SALAUDS DE PAUVRES OU LE CHOIX QUE JE N’AI JAMAIS EU 2, LE RETOUR !

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laurentwauquiezCet article, voilà plus d’une semaine que j’avait l’intention de l’écrire, mais je n’ai malheureusement pas eu le temps de le faire plus tôt. Evidemment, depuis l’actualité a complètement changé de sujet. J’aurais pu laisser tomber et commenter ce qui occupe depuis trois jours les médias du monde entier. Mais honnêtement, vu où en sont les choses, je n’aurais pas grand chose d’intéressant à dire et je n’écris pas ici pour me livrer à de la politique fiction autour d’un fait divers sordide. Je préfère donc continuer à me concentrer sur ce qui, espérons-le très fort désormais, va nous emmener jusqu’à l’élection présidentielle de 2012 : le débat d’idées !

Les propos abjects tenus par Laurent Wauquiez il y a une dizaine de jours m’ont fait me poser cette question existentielle : quel est le jour où j’ai décidé de ne pas être un assisté et j’ai préféré devenir un cadre supérieur ? Evidemment, ce jour n’existe pas car en fait la question n’a pas de sens. Pour la simple et bonne raison que je suis bel et bien un assisté !

Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Mais enfin, certains me diront que je travaille, que je cotise et que je paye des impôts ! Je ne suis donc pas un parasite. Mais dans ce cas-là qui l’est ? En effet, premièrement, tout le monde paye des impôts ! La plus grande invention française de l’histoire s’appelle la TVA et son succès est universel et mondial. Elle a ceci de magique qu’elle vous fait payer des impôts quand vous payez votre baguette de pain sans que ne vous en rendiez compte. Pourtant, elle représente près de la moitié des recettes de l’Etat (130,9 milliards sur 271,8), soit 2,5 fois plus que l’impôt sur le revenu (52,2 milliards) payés par les seuls « méritants ».

Bon, ok, les impôts ne sont pas un critère, mais bon je travaille… Enfin, il serait plus judicieux de dire que je suis salarié. Si on considère que travailler signifie être utile et créer de la richesse, pourquoi l’activité d’une mère célibataire, restant à la maison et vivant du RMI et des allocations, n’aurait pas la même valeur que celle d’une femme de ménage qui fait exactement la même chose ? On touche là la limite des indicateurs de richesse comme le PIB qui ne sait comptabiliser que les échanges qui se font sous forme monétaire. Pourtant, quand on connaît le coût pour la collectivité de l’ouverture d’une place de crèche, une mère au foyer enrichit toute la communauté en lui faisant faire des économies. Le travail domestique est un facteur objectif de création de richesses, au même titre que le salariat, mais il est dévalorisé pour la seule raison qu’il rentre difficilement dans les équations des économistes les plus libéraux.

Mais bon, reste l’argument ultime, je cotise ! En entretenant les assistés, je cotise à pertes et c’est injuste… Sauf que dire ça n’a aucun sens puisque par définition cotiser à un système d’assurances se fait à perte pour la majorité des assurés… Sinon, comment payer ceux qui en bénéficient au-delà de leurs cotisations lors « d’accidents » graves. On peut toujours mettre en avant le système bonus-malus des assurances automobiles qui vient contrer ce phénomène… sauf qu’il ne vient que l’atténuer car le système a fondamentalement besoin d’une majorité de cotisants à perte pour fonctionner. Le système assuranciel de la protection sociale est lui pleinement solidaire, même si certains voudraient le remettre en cause.

Bon bah si je cotise à perte, pourquoi je cotise ? Parce qu’il existe une chance que je sois du mauvais côté de la barrière un jour. J’aurais alors besoin de ce système solidaire qui impliquera forcément que d’autres cotisent pour moi à perte. En attendant, je me réjouis plutôt de voir mon argent partir vers d’autres, signe de revenus réguliers et d’une santé de fer.

Il semblerait donc que la frontière entre moi et les personnes dénoncées avec tant de haine par Laurent Wauquiez ne soit pas si nette que ça ! Diantre ! Vais-je devoir moi aussi faire des heures de travail d’intérêt général ? C’est fort possible, car lorsque l’on creuse encore, on s’aperçoit que ma situation est encore pire que ça. En effet, comment suis-je devenu ce cadre qui travaille, cotise et paye des impôts ? J’ai fait des études, pardi ! Après le triptyque primaire-collège-lycée, deux années en classe préparatoire puis grande école, 5 ans pendant lesquelles j’ai coûté plus cher à la collectivité que n’importe quel autre étudiant, coût dont j’ai, ou plutôt mes parents n’ont supporté qu’une infime partie. Tous les contribuables, y compris le RMIste qui achète sa baguette de pain, ont donc mis la main à la poche pour m’offrir la possibilité de gagner confortablement ma vie ! Je ne peux donc que le remercier chaleureusement !

Le contre-argument à ce que je viens de présenter est évidemment que je vais finir par rembourser ma dette à la société par mon travail, mes impôts et mes cotisations, alors que l’éternel RMIste non. Sauf qu’il y a une énorme différence entre lui et moi. C’est que moi, j’ai eu le choix et bizarrement, j’ai choisi de bien gagner ma vie. Et je ne connais personne qui ait fait le choix inverse.

Les propos de Laurent Wauquiez sont symptomatiques d’une certaine droite et de son électorat qui font des pauvres non des victimes, mais des coupables. Une vision de la société qui prédominait au XIXème siècle (relisez Zola à ce propos, il croque certains personnages qui vous rappellerons certains de nos contemporains). Ce genre de discours qui amène certains à développer des concepts aussi funestes que la « responsabilisation des malades »… Vous me rappelez la dernière fois que vous avez fait exprès d’être malade ?

Mais le plus choquant reste l’inexactitude de son discours purement idéologique, qui reposait sur des affirmations tout simplement mensongères. On peut alors se demander ce qui est le plus inquiétant : l’idée qu’un ministre puisse mentir volontairement ou qu’il base ses convictions sur des idées qu’il n’a jamais pris la peine de vérifier ? Mais être imprécis est si facile. Rappelez que le RMI est financé par l’impôt, que tout le monde paye, je le rappelle, et non les cotisations sociales et vous passerez pour un technocrate ennuyeux. Encore une fois les idées trop simples sont souvent de simples prétextes aux idéologies les plus nauséabondes.

