SPELLMAN ET ASSOCIES (Lisa Lutz): Des détectives pas comme les autres

spellmanetassocies

spellmanetassociesLe détective privé, voilà une figure ultra-classique du polar. A tel point que l’on se demande comment on pourrait encore la renouveler. Tout a été dit et inventé à ce sujet… Enfin, tout cela, c’était avant de lire Spellman et Associés de Lisa Lutz, un petit bijou d’humour et d’originalité… à défaut d’être un grand polar.

Chez les Spellman, on est détectives privés…en famille. Le père, la mère, les deux filles, l’oncle… Bon, il y a bien un fils qui est devenu avocat à la place, mais du coup, il devient leur principal fournisseur de clients. Mais à force d’espionner les autres, une mauvaise habitude s’installe dans la famille : celle de s’espionner les uns, les autres. Une des deux filles, Izzy, commence d’ailleurs à en avoir assez, tandis qu’elle semble enfin débuter une relation amoureuse normale et menace de quitter l’agence. Pour la retenir, ses parents lui confient une vieille affaire apparemment insoluble… Mais c’est sans compte sur la ténacité de la jeune fille.

Spellman et Associés est un livre vraiment drôle. Ma copine m’a d’ailleurs surpris en train de rire tout fort pendant sa lecture. C’est une chose assez rare pour le noter. Un portrait absolument irrésistible d’une famille pas comme les autres, où chaque membre est inoubliable. Ils sont vus à travers les yeux de Izzy, la narratrice, qui porte un regard sans concession et désabusé sur son entourage… et sur elle-même. La férocité ironique (mais pas toujours) dont elle fait preuve constitue le principal moteur comique de ce livre. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il fonctionne très bien.

Le style de Lisa Lutz est incroyablement dynamique et contribue à rendre le récit particulièrement vivant. On ne voit pas passer les pages de ce roman particulièrement original et savoureux. Il se lit avec une facilité déconcertante, totalement adaptée à un livre qui cherche avant tout à distraire et à faire rire. Le récit est divisé en courts chapitres, alternant l’intrigue principale avec des anecdotes sur l’histoire de la famille et de ceux qui la composent.

Faire rire avec des gens un peu fêlés sur les bords n’est pas le procédé le plus original qui soit. Mais le plus difficile reste à les rendre réellement attachants, malgré leur petit grain. Une chose est sûre, vous n’aurez pas envie de croiser les Spellman dans la vraie vie vraie, mais après la lecture de ce roman, vous n’aurez qu’une seule envie : les retrouver pour de nouvelles aventures aussi loufoques et délirantes. Lisa Lutz tient là une galerie de protagonistes qui donneront naissance, n’en doutons pas, à une longue série de romans. Spellman et Associés possède d’ailleurs une suite, les Spellman se déchaînent… Quand on voit ce dont ils sont capables dans le premier volet, ce titre est particulièrement prometteur…

Bon pour finir, évoquons tout de même le léger détail qui fâche. Au milieu de tous ces éloges, je dois faire part d’une légère déception. En effet, l’intrigue « policière » principale qui sert de fil rouge à une large part du récit se termine un peu en eau de boudin. Toute la vérité est servie d’un coup et on se demande bien pourquoi elle n’a pas surgit avant. Bon, l’intérêt de Spellman et Associés est ailleurs et ce n’est sûrement pas cet aspect qui lui donne sa si grande originalité. Ce n’est donc pas bien grave, ne retire que peu de choses au plaisir que l’on éprouve à sa lecture, mais c’est un peu dommage de ne s’être privé d’un vrai suspense. Que voulez-vous, la perfection n’est pas de ce monde.

En tout cas, Spellman et Associés a bien confirmé tout le bien que j’avais pu en entendre avant de le lire. Un roman qui fera rire tous ceux qui se lanceront dans sa trop courte lecture.

SOURCE CODE : Ou comment laisser le spectateur sur sa faim

sourcecodeafiche

sourcecodeaficheUne très bonne idée de base, ou pitch pour les anglophiles, peut conduire à réaliser d’excellents films, même avec peu de moyens. Mais ce n’est évidemment pas suffisant car il faut également savoir la développer, l’enjoliver, pour au final la sublimer. Source Code ne manquait pourtant pas de moyens pour y arriver. Mais il se contente de trop peu pour être véritablement intéressant.

Colter Stevens se réveille un jour en sursaut dans un train en direction de Chicago, dans lequel il n’a aucun souvenir d’être monté. Il va surtout vite s’apercevoir qu’il occupe le corps d’un autre. 8 minutes plus tard, le train explose et il se retrouve dans un endroit étrange où on finit par lui expliquer sa mission. Il doit revivre encore et encore ces 8 minutes pour découvrir l’auteur de l’attentat et l’empêcher de remettre ça sous peu. Une course contre la montre commence, où Colter va surtout chercher à modifier le présent et sauver les passagers, tandis qu’on lui explique qu’il est trop tard et qu’il est impossible de modifier la réalité.

