LE CHRONIQUES DE KRONDOR, TOME 1 : PUG, L’APPRENTI (R.E. Feist) : Une porte d’entrée que l’on a plaisir à pousser

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puglapprentiLa figure de l’apprenti est on ne peut plus classique dans la littérature, le terme de roman d’apprentissage est d’ailleurs là pour le prouver. Prenez une jeune garçon (ou jeune fille, ne soyons pas sexiste) un peu ignorant, un peu naïf, faites lui vivre de grandes aventures qui lui apprendront à devenir un homme (ou une femme) accompli, et vous aurez une histoire pas très originale, mais qui fonctionnera à coup sûr, si elle est bien écrite. C’est exactement le cas de Les Chroniques de Krondor, tome 1 : Pug l’Apprenti.

Pug est un jeune orphelin, domestique au château de Crydee et qui ne semble doté d’aucun talent particulier. A l’adolescence, la tradition veut que les garçons soient rassemblés et les meilleurs choisis pour devenir des apprentis. A la grande surprise de l’assistance, Kulgan, le magicien du royaume, demande à ce que Pug devienne son élève. Des années de travail attendent ce dernier. Mais une menace mystérieuse survient et va bouleverser le futur du jeune garçon et celui du monde tout entier.

Les Chroniques de Krondor, tome 1 : Pug, l’Apprenti constitue donc de l’heroic fantasy tout ce qu’il y a de plus classique. Un monde aux mœurs moyenâgeuses, peuplés d’elfes, de nains, de dragons et bien d’autres créatures mystérieuses. Il n’y a donc pas vraiment de surprises à attendre de ce côté là. Les amateurs ne seront donc pas trop dépaysés. Mais tout cela n’empêche pas ce récit et ce monde de posséder son charme et son attrait bien à lui, qui les rendent très agréable à parcourir.

Tout d’abord, parce que le récit est bien construit. R.E. Feist nous dévoile doucement ce que sera vraiment le cœur des Chroniques de Krondor. Il nous laisse le temps de connaître les personnages et le monde dans lequel ils évoluent, avant de passer réellement au vif du sujet. Par contre, tout ce fait à travers des aventures et des péripéties. Le récit n’est pas du tout alourdi par de longues descriptions, ce qui arrive parfois dans ce genre littéraire. Certains y verront une qualité indéniable. Cependant, on est parfois un peu frustré de ne pas en connaître un peu plus sur cet univers imaginaire. On regrettera notamment l’absence d’une carte qui serait pourtant la bienvenue. Bien sûr, cela ferait un peu imitation du Seigneur des Anneaux… A la fois, l’héroic fantasy ne fait que réinventer encore et encore l’imaginaire de Tolkien, alors autant ne pas se priver.

Les Chroniques de Krondor, tome 1 : Pug l’Apprenti se distingue aussi par des personnages très attachants. Là encore, rien de bien original, mais une qualité réelle dans la manière dont ils prennent vie à travers le récit. Leur personnalité leur donne assez de consistance pour que le lecteur soit heureux de les retrouver pages après pages. On passe avec le même bonheur de passages centrés sur la vie quotidienne et les sentiments de acteurs à des moments où R.E Feist nous relate des évènements qui ont un impact sur ce monde tout entier. Cet équilibre entre péripéties nombreuses et bien racontées et des protagonistes qui présentent un intérêt au-delà des aventures qu’ils vivent constitue une des principales raisons qui font, qu’après ce premier tome, on a très envie de connaître la suite.

Le style de R.E. Feist est très agréable. Comme je l’ai évoqué plus haut, il n’est pas alourdi par trop de descriptions. Mais au-delà de ça, il est surtout léger et clair. Le récit reste toujours compréhensible, les relations entre les personnages aussi, malgré le caractère totalement imaginaire de ce monde. Voilà une caractéristique qui fait vraiment la différence avec bon nombre de récits d’heroic fantasy où le lecteur se sent parfois un peu perdu. On est donc là plutôt dans le haut du panier et les amateurs n’auront donc aucune raison de bouder leur plaisir.

Au final, Les Chroniques de Krondor, tome 1 : Pug, l’Apprenti est une très bonne porte d’entrée, dans un monde où il est fort agréable de vagabonder au fil des pages.

CHICO & RITA : Amour et musique

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chicoritaafficheEn 1998, Wim Wenders et son Buena Vista Social Club permettait au monde entier de se rappeler que Cuba était une formidable terre de musiciens, avant que le régime castriste ne les isole du reste de l’humanité et ne les plonge ainsi dans l’oubli. Sans lui, peut-être que Chico & Rita, un film d’animation espagnol qui nous replonge dans le La Havane des années 50 et la frénésie de création musicale qui y régnait.

Chico est un des tous meilleurs pianistes du Cuba des années 50. Mais il lui manque encore la voix pour interpréter ses compositions et l’accompagner jusqu’au succès. Il la trouvera par hasard, en la personne de Rita, qui chante dans les clubs et les bals populaires. Ils vivront une histoire d’amour qui se heurtera vite leur passion dévorante pour la musique, une maîtresse bien possessive, mais qui les entraînera au bout du monde.

Chico & Rita possède bien des qualités qui en font une œuvre originale et charmante. Tout d’abord, un scénario riche en rebondissements qui tient l’intérêt du spectateur éveillé du début à la fin. Il déroule un fil rouge narratif vraiment consistant qui n’est pas qu’un support pour la musique ou le simple plaisir de voir revivre une époque depuis longtemps révolue. Si le film est plutôt nostalgique, ce sentiment n’a pas du tout servi d’excuse à une intrigue paresseuse et minimaliste.

