LIMITLESS : Plus malin qu’il en a l’air

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limitlessafficheIl paraît que nous utilisons moins de 20% du potentiel de notre cerveau. Bon, quand on entend certains, on se dit que parfois ce chiffre est encore bien inférieur. Mais ceci n’est pas le sujet ici. Parlons plutôt du film Limitless, avec le beau Bradley Cooper, qui utilise cette affirmation comme idée de départ d’un scénario qui se révèle au final bien plus réussi que prévu.

Eddie Mora est loser, écrivain raté en mal d’inspiration, qui voit sa petite amie le quitter, fatiguée de lui servir de soutien moral et financier. Alors quand il croise son ancien beau-frère, ancien dealer, prétendument reconverti en commercial pour l’industrie pharmaceutique et que ce dernier lui propose une drogue révolutionnaire capable de booster son intelligence et l’aider à écrire enfin une ligne, il finit par essayer. Le résultat est spectaculaire… mais temporaire. Et quand il cherche à en obtenir plus, il trouve un cadavre, mais finit par dénicher le stock que le assassins recherchaient probablement. Commence alors pour lui une fulgurante ascension. Mais entre les effets secondaires et les convoitises, son rêve flirte vite avec le cauchemar.

Limitless tient plus du polar que du film de science-fiction. La drogue révolutionnaire n’est qu’un prétexte et représente simplement une forme nouvelle et originale d’une recette vieille comme le cinéma : un personnage se retrouve en possession d’un objet qu’il n’est pas censé posséder, qui lui apporte beaucoup, mais le met en danger. Et pendant une bonne partie du film tout se déroule comme on pouvait s’y attendre. Le dénouement qui se dessine semble vraiment cousu de fil blanc, et si le spectacle fut tout de même divertissant, on s’attend à en repartir un tantinet déçu. Puis les ultimes secondes nous offrent un rebond inattendu qui change radicalement le regard que l’on peut porter sur ce scénario, plus intelligent qu’il en avait l’air.

Limitless échappe, et c’est tant mieux, à un discours moralisateur lourdingue. On parle de drogue, de succès obtenu en « trichant », il aurait donc été facile de nous livrer une conclusion manichéenne. Il n’en est rien et sans dévoiler la teneur du dénouement, sachez simplement que tout ne se termine pas par « il a été puni, il se repend et trouve finalement le vrai bonheur dans une vie simple et honnête ».

En plus de cela, Limitless est réalisé avec efficacité, à défaut de brio. Neil Burger s’essaye bien à quelques effets « artistiques » originaux, mais franchement, cela n’apporte rien, si ce n’est quelques fois prêter un peu à sourire. L’effort était louable certes, mais le résultat n’apporte pas grand chose. Ca ne gâche pas le plaisir non plus. Mais enfin, cela contribue avec le côté faussement attendu du scénario à laisser le spectateur un rien sceptique pendant une bonne partie du film.

limitlessSi le spectateur ne décroche jamais vraiment, c’est grâce au beau duo d’acteurs formé par Bradley Cooper et Robert De Niro. Evidemment, on ne présente plus le second et si Limitess ne figurera jamais dans ses plus grands rôles, il y apporte assez de talent et de charisme pour tirer le film vers le haut. Le premier, quant à lui, confirme de films en films qu’il est destiné à devenir une valeur sûre d’Hollywood. Il n’est peut-être pas l’acteur le plus expressif qui soit, mais son charme irradie à l’écran, surtout qu’il sait ne pas en abuser et à jouer tout de même aussi un tantinet la comédie.

Limitless est donc un film qui nous laisse sur une assez bonne impression finale pour nous faire totalement oublier qu’on a craint pendant fort longtemps d’être devant d’une production moyenne, si ce n’est médiocre. Il ne révolutionnera certainement pas le 7ème art, mais peut vous permettre néanmoins de passer un bon moment.

Fiche technique :
Production : Gaumont, Relativity Produced, Rogue-Many River / Boy of the Year, Intermedia Film
Distribution : Gaumont Distribution
Réalisation : Neil Burger
Scénario : Leslie Dixon
Montage : Naomi Geraghty
Photo : Jo Wilems
Format : 35mm
Décors : Patrizia Von Brandenstein
Musique : Paul Leonard-Morgan
Durée : 105 mn

Casting :
Bradley Cooper : Eddie Morra
Abbie Cornish : Lindy
Robert De Niro : Van Loon
Anna Friel : Melissa
Andrew Howard : Gennady
Johnny Whitworth : Vernon

X-MEN : LE COMMENCEMENT : Et le mutant fut !

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xmenlecommencementaffichePour introduire cette critique, j’ai d’abord pensé parler des films de super-héros en général, surtout que l’actualité est riche en ce moment à ce niveau-là. Mais comme je fais systématiquement ça pour tous les films de super-héros, je me suis dit que vous, merveilleux lecteurs, méritiez mieux que ça. Alors j’ai envisagé de parler des « prequels », nouvelle mode cinématographique pour scénaristes en mal d’inspiration. Cependant, une telle introduction manquerait elle-aussi sérieusement d’originalité. Du coup, que faire ? J’ai donc décidé finalement d’innover radicalement, en abattant les barrières, en mixant les deux et en vous disant simplement que X-Men : le Commencement est un prequel de super-héros…

Le jeune Charles Xavier sait depuis son plus jeune âge qu’il est différent des autres et doté de pouvoirs télépathiques puissants. Il a vite compris aussi qu’il n’était la seul sur Terre. Pour l’instant, Erik Lehnsherr l’ignore et parcourt le monde pour venger ses parents, morts dans les camps de concentration nazis, grâce à sa maîtrise du magnétisme. Mais le destin des deux hommes vont finir par se croiser, ainsi que celui de nombreux autres « mutants », alors que le monde est au bord d’une guerre nucléaire entre les USA et l’URSS.