Source Code se base sur un thème classique de la science-fiction, celui des voyages dans le passé et leur impact paradoxal éventuel sur le présent. En le mélangeant avec une intrigue policière, cela aurait pu, aurait du, aboutir un film réellement original, et surtout passionnant. Malheureusement, le scénario semble ne pas trop savoir quoi faire se sa bonne idée et rien ne vient l’enrichir. Ni vrai sens du suspense, ni fausses pistes, ni réels rebondissements. Bref, si les premières minutes offrent aux spectateurs de réelles promesses, la suite ne permet pas du tout au film de les tenir.

Et c’est vraiment en cela que Source Code constitue une réelle déception. Car, objectivement, le film n’est pas si mal foutu que ça. Des moyens, du rythme, des acteurs plutôt bons, font que l’on ne s’ennuie jamais vraiment, surtout que le film est court. Au moins n’est-il pas rempli de vide. J’aurais même envie de dire qu’au contraire, on aurait aimé que tout soit développé un peu plus longuement. Mais bon, on est quand même face à un divertissement qui se laisse regarder et pendant lequel, tout du long, on se demande bien comment tout cela va finir.

N’empêche qu’au final, la déception domine, surtout que le dénouement est d’une platitude désespérante. Sans se dire qu’on a passé un mauvais moment, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait pu, sans grandes difficultés, être bien meilleur. J’ai peut-être là le regard d’un spectateur exigeant, mais l’idée de départ est objectivement terriblement sous-exploitée.

sourcecodeEn tout cas, on ne pourra pas blâmer les acteurs. Jake Gyllenhall s’affirme de films en films comme une valeur très sûre d’Hollywood. Certes, on attend de lui un nouveau grand rôle après Le Secret de Brokeback Mountain, mais il est incontestable qu’il tire tous les films où il apparaît vers le haut, que ce soit du gros film d’action, comme Prince of Persia, ou de la comédie romantique américaine, comme Love, et Autres Drogues. A ses côtés, un très charmant duo composé de Michelle Monaghan et Vera Farmiga. On ne sait pas très bien laquelle on aimerait le plus emmener faire un tour, mais en tout cas, on n’osera les départager d’un point de vue purement cinématographique, tant les deux s’acquittent de leur rôle avec talent.

Au final, Source Code est un film mineur… dont on a envie qu’Hollywood fasse au plus vite un remake pour enfin exploiter pleinement la très bonne idée de départ.

Fiche technique :
Production : Vendôme Pictures, the Mark Golden Compagny
Distribution : SND distribution
Réalisation : Ducan Jones
Scénario : Ben Ripley
Montage : Paul Rish
Photo : Don Brugess
Format : 35mm
Décors : Barry Chusid
Musique : Chris Bacon
Effets spéciaux : Louis Morin
Durée : 93 mn

Casting :
Jake Gyllenhaal : Colter Stevens
Michelle Monaghan : Christina Warren
Vera Farmiga : Collen Goodwin
Jeffrey Wright : le docteur Rutledge
Michael Arden : Derek Frost

RABBIT HOLE : Juste émotion

rabbitholeaffiche

rabbitholeaffichePerdre un enfant est sans doute l’épreuve la plus douloureuse que l’on puisse connaître ici-bas, une douleur que nul ne peut imaginer sans l’avoir vécu. En faire le thème central d’un film est donc extrêmement périlleux, surtout si l’on veut dire autre chose qu’une simple description de la souffrance et du deuil. Mais le moins que l’on puisse dire est que Rabbit Hole y parvient avec un brio, teinté de beaucoup d’émotion.

Huit mois après la perte de leur fils, Becca et Howie forment un couple qui a du mal à se reconstruire. Il reste présent à chaque moment de leur vie et ils se retrouvent déchirés entre l’envie de tourner la page et celle de se replonger inlassablement dans les mêmes souvenirs. Une épreuve qui les sépare chaque jour un peu plus, malgré leurs efforts pour l’affronter ensemble.

A la lecture de ce synopsis, on pourrait facilement imaginer que Rabbit Hole est un film sinistre et déprimant. Bien sûr, il ne va pas vous tordre de rire du début à la fin, même s’il est loin d’être dénué d’humour. Mais il ne va pas non plus vous plonger dans les tréfonds de la tristesse et de la souffrance. Le film ne parle pas de cela, mais de la manière dont les deux personnages principaux tentent de surmonter cela. Et s’il ne se termine pas par un happy-end béat, il est tout de même parcouru par un certain optimisme.