Une histoire d’amour n’est jamais bien passionnante à suivre si on est pas soi-même charmé par les deux tourtereaux. C’est heureusement bien le cas dans Chico & Rita. Les deux personnages ont leur caractère propre, et plutôt bien trempé. Ils sont très attachants, malgré leur défaut et le capacité à ruiner leurs élans amoureux. Mais bon, si leur passion était simple et linéaire, il n’y aurait pas de film. Seuls les sentiments contrariés valent le coup d’être racontés.

Chico & Rita est bien sûr bercé par une musique très présente. Il ne s’agit pas d’une comédie musicale, mais nos deux personnages sont souvent en action et on profite largement des morceaux qu’ils interprètent. Cela donne un petit supplément d’âme à ce beau film car, évidemment, la musique reste un des meilleurs supports qui soient pour créer l’émotion. Elle se ressent au moins autant qu’elle ne s’écoute… un peu comme son cœur devant l’être aimé. Dieu que c’est beau ce que je dis !

chicoritaGraphiquement enfin, Chico & Rita possède une vraie personnalité et une réelle originalité. L’animation a un aspect rétro, loin de ce à quoi nous ont habitué les images de synthèse. Du coup, on retrouve le caractère unique que peut avoir un coup de crayon, bien plus qu’une programmation informatique. Le graphisme contribue largement à la sensation d’exotisme et plus largement au charme de ce film.

Une belle histoire, de la bonne musique, de l’amour et des graphismes de qualité… que demander de plus alors ! Pas grand chose en fait, même s’il est difficile de classer ce film parmi les purs chefs d’œuvre. Il lui manque peut-être une dernière étincelle de créativité et d’imagination. Chico & Rita est original, mais pas forcément super surprenant. Rien dans l’histoire ou dans les images n’est réellement inattendu une fois le décor posé. Mais bon, je cherche là la petite bête, car le résultat reste globalement remarquablement agréable à suivre.

Chico & Rita ravira donc tous les amateurs d’animation qui change de l’animation. Et bien sûr tous les amoureux de la musique… et les amoureux tout court en fait.

Fiche technique :
Production : Christina Huete, Santi Errando, Martin Pope, Michael Rose, Angelica huete, Andrew Fingret
Distribution : Studio 37, Rezo Films
Réalisation : Fernando Trueba et Javier Mariscal
Scénario : Fernando Trueba et Ignacio Martinez de pison
Montage : Arnau Quiles
Son : Pelayo Gutierrez
Musique : Bebo Valdes
Durée : 93 mn

Casting :
Idania Valdes : Rita
Bebo Valdes : Chico
Michael Phillip Mossman : Dizzy Gillesoie
Pedrito Martinez : Miguelito Valdes
Jimmy Heath : Ben Webster
Freddy Cole : Nat King Cole
Estrella Morente : Estrella Morente
Amadito Valdes : Tito Puente
German Velazco : Charlie Parker

J’AI RENCONTRE LE DIABLE : Noir paroxysme

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jairencontrelediableafficheRares sont les films distribués en France avec la mention « interdit aux moins de 16 ans ». C’est le cas pourtant de J’ai Rencontré le Diable, un film noir, très noir, très très noir, très très très très noir. Un film aussi extrêmement violent et assez dérangeant, mais qui ne manque ni d’intérêt, ni d’une certaine intelligence et encore moins de profondeur dans le propos. Ames sensibles s’abstenir néanmoins.

Kyung-chul est un tueur psychopathe et sadique particulièrement redoutable. Cependant, sa dernière victime est la fille d’un chef de la police retraité et fiancée à un agent des services secrets coréens. Les deux hommes vont donc décider de mener leurs propres recherches. Mais traquer ainsi un homme pour se venger et le faire souffrir ne fait-il pas du chasseur un être aussi cruel que sa proie ?

Les chasses à l’homme et la vengeance représentent des thèmes classiques des films noirs. On les retrouve d’ailleurs très souvent dans le cinéma coréen qui excelle plus que tout autre dans ce genre cinématographique. J’ai Rencontré le Diable en constitue une nouvelle preuve, tant il arrive à marquer sa différence. Tout est poussé à son paroxysme dans ce film, mais avec assez d’intelligence, et non gratuitement, pour lui donner une force et intensité incroyable.

J’ai Rencontré le Diable va notamment incroyablement loin dans l’ambiguïté des personnages. On semble pourtant parti pour un film extrêmement manichéen et très vite tout bascule. Au final, on se demande même qui est bien le Diable dont parle le titre du film. C’est pourquoi, ce film est particulièrement troublant et nous offre une vraie réflexion sur la violence qui sommeille en chacun de nous, sur l’existence ou non de raisons valables pour la mettre en œuvre et sur la manière dont elle peut dévorer et faire perdre tout contrôle à celui qui s’y adonne.

Le tout est mise en image de manière particulièrement crue. On ne se situe pas dans un cinéma d’horreur où on cherche à faire couler l’hémoglobine pour le spectacle et le plaisir. Mais si elle coule autant dans J’ai Rencontré le Diable, c’est parce qu’elle est la conséquence de la violence que mette en œuvre le chasseur et sa proie dans leur lutte sans merci. Une violence qui se situe autant dans l’intrigue elle-même que dans les images, ce qui justifie pleinement l’interdiction aux moins de 16 ans. Le sang qui coule ici ne fait pas rire, c’est ce qui le rend si dérangeant.