Le pompon a été cette idée des travaux d’intérêt général à faire réaliser par les RMIstes. On passera sur le parallèle clair entre pauvreté et délinquance ou sur les arguments de l’UMP sur les difficultés d’organisation (par contre, moralement, il n’y a aucun problème ???). Mais enfin, soit on fait faire des choses inutiles à ces gens et dans ce cas là, on est vraiment dans la sanction, comme le bagnards qui cassaient des cailloux. Soit les tâches qu’on leur demanderait seraient utiles et dans ce cas-là, au lieu d’exploiter les pauvres, il serait plus intelligent de les faire accomplir dans le cadre d’un travail salarié, qui sortirait certains « assistés » de la précarité de manière durable. Du bon sens, dont Laurent Wauquiez semble totalement dénué.

THOR : Le grand blond avec un marteau noir

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thorafficheA le lecture de l’information selon laquelle Kenneth Brannagh allait diriger l’adaptation sur grand écran des aventures de Thor, personnage phare de l’univers Marvel, dans lequel je baigne depuis toujours, j’étais évidemment particulièrement joyeux. Le dieu nordique du tonnerre n’a jamais fait partie de mes super-héros fétiches, mais j’espérais qu’un réalisateur aussi talentueux puisse nous livrer un résultat aussi bon que pour les deux premiers Spiderman. Cela constituait pour moi une vraie attente, surtout que j’ai personnellement trouvé les deux Iron Man très moyens.

Thor est le fougueux et musclé dieu du tonnerre, sur le point de succéder à son père Odin sur le trône du royaume d’Asgard. Mais son couronnement est interrompu par l’irruption de Géants de Glace, ennemis héréditaires de son peuple. Contrairement à l’avis de son père, il part avec ses compagnons punir les intrus au cœur de leur royaume, ce qui est tout proche de provoquer une nouvelle guerre. Suite à l’incident, à la place de couronnement, Thor se voit banni du royaume d’Asgard et envoyé sur Terre.

Allez, n’y allons pas par quatre chemins, Thor est un gros navet. Dans l’histoire des films de super-héros, il est plus proche de Elektra, avec Jennifer Garner que tout le monde, à raison, a depuis longtemps oublié, que Spiderman ou des meilleurs X-Men. On ne sait même pas où commencer pour décrire toutes les faiblesses du film, tant elles sont criantes à tous les points de vue. On peut vraiment déplorer un travail de production aussi faiblard pour un film dans lequel on a mis autant de moyens. Un véritable gâchis.

Commençons par le scénario. Oubliez la notion même de souffle épique dans cette histoire dont l’intérêt reste très limitée. Pourtant, il y a bien une tentative de faire de Thor un film riche et à prendre à plusieurs niveaux. Des batailles, des intrigues, de la romance et même de la comédie, quand notre dieu asgardien doit se faire aux mœurs terrestres. Mais aucun de ces aspects n’apporte une vraie plus-value à l’ensemble. Tout est très attendu, sans imagination, sans épaisseur, sans réelles surprises… Bref sans âme…

Visuellement, il n’y a pas à dire, les effets spéciaux sont techniquement soignés. La cité d’Asgard est bien joli, mais là encore, rien ne vient donné du relief à tout cela. Tout est impersonnel et désespérément dénué de toute fantaisie créatrice. Bref, du travail de techniciens, très doués certes, mais certainement pas d’artistes. Je saluerai tout de même l’excellent travail réalisé sur les costumes, qui sont très fidèles à ceux du comics original, tout ayant réussi à leur donner un aspect relativement moderne. On est très loin de la trahison totale de X-Men de ce point de vue là.

thorLe seul aspect où l’on sent planer l’ombre de Kenneth Branagh est sur les rapports entre les personnages. Il y a quelque chose de shakespearien dans ces psychologies torturés par des rapports familiaux, emprunts de jalousie et de rivalité. Sauf que, même si tout ce beau monde porte des costumes qui pourraient être ceux d’une tragédie grecque, cela reste totalement surfait et encore une fois totalement attendu. Cela ne donne pas du tout de profondeur, cela contribue juste à ralentir une intrigue qui n’avait vraiment pas besoin de ça.

Et que dire du choix de Chris Hemsworth pour incarner le dieu du tonnerre. Non parce que je veux bien admettre que son physique colle parfaitement au personnage et les acteurs dotés d’un tel torse ne courre pas les rues. Mais tout de même, je suis sûr qu’en cherchant bien, on aurait pu en trouver un ou deux du même acabit niveau musculature, mais sachant jouer un minimum la comédie. Heureusement, qu’en face de lui, Tom Hiddelston incarne un Loki, dieu du mensonge, nettement plus convaincant et ambiguë. Natalie Portman et Anthony Hopkins ne démérite pas, mais leur rôle respectif ne pouvait définitivement pas leur permettre de briller.

Au final, Thor est une vraie déception, surtout vu le pédigrée du réalisateur, une adaptation de seconde zone d’un comics pourtant légendaire. Heureusement que le X-Men First Class qui arrive bientôt s’annonce nettement plus prometteur.

Fiche technique :
Production : Paramount Pictures, Marvel Films
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Kenneth Branagh
Scénario : Zack Stentz, Don Payne, Ashley Edward Miller
Montage : Paul Rubell
Photo : Haris Zambarloukos
Décors : Lauri Gaffin
Musique : Patrick Doyle
Effets spéciaux : Ryan Meinerding, Charlie Wen, Wesley Sewell
Directeur artistique : Kasra Farahani, Luke Freeborn, Sean Haworth, A. Todd Holland, Joe Ceballos, Pierre Buffin
Durée : 114 mn

Casting :
Chris Hemsworth : Thor
Natalie Portman : Jane Foster
Anthony Hopkins : Odin
Stellan Skarsgard : Dr. Erik Selvig
Rene Russo : Frigga
Tom Hiddleston : Loki

L’AIGLE DE LA 9ème LEGION : Visit Scotland !