Le plus remarquable dans Rabbit Hole est justement son équilibre et sa justesse. Entre tristesse et tendresse, entre douleur et espoir, entre deuil et volonté d’avancer, entre oubli et acceptation… tout cela est merveilleusement bien traité pour ne jamais plomber l’ambiance inutilement et surtout nous couper de personnages qui auraient pu être trop tournés vers leur chagrin pour être réellement attachants. Ce film dégage une grande émotion par sa subtilité, sa retenue et au final sa simplicité.

Rabbit Hole n’est donc pas un film sur des gens tristes, mais sur des gens qui se battent. Pas de grande leçon de morale sur la vie qui continue malgré tout ou sur la nécessité d’aller de l’avant. Mais une vraie conclusion sur laquelle je ne dirai rien, si ce n’est qu’elle est au fond la seule vraiment possible. Elle achève brillamment un scénario jamais contemplatif, qui, au contraire, nous permet de suivre un processus qui constitue un fil narratif assez épais pour que jamais l’intérêt du spectateur ne faiblisse.

rabbitholeParadoxalement, cette justesse pudique constitue la grande force, mais aussi la principale limite de Rabbit Hole. Si on s’attache aux personnages, il est difficile de partager leur peine, de s’identifier à eux, à moins d’avoir soi-même connu un drame similaire. En ne nous faisant pas partager le drame, en refusant tout voyeurisme, le film crée malgré tout une distance qui nous empêche de rentrer totalement dans cette histoire remarquablement touchante, mais pas bouleversante. Il s’agit là d’un choix, qui se comprend très bien. Et chercher à dépasser ces limites aurait conduit à un autre film, pas forcément plus réussi.

Le tout est merveilleusement interprété par deux grands acteurs. On ne présente plus Nicole Kidman qui tient un rôle peut-être moins glamour que d’habitude. Mais un tel talent de comédienne lui permet de se sentir aussi à l’aise et surtout crédible dans la peau d’une madame « tout le monde »… Enfin une très belle madame tout le monde…. A ses côtés, l’excellent Aaron Eckhart qui tient là un de ses rôles les plus intéressants, lui qui souvent se contente, avec brio certes, de seconds rôles.

Rabbit Hole est un film touchant mais jamais sinistre, non dénué optimisme, d’humour et d’espoir. En tout cas, il s’agit d’une belle réussite qui appréhende parfaitement un sujet particulièrement difficile.

Fiche technique :
Production : Olympus pictures, Blossom films, Oddlot entertainment
Distribution : Haut et Court
Réalisation : John Cameron Mitchell
Scénario : David Lindsay-Abaire, d’après sa propre pièce
Montage : Joe Klotz
Photo : Frank G. DeMarco
Décors : Kalina Ivanov
Musique : Anton Sanko
Costumes : Ann Roth
Durée : 92 mn

Casting :
Nicole Kidman : Becca
Aaron Eckhart : Howie
Dianne Wiest : Nat
Tammy Blanchard : Izzy
Miles Teller : Jason
Giancarlo Esposito : Auggie
Sandra Oh : Gabby

THE LOVE ALBUM : Le retour inattendu

thelovealbumanais

thelovealbumanaisAnaïs était sortie de nul part en 2005 avec un album live, The Cheap Show, qui a connu un immense succès, tout comme le single Mon Cœur, mon Amour. Un succès totalement inattendu, mais mérité par son humour décalé et irrésistible. Un album sonnant presque comme une parodie d’album, ne se prenant au sérieux, ni sur la forme, ni sur le fond, mais séduisant par la force de son seul talent et sa seule créativité. Le second opus était donc très attendu car le plus dur est souvent de confirmer.

En 2008, elle est donc revenue avec The Love Album. Evidemment, il n’était plus possible de proposer un album qui semble avoir être enregistré dans la cave. Le côté fauché mais imaginatif, cela ne fonctionne que lorsque l’on est vraiment fauché, sinon ça ressemble vite à une vaste fumisterie. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Anaïs s’est donné ce coup-ci les moyens en travaillant avec Dan The Automator, l’homme derrière le son de Gorillaz.

Du coup, The Love Album ne ressemble pas du tout à The Cheap Show. C’est plus propre, plus élaboré, plus travaillé. Certains diront plus policé, moins imaginatif, moins surprenant, moins intéressant…bref moins bien… Je ne suis pas de ceux-là, même si je comprends que cet album puisse décevoir. En effet, j’ai commencé à l’écouter en espérant rire autant qu’à l’écoute du précédent. Et je ne peux qu’admettre que c’est loin d’être le cas, même si le premier titre est très réussi à ce niveau-là. Mais d’un autre côté, j’y ai aussi trouvé bien des choses que je ne m’attendais pas du tout à trouver là.