J’ai Rencontré le Diable souffre néanmoins d’un défaut non négligeable. Sa longueur, 2h12. Je le répète à chaque fois que je parle d’un film coréen, mais le cinéma du pays du Matin Calme ne ressemble en rien à ses confrères chinois ou japonais. Le rythme de narration est souvent nerveux et rapide, comme n’importe quel film occidental. C’est aussi le cas ici, car jamais le scénario ne traîne en longueur, allongeant inutilement une scène. Par contre, à un moment donné, il tourne un peu en rond et on aurait pu arriver au dénouement plus rapidement, sans que le film n’y perde. Cependant, on ne peut jamais vraiment parler d’ennui.

jairencontrelediableSi j’apprécie autant le cinéma coréen, c’est aussi pour les incroyables acteurs qu’il est capable de nous offrir. La palme revient sans contexte à Choi Min-sik, absolument extraordinaire dans son rôle de tueur psychopathe, à côté duquel Hannibal Lecter est un bisounours. Il nous avait déjà époustouflé dans les fabuleux Ivre de Femmes et de Peinture et Old Boy et on peut vraiment le considérer comme un des tous meilleurs acteurs au monde. A ses côtés, au plutôt en face, Lee Byung-Hun, que l’on avait découvert dans le jouissif Le Bon, la Brute et le Cinglé et qui avait gagné de l’argent en jouant dans GI-Joe. Si son personnage est sans doute moins charismatique que son adversaire, il s’en acquitte avec un aplomb et un talent magistraux.

J’ai Rencontré le Diable est peut-être LE film noir de l’année, malgré quelques défauts. Une œuvre forte, un paroxysme du cinéma coréen, qui n’a d’égal en Occident que les Promesses de l’Ombre de David Cronenberg.

Fiche technique :
Production : Softbank ventures, Showbox, Peppermint & Co, Siz Entertainment
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Kim Jee-woon
Scénario : Hoon-jung Park
Montage : Na-young Nam
Photo : Mogae Lee
Musique : Mowg
Durée : 142 mn

Casting :
Lee Byung-hun : Kim Soo-hyeon
Min-sik Choi : Kyung-chul
Gook-hwan Jeon : Jang
Ho-Jin Jeon : Oh
San-ha Oh : Joo-Yeon

CONTRABAND (Velvet Revolver) : Metal édulcoré

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contrabandvelvetrevolverLorsque j’étais adolescent, j’avais un grand poster des Guns N’ Roses dans ma chambre et j’ai écouté des dizaines et des dizaines de fois Appetite For Destruction…en K7 audio… Et oui, autre temps, autres mœurs… Et puis, j’ai grandi (un peu) et j’ai commencé à ne plus aimer du tout. Lorsque j’en écoute aujourd’hui, à part les quelques singles, je continue de trouver ça vraiment pas terrible. J’ai pourtant beaucoup apprécié des albums récents de Metallica ou AC/DC et je me dis que je ne suis pas totalement hermétique à ce genre musical. Mais comme je suis un homme magnanime, j’ai décidé de laisser sa chance au groupe Velvet Revolver et leur album Contraband.

Quel est donc le rapport entre les Guns N’Roses et Velvet Revolver ? Tout simplement, ce dernier groupe a été fondé par Slash, Duff McKagan et Matt Sorum, soit trois anciens membres des Guns N’Roses. En gros, ils ont remplacé Axl Rose, et son ego surdimensionné, par un nouveau chanteur, Scott Weilland pour être précis, et le tour est joué ! Sauf que pour moi, le niveau n’est pas vraiment relevé.

Pourtant Contraband commence plutôt bien. Les trois premiers titres se tiennent et font espérer un album agréable et varié. Mais c’est après que ça se gâte. En effet, le reste ressemble souvent à du Linkin Park, ou pire à du Bon Jovi… Bon ok, on a droit d’aimer les deux, j’avoue plutôt apprécier le second, même si je ne me vante que rarement en société. Disons simplement que l’on pouvait attendre autre chose d’un groupe où figure une légende du rock US comme Slash.

En fait, Contraband est un peu la partition entre deux chaises. D’un côté, il se veut un album de metal, avec les gros riffs de guitare qui vont bien. Mais de l’autre, ça sent quand même le produit quelque peu édulcoré, qui pourra séduire les adolescents rebelles… mais pas trop non plus ! Bref, ce n’est pas super imaginatif, en rien original et donc au final inintéressant et décevant.

Pour ne pas être totalement négatif, on admettra volontiers que l’on sent bien que Contraband n’est pas interprété par des musiciens n’ayant jamais joué leurs morceaux ailleurs que dans leur garage. Il y a une vraie maîtrise technique, peut-être même trop du coup, qui ne s’invente et n’est pas à la porte de n’importe qui. La voix aussi Scott Weilland a aussi la bonne idée d’être un minimum articulée, ce qui n’est pas toujours le cas, que les fans du genre me pardonnent, le cas des chanteurs de metal, qui donne trop souvent l’impression de manger leur micro. Mais toutes ces qualités sont mises en œuvre pour nous livrer des titres convenus et sans grand relief. C’est vraiment dommage, car tout ce petit monde a sûrement bien plus à nous proposer.

Par contre, à mon avis, en concert, Velvet Revolver peut valoir le coup. Le dernier titre de l’album, enregistré en live le prouve. Les qualités de maîtrise y sont toujours présentes, mais cette fois le groupe semple se lâcher pour de bon et le résultat est tout de suite bien meilleur, moins lisse et fait un minimum frissonner de plaisir. Mais bon, cela ne fait que confirmer que le potentiel de ce groupe est sous-exploité dans Contraband.

Velvet Revolver et leur album Contraband ne m’a donc pas vraiment envie de renouer avec les Guns N’Roses et leurs héritiers. Dommage, cela m’aurait considérablement rajeuni. Et dieu sait, si j’en ai chaque jour un peu plus besoin…

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Sucker Train Blues
Très bon rock, particulièrement énergique.

2.: Do It For The Kids
On entre au cœur du metal US.

3.: Big Machine
Un titre nettement plus calme, mais de qualité.

