
Les propos abjects tenus par Laurent Wauquiez il y a une dizaine de jours m’ont fait me poser cette question existentielle : quel est le jour où j’ai décidé de ne pas être un assisté et j’ai préféré devenir un cadre supérieur ? Evidemment, ce jour n’existe pas car en fait la question n’a pas de sens. Pour la simple et bonne raison que je suis bel et bien un assisté !
Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Mais enfin, certains me diront que je travaille, que je cotise et que je paye des impôts ! Je ne suis donc pas un parasite. Mais dans ce cas-là qui l’est ? En effet, premièrement, tout le monde paye des impôts ! La plus grande invention française de l’histoire s’appelle la TVA et son succès est universel et mondial. Elle a ceci de magique qu’elle vous fait payer des impôts quand vous payez votre baguette de pain sans que ne vous en rendiez compte. Pourtant, elle représente près de la moitié des recettes de l’Etat (130,9 milliards sur 271,8), soit 2,5 fois plus que l’impôt sur le revenu (52,2 milliards) payés par les seuls « méritants ».
Bon, ok, les impôts ne sont pas un critère, mais bon je travaille… Enfin, il serait plus judicieux de dire que je suis salarié. Si on considère que travailler signifie être utile et créer de la richesse, pourquoi l’activité d’une mère célibataire, restant à la maison et vivant du RMI et des allocations, n’aurait pas la même valeur que celle d’une femme de ménage qui fait exactement la même chose ? On touche là la limite des indicateurs de richesse comme le PIB qui ne sait comptabiliser que les échanges qui se font sous forme monétaire. Pourtant, quand on connaît le coût pour la collectivité de l’ouverture d’une place de crèche, une mère au foyer enrichit toute la communauté en lui faisant faire des économies. Le travail domestique est un facteur objectif de création de richesses, au même titre que le salariat, mais il est dévalorisé pour la seule raison qu’il rentre difficilement dans les équations des économistes les plus libéraux.
Mais bon, reste l’argument ultime, je cotise ! En entretenant les assistés, je cotise à pertes et c’est injuste… Sauf que dire ça n’a aucun sens puisque par définition cotiser à un système d’assurances se fait à perte pour la majorité des assurés… Sinon, comment payer ceux qui en bénéficient au-delà de leurs cotisations lors « d’accidents » graves. On peut toujours mettre en avant le système bonus-malus des assurances automobiles qui vient contrer ce phénomène… sauf qu’il ne vient que l’atténuer car le système a fondamentalement besoin d’une majorité de cotisants à perte pour fonctionner. Le système assuranciel de la protection sociale est lui pleinement solidaire, même si certains voudraient le remettre en cause.
Bon bah si je cotise à perte, pourquoi je cotise ? Parce qu’il existe une chance que je sois du mauvais côté de la barrière un jour. J’aurais alors besoin de ce système solidaire qui impliquera forcément que d’autres cotisent pour moi à perte. En attendant, je me réjouis plutôt de voir mon argent partir vers d’autres, signe de revenus réguliers et d’une santé de fer.
Il semblerait donc que la frontière entre moi et les personnes dénoncées avec tant de haine par Laurent Wauquiez ne soit pas si nette que ça ! Diantre ! Vais-je devoir moi aussi faire des heures de travail d’intérêt général ? C’est fort possible, car lorsque l’on creuse encore, on s’aperçoit que ma situation est encore pire que ça. En effet, comment suis-je devenu ce cadre qui travaille, cotise et paye des impôts ? J’ai fait des études, pardi ! Après le triptyque primaire-collège-lycée, deux années en classe préparatoire puis grande école, 5 ans pendant lesquelles j’ai coûté plus cher à la collectivité que n’importe quel autre étudiant, coût dont j’ai, ou plutôt mes parents n’ont supporté qu’une infime partie. Tous les contribuables, y compris le RMIste qui achète sa baguette de pain, ont donc mis la main à la poche pour m’offrir la possibilité de gagner confortablement ma vie ! Je ne peux donc que le remercier chaleureusement !
Le contre-argument à ce que je viens de présenter est évidemment que je vais finir par rembourser ma dette à la société par mon travail, mes impôts et mes cotisations, alors que l’éternel RMIste non. Sauf qu’il y a une énorme différence entre lui et moi. C’est que moi, j’ai eu le choix et bizarrement, j’ai choisi de bien gagner ma vie. Et je ne connais personne qui ait fait le choix inverse.
Les propos de Laurent Wauquiez sont symptomatiques d’une certaine droite et de son électorat qui font des pauvres non des victimes, mais des coupables. Une vision de la société qui prédominait au XIXème siècle (relisez Zola à ce propos, il croque certains personnages qui vous rappellerons certains de nos contemporains). Ce genre de discours qui amène certains à développer des concepts aussi funestes que la « responsabilisation des malades »… Vous me rappelez la dernière fois que vous avez fait exprès d’être malade ?
Mais le plus choquant reste l’inexactitude de son discours purement idéologique, qui reposait sur des affirmations tout simplement mensongères. On peut alors se demander ce qui est le plus inquiétant : l’idée qu’un ministre puisse mentir volontairement ou qu’il base ses convictions sur des idées qu’il n’a jamais pris la peine de vérifier ? Mais être imprécis est si facile. Rappelez que le RMI est financé par l’impôt, que tout le monde paye, je le rappelle, et non les cotisations sociales et vous passerez pour un technocrate ennuyeux. Encore une fois les idées trop simples sont souvent de simples prétextes aux idéologies les plus nauséabondes.
Le pompon a été cette idée des travaux d’intérêt général à faire réaliser par les RMIstes. On passera sur le parallèle clair entre pauvreté et délinquance ou sur les arguments de l’UMP sur les difficultés d’organisation (par contre, moralement, il n’y a aucun problème ???). Mais enfin, soit on fait faire des choses inutiles à ces gens et dans ce cas là, on est vraiment dans la sanction, comme le bagnards qui cassaient des cailloux. Soit les tâches qu’on leur demanderait seraient utiles et dans ce cas-là, au lieu d’exploiter les pauvres, il serait plus intelligent de les faire accomplir dans le cadre d’un travail salarié, qui sortirait certains « assistés » de la précarité de manière durable. Du bon sens, dont Laurent Wauquiez semble totalement dénué.