The Love Album nous propose des morceaux à l’instrumentation finement ciselée, aux rythmes variés, même si c’est souvent un peu chaloupé. On se laisse bercer autant par la musique que par les paroles. Les textes restent intelligents, même s’ils sont moins drôles et moins corrosifs que pour The Cheap Show. Certains morceaux sont tout simplement légers, à défaut d’être inoubliables. On n’a pas l’impression d’être face à un one-woman show chanté cette fois-ci, mais d’écouter un vrai album de musique où la musique compte autant que le texte.

Soyons cependant honnêtes, les deux meilleurs morceaux, et de loin, de The Love Album sont aussi les plus drôles. Le Premier Amour et Peut-être une Angine auraient eu leur place sur The Cheap Show, à la différence que cette fois, ils sont portés par une instrumentation bien plus élaborée et par un travail de chant qui montre qu’Anaïs possède un potentiel vocal très intéressant et qui lui offre bien des possibilités. Mais faire rire est définitivement ce qu’Anaïs sait faire de mieux. Je ne lui reprocherai cependant surtout pas d’avoir réussi à nous proposer autre chose sur cet album.

Anaïs est donc une valeur sûre de la chanson française. En nous proposant deux albums très différents, elle nous prouve qu’elle possède bien des cordes à son arc musical. The Love Album ne sera sans doute jamais un objet de culte comme The Cheap Show, mais il nous donne très envie de suivre la suite de sa carrière.

Avant d’en finir, faisons le tour des chansons que l’on trouve sur The Love Album.

1. Le premier amour
Un texte très bien senti et très drôle, le tout porté par une très belle performance vocale.

2. I love you (From the Amber story)
Morceau en anglais, rock parodique, sans l’être trop.

3. Elle me plaît
Une jolie chanson mélancolique.

4. Malheureux
Un rythme rock et chaloupé pour un texte ironique et savoureux.

5. J’sais pas
Un rythme salsa pour ce morceau dont le texte rappelle « Vade Retro Telephone » de Bénabar.

6. Moi qui croyais
Une chanson au texte plus insignifiant, mais porté par un joli travail d’instrumentation.

7. Entre deux verres
Un rock assez évaporé et rigolo.

8. Farniente
Chanson douce qui donne envie d’être en vacances.

9. Peut-être une angine
Le single, génial, très drôle, très rock !

10. Si j’avais su que notre amour (Duo rêvé avec Chris Isaak)
Doux et chaloupé, mais des paroles un peu transparentes.

11. Je voudrais partir en week-end
Plus rythmé, mais sans vraiment décoller.

12. Qui c’est la fille sur la photo
Chanson langoureuse sur une situation quotidienne que l’on a tous vécue.

13. Elle sort qu’avec des blacks (Pimped version)
Chanson que l’on trouvait sur l’album précédent, mais cette fois-ci avec de très bons arrangements

14. Peut-être une angine (version anglaise)
Reprise en anglais, pour un résultat plutôt sympa.

FAUX PROBLEMES, MAUVAISES SOLUTIONS ET GROSSE BETISE

laurentblanc

laurentblancDécidément, le football français et ses instances aiment faire la une des médias pour des raisons totalement étrangères aux résultats sportifs. On pensait avoir connu le pire, mais le pire n’est jamais sûr. La FFF touche le fond mais creuse encore…

Cette polémique autour des propos tenus lors d’une réunion de travail sur l’instauration de quotas pour le recrutement des apprentis footballers prend une dimension médiatique absolument délirante. Bien sûr, le sujet est relativement grave, mais le traitement qui en est fait frise le n’importe quoi et élude totalement les vraies questions qui sont posées. Entre les vierges effarouchées et les inquisiteurs du dimanche, Laurent Blanc et ses collègues doivent vraiment se demander ce qu’ils arrivent, victime d’une tempête disproportionnée… et de leur propre bêtise.

Les discussions lors de cette fameuse réunion a porté sur deux sujets bien distincts. Tout d’abord, le problème des bi-nationaux qui finissent, après avoir fréquenté les différentes sélections françaises chez les jeunes, par choisir de jouer pour le pays d’origine de leurs parents. Effectivement, cela pourrait constituer en soi un problème. Sauf qu’il s’agit là d’un faux problème auquel on a tenté d’apporter une très mauvais réponse.

Tout ceci ne devrait soucier personne dans la mesure où cela est pratiquement sans conséquence pour l’Equipe de France. Si des joueurs choisissent de rejoindre une autre sélection, c’est dans quasiment tous les cas parce qu’ils savent bien qu’ils n’ont pas le niveau pour jouer sous le maillot bleu. Sur ces dix dernières années, les seuls joueurs dans ce cas-là qui auraient été susceptibles de le porter s’appellent Frédéric Kanoute et Moussa Sow… En dehors de ces deux-là, je ne vois qui on pourrait citer d’autre. Et si encore, les sélections qui profitaient de cet apport de joueurs formés par la FFF figuraient parmi nos plus dangereux rivaux. Bien sûr il y a eu la défaite contre le Sénégal en 2002, mais ce n’est pas non plus l’Allemagne, le Brésil ou l’Italie qui profitent de cette situation.