4.: Illegal I Song
On dirait du Linkin Park… et ce n’est pas un compliment.

5.: Spectacle
Du metal qui ressemble un peu à de la soupe.

6.: Fall To Pieces
Ballade ultra classique et sans grand intérêt.

7.: Headspace
Rock US qui tâche, sans grande originalité.

8.: Superhuman
Un morceau assez lancinant.

9.: Set Me Free
Plus énergique et tout de suite, c’est meilleur.

10.: You Got No Right
Ballade rock propre et bien posée.

11.: Slither
Titre rock qui sonne comme du mauvais Bon Jovi (c’est dire!)

12.: Dirty Little Thing
Titre très rock qui ressemble presque à quelque chose.

13.: Loving The Alien
Ballade pour adolescents. Joli mais sans âme.

14.: Bodies (live/bonus track)
Le groupe se lâche enfin et nous laisse bien des regrets !

BEGINNERS : Amours vues de loin

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beginnersafficheIl n’y a pas d’âge pour apprendre à aimer, à s’ouvrir aux autres, à accepter qui on est vraiment et qui sont les autres. A l’heure où l’espérance de vie s’allonge inexorablement, ce lieu commun est de plus en plus d’actualité. C’est justement le sujet de Beginners. Un film qui aurait pu n’être que beau et touchant, mais qui est malheureusement aussi long et un rien ennuyant.

Oliver s’est enfermé dans une misanthropie qui ressemble de plus en plus à une dépression. Son regard sur l’amour est de plus en plus désabusé. Elevé par des parents qui ne s’aimaient pas, il a accompagné les derniers mois de l’existence de son père, auteur d’un coming-out à 75 ans. Ses amis commencent à redouter de le voir finir ses jours avec son chien… Jusqu’à ce qu’il rencontre Anna, une actrice française au passif familial aussi lourd que le sien.

Beginners est un film débordant d’amour. L’amour entre un homme et une femme, un homme et un homme, un père et son film, un homme et son chien… Un amour source de bonheur, mais aussi de frustration et qui parfois fait aussi peur qu’il est attirant. Bref, voilà un sujet immortel et universel, même si l’homosexualité a été pendant bien longtemps un sujet totalement tabou. On peut cependant se demander ce qu’il peut bien rester à dire sur un thème aussi éculé.

Beginners aurait pu figurer dans le registre des comédies romantiques, si le ton n’était pas aussi empreint d’une certaine gravité. Pourtant, le scénario nous conduira à la même conclusion, à savoir l’amour, c’est beau et cela rend heureux. Le spectateur est donc quelque peu décontenancé face à ce film qui semble un peu la pellicule entre deux chaises. L’émotion est là, le tout est filmé avec beaucoup de tendresse, mais on a du mal à s’y adonner complètement. On reste un peu en retrait de cette belle histoire, touchante mais jamais enthousiasmante. Or, l’amour sans enthousiasme est-il encore de l’amour ? (vous avez quatre heures…)

Du coup, le rythme assez lent du récit plonge parfois le spectateur dans un certain ennui. Non pas qu’il ne trouve pas d’intérêt à l’histoire, mais simplement il ne la vit ni avec son cœur, ni avec ses tripes. Le travail de la réalisation et de montage aurait du faire de Beginners un film faisant vibrer à l’unisson les sentiments des personnages et des spectateurs. Il en fait au final un film aux qualités cinématographiques incontestables, mais qui laisse trop indifférent pour que le spectateur tombe à son tour amoureux.

Des deux histoires d’amour racontés en parallèle, celle d’Oliver et d’Anna et celle du père et de son petit ami, plus jeune que lui de 40 ans, c’est surtout la seconde qui permet à Beginners de présenter un certain intérêt dans son propos. Au moins, cette partie ne ressemble pas à ce que l’on a vu déjà mille fois dans toutes les productions qui nous parlent d’amour. Et dieu sait si elles sont nombreuses.

beginnersBeginners met en scène deux acteurs à propos desquels je suis intarissable dans mes critiques. Mais pas vraiment pour les même raisons. Tout d’abord, mon grand ami Ewan McGregor, sur le dos duquel j’ai cassé du sucre à bien des occasions. Ce film ne nous réconciliera pas, tant son jeu manque de l’étincelle de génie que l’on peut attendre d’une telle star. Sa performance est à l’image du film, du talent, mais pas de magie, ni d’enthousiasme. Par contre, à ses côtés, Mélanie Laurent confirme tout le bien que je pense d’elle depuis bien longtemps. Quel charisme, quelle présence à l’écran ! Elle illumine de sa grâce ce film, qui sans cela aurait définitivement endormi le spectateur.

Beginners n’est pas dénué de qualités. Mais une certaine froideur et un manque de rythme nous laisse malheureusement sur le seuil d’une histoire dans laquelle on aurait aimé rentrer.

Fiche technique :
Production : Olympus Pictures, Parts and Labor
Distribution : MK2 Diffusion, Focus Features
Réalisation : Mike Mills
Scénario : Mike Mills
Montage : Olivier Bugge Coutté
Photo : Kasper Tuxen Andersen
Décors : Coryander Friend
Son : Michael Perfitt, Leslie Shatz
Musique : Roger Neill, Dave Palmer, Brian Reitzell
Maquillage : Veronica Lorenz, Tina Roesler-Kerwin
Durée : 104 mn

Casting :
Ewan McGregor : Oliver
Christopher Plummer : Hal
Melanie Laurent : Anna
Kai Lennox : Elliot
Goran Visnjic : Andy
Mary Page Keller : Georgia

INSIDIOUS : Les 102 minutes où j’ai flippé ma race !