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laigledela9emelegionafficheDepuis Gladiator, le péplum a retrouvé une place de choix dans l’univers cinématographique. Mais très souvent cela donne de gros navets aux moyens limités, comme la Dernière Légion. Alors la première fois que j’ai eu l’occasion de voir la bande-annonce de l’Aigle de la 9ème Légion, j’ai vraiment craint d’être devant un film dans la même veine. Je me suis finalement décidé à vérifier mon intuition… qui s’est révélée être erronée.

Suite à la disparition des 5000 hommes de la 9ème légion et la perte de leur emblème, un aigle en or, au Nord de l’Ecosse, l’Empereur Hadrien a décidé d’ériger le mur qui porte son nom pour marquer la frontière de l’Empire et la mettre à l’abri des barbares qui vivent de l’autre côté. Le fils du centurion responsable de ce désastre a décidé de marcher sur les traces de son père et de tenter de restaurer son honneur. Surtout quand il a vent de rumeurs affirmant que l’aigle a été vu au cœur de ces terres hostiles.

L’Aigle de la 9ème Légion propose une version moderne de ce qui faisait le charme des grands films d’aventure d’autre fois. Ces deux hommes en terres inconnues, dont l’un veut restaurer l’honneur de son père, entourés de populations sauvages et hostiles, auraient pu être deux cow-boys cernés par des tribus indiennes il y a quelques décennies. Comme ce genre d’histoires sont désormais considérées comme politiquement incorrectes, on se rabat de nos jours sur les ancêtres des Ecossais. J’ignore si ces derniers apprécieront…

En tout cas, l’Aigle de la 9ème Légion se distingue déjà par un scénario beaucoup plus riche et intelligent que la bande-annonce laissait penser. Rien d’inoubliable, du très classique en fait, mais au moins, on ne s’ennuie pas, car les situations et les péripéties sont variées, à défaut d’être réellement inattendues. La recherche de l’aigle en elle-même n’occupe qu’une partie du film et il se passe bien des choses avant qu’elle ne commence. Si on a un œil sévère, on pourra juger un peu durement une fin aussi improbable que grandiloquente. De mon point de vue, on y retrouve avant tout une certaine naïveté qui faisait le charme d’un cinéma désormais désuet, où le réalisme n’était pas encore la qualité première recherchée.

laigledela9emelegionPar contre, visuellement, l’Aigle de la 9ème Légion ne ressemble en rien aux films qui enchantaient nos mardis soirs du temps béni de la Dernière Séance. Les moyens ont été mis et le réalisme est cette fois de rigueur. Les décors ne semblent pas en carton pâte, les costumes ne semblent pas sortis du pressing et les accessoires du bazar du coin. Si on ajoute à ça des paysages grandioses (Visit Scotland!), des scènes de bataille parfaitement orchestrées, ce film a tout du spectacle cinématographique de grande qualité, à défaut d’être génial.

Les acteurs sont eux-aussi dans cette même veine. Le duo Channing Tatum et Jamie Bell ne restera pas dans les annales des performances dramatiques, mais ils interprètent leur rôle avec assez de conviction et de professionnalisme pour que l’on croit à leur personnage et qu’on s’y attache. On appréciera l’apparition de Kifer Sutherland, toujours aussi rayonnant. Et on poussera un petit cocorico en voyant à l’écran notre Tahar « Un Prophète » Rahim, qui signe une prestation dans la même lignée que le reste de la distribution.

L’Aigle de la 9ème Légion constitue donc un divertissement à l’ancienne, mais réalisé avec les moyens d’aujourd’hui. Il en résulte un spectacle agréable, mais non inoubliable.

Fiche technique :
Titre français : L’Aigle de la Neuvième Légion4
Titre original : The Eagle
Réalisateur : Kevin Macdonald
Scénario : Jeremy Brock3
Musique : Atli Örvarsson, Dave Fleming
Casting : Des Hamilton, Des Hamilton, Jina Jay
Directeur de la photographie : Anthony Dod Mantle
Montage : Justine Wright
Direction artistique : Peter Francis, Neal Callow, Zsuzsa Kismarty-Lechner
Costumes : Michael O’Connor
Superviseurs des effets visuels : John Lockwood, Steve Street
Producteur : Duncan Kenworthy
Co-producteur : Caroline Hewitt
Producteurs exécutifs : Miles Ketley, Charles Moore, Tessa Ross
Production : Focus Features, Film4, Toledo Productions
Langues : anglais, gaélique écossais (pour certains dialogues)
Genre : Péplum
Durée : 114 minutes

Casting :
Channing Tatum : Marcus Aquila
Jamie Bell : Esca
Donald Sutherland : Aquila (oncle de Marcus)
Mark Strong : Guern
Denis O’Hare : Lutorius
Tahar Rahim : le prince phoque
Dakin Matthews : Claudius
Douglas Henshall : Cradoc

GET BEHIND ME SATAN (The White Stripes) : Un génie presque divin

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getbehindmesatanthewhitestripesPour commencer cette critique, une anecdote super intéressante… Voilà, lorsque j’ai commencé à écouter la première plage de Get Behind Me Satan, je me suis dit : « tiens je connais déjà, ça devait être un single ». Idem pour la deuxième. Puis la troisième, la quatrième, la cinquième… C’est alors que pris d’un doute, j’ai vérifié et je me suis aperçu qu’il figurait déjà dans ma discothèque… Super intéressant non ? Non ? Bon tant pis…

Pour ceux ayant vécu au Pôle Nord ces dix dernières années, The White Stripes est un des meilleurs et surtout des plus imaginatifs groupes de rock que la planète n’ait jamais porté. Enfin groupe, c’est vite dit, puisqu’ils sont deux, Jack White et Megan White… Ils ont essayé de nous faire croire qu’ils étaient frère et sœur, mais en fait, ils sont ex-mari et ex-femme… Voilà, c’était la pause people… Le plus important est surtout qu’ils sont notamment les auteurs du titre Seven Nation Army, immense tube, à qui on pardonnera d’être devenu l’hymne de l’Equipe d’Italie pendant la Coupe du Monde 2006… surtout que c’est quand même d’un meilleur goût que I Will Survive, musicalement parlant.