La France devrait donc au contraire être fière de voir tant des joueurs qu’elle forme revêtir un maillot national. Les conséquences restent minimes tant que les Adil Rami, Mamadou Sakho ou Yann M’Vila jouent bien sous le maillot bleu. En ce sens, Laurent Blanc mène un combat inutile, compréhensible d’un côté, mais qui prête trop à confusion pour y consacrer la moindre énergie. Mais dans ce domaine, il est vraiment détestable de voir ses propos largement déformés et les passages de son intervention où il insiste sur le fait qu’il se moque complètement du fait que l’Equipe de France puisse être composés essentiellement de joueurs de couleur aussi peu relayés dans une presse, qui se rue par contre sans scrupule sur des citations beaucoup plus tendancieuses.

Le deuxième sujet est lui un vrai sujet. A-t-on, ces dernières années, privilégié à l’excès les qualités physiques des jeunes joueurs que l’on a formés ? Les succès récents de l’Espagne et de Barcelone ont rappelé au monde entier quel merveilleux football on pouvait pratiquer avec des joueurs mesurant moins d’1m80 sous la toise. Voilà, un débat technique qui n’aurait du intéresser que les mordus de football. Cependant, a surgi au milieu de la conversation, l’image d’Epinal du grand black costaud…

Associer des qualités physiques à un couleur de peau est très vite taxé de racisme. C’est loin d’être faux dans bien des cas, car ce genre de propos sert souvent des discours aux relents nauséabonds. Mais si on en reste à un discours scientifique et rigoureux, qui maîtrise la notion de variations au sein d’une population, il ne s’agit que de faits que l’on ne peut nier. Dire que les Norvégiens sont blonds est une affirmation fausse en soi, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on dit la majorité des Norvégiens sont blonds. Mais dans ce cas, cela ne choquera personne et personne ne vous taxera de racisme anti-Norvégien. Par contre, dire que les noirs courent vite, affirmation tout autant rigoureusement inexacte, vous exposera aux pires accusations.

Le raccourci qui apparaît dans les échanges rapportés par le site Médiapart tiennent de l’approximation regrettable et de la simplification à outrance. Laurent Blanc et d’autres présents à cette réunion devraient repenser à Yvon Le Roux, défenseur central de l’Equipe de France des années 80, et surnommé l’armoire bretonne. Le parallèle entre la couleur de peau et le physique privilégié par les recruteurs étaient donc totalement superflu, n’a rien apporté de plus au fond du problème et n’a fait que créer une polémique aux proportions incroyables. Il n’empêche que si on est très heureux de voir un Sakho ou un M’Vila en Equipe de France, on aimerait aussi que les futurs Gameiro ou Nasri soient un peu plus nombreux.

La perte de qualité technique des joueurs formés ces dernières années en France est indéniable. Cela provient sans doute de la formation qu’ils sont reçus, mais quand Lilian Thuram, que l’on a connu nettement plus inspiré, prétend que cela en est la seule cause, il dit une connerie aussi grosse que son talent. Les centres de formation, qu’ils soient fédéraux ou liés aux clubs, recrutent bien des jeunes selon certains critères et il est évident que ces derniers jouent un rôle dans le type de joueur qui est susceptible d’en sortir quelques années plus tard. Avoir une réflexion sur la nature de ces critères est une démarche nécessaire et salutaire.

Mais il est sûr que la couleur de peau ne doit pas en faire partie…

UN MONDE PLUS SUR… DE RIEN

benladen

benladenJe ne sais pas pour vous, mais de mon côté, je ne me sens pas spécialement plus en sécurité en me levant le matin depuis la mort de Ben Laden. Bon déjà peut-être parce que je ne me sens pas vraiment en danger à la base. Bon passons, ce n’est pas ici le sujet.

L’élimination de l’ennemi mondial numéro 1 ne change pas grand chose aux tensions qui peuvent habiter notre monde et qui se manifestent malheureusement trop souvent par des flambées de violence. Le terrorisme se développe sur un terreau de pauvreté et frustration que la disparition d’un homme ne saurait éliminer. Bien sûr pour pousser des hommes à donner leur vie pour semer la mort, il faut aussi à leur tête de purs manipulateurs froids et qui n’ont aucun respect pour la vie humaine. Il faut aussi des figures inspiratrices, le plus souvent à la dimension mystique prononcée. Dieu est évidemment la meilleure d’entre elles. Les martyrs sont également de bons candidats.