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insidiousafficheJe dois l’avouer, je déteste les films d’horreur… C’est pour ça que j’aime bien en voir un de temps en temps. Bah oui, avoir peur et passer la moitié du film à cacher l’écran avec sa main (oui, je sais, je suis un vraie chochotte), pourrait constituer une activité purement désagréable. Mais comme en moi, comme en chaque être humain, il y a un masochiste qui sommeille, j’ai été voir Insidious. Et je n’ai pas été déçu du voyage.

Josh, Renai et leurs trois enfants viennent d’emménager dans une nouvelle maison, qui possède notamment un vieux grenier un peu inquiétant. Leur fils aîné s’y aventure un jour, fait une mauvaise chute visiblement anodine. Mais une fois endormi, il ne se réveille pas et se retrouve plonger dans un coma que les médecins ne s’expliquent pas. Les parents sont bouleversés. Ils le seront encore plus quand de phénomènes de plus en plus inquiétants commencent à se produire dans la maison.

Insidious est un film qui repose sur des ficelles archi-éculées. Une vieille maison, des bruits étranges, une présence qui se fait sentir, une musique qui nous fait comprendre qu’il a sûrement un fantôme dans le placard qu’elle s’apprête à ouvrir. Alors non, Renai, ne l’ouvre pas !!! Aaaaaaaaaaaaah… Ah bah non, finalement il n’y a que des vêtements dedans… Bref, le bon vieux mythe de la maison hantée qui effraie petits et grands depuis longtemps. Mais ce film est la preuve que ça marche encore et encore.

La réussite d’Insidious est difficile à expliquer, si ce n’est par le talent de James Wan, réalisateur notamment du premier Saw, le seul qui ressemble à quelque chose. Un sens du timing, une porte qui claque au bon moment, la musique qui démarre quand il le faut, la tension qui monte, le truc qui fait peur qui apparaît d’un coup alors qu’on ne s’y attendait plus… Bref encore une fois, rien de révolutionnaire, mais terriblement efficace pour provoquer l’anxiété du spectateur, qui se trouve totalement à la merci du cinéaste. Je ne peux que l’admettre, je n’ai pas arrêté de flipper et d’être tendu comme un string du début à la fin. J’ai déjà largement eu aussi peur au cinéma, mais aussi longtemps, de manière aussi constante, je ne m’en souviens pas…

Et la plus grande force d’Insidious est d’arriver à nous surprendre après une bonne moité de film aussi classique. Dans sa seconde partie, il prend un ton inattendu, mais qui n’apaise que très peu la tension. D’un film de maison hantée, il devient un méli-mélo de tout ce qui peut nous faire peur. Du coup, le spectacle est plus grand-guignolesque, mais je mentirai en vous disant que ça m’a permis de me détendre. Le scénario est sans doute au final infiniment moins intéressant que celui d’un Esther notamment. Il lui manque sûrement de vraies scènes d’anthologie qu’on pourrait se passer encore et encore avec le même effroi. Mais en termes d’intensité sur un peu plus d’une heure et demi, ce film reste inégalable.

On saluera ici la musique composé par Joseph Bishara, qui n’avait pour l’instant travaillé que sur des films d’horreur de 8ème zone. Il s’agit d’un élément indispensable pour créer tension et inquiétude et on ne peut parler de la réussite d’un tel film en oubliant de mentionner sa qualité. Il n’y a pas là non plus un vrai morceau d’anthologie vraiment mémorable, mais sur la durée, la musique remplit toujours son rôle avec brio.

insidiousL’interprétation est par contre plus anodine. Rose Byrne est une sympathique actrice de série (Damages), mais que ce soit ici ou dans X-Men, le Commencement, elle ne brille pas d’un charisme particulier sur grand écran. A ses côtés, Patrick Wilson nous livre une performance solide et professionnelle, à laquelle il nous a habituée lors des dizaines de seconds rôles qu’il a pu interprété.

Insidious est donc un petit bijou de tension et de terreur. Il n’a rien de gore (je ne sais même pas si on voit une seule goutte de sang), mais arrive de la première à la dernière seconde à maintenir une chaire de poule constante chez le spectateur. Et comme il est justement venu chercher cela, il ne peut être que ravi.

Fiche technique :
Production : Jason Blum, Steven Schneider, Oren Peli
Distribution : Wild Bunch
Réalisation : James Wan
Scénario : Leigh Whannell
Montage : James Wan, Kirk Morri
Photo : John R. Leonneti ASC, David M. Brewer
Décors : Aaron Sims
Musique : Joseph Bishara
Effets spéciaux : Bart Dion
Maquillage : Eleanor Sabaduquia
Durée : 102 mn

Casting :
Patrick Wilson : Josh Lambert
Rose Byrne : Renai Lambert
Lyn Shaye : Elise Rainier
Barbara Hershey : Lorraine Lambert
Andrew Astor : Foster Lambert
Angus Sampson : Tucker

OMAR M’A TUER : En quête de vérité

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omarmatuerafficheGrand lecteur de journaux papier ou en ligne, toujours à vérifier ce qui vient de se passer dans le monde, j’ai pourtant un principe, celui de ne pas lire ce qui concerne les faits divers. Ce n’est pas de l’actualité et on ne comprend jamais vraiment pourquoi l’un va attirer l’attention des médias plutôt qu’un autre qui passera totalement inaperçu. Il en est cependant que l’on ne peut pas totalement ignorer. Ce fut le cas notamment de l’affaire Omar Raddad, sujet du dernier film de Roschdy Zem, Omar m’a Tuer.