Je l’avais dit en conclusion de ma critique sur le très décevant Thor, X-Men : le Commencement était très attendu et les premiers échos très favorables. Ils l’étaient à raison, tant ce film est une réussite. La présence derrière la caméra de Matthew Vaughn, le réalisateur du génialissime Kick-Ass, y est pour beaucoup, même si, on l’a vu avec le Dieu Nordique et son marteau, un grand nom du cinéma n’est pas toujours synonyme de réussite.

Que ceux qui n’ont vu aucun des films de la trilogie initiale se rassurent, ils n’en souffriront pas. Les évènements se situant plusieurs décennies avant, il n’y a évidemment pas d’éléments que l’on est censé connaître avant que ne débute l’intrigue. Après, il est certain qu’une large partie du plaisir que l’on peut éprouver en regardant X-Men : le Commencement réside dans le découverte du passé de personnages familiers. Mais le scénario est assez solide en lui-même pour entrer dans totalement dans cette histoire, qui réécrit l’Histoire, la vraie, la Crise de Cuba en particulier, de manière assez jouissive. Il y a dans ce film une certaine nostalgie des films d’espionnage du temps de la guerre froide. Bref, les jeunes X-Men sont comme des James Bond et le Club des Damnés ressemble fort au SPECTRE. Aux super-pouvoirs près…

Alors évidemment, reste le débat pour l’initié que je suis… Mais si des piles de comics ne s’empilent pas dans votre appartement comme dans le mien, vous serez totalement indifférent au fait que faire de Mystique la sœur adoptive du Professeur Xavier, c’est que…comme dire… Bah tout simplement Mystique n’est pas la sœur adoptive du Professeur Xavier !!! Bon ok, je sens qu’il y a des lecteurs qui décrochent, alors passons… Plus largement, X-Men : le Commencement recèle quand même pas mal de clins d’oeil à l’univers Marvel en général, mais de manière assez discrète pour que les non-initiés n’y voient que du feu. On notera simplement la très courte, mais géniale apparition de Hugh Jackman qui ravira les fans.

xmenlecommencementX-Men : le Commencement, sans être du même niveau que les deux premiers Spider-man de Sam Raimi, constitue sans aucun doute une des meilleures productions Marvel. Les films de super-héros reposant forcément beaucoup sur leurs personnages, leur donner de l’intérêt et de l’épaisseur est fondamental. Matthew Vaughn y parvient à la perfection, ce qui permet d’apprécier encore plus pleinement les scènes d’actions spectaculaires et les effets-spéciaux remarquables. Du grand spectacle donc, mais pas que.

Le casting est aussi un élément déterminant de la réussite de X-Men : le Commencement. Si Kevin Bacon est parfait en grand méchant, mais on pouvait s’y attendre venant d’un tel acteur, la vraie surprise vient du duo formé par James McAvoy et Michael Fassbender. On avait découvert le premier dans l’excellent Wanted. Le second avait impressionné le monde entier par sa performance physique dans Hunger, pour lequel il avait du perdre énormément de poids. Ils arrivent tous deux à donner une grande crédibilité à leur personnage, ce qui n’est jamais facile dans un film de super-héros. Michael Fassbender parvient notamment à parfaitement retranscrire l’ambiguïté de celui qui deviendra Magneto, interprété de manière beaucoup plus manichéenne par Ian McKellen dans la trilogie initiale.

X-Men : le Commencement nous réconcilie donc avec les films de super-héros. Les sorties prochaines, notamment celle de Captain America sera-t-elle réjouissante ?

Fiche technique :
Production : 20th Century Fox, Marvel Enterprises, Bad Hat Harry productions
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Matthew Vaughn
Scénario : Sheldon Turner, Bryan Singer, Zack Stentz, Jane Goldman, Matthew Vaughn
Montage : Eddie Hamilton
Photo : John Mathieson
Son : Simon Hayes
Musique : Henry Jackman
Effets spéciaux : Cinesite (Europe) Ltd.
Maquillage : Nana Fischer
Directeur artistique : Tom Frohling
Durée : 132 mn

Casting :
James McAvoy : Charles Xavier, Professeur X
Michael Fassbender : Erik Lehnsherr, Magneto
Kevin Bacon : Sebastian Shaw
Jennifer Lawrence : Raven Darkholme, Mystique
Rose Byrne : Moira MacTaggert
Nicholas Hoult : Hank McCoy, Le Fauve
Oliver Platt : L’homme en costume noir
Alex Gonzalez : Janos Quested, Riptide
Jason Flemyng : Azazel

OPERATION TONNERRE (Ian Fleming) : Naissance d’un célèbre SPECTRE

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operationtonnerreOpération Tonnerre est connu comme étant un des meilleurs James Bond, du moins de la période Sean Connery. A tel point qu’il fut le seul à avoir droit à un remake, Jamais Plus Jamais, avec… le même Sean Connery. En fait, ce roman est au centre d’un imbroglio judiciaire entre le scénariste Kevin McClory et Ian Fleming, le premier accusant l’autre d’avoir abondamment pompé ses idées pour écrire son roman. C’est ainsi qu’il récupéra les droits d’auteur sur l’histoire et pu se lancer dans la production d’une nouvelle version cinématographique… Mais bon laissons-là ces histoire de 7ème art pour nous concentrer sur notre sujet uniquement littéraire.

James Bond est en piètre forme physique. C’est pourquoi ces supérieurs l’envoient suivre une cure d’amaigrissement. Mais comme un agent secret n’est jamais tranquille, il y échappera à une tentative d’assassinat. Ce petit séjour lui ayant fait le plus grand bien, il peut affronter avec toutes ses facultés un nouvel ennemi : le SPECTRE. Une organisation terroriste qui a réussi à dérober deux bombes atomiques.

Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet avec le fait que Ian Fleming se soit largement inspiré du travail d’un autre, mais il est incontestable que Opération Tonnerre est supérieur à tous les romans de la série l’ayant précédé Intrigue plus complexe, personnages plus fouillés, péripéties variées et prenantes… Bref tous les ingrédient d’un bon roman d’espionnage à l’ancienne. Si on ajoute à cela émergence d’un grand méchant légendaire, ce livre est vraiment le premier, avec peut-être Casino Royale, qui peut mériter d’être lu au-delà de la curiosité de savoir où est né l’espion le plus célèbre du monde.

Opération Tonnerre reste certes une série B de la littérature, mais possède tout le charme lié à ce genre de roman. Ca se lit facilement, n’est pas très long, avec un style et une intrigue qui ne s’embarrassent guère de fioritures. Certes, comme je l’ai indiqué plus haut, cette dernière est un peu plus élaborée que d’habitude, mais elle reste rythmée et focalisée sur l’action, sauf peut-être dans son premier tiers. Le dénouement par contre est, comme d’habitude, très rapide et relativement brutal. Ceux qui n’aiment pas les fins à rallonge seront contents.

Il est intéressant de noter que ce roman a été écrit à partir de ce qui aurait du être le scénario du premier James Bond à l’écran. Et on sent déjà que le personnage de Ian Fleming tend quelque peu vers ce qu’il sera plus tard à l’écran, très différent de celui des premiers romans de la série. James Bond est un peu moins cette tête brûlée incontrôlable, à la limite parfois de la grossièreté, et arbore de plus en plus l’élégance et la classe qu’incarncera Sean Connery. On peut mettre ça sur le compte d’une évolution naturelle du personnage, forcément plus mature, mais l’influence du cinéma grand public de cette époque, aux personnages rarement ambigus a forcément joué un rôle.

Ian Fleming n’est définitivement pas le plus grand auteur qu’aura connu la langue anglaise. Mais il a crée un mythe et restera ainsi à la postérité. Sans cela, il est sûr que Opération Tonnerre aurait été oublié, comme toute cette littérature « de gare » produite entre les années 50 et 70. Personnellement, j’aime beaucoup cette littérature « populaire » (même si le terme est malheureusement trop souvent péjoratif) et la série de James Bond est quand même dans le haut du panier, en particulier ce volume.

Opération Tonnerre est un film à revoir assurément. Un roman à lire, c’est moins sûr, même s’il pourra vous procurer un moment de détente bien agréable.

LE CHAT DU RABBIN : La tolérance sort toujours de la bouche des félins

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lechatdurabbinafficheLe cinéma d’animation hexagonal n’a jamais brillé par la quantité de productions qui se retrouvent sur nos écrans petits et grands. Mais, par contre, la qualité, l’originalité et l’inattendu sont souvent au rendez-vous. Le Roi et l’Oiseau, les Maîtres du Temps, Kirikou, les Triplettes de Belleville, autant d’œuvres uniques en leur genre, surprenantes et souvent inclassables. Le Chat du Rabbin, adaptation par lui-même de la bande-dessinée de Joann Sfar, se situe dans cette droite lignée.

A Alger, dans les années 20, le rabbin Sfar découvre avec stupéfaction que son chat sait soudainement parler, après avoir mangé son perroquet. Un chat philosophe et impertinent, qui se met dans l’idée de faire sa bar-mitsva. Mais ce qui l’intéresse par dessus tout, c’est de traîner dans les bras de la belle Zlabya, la fille du rabbin.

J’ai été voir le Chat du Rabbin sans avoir jamais lu aucun des albums de la bande-dessinée dont il est tiré. J’ai donc eu sur ce film un œil dénué de tous préjugés ou d’attentes particulières. Et j’avoue avoir été au final plutôt charmé, à défaut de réel enthousiasme, par cet univers plein de poésie et d’humour. J’ai beaucoup aimé cette manière légère d’aborder des thèmes plutôt graves comme l’intolérance, la religion, le racisme et les préjugés. Le film délivre un message particulièrement pertinent et qui passe tout seul, telle une pâtisserie orientale.

Il est vrai que le Chat du Rabbin s’appuie sur une trame narrative un peu légère. L’intrigue en elle-même ne casse pas forcément des briques et n’est pas particulièrement intense. Mais ce film est plus comme un voyage dans un monde dans lequel on a plaisir à flâner et à rencontrer un grand nombre de personnages hauts en couleur que l’on quitte toujours à regret. Cela constitue sans doute la plus grande limite de cette œuvre, tout en lui donnant aussi son originalité et une part de son charme. Joann Sfar est définitivement un artiste anticonformiste, qui s’amuse à détourner les formes d’expression de leur cadre habituel. En cela, ce film est sympathiquement rafraîchissant.

lechatdurabbinLe style graphique est lui-aussi très personnel. Il correspond à celui de la bande-dessinée (enfin pour le peu de souvenir que j’ai de l’avoir feuilleté). Je n’en suis pas particulièrement fan, mais il colle finalement bien à l’ambiance générale du Chat du Rabbin. Alors, très vite, une fois rentré dans le film, on oublie ses réticences à ce niveau. Restera tout de même un léger regret quant à la qualité de l’animation en elle-même qui n’est pas non plus exceptionnelle. Quant à la 3D… je ne me prononcerai pas, puisque je l’ai vu en 2D, mais j’ai du mal à imaginer ce que le relief pourrait apporter (si ce n’est un euro pour le distributeur).

Le casting vocal est d’un niveau rarement égalé dans notre pays. On voit bien que le succès de Gainsbourg, Vie Héroïque a donné envie à beaucoup de gens de travailler avec Joann Sfar. Le chat est doublé par François Morel, la fille par Hafsia Herzi, mademoiselle « je fais la danse du ventre comme personne ». On trouve aussi au détour des personnages François Damiens, Matthieu Almaric, Jean-Pierre Kalfon et Fellag. Maurice Bénichou en doublant le rabbin tient là un des rôles les plus importants de sa carrière, lui qui peuple le cinéma français de seconds rôles depuis près de 40 ans.

