvre, Or Noir, l’enfonce malheureusement encore un peu plus. A tel point qu’on a désormais envie de le comparer plutôt à Roland Emmerich.

Dans les années 30, deux émirs mettent fin à plusieurs années de guerre sanglante. Une des conditions de la paix et de déclarer la bout de désert qu’il se dispute comme un no man’s land qui n’appartient à personne. L’équilibre semble perdurer jusqu’au jour où des prospecteurs américains y trouvent du pétrole et arrose d’argent un des deux émirs, quand l’autre refuse tout contact avec ces infidèles. La guerre va-t-elle reprendre ?

Or Noir est tout simplement un très mauvais film. Et le plus remarquable, c’est qu’il l’est à tout point de vue. Déjà, le scénario ressemble à un film d’aventures de série B des années 60, la désuétude et la nostalgie en moins. Ramassis de clichés, il développe une intrigue aussi peu crédible qu’elle est prévisible. Les personnages sonnent tous incroyablement faux, sombrant souvent dans un ridicule involontaire et consternant. Quant aux dialogues, on se pince parfois pour croire ce qu’on entend. Ca serait réellement drôle si cela ne se prenait pas autant au sérieux, sans aucun humour, ni second degré.

ornoirMais le pire dans Or Noir reste la direction d’acteurs. Je ne pouvais pas imaginer qu’Antonio Banderas puisse être aussi mauvais. Et encore, je reste poli pour qualifier cette performance absolument indigne d’un acteur professionnel. C’est tellement surjoué, qu’on se demande si le bel Espagnol ne fait pas exprès pour finir de décrédibiliser ces dialogues ineptes. Cela donne envie de revoir La Piel que Habito, où il était formidable, pour finir de mesurer ce qui sépare désormais un réalisateur comme Pedro Almodovar de Jean-Jacques Annaud. Mark Strong s’en sort un peu mieux, malgré un personnage d’opérette. Quant à Tahar Rahim, il sombre carrément se contentant de nous servir le même air de chien battu pendant plus de deux heures.

Car en plus de transpirer la médiocrité par tous les derricks, Or Noir est aussi désespérément long. La seule chose qui pourrait éventuellement sauver le film, ce sont les magnifiques paysages, mais on n’est pas venu pour une séance du National Geographic. Et puis du désert et du sable sur une telle durée, ça vous dégouterait presque de la plage. Jean-Jacques Annaud voulait nous livrer une grande fresque épique, il n’arrive en fait qu’à étirer sa misère cinématographique sur des kilomètres de désert artistique.

Au final, on a envie de qualifier Or Noir de Laurence d’Arabie du pauvre. Mais franchement, ça ne serait pas très gentil pour les pauvres de dire ça. Jean-Jacques Annaud n’est plus ce qu’il était et je pense que cette fois-ci, on peut être à peu près sûr qu’il ne sera plus jamais.

Fiche technique :
Production : Quinta communications, Caethago Films, Doha Film Institute, France 2 Cinema
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Jean-Jacques Annaud
Scénario : Jean-Jacques Annaud, Alain Godard, Menno Meyjes, d’après l’oeuvre de Hans Ruesch
Montage : Hervé Schneid
Photo : Jean-Marie Dreujou
Décors : Fabienne Guillot
Musique : James Horner
Durée : 129 mn

Casting :
Tahar Rahim : Prince Auda
Mark Strong : Roi Amar
Antonio Banderas : Nessib
Freida Pinto : Princesse Lallah
Riz Ahmed : Ali
Eriq Ebouaney : Hassan Dakhil

 

BECAUSE I LOVE IT (Amerie) : Musique de pouffes inégale

becauseiloveitamerie

becauseiloveitamerieNouvelle découverte estampillée musique de pouffes, avec Amerie et son album Because I Love It. Bon, je sais, c’est un peu réducteur de qualifier ainsi toute œuvre de r’n’b. Mais n’allez pas croire qu’il s’agit là d’un terme péjoratif. C’est une catégorie musicale à part entière et totalement respectable. Il y a la bonne et la mauvaise musique de pouffes. Ici, on est heureusement plutôt dans la première catégorie.