Le seul aspect où l’on sent planer l’ombre de Kenneth Branagh est sur les rapports entre les personnages. Il y a quelque chose de shakespearien dans ces psychologies torturés par des rapports familiaux, emprunts de jalousie et de rivalité. Sauf que, même si tout ce beau monde porte des costumes qui pourraient être ceux d’une tragédie grecque, cela reste totalement surfait et encore une fois totalement attendu. Cela ne donne pas du tout de profondeur, cela contribue juste à ralentir une intrigue qui n’avait vraiment pas besoin de ça. 
Par contre, visuellement, l’Aigle de la 9ème Légion ne ressemble en rien aux films qui enchantaient nos mardis soirs du temps béni de la Dernière Séance. Les moyens ont été mis et le réalisme est cette fois de rigueur. Les décors ne semblent pas en carton pâte, les costumes ne semblent pas sortis du pressing et les accessoires du bazar du coin. Si on ajoute à ça des paysages grandioses (Visit Scotland!), des scènes de bataille parfaitement orchestrées, ce film a tout du spectacle cinématographique de grande qualité, à défaut d’être génial.

Patrice Leconte avait tout juste de quoi faire un long métrage avec ce scénario. Il l’étire donc un tantinet pour qu’il colle avec le minimum syndical pour une distribution en salle (à la fois, le spectateur n’a pas droit à une réduction si le film est particulièrement court). Mais il le fait avec son talent habituel, sa capacité à mettre en valeur ses acteurs et ses personnages, qui forment toujours l’âme de ses films. Du coup, le charme du début ne s’éteint jamais vraiment et l’on ressort de Voir la Mer avec un large sourire et le cœur plus léger.
Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme s’est donné les moyens techniques pour conquérir le monde. Costumes et décors sont splendides et spectaculaires. Le cinéma chinois nous a souvent offert de grandes fresques, n’hésitant pas à mobiliser des centaines ou milliers de figurants. C’est encore le cas ici, donnant à certaines scènes une réelle grandeur. J’apporterais simplement un nouveau petit bémol concernant certains effets spéciaux, qui font un peu datés. A l’heure où quasiment tous les films hollywoodiens frôlent la perfection à ce niveau-là, on devient quelque peu intransigeant à ce niveau-là. Mais bon, ici, rien de bien méchant et rien qui ne vienne vraiment gâcher le grand plaisir procuré par ce film. 
Bon à Tirer repose largement sur le duo des deux maris. Voir ces quasi quarantenaires persuadés de pouvoir brancher toutes les petites minettes de 20 ans dès que leur femme aura tourné le dos constitue le principal ressort comique de ce film… puisque évidemment, tout ne va pas se passer exactement comme prévu. Il y a quelque chose d’un peu pathétique dans leur démarche, mais les Frères Farrelly réussissent, avec beaucoup d’intelligence, à nous les rendre de plus en plus sympathiques au fur et à mesure de l’envolée de leurs illusions. Ils quittent leur statut de mâles obsédés et basiques pour celui… d’êtres humains, ce qui est déjà pas mal.
Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde repose essentiellement sur le duo d’acteurs, François-Xavier Demaison et Laurent Laffite. Ils livrent tous deux une prestation correcte, à défaut d’être inoubliable. Leur personnage est à l’image du film : intéressant dans sa découverte, mais qui finit par quelque peu tourner en rond. Du coup, ils sont condamnés aux mêmes mimiques, aux mêmes effets comiques. Ils réussissent néanmoins à rendre leurs personnages assez crédibles et sympathiques pour que l’on prenne plaisir à les suivre tout du long. 

La seule vraie satisfaction de ce film s’appelle Albert Dupontel. Mais est-ce vraiment étonnant pour cet acteur qui confirme à chaque sortie son immense talent et surtout sa polyvalence, longtemps ignoré du fait de son statut d’ex-comique. Il tire la Proie vers le haut et apporte assez de crédibilité à son personnage pour le sauver de la noyade. Surtout que son adversaire, remarquablement interprété par Stéphane Debac, fait quand même bien froid dans le dos par son cynisme et son redoutable pouvoir manipulateur. Par contre, Alice Taglioni, si elle reste une des plus belles actrices de l’hexagone, n’est vraiment pas crédible dans un rôle d’inspectrice de police totalement transparent.
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