24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte assassinée. Sur la porte de la cave où elle s’est barricadée, elle semble avoir utilisé ses dernières forces pour inscrire avec son sang « Omar m’a Tuer ». Omar, c’est son jardinier, à son service depuis de longues années. Marocain, sachant assez mal parler français, il est arrêté mais ne cesse de clamer son innocence. Il sera condamné après une enquête qui a, volontairement ou non, écarté tous les éléments à décharge. C’est pourquoi, l’écrivain Pierre-Emmanuel Vaugrenard se décide à écrire un livre sous forme de contre-enquête.

Omar m’a Tuer est un film, une reconstitution, non une documentaire. Il prend un parti évident, même si la démarche de Roschdy Zem était très certainement animée de la volonté de rétablir enfin une vérité que la justice semble vouloir nier. Mais comme toute œuvre de fiction, elle n’est certainement pas totalement fidèle à la réalité et ce n’est pas à elle de rendre un verdict… même si objectivement, toute cette affaire est quand même troublante et ce n’est pas nouveau.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les faits tels qu’ils sont présentés ici sont vraiment convaincants. Omar m’a Tuer rappelle furieusement le JFK d’Oliver Stone. Un film à thèse, mais qui emporte l’adhésion du spectateur. En plus, le film est court, moins de une heure et demi, va droit au but, se concentre sur le faits et s’il cherche à nous faire découvrir l’homme qu’est Omar Raddad, il ne tombe jamais dans un pathos interminable et lourdingue. Centré autour de son personnage, le film nous le présente en oubliant jamais de faire avancer l’intrigue…même si la fin (pour l’instant provisoire?) est connue.

Le travail de reconstitution est vraiment impressionnant. Évidemment, j’ignore si tous les faits présenté sont véridiques, mais au moins Roschdy Zem n’a pas fait l’impasse sur le travail de recherche et étaye son propos de manière remarquable. Peut-être a-t-il passé certains éléments sous silence, mais encore une fois, il ne faut pas non plus demander trop à une fiction qui porte forcément sa part de subjectivité.

omarmatuerLa réussite de Omar m’a Tuer tient aussi de la manière magistrale dont les acteurs sont entrés dans leurs personnages. La ressemblance physique de Sami Bouajila avec Omar Raddad porte la marque des grands acteurs. Il est possible qu’après ce rôle sa carrière prenne une autre ampleur. Il ne faut pas non plus oublier la manière dont Maurice Bénichou arrive à ressembler à Jacques Verges. Par contre, Denis Podalydes ne ressemble qu’à lui-même puisque son personnage n’existe pas dans la réalité, même s’il est largement inspiré de Jean-Marie Rouart qui a écrit un ouvrage similaire à celui que le film prête au dénommé Pierre-Emmanuel Vaugrenard. Enfin, on ne va pas le lui reprocher, car il a prouvé récemment avec la Conquête qu’il savait aussi se transformer physiquement pour un rôle et entrer parfaitement dans la peau d’un homme connu.

Omar m’a Tuer est donc un film remarquable sur la forme. Sur le fond, il est difficile de ne pas être convaincu par la démonstration, même s’il faut toujours se méfier des vérités qui semblent évidentes. Ce que les enquêteurs n’ont visiblement pas fait…

Fiche technique :
Production : Tessalit Productions, Mars Films, France 2 Cinéma, Hole in one Films
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : Roschdy Zem
Scénario : Olivier Gorce, Roschdy Zem
Montage : Monica Coleman
Photo : Jérôme Almeras
Format : 35mm
Décors : François Emmanuelli
Son : Brigitte Taillandier
Musique : Alexandre Azaria
Durée : 85 mn

Casting :
Sami Bouajila : Omar Raddad
Denis Podalydès : Pierre-Emmanuel Vaugrenard
Maurice Benichou : Jacques Vergès
Nozha Khouadra : Latifa
Salomé Stevenin : Maud
Ludovic Berthillot : Enrique

UNE SEPARATION : Regard persan

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uneseparationafficheEtre cinéaste aujourd’hui en Iran n’est pas vraiment une sinécure, surtout si vous voulez décrire avec précision cette société si particulière. Vous pouvez travailler dans la clandestinité, comme Bahman Ghobadi, le réalisateur des Chats Persans, et vous exposer ainsi à la colère des autorités. Vous pouvez aussi essayer de contourner la censure, comme Asghar Farhadi et son film la Séparation, Ours d’Or au dernier festival de Berlin. Un film sur une situation universelle, mais dans un contexte qui l’est heureusement nettement moins.

Nadar refuse de partir hors d’Iran avec sa fille et sa femme, malgré la volonté de cette dernière. En effet, il refuse de quitter son père, atteint de la maladie d’Alzheimer. Alors elle retourne alors vivre chez ses parents, en attendant qu’il accepte le divorce. Il se retrouve alors obligé d’embaucher une aide-soignante et, dans l’urgence, accepte la candidature d’une femme enceinte, qui n’a pas l’accord de son mari. La situation se révèle vite problématique dans une société où les rapports hommes-femmes sont si difficiles. Surtout qu’un incident va définitivement bouleverser cette équilibre précaire.

Une Séparation nous raconte donc une histoire qui aurait pu se produire dans n’importe quel pays. Il nous parle des difficultés liés au divorce, à la garde des enfants, aux personnes âgés et dépendantes. Les humains étant à peu près constitués de la même manière d’un bout à l’autre de la planète, les réactions des protagonistes auraient pu être similaires partout. Le film aurait pu se contenter d’une petite touche d’exotisme qui aurait rendu le tout un peu dépaysant.

Mais Une Séparation est bien plus que cela. C’est une plongée dans le cœur et le quotidien de la société iranienne. Ce n’est pas un film politique, un documentaire ou un pamphlet. Il n’y a aucun parti pris. D’ailleurs quel parti prendre, car il n’y a ni méchants, ni gentils dans cette histoire ? Il n’y a pas des victimes d’un côté, des oppresseurs de l’autre. Il y a simplement des êtres humains tentant de vivre leur vie dans un contexte incroyablement pesant, où non-dits et tabous sont omniprésents. Ce film n’est contre rien, mais montre de manière si simple, si directe ce à quoi peut ressembler le quotidien des Iraniens ordinaires que le message est d’une force incroyable.