Enfin, cela est surtout vrai pour la première moitié de Because I Love It, un album qui recèle quelques très bons titres, mais qui est un peu inégal. Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, faisons un peu plus connaissance avec Amerie. Cette chanteuse américaine, née en 1981, est un joli mélange entre une mère coréenne et un père afro-américain. Elle a connu un succès précoce avec ses deux premiers albums, All I Have et Touch, sortis en 2002 et 2005. Because I Love It est sorti lui en 2007 et, s’il n’est pas un échec, a connu un succès moindre. Un autre a suivi depuis, In Love & War, en 2009.

Amerie nous propose du r’n’b extrêmement classique. Autant le dire tout de suite, Because I Love It ne brille ni par son originalité, ni par un quelconque côté novateur. Mais ce n’est pas pour cela qu’il est désagréable à écouter, même pour le gens qui, comme moi, ne sont pas non plus des accros de ce genre musical, malgré ma réputation très surfaite de spécialiste de musique de pouffes. Et comme toujours, c’est l’énergie et la conviction qui font la différence.

Sur les 6 premiers titres, Amerie est au top à ce niveau là. Elle mord vraiment dans sa musique et les morceaux s’enchaînent avec beaucoup d’entrain et de punch. Sans être totalement enthousiasmante cette première partie de Because I Love It accroche vraiment l’oreille et donne souvent envie de taper du pied. Malheureusement, la suite n’est pas tout à fait au niveau. Non pas que l’on sombre totalement dans le médiocre et le n’importe quoi, mais la deuxième moitié est chantée un peu en roue libre. Le talent est réel, la voix vraiment jolie, mais on sent moins de mordant. Du coup, sans vraiment décrocher, on y prête tout de suite une oreille moins attentive.

Amerie est donc une artiste solide et globalement, Because I Love It est un bon album du genre. On peut cependant lui reprocher d’une part une œuvre un peu impersonnelle et d’autre part une production qui n’a pas vraiment cherché à la pousser dans ses derniers retranchements. Dommage que tous les titres de cet album ne soit pas à l’image de Take Control, principal single, et incontestablement le meilleur titre. En tout cas, celui où Amerie met le plus plus de conviction et de mordant.

Because I Love It plaira donc aux fans de r’n’b. Pour les amateurs plus occasionnels comme moi, il ne constitue sûrement pas une œuvre indispensable, mais son écoute reste tout de même globalement très agréable.

Pour finir, un petit tour des titres que l’on trouve sur Because I Love It.

1.: Forecast, Forecast (intro)
Une introduction qui met tout de suite dans l’ambiance.

2.: Hate2LoveU
Un morceau accrocheur, plein de conviction.

3.: Some Like It
Un décalage entre la musique et le chant, pour une effet plutôt sympa.

4.: Make Me Believe
Une ballade pas mal du tout.

5.: Take Control
Amerie mord vraiment dans une musique au rythme quelque peu saccadé.

6.: Gotta Work
Encore un titre très énergique.

7.: Crush
Un morceau plus sucré, plus retrait, du coup un peu moins bon.

8.: Crazy Wonderful
Le ton est plus sexy. Bien mais sans plus.

9.: That’s What U R
Une ballade dissonante pas terrible.

10.: When Loving U Was Easy
Un réel manque de conviction.

11.: Paint Me Over
Un titre mélodique et mélancolique, qui permet d’apprécier la beauté de la voix.

12.: Somebody Up There
Un morceau très doux et assez joli.

13.: All Roads
Une ballade épurée… Peut-être un peu trop.

14.: 1 Thing, 1 Thing (bonus track)
Un son plus jazzy, mais plus brouillon aussi.

15.: Losing U, Losing U (bonus track)
Un titre plus électro, pour un bon final.

KABOOM : Osé hasard

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kaboomafficheDans la série des films que j’ai vu complètement par hasard, voici Kaboom. On remerciera Canal Plus à la Demande de connaître autant de bugs, de m’avoir empêché de voir We Are Four Lions et donc de m’avoir poussé à me rabattre sur ce film, qualifié de comédie d’après le service. Il s’agit en fait d’un film totalement inclassable… mais plutôt réussi.

Simth entre à l’université. Comme tous les garçons de son âge, il pense avant tout au sexe, qu’il aime pratiquer aussi bien avec les hommes que les femmes. C’est d’ailleurs pour ça qu’il fantasme abondamment sur son camarade de chambrée, un surfeur blond nommé Thor. Un soir, après avoir abusé de substances illicites, il croit voir une jeune femme assassinée par des hommes portant des masques d’animaux. Mais a-t-il rêvé sous l’effet de la drogue ou bien est-ce vraiment arrivé ?

