ILLUSIONS PERDUES (honoré de Balzac) : Un peu perdu, mais pas trop

Le livre est toujours meilleur que le film bla bla bla… J’ai souvent ironisé dans ces pages sur cet éternel débat un peu vain et qui revient fréquemment lors d’une adaptation d’une œuvre littéraire à succès. Je ne le relancerai pas ici, mais je prendrai une position claire à propos d’Illusions Perdues d’Honoré de Balzac en affirmant ma préférence nette pour… le film qu’en a tiré Xavier Giannoli. Je n’espère pas manquer ainsi de respect à une des plus grandes figures de l’histoire de la littérature, mais son roman, malgré son immense intérêt, souffre aussi de quelques défauts.

Le jeu des comparaisons pourrait n’avoir définitivement aucun sens quand on découvre que le roman se décompose en trois parties et que le film, après avoir éludé quelque peu la première, ignore purement et simplement la troisième. Mais force est de constater que c’est bien la deuxième qui constitue le cœur du propos d’Illusions Perdues. Si les premiers chapitres peuvent être vus comme des jalons posés pour préparer la suite, la partie finale ressemble un peu comme un prolongement greffé alors que l’inspiration n’est plus tout à fait là. Du coup, ça nuit quand même globalement à l’équilibre de l’œuvre que l’on quitte bien après le climax de l’intrigue, ce qui dilue largement son impact.

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SUPREMES : Qu’est ce qu’on attend ?

Mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? Et qu’est-ce qu’on attend pour aller voir Suprêmes au cinéma ? Evidemment, si j’écris cette critique, c’est bien que je n’ai pas attendu et que je suis allé voir ce biopic du groupe NTM au cinéma. Un groupe qui a marqué mon adolescence, même si j’ai toujours été plus rock que rap. Mais difficile de passer à côté des représentants les plus célèbres du 93 quand on a connu les années 90. Depuis, les deux compères se sont assagis et brillent désormais le plus souvent sur le grand écran. Ce film permet en tout cas de mieux comprendre d’où vient leur rage d’alors.

Suprêmes est un portrait à la fois musical et intime. Musical car il nous fait vivre de manière assez précise toutes les étapes qui ont conduit le groupe de la rue aux plus grandes scènes de France. Un parcours plutôt chaotique où ils ont frôlé plus d’une fois l’auto-destruction. Intime car il permet de découvrir les blessures de jeunesse subies par Kool Shen et surtout Joey Starr. Tout cela n’a rien d’inconnu pour tous ceux qui ont écouté avec attention beaucoup des textes du groupe. Ces derniers prendront grâce à ce film tout leur sens et montrera qu’ils ont autant chanté sur leur quartier que sur leur parcours personnel, autant de la Seine-Saint-Denis que de leur propre famille. L’équilibre entre tous ces éléments donne beaucoup de contenu et d’intérêt à ce film, qui peut être apprécier autant avec l’œil du fan que l’œil de ceux qui savent apprécier les histoires fortes.

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WEST SIDE STORY : Et Steven sauva 2021…

A désormais 75 ans, Steven Spielberg n’a plus grand chose à prouver à qui que ce soit. Il occupe déjà une place majeur dans l’histoire du 7ème art et rien ne pourra l’en chasser. Se lancer dans une nouvelle adaptation de West Side Story peut être vue comme une prise de risque étonnante pour un cinéaste qui jouit d’une telle situation. S’attaquer à un tel chef d’œuvre ne pouvait que lui valoir quelques remarques acerbes des nostalgiques de tout poil. Mais on peut se dire aussi, que vu son âge et son parcours, il peut bien s’accorder un tel plaisir si le cœur lui en dit. Surtout qu’au final, le talent a parlé. Un immense talent. Un prodigieux talent. Pour un résultat sublime.