Le Chat du Rabbin ravira sûrement les amateurs de la BD… ou pas. Mais pour les autres, le dépaysement est garanti, assaisonné d’une bonne dose de poésie, pour une ode à la tolérance agréable et impertinente, qui aurait gagné à être porté par une intrigue plus conséquente.

Fiche technique :
Production : Autochenille productions, TF1 Films, UGC, Banjo studio
Distribution : UGC distribution
Réalisation : Joann Sfar, Antoine Delesvaux
Scénario : Joann Sfar, Sandrina Jardel, d’après la BD de Joann Sfar
Montage : Maryline Monthieux
Musique : Olivier Daviaud
Durée : 100 mn

Casting :
François Morel : le chat
Maurice Bénichou : le rabbin
Hafsia Herzi : La fille du rabbin
François Damiens : le reporter
Mathieu Amalric : le prince
Jean-Pierre Kalfon : le Malka des Lions
Fellag : le Cheikh Mohammed Sfar
Marguerite Abouet : l’Africaine
Sava Lolov : le peintre russe

VERY BAD TRIP 2 : Very useless movie

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verybadtrip2afficheRevoir de nombreuses fois le même film ne me dérange pas le moins du monde… Ayant vu une bonne cinquantaine de fois (sans rire) la trilogie initiale de Star Wars, j’aurais bien du mal à affirmer le contraire. Les très bons films, c’est comme les bonnes recettes de cuisine, on ne s’en lasse pas, même si, d’une fois sur l’autre, rien n’a changé. On prend également parfois plaisir à voir le remake d’un film qu’on a beaucoup aimé, même si la nouvelle version n’égale pas la première. Very Bad Trip 2 ne rentre dans aucune de ces catégories puisqu’il s’agit d’une suite… Sauf que ce deuxième volet est en grande partie identique au premier, à une différence près. Mais une différence de taille…

Stu va se marier en Thaïlande et emmène avec lui Phil, Doug…et Alan, malgré ses réticence. Il veut à tout prix éviter la même mésaventure que lui et ses amis ont connu à Las Vegas, lors de l’enterrement de vie de garçon de Doug. Alors, ça sera une bière sur la plage et c’est tout… sauf qu’ils se réveillent finalement dans un hôtel miteux de Bangkok avec une nouvelle gueule de bois monstrueuse et aucun souvenir de la soirée. Or, le beau frère de Stu a disparu…

Very Bad Trip 2 ressemble comme deux gouttes d’eau au premier volet. Même structure, même point de départ, mêmes situations… Certes, le tigre a été remplacé par un singe facétieux, mais on les voit une nouvelle fois se réveiller avec un animal dont ils ignorent la provenance. La délocalisation en Thaïlande aurait pu être source de nouveautés, mais cet élément est largement sous-exploité et les nuits de Bangkok ne différent guère de celles de Las Vegas…surtout quand y retrouve le personnage de Chow, histoire de ne surtout pas trop dépayser le spectateur.

Mais Very Bad Trip 2 diffère radicalement du premier volet par un élément un tantinet important : il n’est pas drôle… Aucun gag de fonctionne vraiment et de toute façon, ils arrivent au compte goutte. Evidemment l’impression de déjà-vue joue beaucoup, mais il n’y a pas que ça. L’humour de ce film respire autant la médiocrité que celui de son prédécesseur débordait d’énergie, de rythme et de fous rires en cascade. C’est bien simple, je n’ai vraiment ri qu’une fois, à cinq minutes de la fin, quand Alan jette l’ancre d’un bateau qui vient d’atterrir à 20 mètres à l’intérieur des terres. C’est en arrière-plan, ça a sûrement échappé à de nombreux spectateurs, pourtant, ce constitue pour moi le meilleur moment du film. Trois secondes de bonheur pour 100 minutes d’ennui.

verybadtrip2Pourtant, on sent bien que Very Bad Trip 2 ne déploie pas les moyens d’un film de seconde zone. Beaucoup de talent y est mis en œuvre, mais rien ne peut rattraper le caractère foireux des gags. Pas même la réalisation qui fait souvent preuve d’imagination et d’un vrai sens de la photographie. Todd Philipps sait définitivement manier une caméra et on aimerait bien voir ce que cela pourrait donner s’il se décidait à tourner autre chose que de la bonne grosse comédie qui tâche. Cela sera peut-être pour une prochaine fois, parce que là, pour le coup, ça tâche et ça a du mal à partir au lavage.

Le seul réel plaisir de Very Bad Trip 2 est de retrouver la brochette d’acteurs du premier volet. Les jeunes femmes frissonneront à l’idée de revoir le beau Bradley Cooper, dont elles sont toutes amoureuses depuis ses débuts dans la série Alias. Son charme est toujours intact et on ne pourra pas lui reprocher de ne pas tenter d’en faire usage pour tirer le film vers le haut. Zack Galifianakis est toujours impeccable dans son rôle de névrosé incontrôlable. Mais sans l’effet de surprise, son petit numéro fait nettement moins d’effet, malgré l’énergie considérable qu’il déploie. De manière plus générale, la distribution n’y est pour rien dans le naufrage de ce film. A l’impossible, nul n’était tenu.

Very Bad Trip 2 confirme donc toutes les craintes qu’on pu avoir les cinéphiles au vu de la bande-annonce. Une sorte de remake sans intérêt, sans nouveauté et surtout sans gags drôles.