Kaboom est un grand mélange détonnant entre film de serial killer, film d’adolescent, film policier, film fantastique… Le tout donne un cocktail psychédélique qui décontenance quelque peu le spectateur parfois, mais lui offre un spectacle réellement original. Cela ressemble parfois un peu à un grand n’importe quoi, mais le scénario finit par donner un sens à l’ensemble. Bref, un petit OVNI cinématographique jouissif et plein d’imagination.

L’imagination est là avant tout pour compenser un manque évident de moyens. Mais au final, il vaut cela que l’inverse. Kaboom est un film osé, dans tous les sens du termes. Gregg Araki ne s’est imposé aucune limite, va vraiment au bout de ses idées et les exploite à fond. Et comme, il n’en manque pas, on va de surprises en surprises. On est donc là devant un vrai film d’auteur. Un auteur un peu trash et nourri à culture pop, mais qui au moins assume ses choix et ne cherche pas à entrer dans des cases toute faites.

Le ton général de Kaboom est plutôt parodique. Tous les genres qu’il aborde sont traités avec second degré. Il reprend les codes des genres, mais avant tout pour s’en moquer. Mais encore une fois, le tout est cohérent et jamais le film ne s’égare de son fil rouge narratif. D’ailleurs, le film n’est pas du tout hilarant, il y a rarement de gags à proprement dits. Les âmes les plus sensibles pourront même voir leur dos parcouru par quelques frissons de peur. Mais globalement, le spectacle prête à sourire car jamais il ne se prend au sérieux.

kaboomSi le budget de Kaboom ne devait sûrement pas atteindre des sommes astronomiques, ce n’est pas pour autant que la réalisation vaut trente centimes d’euros. Là encore, c’est l’imagination au pouvoir. Gregg Araki pêche parfois peut-être pour le coup un peu par excès, mais cela contribue largement à l’originalité de l’ensemble. Le film est très stylisé visuellement d’autant plus facilement que les personnages ont parfois tendance à abuser de certaines substances ayant un impact certain sur la perception.

Kaboom offre un premier à quelques jeunes acteurs. Thomas Dekker est ici plus à l’aise et à son avantage que dans le très mauvais remake des Griffes de la Nuit. Juno Temple est ici plus à l’aise et à son avantage que dans ce beau navet qu’est les Trois Mousquetaires. Haley Benett est ici aussi à l’aise et à son avantage que dans l’excellent Le Come-Back.

Le hasard fait donc bien les choses. Kaboom est un film au vrai potentiel de film culte. Original, décalé, n’ayant pas froid aux yeux, il constitue une preuve que l’imagination et l’audace peuvent compenser le manque de moyen. Et rien que pour ça, ce film mérite d’être vu !

Fiche technique :
Production : Why not productions, The Next World, Graveyard Machine, Desperate pictures, Crispy Films
Réalisation : Gregg Araki
Scénario : Gregg Araki
Photo : Sandra Valde-Hansen
Décors : Todd Fjelsted
Distribution : Wild Bunch Distribution
Musique : Vivek Maddala
Durée : 88 mn

Casting :
Thomas Dekker : Smith
Juno Remple : London
Kelly Lynch : Nicole
Haley Bennett : Stella
James Duval : Le messie
Jason Olive : Hunter
Chris Zylka : Thor
Roxane Mesquida : Lorelei
Andy Fischer-Price : Rex

LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE : Pari réussi, mille sabords !

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tintinafficheAprès plusieurs décennies d’attente et de préparation, Steven Spielberg nous propose enfin son adaptation des aventures du plus célèbre des journalistes belges. Autant dire que s’attaquer à une œuvre aussi culte est toujours un exercice risqué. Surtout quand le culte a plus de 70 ans. Mais ce n’est pas non plus n’importe qui à la baguette, alors les fans étaient bien plus impatients que craintifs. Et Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne a répondu à leurs attentes… mais peut-être pas complètement.

Se promenant sur une brocante, Tintin déniche une superbe maquette de bateau. A peine a-t-il payé le vendeur que deux hommes viendront successivement lui proposer de la lui racheter à prix d’or, ce qu’il refuse. Un peu plus tard, son domicile est cambriolé et la maquette dérobée. Mais quel secret peut bien recéler cette reproduction de la légendaire Licorne ?