West Side Story n’est pas un remake, puisque West Side Story n’est pas un film. Cela reste avant tout une comédie musicale qui continue d’être adaptée régulièrement sur scène, comme toute œuvre musicale qui reste vivante. La voir portée une deuxième fois sur grand écran ne constitue donc qu’une étape parmi d’autre de la vie de œuvre née en 1957. Espérons que le mythe perdurera et qu’il existera encore bien d’autres versions, d’autres visions, d’autres mises en scène. Mais celle proposée par Steven Spielberg occupera forcément une place majeure dans cette histoire. Une place qui n’aura rien à envier au film de 1961.

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SURROUNDED BY TIME (Tom Jones), PEACE OR LOVE (Kings of convenience), PATH OF WELLNESS (Sleater-Kinney) : 80 ans et toutes ses dents

On commence par un artiste qu’on n’imaginait plus forcément nous offrir de nouveaux albums. Tom Jones a désormais 81 ans, mais quelques beaux restes. Pour preuve, son album Surrounded by Time sorti cette année. Il s’ouvre sur un titre gospel quasiment a capela, histoire de nous rappeler la splendeur de sa voix. Celle-ci est parfaitement mise en valeur par les instrumentations épurés et simple. Sa voix se suffisant à elle-même, on se laisse volontiers porter par la douceurs des titres, surtout qu’ils sont presque tous de qualité. On peut juste regretter l’absence de titres plus énergiques. En effet, un titre parlé est celui qui a le moins d’intérêt, quand les moments où il pousse la voix et y met de l’émotion sont vraiment excellents.

King of Convenience est un duo norvégien, comme son nom ne l’indique pas. On le compare volontiers à Simon & Garfunkel. Mais l’écoute de Peace or Love, leur premier album depuis 12 ans, relativise la comparaison. En effet, s’ils nous accueillent en douceur, la voix aiguë et un peu mièvre ne nous convainc qu’à moitié. C’est gentillet. L’ambiance est intimiste, avec des instrumentations épurées. La voix peut se montrer parfois agréable, tant qu’elle n’est pas poussée. On est bercé dans une ambiance relaxante qui s’apparente plus à de la sophrologie qu’à de la musique. Bon j’exagère sans doute un tantinet. On retiendra cependant le très beau duo avec Feist, Catholic Country, qui vient casser la monotonie de l’ensemble.

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UNE FEMME DU MONDE : Prettier woman

La représentation de la prostitution au cinéma n’est jamais facile et prête facilement à la polémique. Pretty Woman reste un film culte par exemple, mais la vision presque glamour qu’il donne du sexe tarifé est quand même loin du côté sordide que cette activité a le plus souvent. A l’inverse, le travers d’un misérabilisme excessif guette également tous ceux qui veulent aborder le sujet d’un angle plus social. Tout est une nouvelle fois une question de juste équilibre. Cécile Ducrocq s’y est attaqué avec Une Femme du Monde. Heureusement, elle a pu compter sur Laure Calamy. Et comment rater un film avec une telle actrice ?

Comme son titre le laisse penser, Une Femme du Monde est un film portrait. Il se montre particulièrement convainquant et dégage une vraie force, en parvenant à se détacher de tout jugement moral. Chacun pourra voir des gentils ou des méchants où il le souhaite, mais le film est surtout peuplé de personnages gris. Bref, des personnages de la vie réelle. Le tout est porté par un enjeu narratif assez solide pour nous faire rentrer vite dans l’histoire et la suivre avec attention pour plusieurs raisons. Le piège du misérabilisme est totalement évité, même si le film n’a rien d’un conte de fées s’achevant sur un happy-end. Question d’équilibre encore une fois…

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ALINE : Une vie rêvée

Je n’aime vraiment pas Céline Dion. Ni le personnage, ni l’artiste. J’aime bien Valérie Lemercier, mais sans être forcément son plus grand fan. Alors le projet de cette dernière de faire un film librement inspiré de la vie la chanteuse québecoise m’a d’abord laissé totalement indifférent, voire un rien moqueur. Je ne pensais donc pas forcément me laisser convaincre d’aller le voir. Mais les premiers échos positifs et l’affirmation que le film pouvait séduire même ceux qui n’apprécient pas la chanteuse ont fini par me pousser à écouter le petit fond de curiosité qui a tout de même été toujours présent. Et pour le coup, j’ai bien fait d’aller voir… Aline.