Fiche technique :
Production : Warner Bros Entertainment, Legendary Pictures, Green Hat Films
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Todd Phillipsa
Scénario : Craig Mazin, Scot Armstrong, Todd Phillips
Montage : Debra Neil-Fisher, Mike Sale
Photo : Lawrence Sher
Format : 35mm
Décors : Bill Brzeski
Musique : Christophe Beck
Directeur artistique : Desma Murphy, Philip Toolin
Durée : 100 mn

Casting :
Zach Galifianakis : Alan
Ed Helms : Stu
Bradley Cooper : Phil
Paul Giamatti : Kingsley
Ken Jeong : Mr. Chow
Justin Bartha : Doug
Mike Tyson : lui-même

PIRATES DE CARAIBES : LA FONTAINE DE JOUVENCE : Joli rebond

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piratesdescaraibeslafontainedejouvenceafficheL’éternel débat autour des suites n’est pas près de cesser entre cinéphiles. Il y a les allergiques, ou au contraire ceux qui aiment retrouver encore et toujours les mêmes personnages. Sans doute, la culture « série » qui a réellement émergé à la télévision depuis une quinzaine d’années nous a rendus plus tolérant dans ce domaine. Mais le grand n’est pas le petit écran s’écrieront certains ! Bref, de vraies discussions animées en perspective. Et Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence, le quatrième épisode des aventures du Capitaine Sparrow, a largement alimenté le débat ces dernières semaines. Un film que j’ai été voir en craignant le pire… mais qui finalement se révèle être un vrai nouveau départ pour la franchise.

La Fontaine de Jouvence attire bien des convoitises. Espagnols et Anglais sont sur le coup. Ces derniers essayent même de recruter le célèbre Capitaine Sparrow, qui possède une carte permettant d’y accéder. Mais c’est sans compter l’esprit d’indépendance du célèbre pirate. Un esprit qu’arrivera peut-être à mater la belle Angelica, qu’il a connu jadis dans un couvent espagnol.

La grande et bonne idée, mais peut-être involontaire, de Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence est de s’être débarrassé de plusieurs personnages de la trilogie initiale, notamment ceux interprétés par Keira Knightley et Orlando Bloom. Du coup, cela laisse beaucoup plus de place à de nouveaux protagonistes qui apportent un peu de fraîcheur et dépoussièrent un peu cette franchise, dont les 2ème et 3ème volets avait été sympathiques mais sans plus. A défaut d’être vraiment génial et de pouvoir égaler le premier, ce 4ème volet constitue tout de même un agréable divertissement et une bonne surprise.

Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence a aussi la bonne idée de laisser un peu plus de places aux personnages secondaires que les précédents épisodes. Que les fans de Johnny Depp se rassurent, ses facéties occupent encore une large part de ce volet, mais on apprécie aussi de voir Geoffrey Rush avec un rôle un peu plus consistant que précédemment. On ne regrettera pas non plus le remplacement de Keira Knigthley par Penelope Cruz en tant que touche de charme obligatoire. Au-delà de l’actrice elle-même, c’est surtout le personnage qui est nettement plus intéressant et étoffé que celui de la belle qui se fourre dans le pétrin et qu’il faut aller délivrer.

piratesdescaraibeslafontainedejouvenceEt puis, Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence recèle quelques jolis moments de cinéma. La séquence où surviennent les sirènes est notamment particulièrement réussie, aussi bien sur le contenu que sur la forme. Cela démontre que la franchise a plutôt bénéficié du passage de témoin entre Rob Marshall et Rob Verbinski. On sent la patte d’un vrai réalisateur, même si on sent aussi encore la patte du politiquement correct à la Disney. Cependant, le côté assez troublant, il faut bien l’avouer, de ces créatures de légende apportent un peu de sensualité dans une saga pour l’instant assez chaste.

Le scénario de Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence n’est pas le plus génial qui soit. Il est vrai qu’il n’y a guère de rebondissements. Nous sommes là face à un film d’aventure classique où s’enchaînent un peu linéairement diverses péripéties qui séparent les héros de leur but final. Cependant, il est suffisamment rythmé et apporte assez de variété pour qu’on puisse l’apprécier, sans jamais s’ennuyer une seule seconde. Après, le talent des acteurs fait le reste pour entretenir la flamme qui nous séduit depuis le début de la saga.

Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence ne constitue donc pas encore le film de trop pour cette saga, alors qu’on pouvait sérieusement le craindre. On peut même parler de rebond et on attend à nouveau la suite avec impatience.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Jerry Bruckheimer Films
Réalisation : Rob Marshall
Scénario : Jay Wolpert, Terry Rossio, Ted Elliott, Stuart Beattie
Montage : David Brenner, Wyatt Smith
Photo : Dariusz Wolski
Décors : Gordon Sim
Distribution : The Walt Disney Company France
Musique : Hans Zimmer
Effets spéciaux : John Frazier
Maquillage : Kim Ayers, Chantal Boom’la, Paul Boyce, Belinda Bryant
Directeur artistique : John Chichester, Robert Cowper, Zack Grobler, Tomas Voth
Durée : 140 mn

Casting :
Geoffrey Rush : Hector Barbossa
Penelope Cruz : Angelica
Johnny Depp : Jack Sparrow
Ian McShane : Barbe noire
Astrid Berges-Frisbey : Syrena
Sam Claflin : Philip
Kevin R. McNally : Joshamee Gibbs

LA DEFENSE LINCOLN : VIve les traditions !

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ladefenselincolnafficheUne récente affaire, dont on a assez peu parlé dans les médias, entre un homme politique et une femme de chambre, a engendré moult comparaisons entre les systèmes judiciaires français et américains. Beaucoup de critiques ont été émises contre ce dernier. Je suis persuadé qu’aucune ne provenait de cinéphiles éclairés. Car s’il y a bien quelque chose qui est à l’origine de sacrés bons films, c’est la nécessité pour les avocats de la défense de réaliser leurs propres enquêtes. Le dernier d’entre eux s’appelle la Défense Lincoln.