Get Behind Me Satan représente leur 5ème album, sorti en 2005. Il fut suivi d’un sixième, Icky Thump (qui est certainement celui auquel je pensais quand j’ai rajouté l’autre à ma liste) en 2007, avant l’annonce de la séparation du groupe, il y a quelque temps. Comme toutes leurs œuvres, il a plutôt divisé les fans et les critiques, puisqu’il a la bonne idée, ou la mauvaise, comme l’on veut, de ne pas vraiment ressembler aux précédents. C’est tout ce qui fait le talent de The White Stripes, une créativité sans borne qui prend toujours de nouvelles directions.

Comme ils sont radicalement inclassables, on les range généralement au rayon alternatif… Je me répète peut-être, mais je me demande toujours ce que cela peut bien vouloir dire et par rapport à quoi peut bien se faire l’alternative. Dans leur cas, on aurait envie de dire par rapport à eux-mêmes. En tout cas, s’il y a un terme qui peut qualifier l’ensemble de leur œuvre, c’est quand même bien le mot rock. Après, ceux qui aiment les subdivisions musicales peuvent s’amuser pendant longtemps à un périlleux travail d’étiquetage.

Get Behind Me Satan se caractérise par un incroyable travail d’instrumentation. Bien qu’ils ne soient que deux, The White Stripes ici nous proposent un nombre incalculable de sonorités différentes. Dans un genre très différent, leur musique me rappelle celle de Cat Stevens dans leur volonté de ne pas s’arrêter au diptyque guitare-batterie qui dominait dans leur précédents albums. Les instruments utilisés sont la plupart du temps relativement non-identifiables, enfin pour mes modestes talents de critique amateur, mais on s’en moque bien, tant le résultat nous surprend et nous enchante à chaque fois.

Malgré cela, The White Stripes n’ont rien perdu de leur incroyable énergie sur Get Behind Me Satan. La personnalité vocale de Jack White reste une des plus surprenante et intéressante de l’univers du rock. Une voix qui ne ressemble à aucune autre et qui est donc tout à fait en accord avec leur univers musical. Elle confère à leur musique un élément reconnaissable entre tous, malgré l’immense diversité de leur œuvre.

Get Behind Me Satan est donc une pure merveille. On pourra simplement lui reprocher l’absence d’un titre ressortant plus que les autres. Pas de nouveau Seven Nation Army sur cet album. Mais vues la densité et la qualité générale, il serait vraiment sévère de réellement lui en tenir rigueur.

Pour finir, un petit tour des morceaux que l’on trouve sur Get Behind Me Satan

1.: Blue Orchid
Tout de suite dans le bain, avec un son très rock qui constitue une parfaite introduction.

2.: Nurse
Un titre typique de l’univers musical de The White Stripes, avec des ruptures de rythme, une vraie créativité et un travail impressionnant sur les sonorités.

3.: My Doorbell
Un titre rythmé, enjoué, créatif… Du pur bonheur !

4.: Forever For Her (Is Over For Me)
La voix de Jack White est ici mise en avant pour une très belle ballade rock.

5.: Little Ghost
Une chanson presque acoustique, mais le résultat est toujours aussi bon.

6.: Denial Twist
Un morceau rock classique du style de The White Stripes.

7.: White Moon
Morceau mélancolique et sublime.

8.: Instinct Blues
Un rock sombre, mais excellent, où la voix de Jack White se lâche.

9.: Passive Manipulation
Un travail d’instrumentation remarquable pour ce morceau très court.

10.: Take Take Take
Très bon rock, à l’instrumentation très simple pour une fois, mais la voix fait le reste.

11.: As Ugly As I Seem
Délire folk enjoué et génial.

12.: Red Rain
Un rock puissant.

13.: I’m Lonely (But I Ain’t That Lonely Yet)
Un beau morceau au piano pour finir.

VOIR LA MER : Sur la route des vacances et de l’amour à trois

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voirlamerafficheChaque année nous livre son Woody Allen… En France, chaque année nous livre son Patrice Leconte. Mais si les œuvres du cinéaste new-yorkais continuent de faire la une de l’actualité cinématographique, ceux du réalisateur des Bronzés déchaînent de moins en moins les passions médiatiques. Voir la Mer vient tout juste de sortir au cinéma et cela s’est fait dans un relatif anonymat. C’est bien dommage vue la qualité du film, son meilleur depuis bien longtemps.

Nicolas et Clément sont deux frères qui pour les vacances partent en stop jusqu’à St Jean de Luz voir leur mère. Mais cette année, ils font la route avec Clémence que Nicolas vient tout juste de rencontrer. Sa présence provoque dans un premier temps l’hostilité de Clément, avant que ne s’installe un triangle amoureux. Mais c’est sans compter sur Max, son ex, parti à sa recherche.

Voir la Mer est un film léger et original, entre road-movie et comédie romantique. Il n’y a ni leçons à tirer, ni grande intrigue, mais juste une belle histoire que l’on a plaisir à suivre, charmé que l’on est par les personnages. Un film rempli de tendresse, de sourire, de soleil et bien sûr d’amour. Bon, pas sûr que tout le monde serait prêt à vivre cette aventure quelque peu improbable, mais en tout cas on prend beaucoup de plaisir à la suivre.

Voir la Mer est pendant une bonne moitié pleinement réussi. On va de surprises en surprises et les tensions entre personnages donnent de l’épaisseur au tout. C’est à ce moment que l’on tombe amoureux de ces derniers et que l’on rentre totalement dans leur histoire, qui donne envie d’évasion et de vacances. Puis l’équilibre s’installe et alors le film commence quelque peu à tourner en rond. L’intrigue finit en roue libre et se trouve ponctuée de quelques longueurs. Mais bon, le film est globalement largement assez court, tout juste une heure et demi, pour ne pas laisser le temps à l’ennui de gagner le spectateur.

voirlamerPatrice Leconte avait tout juste de quoi faire un long métrage avec ce scénario. Il l’étire donc un tantinet pour qu’il colle avec le minimum syndical pour une distribution en salle (à la fois, le spectateur n’a pas droit à une réduction si le film est particulièrement court). Mais il le fait avec son talent habituel, sa capacité à mettre en valeur ses acteurs et ses personnages, qui forment toujours l’âme de ses films. Du coup, le charme du début ne s’éteint jamais vraiment et l’on ressort de Voir la Mer avec un large sourire et le cœur plus léger.