Aline… et non Céline donc, puisque le film ne se veut pas une biographie, mais une histoire librement inspiré de la vie de Céline Dion. Cela y ressemble quand même quelque peu, même si le terme hagiographie serait alors mieux approprié. Mais ce film reste une fiction et c’est clairement assumé. Et c’est sans doute ce qui pousse le spectateur à accepter sans trop de réserve ce conte de fée, cet ode à l’amour et à la famille. On épouse le point de vue de la fan et partage ce qu’elle imagine de la vie de son idole. On oublie alors de prendre un peu de recul pour se dire qu’un léger décalage de point de vue rendrait cette histoire sordide, entre mère abusive et prédateur pédophile. On gardera ça le jour où la vie de Céline Dion donnera lieu à un documentaire…

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S.O.S FANTOMES : L’HERITAGE : Pop-corn au chamallow

Si Marcel Proust à sa madeleine, j’ai dans mes souvenirs d’enfance un petit goût de chamallow. Enfin, je devrais plutôt dire de marshmallow… et je ne devrais pas vraiment parler de goût, parce c’est avant tout à un film que la guimauve me fait penser. Un film que j’ai dû voir près d’une dizaine de fois avant l’âge de 20 ans. Je parle évidemment de Ghostbusters (enfin S.O.S Fantômes en bon français) et son célèbre Bibendum Marshmallow terrorisant New York. Si j’essaie d’oublier le deuxième épisode totalement raté, j’étais évidemment assez impatient de découvrir S.O.S Fantômes : l’Héritage. Un film qui au final parvient parfaitement à jouer sur la nostalgie de ses spectateurs… Peut-être même un peu trop…

S.O.S Fantômes : l’Héritage souffre déjà d’un défaut qui semble frapper beaucoup de productions ces derniers mois, à savoir une longueur quelque peu excessive. L’histoire met vraiment beaucoup de temps avant de démarrer vraiment. Le but est avant tout de nous présenter une nouvelle génération de personnages, mais cette introduction s’étire un peu trop en longueur. Surtout, on s’interroge sur l’utilité d’y passer autant de temps, si c’est pour nous offrir une deuxième partie qui s’apparente à une sorte de très long clin d’œil à l’épisode initial. Un clin d’œil fort réussi, qui ravira les spectateurs de ma génération, mais n’enthousiasmera pas forcément les autres. Personnellement, je ne vais pas m’en plaindre, mais pas sûr que le 7ème art en sorte vraiment plus riche.

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ENCANTO : LA FANTASTIQUE FAMILLE MADRIGAL : C’est Noël !

Avec Noël revient tout un tas de choses. Parmi les meilleurs… je veux évidemment parler des cadeaux, ne nous mentons pas… mais aussi parmi les pires… à savoir bien sûr le vin chaud, cette façon de rendre tout juste mauvais du vin qui, sans l’excès de cannelle, serait purement et simplement imbuvable. Et puis, c’est aussi l’époque où les studios Disney nous propose de découvrir leur dernière production. Cette année, elle est intitulé Encanto : la Fantastique Famille Madrigal. J’ai eu l’occasion de voir la bande-annonce a de nombreuses reprises et elle ne me faisait pas du tout envie. Comme quoi, il ne faut pas toujours faire confiance à ses envies.