Michael Haller est un des avocats préférés des petits voyous de Los Angeles. Grâce à sa Lincoln Continental, il va de tribunaux en tribunaux, de prison en prison, exercer ses talents et son habilité. Un jour, il est embauché par une riche famille pour défendre le grand fiston, accusé d’agression sexuelle. Une grosse affaire, comme il en a eu rarement à traiter. Mais rapidement, il va s’apercevoir qu’il ne s’agit par contre pas d’une bonne affaire…

La Défense Lincoln se situe dans la longue tradition des films hollywoodiens de procès. Et même si ce genre ne se réinvente que très rarement, il faut bien avouer que, lorsque le résultat est réussi, le plaisir est toujours aussi intense. On a vraiment l’impression que ce système judiciaire a été conçu uniquement pour offrir aux scénaristes une source d’inspiration sans fin. Et comme ce film est l’adaptation d’un roman de Michael Connelly, star du polar, on est là dans le haut du panier de ce genre de production.

La Défense Lincoln est donc archi-classique, mais se donne tous les moyens de réussir. Des personnages très réussis tout d’abord. Là encore, on recycle de vieilles recettes, mais avec beaucoup de goût et de talent. Les protagonistes sont ambiguës dans l’absolu, mais, très vite, sympathie et antipathie vont se focaliser sur certains. Les doutes qui assaillent l’avocat lui donnent une sorte de caution morale (au fond, il n’est pas si pourri que ça et cherche à s’amender), mais le charme avait agi depuis longtemps et, même sans cela, on lui aurait pardonné dans tous les cas.

Le scénario est bien construit, rythmé et recèle quelques surprises. Il n’y a pas d’énormes rebondissements dans la Défense Lincoln, plutôt quelques doutes qui naissent peu à peu, quelques fausses pistes et quelques plans machiavéliques que l’on devine sans très bien les comprendre dans un premier temps. La tension et l’intérêt sont donc maximum tout du long et ne tiennent pas uniquement dans un twist final attendu, comme bien trop de polar de nos jours. Un scénario consistant donc, tel qu’on pouvait l’attendre pour une adaptation d’un maître du genre.

ladefenselincolnLa réalisation est quant à elle sobre et classieuse. Le travail de photographie donne à la Défense Lincoln un petit aspect rétro, hommage aux polars des années 60-70 (Bullit, les 3 Jours du Condor…). Le ton tire parfois sur le film noir, mais Brad Furman reste sur sa ligne directrice visuelle qui empêche le film de se prendre trop au sérieux. L’image de macho au grand cœur, l’importance donnée à sa voiture renvoie aux personnages interprétés par Boggart, même si c’était alors la figure du détective privée qui primait, non celle de l’avocat. En tout cas, pour un premier film, on ne peut que saluer ce travail, même si certains trouveront peut-être qu’il manque du coup un peu de personnalité.

Matthew McConaughey tient là un de ses rares premiers rôles, depuis En Direct sur Ed TV en 1999. Il s’en sort brillamment, rendant crédible un personnage classique certes, mais qui demande beaucoup de classe pour être crédible. En face de lui, Ryan Phillips que l’on avait un peu perdu de vue depuis son interprétation d’un Valmont moderne dans Sexe Intentions. Un retour remarquable dans un rôle ambiguë qui lui va à ravir.

La Défense Lincoln est donc le dernier né d’une longue tradition hollywoodienne. Mais le bébé est vraiment réussi et donne envie de faire perdurer les coutumes.

Fiche technique :
Production : Sidney Kimmel
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Brad Furman
Scénario : John Romano, d’après le livre de Michael Connelly
Montage : Jeff McEvoy
Photo : Lukas Ettlin
Décors : Charisse Cardenas
Son : Steven A. Morrow, C.A.S
Musique : Gregory Tripi
Effets spéciaux : Dennis Dion
Maquillage : Melanie Hugues-Weaver
Durée : 118 mn

Casting :
Matthew McConaughey : Mick Haller
Marisa Tomei : Maggie McPherson
Ryan Philippe : Louis Roulet
Michael Peña : Jesus martinez
Frances Fischer : Mary Windsor
William H. Macy : Franck Levin

ME, MYSELF AND US (Pascale Picard) : Vive le Québec libre !

pascalepicardmemyselfandus

pascalepicardmemyselfandusPascale Picard et son album Me, Myself and Us ont constitué une des bonnes surprises musicales de l’année 2007. Cette auteur et interprète québecoise en a charmé plus d’un avec sa douce voix interprétant une folk élégante et mélodieuse. Notre pays aura attendu un an de plus avant de pouvoir la découvrir, mais le succès n’y fut pas négligeable. Et c’est avec raison, puisque cet album nous offre un petit moment de bonheur auditif.

On parle souvent de Pascale Picard, mais il s’agit en fait d’un groupe… le Pascale Picard Band… C’est dire si la personnalité de la chanteuse est prégnante et occupe presque toute la lumière des projecteurs. Mais il serait dommage d’oublier Mathieu Canti, le guitariste, Philippe Morissette, le bassiste et Marc Chartrain le batteur. Une formation classique donc, qui accompagne avec bonheur la très jolie voix de Pascale Picard.

Pascale Picard pourra donc vous réconcilier avec les chanteuses québecoises. Les plus francophiles pourront regrette qu’elle ne chante qu’en langue anglaise, mais quand la musique est bonne… En plus, comme ça, il n’y a aucune chance qu’elle nous livre des chansons écrites par Jean-Jacques Goldman, ce qui constitue une autre très bonne raison d’écouter Me, Myself and Us. Mais elles sont encore bien plus nombreuses que ça.

Pascale Picard fait preuve ici d’un talent et d’une maîtrise rare pour un premier album. Elle nous livre un folk plutôt doux, mais sait mettre parfois beaucoup plus d’énergie dans des titres tirant vers le rock. Mais elle conserve toujours une ligne mélodique particulièrement harmonieuse. S’y rajoute une voix qui est aussi à l’aise dans la douceur murmurée que dans les vocalises plus intenses. Bref, du talent, beaucoup de talent, énormément de talent, à défaut d’une imagination débordante.

En effet, si on devait faire un seul reproche à Me, Myself and Us, cela serait son classicisme. Il pourrait ressembler à bien d’autres albums folk, si ce n’est qu’il se démarque nettement par la qualité constante des titres. On en a donc vraiment pour son argent de la première à la dernière plage. On pardonnera donc l’absence de prise de risque artistique. Mais Pascale Picard et ses petits copains affichent une telle maîtrise qu’on peut espérer que les prochains albums seront un peu plus innovants.