Voir la Mer est aussi l’occasion d’une vraie révélation, celle de Pauline Lefevre. L’ex-miss météo de Canal+ tient là un premier grand rôle qu’elle assume avec un talent, un charme et une grâce déconcertantes. Elle est le pivot de ce film et son sourire dévastateur est pour beaucoup dans la réussite qu’il représente. Ses deux compères ne sont pas en restent, même si on préfèrera la douceur et la sensibilité de Nicolas Giraud au numéro de grand dur blessé de Clément Sibony. Enfin Gilles Cohen confirme son statut de second rôle de qualité, qu’il occupe de plus en plus souvent dans les productions hexagonales.

Voir la Mer reste très loin des grands films de Patrice Leconte, du temps de Ridicule par exemple. Mais il signe là pour moi son meilleur film depuis dix ans. Un film qui, sans enthousiasmer, apporte assez de fraîcheur et d’originalité pour constituer un très bon moyen de patienter d’ici l’été.

Fiche technique :
Production : Produire à Paris
Distribution : Océan Films
Réalisation : Patrice Leconte
Scénario : Patrice Leconte
Montage : Joëlle Hache
Photo : Jean-Marie Dreujou
Décors : Ivan Maussion
Son : Paul Lainé
Musique : Etienne Perruchon
Maquillage : Claudia Chevailler
Durée : 91 mn

Casting :
Nicolas Giraud : Nicolas
Clément Sibony : Clément
Pauline Lefevre : Prudence
Gilles Cohen : Max

DETECTIVE DEE : LE MYSTERE DE LA FLAMME MYSTERIEUSE : Le tigre était presque parfait

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detectivedeeafficheDepuis Tigre et Dragon, le cinéma chinois a bien compris qu’en épousant quelques codes cinématographiques occidentaux, notamment au niveau du rythme de narration, il pouvait produire des succès mondiaux. L’exotisme et le savoir-faire local font le reste. Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme se situe exactement dans cette optique. Et s’il n’atteint pas les mêmes sommets que son illustre prédécesseur, il nous offre un divertissement fort réussi.

L’Empire du Milieu se prépare à connaître un événement sans précédent : le couronnement d’une femme au titre suprême. Evidemment, tout cela n’est pas du goût de tout le monde. Les complots se multiplient. Quand plusieurs dignitaires meurent de manière mystérieuse, la future impératrice se résout à faire appel à un de ses anciens et plus farouches opposants, qui croupit en prison, le détective Dee, pour résoudre cette affaire.

Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme nous propose un mélange étonnant et détonnant… Mon dieu, quel bon publiciste je ferai ! Un mélange entre film d’arts martiaux dans la pure tradition chinoise, avec ses combats spectaculaires et improbables, et une intrigue policière proche d’un Agatha Christie. Le tout au temps de la Chine impériale du 7ème siècle, apportant ainsi un aspect historique et exotique à l’ensemble.

Commençons par les scènes d’action, principalement des combats, type arts martiaux, avec ou sans armes. C’est sans doute sur cet aspect que l’on mesure vraiment la différence culturelle. Cela n’a rien à voir avec ce genre de scène dans un film d’action occidental. On ne cherche pas ici à faire ressentir la violence, on ne cherche pas le réalisme. Non, si ces scènes sont spectaculaires, c’est par le travail de chorégraphie. Les acteurs dansent plus qu’ils ne se battent. Certes des danseurs capables de faire des bonds de plusieurs mètres de haut, mais cela est secondaire. Encore une foi, le réalisme n’est en en rien un objectif, seul compte la beauté du ballet. Et ceux proposés par Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme sont de tout premier choix.

L’intrigue policière ensuite. Si le contexte est exotique, le déroulement est lui tout ce qu’il y a de plus classique : du mystère, des suspects, des fausses pistes, des rebondissements avant le retournement de situation final. Rien d’hyper original dans le fond, ni de fondamentalement génial en fait. Cela constitue un fil rouge qui maintient l’intérêt du spectateur tout du long, mais sans forcément le captiver. Voilà ce qui manque à Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme pour être véritablement un grand film. Mais n’y voyez pas une réelle critique, juste un léger bémol.

detecivedeeDétective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme s’est donné les moyens techniques pour conquérir le monde. Costumes et décors sont splendides et spectaculaires. Le cinéma chinois nous a souvent offert de grandes fresques, n’hésitant pas à mobiliser des centaines ou milliers de figurants. C’est encore le cas ici, donnant à certaines scènes une réelle grandeur. J’apporterais simplement un nouveau petit bémol concernant certains effets spéciaux, qui font un peu datés. A l’heure où quasiment tous les films hollywoodiens frôlent la perfection à ce niveau-là, on devient quelque peu intransigeant à ce niveau-là. Mais bon, ici, rien de bien méchant et rien qui ne vienne vraiment gâcher le grand plaisir procuré par ce film.

Détective Dee : le Mystère de la Flamme Fantôme fait donc perdurer une tradition des grandes fresques historiques du cinéma chinois. Certains puristes pourront regretter une certaine occidentalisation sur certains aspects, mais elle rend le film plus accessible à un large public (c’est d’ailleurs le but !). Et si on fait abstraction des débats de fond sur la mondialisation culturelle, on notera simplement que ce film est un excellent divertissement, spectaculaire et exotique.