Ben Laden était une icône, un personnage à la dimension mystérieuse et légendaire, objet de tous les fantasmes, de toutes les haines, mais aussi quelque fois de la plus grande et fervente admiration. L’homme en lui-même n’avait pas tant d’importance que ça. Ses décisions, ses actes, ses idées ont naturellement joué un rôle, mais d’autres auraient pu et continueront à faire de même. Le Maroc vient d’en faire la tragique expérience. Par contre, son aura et son impact sur l’imaginaire lui n’est pas près de trouver un équivalent. Et ses qualités ne sont pas mortes avec lui. Bien au contraire.

Les scènes de joie sur Time Square étaient donc doublement indécentes. Célébrer la mort d’un homme, quel qu’il soit, est déjà en soi choquant, surtout quand on prétend célébrer ainsi la victoire de la civilisation sur l’obscurantisme. Mais c’est surtout, oublier de quoi se nourrit le terrorisme. Justice ne sera vraiment rendu que le jour où l’existence même d’un Ben Laden deviendra inimaginable dans notre monde. Ce jour ne viendra sans doute jamais. Cela révèle justement l’immensité de la tâche qui attendent les Nations qui entendent lutter contre la violence et la haine. Une tâche tellement immense que la mort d’un homme ne peut y jouer qu’un rôle sinistrement anecdotique.

MON PERE EST FEMME DE MENAGE : …mais on s’en fout un peu en fait…

monpereestunefemmedemenageaffiche

monpereestunefemmedemenageafficheParmi les exercices casse-gueules au cinéma, et ils sont nombreux, on trouve faire un film sur l’adolescence. La difficulté est extrêmement élevée et le résultat est souvent très mauvais, pour ne pas dire catastrophique. Entre clichés et bons sentiments (mais si, les ados sont des êtres humains comme nous !), tout cela sombre souvent dans le ridicule. C’était donc avec une certaine appréhension que je suis allé voir Mon Père est une Femme de Ménage. Et j’avais raison d’avoir peur, car j’aurais mieux fait de rester chez moi.

Polo, un adolescent de 16 ans, n’est pas moche, pas trop con et pourrait donc être un ado heureux. Mais voilà, son père est femme de ménage… Et ça, c’est quand même la honte !

Pour mieux se rendre compte d’à quel point Mon Père est une Femme de Ménage n’est qu’un catalogue à poncifs, un seul exemple. Polo, caucasien blanc, a trois grands potes : un noir, un arabe et un juif… Bah voyons, il a choisi ses amis pour qu’ils fassent partie d’un panel représentatif ou quoi ? Bien sûr, tous ces jeunes gens ont bien le droit d’être amis, mais avouez que voilà un hasard heureux, tellement improbable qu’il coupe toute crédibilité au propos, aussi pertinent soit-il.

En fait, Mon Père est un Femme de Ménage est entièrement ampli de détails comme celui-ci. Cela donne un aspect totalement artificiel aux situations. Du coup, tout sonne faux, même quand les clichés n’en sont pas tant que ça. Son pote qui veut faire du rap me rappelle fortement mon neveu, à qui il ne faut surtout pas expliquer que vivre dans une zone pavillonnaire de Montigny-le-Bretonneux et être le fils d’une institutrice et d’un journaliste ne fait pas de lui un cas social de banlieue… Enfin, ça c’est une autre histoire, mais tout ça pour dire, que tous les détails pourraient effectivement être tirés de vrais ados du monde réel, mais leur accumulation rend les personnages totalement inintéressants.

Mais le pire dans Mon Père est une Femme de Ménage est le manque totale de profondeur. Il y avait pourtant de quoi faire un film assez fort. Polo, en effet, souffre de se sentir supérieur au reste de sa famille, par rapport à laquelle il apparaît plus ouvert, infiniment plus curieux, ambitieux et cultivé. Le sujet du fils complexé par ses parents est archi-éculé, l’inverse l’est nettement moins, alors qu’il s’agit l’un d’un vrai sujet. Combien d’enfants sont tirés vers le bas par leur milieu familial et ne peuvent donner vie à leurs ambitions par la simple incompréhension de leurs parents !

monpereestunefemmedemenageMon Père est une Femme de Ménage a malheureusement décidé d’en rester au stade de la comédie sociale légère. Pourquoi pas, mais ce film confond légèreté et superficialité. Lancer une piste de réflexion sans l’explorer ne sert à rien, si ce n’est à frustrer le spectateur qui n’en retirera pas grand chose. Et comme le film n’est pas non plus vraiment drôle, on reste le cul entre deux chaises au bord de l’ennui, avec laquelle on flirte dangereusement tout du long.