Réalisé de manière très épuré, Une Séparation aurait pu ressembler à un mauvais téléfilm, sans la grande intelligence de Asghar Farhadi. On peut trouver incroyable qu’il ait réussi à produire et tourner ce film dans son propre pays. Avec notre regard d’Occidentaux, tant de choses nous sautent aux yeux, nous choquent, nous mettent mal-à-l’aise. Mais que pourrait reprocher un censeur précisément à un film qui ne fait que décrire un quotidien de manière aussi neutre ? Si on ajoute à cela certains détails, comme le fait que les femmes restent voilées à l’écran, même chez elle, on voit bien comment le cinéaste a réussi à contourner ce quoi même le film cherche à nous montrer.

uneseparationAu-delà du fond, on pourra reprocher au réalisateur une forme parfois imparfaitement maîtrisée. Une Séparation est relativement long (un peu plus de deux heures) et il aurait certainement pu être raccourci. Mais il se serait sans doute quelque peu artificialisé. En devenant une œuvre d’art et suivant trop de conventions, il aurait perdu de sa force brute, même si, encore une fois, ce film n’est définitivement pas un documentaire, mais un vrai récit avec son début, ses rebondissements et sa conclusion.

L’ensemble de l’interprétation a été elle-aussi récompensée à Berlin. C’est mérité, tant les acteurs et actrices sont incroyables. Là encore, un jeu hésitant, forcé ou trop cabotin aurait ruiné la force d’un message qui émerge de détails pouvant passer pour anodins. Ils épousent tous parfaitement leurs personnages, comme si c’était leur propre vie qui se retrouvait à l’écran.

Une Séparation se révèle donc être une formidable histoire sur les rapports humains, à travers laquelle transparait la critique d’une société oppressante et destructrice.

Fiche technique :
Production : Negar Eskandarfar, Asghar Farhadi
Distribution : Memento films distribution
Réalisation : Asghar Farhadi
Scénario : Asghar Farhadi
Montage : Hayedeh Safiyari
Photo : Mahmood Kalari
Décors : Keyvan Moghadam
Durée : 123 mn

Casting :
Sarina Farhadi : Termeh
Sareh Bayat : Razieh
Shahab Hosseini : Hodjat
Peyman Moadi : Nader
Leila Hatami : Simin

KUNG-FU PANDA 2 : Un film qui ne tourne pas autour du Po !

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kungfupanda2affiche2008 avait été une grande année pour le cinéma d’animation avec la sortie de deux petits chefs-d’œuvre. Tout d’abord, Wall-E, peut-être le plus émouvant de tous, et Kung-Fu Panda, peut-être le plus drôle de tous. Bon, j’ai mis peut-être pour laisser le débat ouvert, mais il n’est pas question de le démarrer ici. Tout cela simplement pour dire que l’amateur d’animation, que je suis, espère pouvoir revivre une année aussi riche. Il fondait donc beaucoup d’espoirs sur 2011, puisqu’elle voyait le retour de Po et ses amis, pour une Kung-Fu Panda 2 très attendu. Evidemment, l’effet de surprise n’est plus là, mais le plaisir est lui presque intact.

Po savoure son titre de Guerrier Dragon. Mais évidemment, cela n’est pas de tout repos. Surtout quand un nouvel ennemi menace la Chine tout entière. Il se lance alors à l’attaque, accompagné bien sûr des « Furious Five » : tigre, serpent, mante, singe et grue. Mais leur adversaire possède une arme qui semble plus forte que toutes les techniques de kung-fu imaginables.

La première et plus grande qualité de Kung-Fu Panda 2 est de n’avoir pas cherché à tout prix à reprendre tous les éléments qui ont fait le succès du premier volet. Po est désormais le Guerrier Dragon, il sait se battre et même si son appétit et une relative maladresse restent des ressorts comiques, ils ne sont pas mis constamment en avant. L’évolution du personnage était l’axe principal du scénario de l’épisode précédent, ce n’est plus le cas. Certes, il cherchera dans cette quête à atteindre un stade supérieur, mais tout cela reste très anecdotique.

Kung-Fu Panda 2 fait ainsi une place beaucoup plus grande, pour ne pas dire exclusive, à l’action. De l’action chargée d’humour certes, mais de l’action quand même. Le méchant est vite identifié et il faut aller le combattre. Cela donne un scénario certes très linéaire, mais qui se révèle au final très efficace. On a envie de voir nos 6 amis en pleine action et on va vite être servi. En face, le méchant est sans doute moins charismatique que dans le premier volet, mais il n’est de toute façon là que pour mettre en valeur les héros. On reste dans un film qui s’adresse à un large public, une trop grande ambigüité des personnages n’est donc pas de mise.

kungfupanda2On passe donc un très agréable moment et l’ennui ne vient jamais une seule seconde pointer le bout de son nez. On rit aussi beaucoup, avec moins d’enthousiasme que dans le premier volet sans doute, mais avec de joie pour ne pas regretter d’être aller voir Kung-Fu Panda 2. On s’amusera aussi beaucoup à reconnaître le casting vocal. Le méchant est doublé par un Gary Oldman qui prend visiblement son rôle très au sérieux. Mais la vraie bonne surprise vient de la présence de Jean-Claude Van Damme, qui, s’il n’a qu’un petit rôle, prouve définitivement qu’il a quand même un vrai sens de l’auto-dérision.