Fiche technique :
Production : Huayi Brothers
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Tsui Hark
Scénario : Chia-Lu Chang
Montage : Chi Wai Yau
Photo : Chi Ying Chan
Décors : James Choo
Musique : Peter Kam
Durée : 123 mn

Casting :
Andy Lau : Detective Dee
Tony Leung Ka Fai : Shatuo
Bingbing Li : Shangguan Wan er
Carina Lau : Wu Zetian
Chao Deng : Pei Donglai

BON A TIRER : Tel est pris qui croyait prendre

bonatireraffiche

bonatirerafficheLes frères Farrelly sont les rois de la comédie américaine lourdingue mais drôle, voire très drôle. Mary à Tout Prix, Fous d’Irène ou encore L’Amour Extra-Large figurent à leur filmographie, autant de succès et autant de bonnes tranches de rires pour tous ceux qui ont eu l’occasion de les voir. Il semblerait d’ailleurs que ce genre cinématographique soit particulièrement propice aux collaborations fraternelles, puisque, avant eux, ce sont les frères Zucker (auteurs de la série des Y’a’t-il… ?) qui en étaient les maîtres incontestés. Lorsque j’ai vu pour la première fois la bande-annonce de Bon à Tirer, je me suis dit que, cette fois, ça avait l’air vraiment plus lourd que drôle et que j’allais sûrement m’abstenir. Mais plusieurs critiques élogieuses, dont celle de Télérama, pourtant pas connu pour idolâtrer ce genre de films, m’ont fait changer d’avis.

Rick et Maggie d’un côté, Fred et Grace de l’autre vivent la même crise de couple, entre routine et libido en berne. Excédées par leur maris, qui lorgnent sans arrêt et sans vergogne vers le popotins des belles plantes de près de 20 ans de moins, elles finissent, sur les conseils d’une amie, de leur accorder un bon à tirer, soit une semaine hors mariage, où ils pourront faire tout ce qu’ils leur chantent, à tous les points de vue, sans comptes à rendre à la fin. Les maris sont évidemment enthousiastes à l’idée d’être libérés ainsi de leurs femmes. Et les femmes de leurs maris ?

Bon à Tirer est tout à fait dans la droite lignée des films précédents des frères Farrelly. De l’humour très premier degré et un léger fond de réflexion sur les rapports humains. Ce second aspect est rarement celui que l’on retient en parlant leur filmographie, mais c’est pourtant ce qui fait leur originalité par rapport aux frères Zucker par exemple, ou la série des American Pie, qui sont eux dans le pur comique. Et dans ce film, il prend un intérêt tout particulier. Evidemment, ce n’est pas non plus d’une profondeur exceptionnelle, mais il y a une réelle intelligence dans le propos qui cherche à nous montrer que, finalement, les différences entre les sexes reposent avant tout des rôles que l’on joue et que la société nous pousse à jouer.

Et c’est heureux car Bon à Tirer m’a fait quand même moins rire que Mary à Tout Prix par exemple. Il y a bien quelques passages hilarants, mais que voulez-vous, depuis Very Bad Trip, on est devenu particulièrement exigeants en la matière. Il y a aussi quelques moments un peu scatophiles, ce qui doit être le seul truc dont j’ai du mal à rire… même si là, je ne peux que l’admettre à mon grand effroi, j’ai vraiment ri. Enfin bref, ce film reste tout de même très drôle, mais avec une certaine inconstance. Mais les meilleurs moments font largement oublier les passages un peu plus faibles.

bonatirerBon à Tirer repose largement sur le duo des deux maris. Voir ces quasi quarantenaires persuadés de pouvoir brancher toutes les petites minettes de 20 ans dès que leur femme aura tourné le dos constitue le principal ressort comique de ce film… puisque évidemment, tout ne va pas se passer exactement comme prévu. Il y a quelque chose d’un peu pathétique dans leur démarche, mais les Frères Farrelly réussissent, avec beaucoup d’intelligence, à nous les rendre de plus en plus sympathiques au fur et à mesure de l’envolée de leurs illusions. Ils quittent leur statut de mâles obsédés et basiques pour celui… d’êtres humains, ce qui est déjà pas mal.

Tout cela ne fonctionnerait pas sans un duo Owen Wilson – Jason Sudeikis. Bon, il faut bien reconnaître que le premier écrase un peu de son talent le second, qui connaît là son rôle le plus marquant de sa carrière. Encore une fois, ce n’est pas forcément dans les moments de comédie pure qu’ils se distinguent. C’est la totalité de leur prestation qui tire le Bon à Tirer vers le haut, sans néanmoins l’emmener vers d’inoubliables comédies.

Bon à Tirer est donc une bonne comédie, sans être géniale. Elle ravira tous ceux qui n’ont pas peur de l’humour au ras des pâquerettes, mais pourra séduire au-delà de ce public, grâce à une certaine intelligence dans le propos.

Fiche technique :
Production : Warner Bros Entertainment, Conundrum Entertainment, New Line productions,
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Peter Farrelly, Bobby Farrelly
Scénario : Pete Jones, Kevin Barnett, les Frères Farrelly
Montage : Sam Seig
Photo : Matthew F. Leonetti
Décors : Arlan Jay Vetter
Durée : 105 mn

Casting :
Owen Wilson : Rick
Jason Sudeikis : Fred
Jenna Fisher : Maggie
Christina Applegate : Grace
Nicky Whelan : Leigh
Richard Jenkins : Coakley
Alyssa Milano : Mandy
Stephen Merchant : Gary

MOI, MICHEL G, MILLIARDAIRE, MAITRE DU MONDE : Une comédie aux deux visages

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moimichelgmilliardairemaitredumondeafficheLa comédie sociale est à la mode dans le cinéma français. Il faut dire que la dernière crise économique constituer une inépuisable source d’inspiration. Après, le très moyen Ma Part du Gâteau, voici Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde. Si le film de Klapisch affichait un ton parfois sérieux, le film de Stéphane Kazandijan lui lutte dans la catégorie de la comédie pure. Le résultat est mitigé, mais pas désagréable.

Joseph Klein est un réalisateur de documentaires qui cherchent à dénoncer agissement des grands de ce monde. Un Michael Moore à la française en quelque sorte. Il porte son dévolu sur Michel Gagniant, un homme d’affaire à qui tout sourit. A sa grand surprise, ce dernier finit par accepter d’être suivi et de se dévoiler alors qu’il s’apprête à réaliser le coup de sa vie, en rachetant sa principale société rivale.