Il est donc difficile de détacher un titre phare plutôt qu’un autre. Le single le plus connu, Gate 22, est sans aucun doute un des meilleurs morceaux. C’est aussi sans doute celui qui permet de juger en quelques minutes l’étendu du talents et des capacités de Pascale Picard, alternant le calme et l’énergie avec toujours le même bonheur et le même talent. Personnellement, j’ai aussi une tendresse particulière pour le titre A While. Mais chacun pourra trouver son bonheur dans Me, Myself and Us, tant il n’y a rien à jeter, à part, si on est très très méchant, le titre Annoying, un peu plus en retrait. Mais bon, on reste tout de même dans le haut niveau. Je n’échangerais pas ce titre contre toute la discographie de Céline Dion.

Pascale Picard confirme donc avec Me, Myself and Us tout le talent que le single Gate 22 nous a pu faire entrevoir. Et elle le confirme de la première à la dernière plage !

Avant de nous quitter, passons-en revue les titres de cet album.

1 – Thinking Of It
La voix ne colle pas tout à fait à la mélodie, mais cet effet, parfaitement maîtrisé, donne un résultat sympa.

2 – Gate 22
Un single très réussi. L’accompagnement est simple, c’est la voix qui fait tout, tour à tour douce et énergique, mais toujours parfaitement posée.

3 – Smilin’!!
Une jolie chanson douce.

4 – Unconscious Liar
Plus énergique mais toujours aussi bon.

5 – That Is The Matter
Plus rock, moins maîtrisé, mais l’énergie compense.

6 – Annoying
Encore plus rock, mais moins harmonieux et moins bon.

7 – Let’s Have a Drink
Un retour au calme et à la douceur… et c’est bon !

8 – Sorry
Une ballade un peu décousue.

9 – A While
Energique, entraînant, excellent.

10 – When At The End Of The Road
Un titre enjoué et sympa.

11 – Useless
Belle ballade rock, un peu mélancolique.

12- Half Asleep
Ballade douce qui sonne comme un au revoir.

LE COMPLEXE DU CASTOR : Epouse-moi Jodie !

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lecomplexeducastorafficheIl paraît que nous avons tous du talent. Il est parfois plus ou moins caché, mais il semblerait qu’il y a toujours un domaine dans laquelle nous excellons. Enfin, certains ont quand même été plus vernis que d’autres. Voire même, pour certains, cela tourne à l’indécence, empilant les talents comme d’autres les arriérés d’impôt, sans penser une seule seconde à en donner un peu aux autres. Parmi ces personnes détestables, il y a Jodie Foster. Parce qu’en plus d’être une immense actrice, elle nous prouve avec son premier film, le Complexe du Castor, qu’elle est également une grande réalisatrice. Il n’y pas de justice !

Walter est dépressif. Quand il ne passe pas son temps à ne rien faire, il dort. Cette situation devient peu à peu totalement insupportable pour sa famille et il finit par quitter le foyer familial pour vivre à l’hôtel. Après une tentative de suicide ratée, il tombe par hasard sur une marionnette de castor, abandonnée dans une poubelle. Il en fait un personnage capable de dire tout ce qu’il n’est plus capable d’exprimer. Un moyen de thérapie efficace ?

Pour résumer, le Complexe du Castor est un film sur un type qui n’est plus capable de parler qu’à travers une marionnette de castor enfilée sur sa main gauche. Dis comme ça, cela ne donne pas vraiment envie et a de quoi intriguer. Mais s’il y a bien un terme pour qualifier les débuts de Jodie Foster derrière la caméra, ce serait « surprenant ». Surprenant pas son scénario incroyablement original et riche. Et surprenant par la qualité de la mise en scène, qui n’a rien de celle d’une débutante.

Il serait dommage d’en dire trop sur cette histoire hors du commun. Je soulignerais simplement la variété des tons qu’elle prend tour à tour : drôle, touchant, sombre, inquiétant, dramatique, optimiste, sensuel, émouvant,… Bref tout un panel de sentiments que le spectateur partage avec force et surtout enthousiasme. L’intrigue se déroule avec un vrai rythme et une vrai fil conducteur, le Complexe du Castor n’est en rien un catalogue. Pourtant, jamais il ne s’appesantit trop longtemps sur un aspect ou un autre, pouvant ainsi séduire un très large public, qui sera totalement préservé de l’ennui.

lecomplexeducastorLe Complexe du Castor brille donc aussi bien par le fond et l’originalité du scénario que par la forme de sa mise en scène. Et au-delà du rythme, il y a une vraie élégance dans la caméra de Jodie Foster. Mais aussi une certaine virtuosité dans la manière dont elle fait de cette marionnette un personnage à part entière. Le choix des cadrages jouent un rôle capital dans la construction de l’intrigue et l’évolution du couple Walter-castor. On aurait pu facilement sombrer dans le ridicule, ou du moins sourire à des moments qui n’auraient pas du s’y prêter. Mais au contraire, on entre totalement dans cette histoire, qui pouvait pourtant nous sembler si improbable à l’origine.

Pour ses débuts à la réalisation, Jodie Foster a aussi su s’entourer d’un très beau casting, en commençant évidemment par elle-même. Quand on a une telle classe, un tel talent naturel, on facilite grandement le travail de son metteur en scène. Et quand il s’agit d’une seule et même personne, cela donne évidemment une synergie parfaite. A ses côtés, on retrouve un Mel Gibson comme on n’en avait pas vu depuis fort longtemps. Je ne suis vraiment pas fan de l’acteur, encore moins de l’homme, mais dans le Complexe du Castor, il nous rappelle avec brio pourquoi il figure encore dans les plus grandes stars d’Hollywood.