Autant être clair tout de suite, je ne fais absolument pas parti des tintinophiles acharnés. Certes, j’ai lu et relu ses aventures quand j’étais petit, mais jamais avec le même enthousiasme que les Astérix ou les Lucky Luke. J’ai toujours pris ça pour d’aimables récits d’aventures, colorés d’un peu d’humour et d’exotisme, divertissants, mais sans être totalement passionnants. Et bien les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne m’a inspiré exactement le même sentiment. Je n’ai donc ressenti aucune déception devant les limites de ce film.

Le scénario mixe plusieurs albums de Tintin, mais avec une grande cohérence. Les clins d’œil sont nombreux et le tout est parfaitement dans l’esprit originel. Après, ce n’est pas non plus le scénario du siècle, surtout qu’il est forcément quelque peu enfantin. Mais après tout aucun album originel ne brille par une intrigue particulièrement complexe. En ne voulant pas trahir Hergé, Steven Spielberg s’est imposé les limites du talent de ce dernier. Tant pis ou tant mieux, c’est à chacun de juger.

tintinEnsuite graphiquement, l’esprit est là aussi. Mais l’esprit, pas le pinceau d’Hergé. En choisissant le « motion capture », Steven Spielberg a trouvé à mon sens un bon compromis entre la volonté de faire un « vrai film » et de respecter un univers graphique entré dans la légende. De toute façon, un film, même d’animation, ne sera jamais une BD. Si on ne peut l’accepter, alors il ne vaut mieux pas se déplacer dans une salle obscure. En tout cas, on ne peut que se réjouir qu’il ait attendu aussi longtemps pour faire aboutir son projet, car il n’est pas évident que les effets spéciaux d’il y a quinze ans auraient permis d’aboutir à un tel résultat esthétique.

Le respect des graphismes d’Hergé impliquent aussi que l’on ne reconnaît pas « physiquement » les acteurs qui interprètent les personnages. Il est donc difficile de féliciter Jamie Bell, Andy Serkis ou Daniel Craig pour leurs performances. Cependant, il serait tout de même injuste de leur dénier tout crédit dans la réussite de Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne.

Au-delà de la nostalgie, les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne est un bon film d’aventures, même s’il est loin d’être le meilleur film de Steven Spielberg. Les tintinophiles que je connais ont eux-aussi apprécié le spectacle. Et quand je vois l’enthousiasme de mon neveu de 10 ans à propos de ce film, je me dis que Tintin a encore de beaux jours devant lui.

Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, Paramount Pictures, Hemisphere Media Capital, Amblin Entertainment, Wingnut Films, Kennedy/Marshall
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Steven Moffat, Edgar Wright, Joe Cornish, d’après Hergé
Montage : Michael Kahn
Musique : John Williams
Effets spéciaux : Joe Letteru, Scott E. Anderson, Chris Guise
Directeur artistique : Andrew Jones, Jeff Wisniewski
Durée : 107 mn

Casting :
Jamie Bell : Tintin
Andy Serkis : Capitaine Haddock
Daniel Craig : Sakharine
Nick Frost : Dupont
Simon Pegg : Dupont
Toby Jones : Aristide Filoselle
Gad Elmaleh : Ben Salaad
Enn Reitel : Nestor
Cary Elwes : le pilote

LE DERNIER TEMPLIER : Un beau gâchis final

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lederniertemplierLe succès du Da Vinci Code a fait se multiplier les romans situé autour des mystères religieux et les zones d’ombre qui pèse sur l’histoire du catholicisme. Le Dernier des Templiers se situe dans cette droite lignée et on peut même penser que Raymond Khoury a délibérément choisi de surfer sur cette vague. Sauf qu’il s’agit d’un manuscrit d’abord refusé par les éditeurs en 1996, avant d’être publié en 2005 et de connaître un grand succès commercial. Comme quoi il ne faut pas être dans l’air du temps avant l’heure. Au final, on est là devant un roman très agréable à lire, mais qui s’est achevé pour moi par une grosse déception.

Au Metropolitan Museum de New York, on inaugure une grande exposition sur des trésors venus du Vatican. Soudain, quatre cavaliers en costume de templier surgisse, dérobe plusieurs objets et en viennent même à décapiter un des vigiles d’un coup d’épée. Très vite, Sam Reilly, agent du FBI, et Tess Chaykin, archéologue, vont se mettre sur la piste de ces mystérieux voleurs.