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde cherche avant tout à faire rire. C’est donc sur ce paramètre que l’on va juger sa qualité. Pendant une petite moitié, il y réussit parfaitement. Les principaux ressorts du film se mettent en place et fonctionne très bien. On s’amuse de la fausse naïveté du milliardaire, qui cherche à passer pour un homme comme tout le monde, et de l’ironie féroce du journaliste qui ne se laisse par berner et qui fait preuve parfois d’un très mauvais esprit.

Ensuite le film s’essouffle quelque peu. Les ressorts restent les mêmes, du coup, le spectateur finit par se lasser. On rit de moins en moins, faute de se voir servir quelque chose de vraiment nouveau. Plus globalement, Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde tourne en rond et si l’intrigue avance, elle n’est qu’un prétexte à la description des personnages et ne suffit pas à susciter un fort intérêt par elle-même. Les bonnes idées sont surexploitées et finiraient presque par paraître pas si bonnes que ça.

Du coup, le seul espoir de voir Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde basculer du côté des divertissements réussis repose sur un dénouement réussi. Et si Ma Part du Gâteau avait sombré dans une fin ridicule, celle de ce film tire l’ensemble vers le haut. La dernière réplique, que je ne dévoilerai évidemment pas ici, laisse le spectateur sur une très bonne impression. Même si le propos ne se veut pas d’une profondeur exemplaire, finalement, cette seule réplique en dit plus que des heures de longs discours.

moimichelgmilliardairemaitredumondeMoi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde repose essentiellement sur le duo d’acteurs, François-Xavier Demaison et Laurent Laffite. Ils livrent tous deux une prestation correcte, à défaut d’être inoubliable. Leur personnage est à l’image du film : intéressant dans sa découverte, mais qui finit par quelque peu tourner en rond. Du coup, ils sont condamnés aux mêmes mimiques, aux mêmes effets comiques. Ils réussissent néanmoins à rendre leurs personnages assez crédibles et sympathiques pour que l’on prenne plaisir à les suivre tout du long.

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde se distingue par contre par une réalisation plutôt imaginative. Ce n’est pas non plus Kubrick, mais l’habillage visuel, avec l’utilisation de petites séquences d’animation, démontre une volonté de faire preuve d’un minimum de créativité. Cela contribue à faire passer au spectateur un agréable moment, malgré les passages un peu plus faibles qui ponctuent ce film.

Une moitié réussie, une seconde un peu moins, avant un dénouement intelligent, voilà résumé ce qui fait de Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du Monde un sympathique divertissement, pas inoubliable, mais qui se laisse regarder.

Fiche technique :
Réalisateur : Stéphane Kazandjian
Scénario : Stéphane Kazandjian
Photographie : Hugues Poulain
Musique : Arnaud Gauthier
Montage : Vincent Zuffranieri
Son : Laurent Benaïm
Costumes : Nadia Chmilewsky
Producteurs : Caroline Adrian et Antoine Rein
Production : Delante Films
Distribution : Rezo Films
Durée : 87 min.
Pays : France

Casting :
François-Xavier Demaison : Michel Ganiant
Laurent Lafitte : Joseph Klein
Laurence Arné : Déborah Ganiant
Xavier de Guillebon : Philippe Monk
Guy Bedos : Frank-David Boulanger
Patrick Bouchitey : Charles Prévost
Alain Doutey : Jérôme Prévost

SILENCE IS WILD (Frida Hyvonen) : Une nouvelle très belle voix venue du Nord

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silenceiswildfridahyvonenLe Nord de l’Europe nous a déjà livré quelques chanteuses à la voix envoûtante et sublime. La plus connue est évidemment Björk, dont je n’aime pas du tout la musique, mais à laquelle je reconnais une personnalité vocale hors du commun. On pourra citer également Lisa Ekdhal, même si on l’a quelque peu perdue de vue depuis son magnifique When Did You Leave Heaven. Et puis, j’ai fait la découverte de Frida Hyvonen et son Silence is Wild.

Frida Hyvonen est une auteur et interprète suédoise, née en 1977. Son premier album, sorti en 2005, Until Death Comes, lui a permis de se produire un peu partout en Europe et même d’être distribuée en Amérique du Nord. Après avoir écrit une comédie musicale, elle est revenue en 2008 avec ce Silence is Wild, qui a bien marché en Suède et a reçu de bonnes critiques un peu partout. C’est une d’entre elles qui m’a poussé à me procurer cet album.

Frida Hyvonen se situe dans la même lignée que sa compatriote Lisa Ekdhal, ou encore Diana Krall et Norah Jones, pour citer les plus grandes stars internationales du genre. Des mélodies simples, parfois même épurées, souvent interprétées au piano, sur lesquels vient se poser une voix claire et profonde. Quelques moments de grâce musicale qui ravissent les oreilles par leur harmonie et leur douceur.

Frida Hyvonen possède un style moins jazzy que Diana Krall et Norah Jones. On se situe plus dans la douceur pure, même si quelques morceaux sont plus rythmés et entraînants. On est là dans une musique aux racines très européennes, même si elle peut-être classé au rayon folk, musique aux racines très américaines. Mais au-delà des étiquettes, Silence is Wild est simplement composé de morceaux qui charmeront bien des auditeurs.

Et si le charme opère si bien, c’est avant tout grâce à la très belle voix de Frida Hyvonen. Elle joue évidemment un rôle majeur, tant on peut la considérer comme le principal instrument de cette musique. L’instrumentation n’est évidemment pas sans impact sur la qualité des morceaux, mais elle est là avant tout que pour mettre en valeur le chant, tel un écrin pour cette perle vocale… Oh c’est beau ce que je dis !

Silence is Wild se distingue aussi par la densité de cet album, où si quelques titres sont un peu plus transparents, il n’y a vraiment rien à jeter. La plupart se situe dans le même registre, mais sans jamais donner l’impression d’être répétitif. Le rythme et l’instrumentation varient d’une plage à l’autre, tout en conservant le même charme, apporté, il est vrai, par cette très belle voix qui évidemment reste la même tout du long.

Au final, Silence is Wild est un album qui aurait mérité un succès bien supérieur. Bien sûr, les belles voix sont légion et si celle de Frida Hyvonen se distingue, il est vrai qu’elle reste très classique. Mais porté par des mélodies elle-aussi de qualité, elle nous offre un très bel album à conseiller à tous les amateurs de belles mélodies.