Enfin techniquement, le film est évidemment impeccable. Peut-être trop. Comme souvent chez Dreamworks, Kung-Fu Panda 2 est visuellement relativement lisse. C’est beau, c’est presque parfait, mais ça manque parfois un peu d’une réelle imagination, que l’on retrouve presque toujours à coup sûr chez Pixar, leurs principaux concurrents. La 3D est moyennement exploitée et ce film ne devrait pas convaincre les sceptiques du réel intérêt de cette technique.

Kung-Fu Panda 2 n’est pas la petite perle qu’était le premier volet. Mais il constitue une suite agréable et divertissante, pas indispensable, mais qui ravira les petits et grands enfants.

Fiche technique :
Production : DreamWorks Animation
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Jennifer Yuh
Scénario : Jonathan Aibel, Glenn Berger
Montage : Maryann Brandon, Clare Knight
Décors : Raymond Zibach
Musique : John Powell, Hans Zimmer
Durée : 95 mn

Casting :
Jack Black : Po
Angelina Jolie : Tigresse
Dustin Hoffman : Shifu
Gary Oldman : Shen
Jackie Chan : Singe
Seth Rogen : Mantis
Lucy Liu : Vipère
Michelle Yeoh : la prédictrice
Jean-Claude Van Damme : Maître Croc

UP THE BRACKET (The Libertines) : Deux talents valent mieux qu’un

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upthebracketthelibertinesAprès vous avoir parlé des Babyshambles et des Dirty Pretty Things, je me devais de revenir aux sources de tout ça, c’est à dire à The Libertines, le groupe qui réunissait Pete Doherty et Carl Barat, avant que chacun d’eux n’aille faire joujou avec sa propre formation. Un groupe qui permet de voir que deux talents valent mieux qu’un.

Fondé en 1997, The Libertines est donc un groupe anglais qui a bousculé l’univers très policé musicalement de la Brit’pop en proposant un son punk particulièrement énergique. Que Mick Jones, ancien membre des Clash, soit leur producteur n’étonnera guère tout ceux qui ont eu l’occasion de les entendre. Leur discographie se limite à deux albums, Up The Bracket, qui nous intéresse ici et qui est sorti en 2002, et un autre, sobrement intitulé The Libertines, paru deux ans plus tard, quelques mois avant leur séparation. Le groupe s’est reformé en 2010, mais jusqu’à présent uniquement pour donner des concerts.

Deux chanteurs-guitaristes, un bassiste et un batteur forment ce groupe, à la musique quelque peu basique, mais tellement pleine d’énergie qu’elle peut facilement déchaîner l’enthousiasme. Pas toujours parfaitement maîtrisé, le son de The Libertines ressort pourtant largement du lot. Pas simplement parce qu’elle rappelle une époque, l’apogée du punk, désormais révolue, mais aussi parce que rarement autant de punch a été contenu dans un simple CD.

Car jamais tout au long de Up the Bracket, The Libertines ne baisse de rythme. Enfin si, un peu, le temps de quelques ballades ou introductions plus calmes, mais c’est juste pour laisser l’auditeur reprendre son souffle avant de repartir de plus belle. On n’a donc jamais le temps de s’ennuyer, car même si la plupart des titres sont sur le même rythme, jamais on n’a l’impression d’entendre 12 fois le même morceau. 12 morceaux qui plus est de grande qualité, sans aucun qui ne soit réellement en retrait. Cet album tient vraiment du concentré : concentré d’énergie, d’enthousiasme et de qualité… pour ne pas dire de bonheur.

Le meilleur titre Up the Bracket est à mon sens Boys in the Band. C’est sans doute le morceau où The Libertines fait preuve d’une réelle maîtrise. L’énergie est toujours là, mais moins brute de décoffrage. On se dit alors que cet album pourrait donc encore être meilleur. Certes, mais il y perdrait sans doute beaucoup de sa singularité et de son charme. Bref, on ne peut pas tout avoir dans la vie, ceci en constitue une nouvelle preuve.

La grande qualité de Up the Bracket tient vraiment de la synergie entre Pete Doherty et Carl Barat, car aucun de leurs projets suivants n’a atteint les mêmes sommets. Les recettes étaient les mêmes, l’énergie bien présente, mais il manquait cette petite étincelle de génie qui parcourt tout un album et non seulement un single ou deux. Un peu comme les Beatles en somme… Bon, pas sûr que l’histoire laisse une même place pour ces deux groupes, mais on espère tout de même que la reformation de The Libertines aboutisse à de nouveaux albums.

Up the Bracket est donc un petit bijou, au son punk festif, taillé dans l’énergie pure.

Avant d’achever cet avis, faisons le tour des titres de cet album.

1.: Vertigo
Un rock jazzy et entraînant pour débuter.

2.: Death On The Stairs
Un son beaucoup plus brute de décoffrage et débordant d’énergie.

3.: Horror Show
Toujours dans l’énergie, porté par l’enthousiasme, à défaut de maîtrise.

4.: Time For Heroes
Une instrumentation plus mélodieuse, mais toujours portée par une grande énergie.

5.: Boys In The Band
Un morceau plus maîtrisé et qui du coup est vraiment excellent.

6.: Radio America
Une chanson calme qui permet de reprendre son souffle.

7.: Up The Bracket
Pure énergie pour un titre qui donne envie de sauter partout.

8.: Tell The King
La voix est ici plus mise en avant, pour un titre qui reste très bon.

9.: Boy Looked At Johnny
Ca repart dans tous les sens ! Mais c’est bon !

10.: Begging
Entre calme et énergie, toute la palette de The Libertines en une seule chanson.

11.: Good Old Days
L’énergie monte doucement dans ce titre vraiment excellent.

12.: I Get Along
De l’énergie à revendre, à l’image de l’album tout entier.