Quand on lit le synopsis de Le Dernier des Templiers, on n’a vraiment du mal à se dire qu’il n’a pas été directement inspiré par l’œuvre de Dan Brown, tant les similitudes sont nombreuses. Visiblement, ce n’est pas le cas, mais il n’est guère utile de polémiquer deux cents ans sur ce point-là. De toutes les manières, cela ne retire rien aux qualités de ce roman… ni à ses défauts. La forme est hyper classique, le fond aurait pu être original s’il n’était pas autant à la mode.

Le Dernier des Templiers reste tout de même avant tout un mélange entre un roman policier et un roman d’aventures. Poursuivre la trace d’un coupable, tout en voyant du pays, voilà un déroulé pas franchement original. Mais quand le tout marche aussi bien, pourquoi bouder son plaisir. Le récit reste rythmé, les rebondissements nombreux, même s’ils se répètent un peu parfois. On n’est pas franchement surpris, mais à la fois, on y trouve exactement ce que l’on y attendait, il serait donc assez hypocrite de jouer les déçus. Surtout que le tout est tout de même solide et bien construit.

Ensuite, le tout est complété sur une exploration des mystères religieux. Ceux-ci sont intimement liés à l’intrigue puisqu’ils constituent le mobile des protagonistes. Ils se dévoilent peu à peu, de manière très progressive et constante, avant la grande explication finale. Là encore, Le Dernier des Templiers est vraiment bien foutu, solidement documenté et plutôt convaincant. Il suffit d’avoir vu les documentaires réalisés par Gérard Mordillat et Jérôme Prieur pour ne pas apprendre non plus grand chose de révolutionnaire. Mais au moins, on peut constater que Raymond Khoury sait de quoi il parle.

Le style de Raymond Khoury est vraiment agréable à parcourir. Le Dernier des Templiers peut apparaître comme un pavé, mais les chapitres sont courts et il se lit donc beaucoup plus rapidement que ce que l’épaisseur de l’ouvrage donnait à penser. Le style est alerte, ne s’embarrasse que très peu de descriptions. La psychologie des personnages est un peu sommaire, ce qui peut apparaître comme une limite, mais qui a l’avantage d’alléger l’écriture et de la concentrer sur l’avancée de l’intrigue.

Alors pourquoi ne pas être totalement enthousiaste face à tant de qualités. Personnellement, j’ai trouvé le Dernier des Templiers gâché par un dénouement qui se veut être un rebondissement, mais qui vient en fait détruire une large part du propos. Pour faire simple, on passe d’une réflexion qui bouscule les conventions à une conclusion simpliste et lénifiante. Du coup, tout ce qui a précédé semble vain et nous laisse sur une sensation amère de déception, voire même un peu de colère. Raymond Khoury prend un peu son lecteur pour un con et ce dernier lui en veut un tantinet…

Le Dernier des Templiers a connu une suite. Je suis partagé entre l’envie de m’y plonger et l’envie de bouder face à cette fin qui est venue tout gâcher. Parce que revivre une déception similaire serait particulièrement désagréable.

CONTAGION : Soderbergh fidèle à lui-même

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contagionafficheOn a tendance à l’oublier, mais Steven Soderbergh a marqué à jamais l’histoire du cinéma. En effet, son film Sexe, Mensonges et Vidéo a remporté la Palme d’Or à Cannes en 1989 et l’Oscar du Meilleur Scénario l’année suivante. Ceci n’aurait rien de particulièrement étonnant s’il n’avait été produit par Miramax, première société de production américaine « indépendante » à remporter un tel succès. Vu de chez nous, ça n’a l’air de rien, mais à Hollywood, ce fut une vraie révolution… et un vrai sujet d’inquiétude. Depuis, le meilleur ami de Geroge Clooney a signé beaucoup de grands films, d’autres plus décevants (sa biographie du Che notamment), mais toujours des films élégants aux castings prestigieux. Contagion est le dernier de cette longue liste, pour un résultat plutôt réussi.

Une jeune femme revient d’un voyage en Asie. Elle a de la fièvre, elle tousse, elle est de plus en plus fatiguée. L’effet du décalage horaire sûrement. Quand elle perd connaissance, son mari la conduit à l’hôpital, mais elle décède peu après. Leur fils meurt lui aussi quelques heures plus tard. Un peu partout dans le monde les cas similaires se multiplient. Les services de santé se mobilisent pour une mortelle course contre la montre.