Car enfin, Mon Père est une Femme de Ménage pêche aussi dans la forme. Les personnages et les situations auraient pu nous paraître réellement sympathiques, si chaque scène n’était systématiquement légèrement trop longue, ce qui sape constamment le rythme du scénario qui ne décolle donc pas aucun bout. Saphia Azzeddine tourne autour de son propos sans jamais y plonger vraiment et on a parfois l’impression qu’elle cherche à masquer cela par un ou deux tours supplémentaires. Sauf qu’au final, cela ne fait qu’apparaître de manière encore plus criante les nombreuses faiblesses de ce film.

Mon Père est une Femme de Ménage est une comédie sociale, ni vraiment comédie, ni vraiment sociale. Mais vraiment ratée…

Fiche technique :
Production : Berel Films, La petite Reine, ARP Sélection, TF1 Films production, Lagardère Entertainment
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Saphia Azzeddine
Scénario : Saphia Azzeddine, d’après son roman
Montage : Jennifer Augé
Photo : Jean-Pierre Sauvaire
Décors : Laurent Ott
Costumes : Julia Dagany
Durée : 80 mn

Casting :
François Cluzet : Michel
Jérémie Duvall : Polo
Nanou Garcia : Suzanne
Zlison Wheeler : Alexandra
Aïmen Derriachi : Marwan
Jules Sitruk : Rudy

LA FERME JOSE !

josemourinho

josemourinhoJosé Mourinho est sans doute le meilleur entraîneur au monde. Peut-être même le meilleur de l’histoire. C’est aussi un vrai personnage, unique et inimitable. Une personnalité exceptionnelle qui peut engendrer aussi bien une admiration sans borne, que la haine la plus tenace. Un homme fait pour marquer l’histoire et rester à jamais une légende du football. Mais depuis hier soir, il ferait mieux de la fermer et d’arrêter de se couvrir de ridicule.

Qu’il ose dire que Pep Guardiola devrait avoir honte de la manière dont son équipe l’emporte en Ligue des Champions contre la sienne dépasse de loin toutes les inepties qu’il nous avait livré jusqu’alors. Car si quelqu’un a déshonoré le football hier soir, c’est bien lui et son équipe. Qu’il n’ait pas son pareil pour élaborer des tactiques pour briser le jeu de l’adversaire reste incontestable. Mais cela ne devrait pas l’empêcher de reconnaître que le jeu de Barcelone est tout simplement trop extraordinaire pour pouvoir être brisé ainsi.

Si l’arbitrage portant une lourde responsabilité dans son élimination il y a trois ans avec Chelsea, l’expulsion de Pepe hier soir ne peut souffrir d’aucune contestation. Au pire, elle est sévère, mais en rien scandaleuse, surtout à la vue de l’ensemble de l’œuvre de son équipe. Un tel dénouement apparaît même logique, tant son équipe s’est concentré uniquement à détruire, jamais à construire. Tout mise sur l’agressivité ne peut que se terminer ainsi, car il arrive toujours un moment où un joueur va en perdre le contrôle, la fatigue aidant et la lucidité déclinant.

José Mourinho a fait un choix pour son équipe. Certes, il avait marché lors de la finale de la Coupe du Roi, mais de manière quelque peu miraculeuse. Et les miracles ne se reproduisent rarement deux fois de suite. Tout miser dessus une nouvelle fois était tout simplement suicidaire. Il s’agit là d’une erreur. L’erreur est humaine, mais l’entraîneur portugais, à l’égo surdimensionné (doux euphémisme), ne se considère pas vraiment comme humain, il se considère au-dessus de ça. Il ne admettra jamais sa faute, même si, il n’y a qu’un fautif, lui-même.

L’attitude de José Mourinho est honteuse. Comme l’est le gâchis qu’a représenté le match d’hier soir, transformé pendant plus d’une heure en boucherie ou en concours de labours, quand il aurait du être devant les yeux du monde entier un spectacle formidablement enthousiasmant. Il en a privé tous les amoureux du football et ces derniers ne sont pas près de lui pardonner.

PASSE LE PROBLEME A TON VOISIN !

sarkozyberlusconi

sarkozyberlusconiNicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi ont affiché leur satisfaction après leur rencontre d’hier à Rome. Les tensions entre les deux pays se sont apaisés par le dialogue et des solutions seront trouvés, promis, juré, craché. On se parle, on s’aime bien, on se sert la main et on sourit devant les photographes.

Tout cela ne serait que navrant si le sort de plusieurs dizaines de milliers de personnes n’étaient pas en jeu. Mais sauver les apparences est ce qui compte avant tout en politique, usant pour cela des pires hypocrisies. Car, que les deux dirigeants se soient réunis pour traiter ce problème peut apparaître comme un élément plutôt positif, un pas dans la bonne direction, si tout cela n’était le résultat d’un manque d’anticipation, de gouvernance commune et de dialogue absolument désolant.