Un bon Disney, c’est souvent, pour ne pas dire avant tout, de bonnes chansons ! Et dès la première qui agrémente Encato : la Fantastique Famille Madrigal, on a la sensation que l’on va passer un très bon moment musical. Les suivantes nous confortent dans cette impression et on en ressort avec l’envie de les réécouter et les chanter en chœur. Evidemment, ça ne suffit pas à faire un bon film. Les personnages sont très réussis et certains sont terriblement attachants, dont l’héroïne principale. L’histoire et les aventures nous apportent ce qu’il faut de distraction pour qu’on suive l’histoire avec beaucoup de plaisir. On regrettera cependant une dénouement pas forcément à la hauteur du reste, qui douche légèrement l’enthousiasme, même si c’est par un tout petit filet d’eau.

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L’EVENEMENT : Malheur intense

Se montrer cru est-il le meilleur moyen de marquer les esprits et de donner de la force son propos ? La réponse n’a rien d’évidente car plus on va loin dans ce domaine, plus tout devient une question de subtil dosage. On passe vite de l’œuvre choc que l’on voulait créer à du grand-guignol tournant au ridicule. Et ceci d’autant plus quand on aborde un sujet aussi sensible que le droit à l’avortement. Audrey Diwan n’a pas eu froid aux yeux et a décidé d’y aller franchement en réalisant l’Evénement. Elle marche sur les pas de Cristian Mungiu, qui avait remporté la Palme d’Or en 2007 avec 4 Mois, 3 Semaines, 2 jours, sur le même sujet et avec les mêmes images d’une grande dureté. Mais vue l’actualité sur le sujet un peu partout dans le monde, avoir un tel film sur nos écrans régulièrement n’est vraiment pas du luxe.

Le film nous plonge dans la France de l’année 1963, à l’université, où les étudiantes sont encore considérées comme des exceptions et où beaucoup d’entre elles s’arrêtent en cours de route, un fois un mari trouvé. Pour celles qui souhaitent aller au bout, la pire chose qui puisse arriver est évidemment de tomber enceinte, à une époque où l’avortement est totalement illégal et sévèrement puni. C’est ce qui arrivera au personnage central de l’Evénement. Celui-ci nous décrit avec minutie l’ambiance d’une époque. Mais difficile de ne pas faire le lien avec les remises en cause de ce droit fondamental qui surviennent un peu partout. Cette double lecture, historique et actuelle, donne un double intérêt à un propos mené aussi magistralement sur la forme que sur le fond.

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HOUSE OF GUCCI : Mauvais accent

Le COVID a eu, parmi ses nombreux effets, celui de bousculer largement la programmation des sorties cinématographiques. Il nous offre ainsi le bonheur rare de découvrir deux nouveaux films de Ridley Scott en tout juste un mois. Après l’excellent le Dernier Duel, voici House of Gucci. Deux films qui seront finalement à l’image d’une carrière qui aura plus de hauts qu’environ tous les autres réalisateurs réunis, mais aussi quelques bas. Celui-ci restera incontestablement un bas, même si cela lui est arrivé de creuser beaucoup plus profondément. Pourtant beaucoup d’éléments auraient pu contribuer à faire de ce film un sommet. Mais un petit (gros) détail, vient un peu tout gâcher…

Donc ne tournons pas plus longtemps autour du pot et abordons le point qui fâche vraiment ! Mais qu’est ce que c’est que ce faux accent italien hyper forcé que s’évertuent à prendre tous les acteurs !!! C’est juste insupportable, tellement cela sonne faux. Cela ridiculise tout le reste et lui enlève toute crédibilité. C’est vraiment dommage car l’histoire de House of Gucci valait bien d’être racontée. Elle est évidemment encore plus édifiante qu’elle est vraie. Elle est racontée ici avec beaucoup de maestria et beaucoup de clarté, ce qui n’avait rien évident avec ce genre d’intrigue économico-financière. On la suit avec beaucoup d’intérêt et même parfois un peu d’enthousiasme, quand on parvient à oublier la grosse gêne causée par ailleurs.

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