Contagion pourrait s’appeler « Traffic de virus », tant, sur la forme, ce film rappelle celui pour lequel Steven Soderbergh a reçu l’Oscar du meilleur réalisateur. Le scénario pose une situation de départ, celle d’un pandémie incroyablement virulente, et nous propose de suivre différents personnages et la manière dont ils font face à cette situation. Ces derniers n’ont pas forcément des liens entre eux, le fil qui le relie reste uniquement l’épidémie. Certes, ils leur arrivent de se croiser, mais jamais l’intrigue ne cherche à les rassembler. On est donc un peu devant un « film à sketchs », même si pour le coup, le sujet n’est pas drôle.

Et comme pour tous les films de ce genre, Contagion est forcément un peu inégal. Les histoires parallèles fonctionnent plus ou moins, sont plus ou moins convaincantes, plus ou moins crédibles. La foule de personnages nous inspire des sentiments divers, entre attachement et indifférence. Mais globalement, le puzzle est très réussi et les pièces sont à peu près toutes de qualité. Seul le fil avec Marion Cotillard ne présente franchement aucun intérêt. Les autres prouvent toutes une nouvelle fois la dextérité de Steven Soderbergh dans ce genre d’exercice.

Si le fil rouge général de Contagion reste la mobilisation mondiale contre la pandémie, il ne s’agit pas d’un film d’épidémie classique, type Alerte. Steven Soderbergh ne cherche pas spécialement à créer un suspense autour d’un remède miracle. La seule chose à laquelle ce film s’intéresse vraiment reste les destins individuels, la palette de réactions humaines face à une telle situation. Il n’y a pas vraiment de héros dans ce film, pas de gentils ou de méchants. Il y a ceux qui luttent, ceux qui profitent de la situation, ceux qui sont résignés à l’attente, ceux qui veulent sauver le monde, ceux qui veulent juste sauver leur fille. Mais jamais le film ne porte un jugement, il explore simplement ce dont les êtres humains sont capables face à de telles difficultés.

contagionLe tout est filmé par l’extraordinaire caméra de Steven Soderbergh. Il possède un vrai style visuel bien à lui, tout en élégance, avec un vrai sens esthétique et une photographique toujours hyper soignée. On pourrait simplement lui reprocher d’exposer une nouvelle fois un talent dont il a fait preuve déjà à maintes reprises. Contagion est un film très beau cinématographiquement, mais venant de ce réalisateur, sans vraie prise de risque. Enfin de là à dire que l’on se lasse, il y a un gouffre que ne suis pas prêt de franchir.

Contagion nous propose une nouvelle fois une casting incroyablement riche. On passera donc rapidement sur notre Marion Cotillard nationale qui n’apporte pas grand chose à ce film. On citera plutôt un Jude Law qui est un tout petit moins sexy avec des dents tordus, Laurence Fishburne, qui mérite mieux que les navets dans lesquels il tourne depuis Matrix et enfin Kate Winslet qui est sûrement la plus belle étoile de ce casting pourtant particulièrement brillant.

Contagion se situe donc dans la droite lignée du reste de l’œuvre de Steven Sorderbergh, même s’il ne constitue sûrement pas son film le plus inoubliable. Et vue la filmographie du bonhomme, voilà plutôt un beau compliment.

Fiche technique :
Production : Warner Bros. Pictures, Double Feature Films, Regency Enterprises, Participant Media, Imagenation Abu Dhabi
Distribution : Warner Bros. France
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Scott Z. Burns
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Steven Soderbergh
Décors : Howard Cummings
Son : Mark Weingarten, Dennis Towns
Musique : Cliff Martinez
Effets spéciaux : Thomas J. Smith, John D. Milinac
Directeur artistique : Abdellah Baadil, Simon Dobbin, David Lazan
Durée : 106 mn

Casting :
Gwyneth Paltrow : Beth Emhoff
Matt Damon : Mitch Emhoff
Laurence Fishburne : Dr. Ellis Cheever
Jude Law : Alan Krumwiede
Marion Cotillard : Dr. Leonora Orantes
Kate Winslet : Dr. Erin Mears
Elliott Gould : Dr. Ian Sussman