La France ne peut pas accueillir toute la Tunisie, voilà le lieu commun qui est servi jusqu’à la nausée quand il s’agit de justifier la fermeture des frontières. Non, effectivement, notre pays ne le peut pas, sauf que personne ne le lui demande. Mais le contrôle de l’immigration est un des sujets où malheureusement le vrai débat objectif est quasiment impossible car s’y expriment alors toutes les idéologies sectaires, qu’elles soient altermondialistes ou franchement nauséabondes.

Il y a pourtant une donnée qui mérite d’être examiné calmement et à partir de faits. En effet, quel est l’impact réel sur l’immigration des politiques nationales ? Son ampleur est-elle liée à la situation dans le pays de départ ou dans celui du pays d’accueil ? Pourquoi les migrants choisissent-ils une destination plutôt qu’une autre ? Les réponses seraient évidemment complexes et sûrement pas uniquement colorées de noir et de blanc. Mais les quelques études déjà menées montrent clairement que la notion d’appel d’air est un mythe et qu’une politique comme celle que mène notre gouvernement depuis des années est absolument inefficace et extrêmement coûteuse.

Il est vrai que la situation des migrants tunisiens, par son caractère exceptionnel, sortirait de ce cadre. Mais les tensions entre Paris et Rome montrent bien à quel point cette problématique crispe tous les gouvernements. Ces derniers, incapables de concilier résolution des problèmes effectifs et respect de leur socle idéologique, se voilent la face, espérant très fort que les pays voisins géreront l’urgence à leur place. Encore une éclatante démonstration de l’absence totale d’une réelle gouvernance européenne, à la hauteur des avancées réalisées comme celles du traité de Schengen. Chacun tient à son pré carré et se refuse à abandonner la moindre parcelle de pouvoir. Une politique d’immigration à l’échelle européenne n’est malheureusement pas près de voir le jour, alors, que, comme pour bien d’autres sujets, le raisonnement à l’échelle nationale n’a plus de guère de sens.

L’arrivé d’un nombre important de réfugiés tunisiens sur le sol européen n’était pas très difficile à prévoir, et anticiper leur arrivée aurait constitué une démarche simplement raisonnable. On ne pouvait imaginer qu’un pays connaisse de tels bouleversements, sans voir une partie de sa population fuir le chaos, combien même ce dernier prend la forme d’une marche vers la démocratie. C’était vouloir le beurre et l’argent du beurre, faire preuve d’un aveuglement coupable, dont l’Union Européenne est malheureusement plus que coutumière.

La France a tourné le dos avec une célérité déconcertante à son « ami » Ben Ali qu’elle a pourtant soutenu pendant des décennies. On aurait pu espérer qu’elle ne tourne pas le dos à ces 30 000 Tunisiens qui en ont subi pendant si longtemps les conséquences de ce soutien sans failles.

UN POETE CHEZ SILVIO !

tayetaiwo

tayetaiwoCe petit billet ne portera pas sur les talents de chanteur de Taye Taïwo, dont on a déjà largement parlé, de manière totalement ridicule, comme s’il s’agissait d’un crime ou d’une affaire d’état. Non, je veux plutôt revenir sur une information qui me laisse quelque peu circonspect. En effet, le défenseur nigérian serait sur le point de signer au Milan AC…

Je reconnais que ce joueur possède des qualités physiques impressionnantes, une frappe de balle surpuissante et une combativité indéniable. Mais tout de même, malgré une progression constante ces dernières années, il est loin d’être le meilleur arrière latéral de notre championnat. Il a passé une bonne partie de la saison sur le banc des remplaçants et s’il est le héros, pour bien des raisons, de la finale de la Coupe de la Ligue, il serait inimaginable de le voir figurer dans l’équipe type de la saison.

Alors quelle mouche peut bien piquer le futur (c’est quasiment certain désormais) champion d’Italie ? Pourquoi recruter un joueur qui n’est même pas titulaire indiscutable dans un championnat de niveau inférieur ? Bon, ok, j’admets, il est gratuit et en ces temps de prix des transferts délirants, c’est un atout inégalable pour accéder aux meilleures équipes. Mais le fait qu’il soit en fin de contrat ne changera pas grand chose au caractère brouillon de son jeu et sa technique approximative.

Je me trompe peut-être, mais il me semble que ce transfert est une nouvelle preuve que certains joueurs manquent totalement de jugeote et sont prêts à signer dans n’importe quel club, du moment que le salaire suit et que le prestige flatte l’égo. De mon point de vue, Taye Taïwo est surtout bien partie pour cirer le banc milanais et a toutes les chances de disparaître rapidement de la circulation.

J’espère pour lui me tromper. A la fois, Adebayor a bien nominé au Ballon d’Or. Les chèvres du championnat de France se transforment parfois en stars du football à l’étranger.