Le Complexe du Castor apparaît comme le plus film le plus surprenant, le plus original et le plus intelligent de cette année 2011. Il annonce surtout sans doute une seconde carrière pour Jodie Foster. Si elle est aussi riche et brillante que la première, cela nous promet d’autres très bons moments de cinéma comme celui-là.

Fiche technique :
Production : Summit Entertainment
Réalisation : Jodie Foster
Scénario : Kyle Killen
Montage : Lynzee Klingman
Photo : Hagen Bogdanski
Décors : Rebecca Meis DeMarco
Distribution : SND
Musique : Marcelo Zarvos
Durée : 90 mn

Casting :
Mel Gibson : Walter Black
Cherry Jones : la vice-présidente
Jodie Foster : Meredith Black
Anton Yelchin : Porter Black
Riley Thomas Stewart : Henry Black
Zachary Booth : Jared
Jennifer Lawrence : Norah

LA CONQUETE : Place des petits hommes

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laconqueteafficheUn film politique, qui plus est extrêmement réaliste, ne semble pas vraiment rimer avec comédie. Pourtant, avec une caméra qui cherche à nous montrer les êtres humains, avec leurs défauts et leurs faiblesses, on se rend vite compte que les arcanes du pouvoir sont le lieu rêvé pour un excellent vaudeville. Grands et petits de ce monde sont souvent frappés des mêmes travers, que l’Histoire, avec un grand H, a tendance à effacer. La Conquête constituait un pari osé, qui nous plonge au cœur de l’histoire avec un petit h de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Le résultat est particulièrement convaincant, malgré quelques limites.

2002, Jacques Chirac est réélu Président de la République. Comme premier ministre, il choisit Jean-Pierre Raffarin, au grand dam de Nicolas Sarkozy. Mais ce dernier, ne va pas tarder à afficher clairement ses ambitions présidentielles pour 2007. Et rien, ni personne ne l’arrêtera. Surtout avec Cécilia à ses côtés…

On a beaucoup parlé de la performance de Denis Podalydes, imitateur bluffant de notre Président. La voix, les tics, la démarche, le regard, tout y est. Un travail aussi impressionnant que celui de Marion Cotillard dans la Môme. Après, on peut toujours débattre sur la valeur réelle de tels rôles d’imitation plus que de composition. Surtout, que cela concerne à peu près tous les personnages. Bernard Le Coq en Chirac et Samuel Labarthe en De Villepin sont eux-aussi criants de ressemblance. Et vous n’aurez aucun mal à reconnaître d’autres personnalités politiques, pas forcément nommés, comme Rachida Dati ou Frédérique Lefebvre.

L’axe principal du scénario se situe sur la relation entre Nicolas Sarkozy et sa femme Cécilia. Quelque part, la conquête du pouvoir n’est qu’un décor pour ce mélo dont la fin est déjà connue. Un décor qui prend beaucoup de place, mais le fil rouge reste bien le déchirement de ce couple qui doit malgré tout sauver les apparences jusqu’au jour de l’élection. Notre Président y apparaît comme un homme éperdument amoureux, constamment partagé entre l’amour pour sa femme et son amour du pouvoir. On sait bien celui qui finir par l’emporter, mais la Conquête nous montre bien comment un tel destin en mouvement est inarrêtable.

laconqueteMais la Conquête reste néanmoins sans complaisance pour ses personnages et il est difficile de dire qu’il les rend plus sympathiques en les rendant plus humains. Au contraire, on plonge en plein cœur du décalage entre leur médiocrité d’hommes et la grandeur qu’ils doivent afficher en public. Ce décalage, s’il est inévitable en politique, donne un air de farce à chacun de leur agissement, alors que c’est le destin même du pays qui se joue. D’ailleurs, la musique est là pour le souligner constamment, avec des airs que l’on attendrait plus sur la piste d’un cirque que dans les salons de l’Elysée. Si on ajoute à cela des répliques sûrement trop bonnes et cinglantes pour être véridiques, ce film nous offre quelques moments d’anthologie délectables, comme le dernier déjeuner de travail entre Domique De Villepin qui vient de prendre la tempête CPE en pleine figure et un Nicolas Sarkozy qui sati pertinemment qu’il n’a plus rien à craindre de lui. Tout cela est étonnamment drôle, même si, parfois, on aimerait penser que tout cela n’est pas vrai.

Mais toutes ces qualités constituent au final la grande limite de La Conquête. A force de vouloir nous raconter les évènements au plus près de ce qui s’est réellement passé, on n’apprend au final pas grand chose… pour peu qu’on s’intéresse un minimum à la politique. Certes, vous me direz, tel n’était pas du tout là le propos de ce film. Mais il lui manque quand même des éléments qui en ferait autre chose qu’une imitation du réel même particulièrement réussie. Chaque médaille a son revers, on ne peut pas voir le beurre et l’argent du beurre… Bref, il était sûrement impossible de franchir cette limite sans changer radicalement le film, alors apprécions-le pour ce qu’il est.

La Conquête est donc un exercice cinématographique osé, mais parfaitement exécuté. Mais le partie pris d’un récit qui colle à la réalité ne nous permet pas de dépasser le stade de la sympathie pour cette histoire donc connaît déjà le dénouement.

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Gaumont
Réalisation : Xavier Durringer
Scénario : Patrick Rotman
Montage : Catherine Schwartz
Photo : Gilles Porte
Décors : Eric Durringer
Distribution : Gaumont
Musique : Nicola Piovani
Durée : 105 mn

Casting :
Denis Podalydès : Nicolas Sarkozy
Florence Pernel : Cécilia Sarkozy
Benrard Le Coq : Jacques Chirac
Jippolyte Girardot : Claude Guéant
Samuel Labarthe : Dominique de Villepin
Grégory Fitoussi : Laurent Solly
Pierre Cassignard : Frédéric Lefebvre
Saïda Jawad : Rachida Dati
Dominique Besnéhard : Pierre Charron