Avant de se quitter, faisons le tour des morceaux que l’on trouve sur cet Silence is Wild.

1.: Dirty Dancing
Ce morceau nous permet de découvrir tout de suite cette voix magnifique qui nous transporte.

2.: Enemy Within
Plus rythmé, mais la magie de la voix demeure.

3.: Highway 2 U
Frida Hyvonen joue avec sa voix, tel un instrument pour un titre très émouvant.

4.: London
Plus de punch pour ce morceau réellement excellent.

5.: My Cousin
Une ballade avec beaucoup de sobriété dans la voix, mais cela reste très beau.

6.: Science
Un titre un peu plus lancinant et transparent.

7.: Scandinavian Blonde
Un morceau très enjoué, pop, presque rock, mais surtout excellent.

8.: December
Une chanson très épurée, quelque peu dissonante.

9.: Birds
Titre enjoué, presque dansant. Pas mal du tout en tout cas.

10.: Pony
Belle chanson de facture assez classique.

11.: Sic Transit Gloria
Un titre doux et envoûtant.

12.: Oh Shanghai
Un peu sûr le même ton que le précédent. Du coup, la magie opère un peu moins.

13.: Why Do You Love Me So Much
Chanson douce qui constitue un parfait au revoir.

LA PROIE : Le film où Albert Dupontel court, court et court encore

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laproieafficheDepuis le Casino Royale avec Daniel Craig, le monde entier sait qu’une poursuite à pied peut-être aussi spectaculaire qu’une poursuite en voiture. Le cinéma français nous en a déjà offerte une particulièrement réussie dans l’excellent Ne le Dis à Personne. La Proie, un polar plutôt musclé, nous en livre quelques autres… Peut-être même quelques unes de trop.

Franck Adrien n’a plus que quelques mois à passer en prison suite à un braquage. Mais lorsqu’il est sans nouvelle de sa femme et sa fille, il décide de s’évader, soupçonnant son ancien compagnon de cellule d’être derrière tout ça. Ce dernier réussit alors à faire accuser Franck de ses propres crimes. Franck va alors le traquer… tout en étant lui même traqué par la brigade des fugitifs.

La Proie se veut un polar spectaculaire « à l’américaine », comme l’on dit. Le problème est qu’il reste la pellicule entre deux chaises. D’un côté, il nous offre des scènes pas vraiment crédibles…. Par exemple, sauter depuis un pont sur le toit d’un train en marche n’est quand même pas à la portée du premier venue. Mais d’un autre côté, il ne va pas assez loin pour que le spectacle vaille vraiment assez le coup et qu’on oublie totalement le manque de réalisme. Quand James Bond saute dans le vide, rentre dans un avion en pleine chute, prend les commandes et redresse l’appareil, ce n’est pas possible « physiquement », mais on s’en moque, c’est du cinéma ! Là, ça ne va pas assez loin pour devenir un pur spectacle… du coup, ce n’est guère enthousiasmant, ni convaincant.

Et puis, la Proie abuse quand même un tantinet des poursuites à pied. Albert Dupontel cours très bien, vous aurez de multiples occasions de vous en apercevoir tout au long de ce film. C’est un tantinet répétitif et donne l’impression d’un sérieux manque de créativité et d’imagination. Alors certes, ces scènes sont parfaitement réalisées, avec punch et rythme. Mais tout ça ressemble à un manque de moyens qui ne s’assume pas.

Enfin, la Proie souffre quand même fortement de la grosseur de certaines ficelles. Il ne faut pas vraiment être devins pour deviner ce qui va se passer par la suite. Par exemple, le plan qui nous montre avec insistance que le père d’une victime, passablement encore marqué par la mort de sa fille et persuadé que Franck est le coupable, possède des armes à feu… Oulala, on se demande bien ce qui va pouvoir se passer… Et bien, ça se passe exactement comme prévu… Bref, le scénario et sa mise en scène manquent parfois franchement de subtilité et on lit dedans comme dans un livre ouvert. Pourtant, il n’est quand même pas superflu de ménager un minimum de suspense dans un polar, ça peut toujours servir.

laproieLa seule vraie satisfaction de ce film s’appelle Albert Dupontel. Mais est-ce vraiment étonnant pour cet acteur qui confirme à chaque sortie son immense talent et surtout sa polyvalence, longtemps ignoré du fait de son statut d’ex-comique. Il tire la Proie vers le haut et apporte assez de crédibilité à son personnage pour le sauver de la noyade. Surtout que son adversaire, remarquablement interprété par Stéphane Debac, fait quand même bien froid dans le dos par son cynisme et son redoutable pouvoir manipulateur. Par contre, Alice Taglioni, si elle reste une des plus belles actrices de l’hexagone, n’est vraiment pas crédible dans un rôle d’inspectrice de police totalement transparent.

Je suis peut-être un peu sévère avec la Proie, film assez rythmé pour que le spectateur ne s’y ennuie pas une seule seconde. Mais les faiblesses sont un peu trop nombreuses et visibles pour qu’on lui pardonne totalement, surtout que ce film se situe dans un genre où les productions ne manquent pas, même si elles nous viennent souvent de l’autre côté de l’Atlantique. Ce film y tire son inspiration, mais est loin de faire aussi bien.

La Proie peut donc se laisser voir, mais dans le même genre, on préférera nettement revoir A Bout Portant.

Fiche technique :
Production : Brio Films, StudioCanal, TF1 Films PRoduction, Cinemage 5, A plus Image 2
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Eric Valette
Scénario : Luc Bossi, Laurent Turner
Montage : Christophe Pinel, Fabrice Rouaud
Photo : Vincent Mathias
Format : 35mm
Décors : Bertrand Seitz
Son : Dider Coudoul, Pascal Villard, Cyril Holtz
Musique : Noko
Durée : 102 mn

Casting :
Albert Dupontel : Franck Adrien
Alice Taglioni : Claire Linné
Sergi Lopez : Manuel Carrega
Stéphane Debac : Jean-Luois Maurel
Natacha Régnier : Christine
Caterina Murino : Anna
Zinedine Soualem : Lucciani
Serge Hazanavicius : Lafay