HYPERION (Dan Simmons) : Un nouveau monde

J’ai la prétention d’avoir une culture relativement complète. Mais comme toute culture, elle connaît encore de sérieux trous. Mais peu à peu, je m’efforce de les boucher un à un. En lisant Hypérion de Dan Simmons, j’en ai bouché un de taille dans la rubrique roman culte de science-fiction. Il figurait pourtant dans ma liste de lecture depuis bien longtemps. J’avais donc largement eu l’occasion d’imaginer ce que pouvait bien être l’histoire qui sous-tend cette saga. J’étais cependant loin de m’attendre à cela.

Hypérion est le premier volet d’une histoire en quatre parties, formant deux paires qui se complètent. Il a donc la charge de nous introduire dans un univers et de nous présenter les personnages. Il assume pleinement cette tâche et on peut même dire qu’il s’y consacre pleinement. En effet, le récit se décompose principalement en sept sous-récits, un par personnage, chacun nous racontant qui il est et pourquoi il se retrouve là où le récit principal se déroule. Cela pourrait donc se montrer particulièrement frustrant mais heureusement l’univers décrit se montre suffisamment riche et fascinant pour que l’on apprécie pleinement cette longue phase de découverte. Une longue introduction qui donne fortement envie de connaître la suite.

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BARBAQUE : Manque de tranchant

Le propre de l’humour est de pouvoir dédramatiser les débats qui prennent bien trop d’importance dans les débats par rapport à ce que la raison voudrait. C’est une de ses grandes vertus, au-delà du plaisir simple de rire un bon coup. Barbaque possède bien cette vertu. Par contre, on peut débattre du deuxième point. En tout cas, Fabrice Eboué confirme sa volonté de s’attaquer à des sujets bien casse-gueule (l’esclavage, le racisme, la religion…) pour les dédramatiser. L’intention est louable, même si ici à nouveau la mise en œuvre est imparfaite.

Barbaque est un film pro ou anti viandard/vegan ? J’apporterai bien une réponse à cette question mais cela découlerait surtout de ma propre subjectivité et de ce que j’ai eu envie de voir dans ce film. En effet, ce dernier ne prend finalement pas tant parti que cela et renvoie un peu tout le monde dos à dos. Ce manque de point de vue affirmé constitue certainement la plus grande limite à laquelle se heurte le propos. Ce n’est pas aussi méchant, mordant, percutant que cela aurait pu l’être. C’est un tout petit mou (de veau) du genou. On sourit plus que l’on rit et on attend un peu vainement le vrai moment de bravoure qui pourrait faire de ce film un film culte. On passe tout de même un bon moment, mais on reste un rien frustré.

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LA FRACTURE : Lutte des classes

Le cinéma français laisse souvent de grande places aux questions sociales dans les scénarios. Il n’évite pas toujours le travers qui guette toujours tous ceux qui s’attaquent à ce genre de sujet. Le misérabilisme est le défaut de bien des propos, pourtant plein de bonnes intentions, mais qui peinent à convaincre. La Fracture échappe largement à ce piège qui se dressait pourtant clairement devant lui. Se montre-t-il pleinement convaincant pour autant ? Pas si sûr, car d’autres traquenards attendent les scénaristes. Dure vie que la leur !

La Fracture a au moins un grand mérite. Celui d’aborder de front des sujets contemporains et quelque peu polémiques, courage rare dans le cinéma français, même s’il est de moins en moins (je le souligne souvent, je vais finir par radoter). Il met en avant d’un côté le phénomène des Gilets Jaunes et la situation de l’hôpital public français. Il parle surtout de tout ce qui peut séparer les classes sociales, notamment les idées toutes faites que chacune a sur l’autre. Mais en dénonçant les idées reçues, le propos n’évite pas certains clichés et raccourcis. On a du mal à adhérer pleinement à l’universalisme du message qui semble un rien convenu et artificiel.

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ILLUSIONS PERDUES : Autopsie d’une époque

Vaut-il mieux lire d’abord le livre ou voir le film ? Si cette question n’a pas vraiment de sens, si ce n’est pour le plaisir réel de lancer des débats inutiles et donc indispensables, j’aurais pu être en mesure de me la poser. En effet, dans l’organisation très précise de mes lectures, Illusions Perdues de Balzac va être le prochain livre dont je vais entamer la lecture. Et au même moment, son adaptation sort sur nos écrans. Il m’est arrivé de bouleverser mon organisation (si, si, j’en suis capable) pour lire un livre avant de voir le film. Je ne l’ai pas fait cette fois. Je ne sais pas si j’ai eu tort ou pas, mais une chose est sûr, ce long métrage ne m’a sûrement pas détourné de l’envie de lire le roman.

J’avais abordé dans ma précédente critique, celle de Julie (en 12 Chapitres), la notion de roman d’apprentissage. J’aurais pu évidemment choisir la même introduction pour Illusions Perdues, qui figure comme un archétype de ce genre littéraire, particulièrement prisé au XIXème siècle. Le personnage principal est un jeune provincial qui arrive à Paris et qui va chercher à faire sa place dans ce monde nouveau. Voilà une introduction qui pourrait être celle de bien d’autres romans de l’époque. Cependant, celui-ci est aussi une vision acerbe d’un phénomène précis, à savoir l’essor d’une forme de corruption généralisée touchant la presse sous la Restauration, où une bonne critique pour une pièce de théâtre ou un roman s’achetait à prix d’or. Le grand mérite de cette adaptation est à la fois de décrire de manière minutieuse un phénomène historique précis… tout en dressant des ponts avec l’époque actuelle et certaines dérives de notre système politico-médiatique. On notera par exemple une petite phrase sur la perspective de voir « un banquier rentrer au gouvernement » qui nous fait forcément penser à notre Président actuel.

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JULIE (EN 12 CHAPITRES) : En quête de soi

Apprendre, grandir, mûrir, voilà la plus grande aventure que chaque être humain a à vivre. Cela donne de grands récits d’aventures, désignés sous le terme de roman d’apprentissage. Roman ou film évidemment. Julie (en 12 Chapitres) nous livre une telle histoire, en nous permettant de suivre le parcours d’une jeune femme cherchant sa voie au tournant de le trentaine. Un film baigné des sujets contemporains qui parcourent nos sociétés, mais qui livre au final une très belle réflexion sur l’accomplissement individuel.

Il n’y a rien de vraiment extraordinaire (au sens premier du terme) ou de spectaculaire dans Julie (en 12 Chapitres). Mais le scénario révèle ce que la vie de chacun peut réserver de rebondissements, joyeux ou tristes. Le spectateur se montre donc curieux de savoir où l’histoire va bien pouvoir le mener, surtout que visiblement le personnage principal n’a, dans un premier temps, aucune idée d’où elle souhaite elle-même aller. On se laisse donc porter et on suit avec grand plaisir cette quête d’elle-même, au gré de ses rencontres et de ses changements de pied. Ce film n’est évidemment pas le premier à nous proposer ce genre de parcours, mais il se démarque clairement par la finesse et la richesse du propos, qui n’a rien de convenu ou de prévisible.

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LE DERNIER DUEL : Des hommes et une femme

La valeur n’attend pas le nombre des années, paraît-il. Mais l’inverse est évidemment vrai. Ridley Scott en est la preuve. A bientôt 84 ans, il continue d’être un des réalisateurs les plus brillants, nous livrant des films le plus souvent spectaculaires, mais d’une étonnante variété. 2021 sera une année particulièrement riche avec le Dernier Duel déjà sur nos écran et House of Gucci qui va très bientôt le rejoindre. Le réalisateur anglais n’était pas forcément celui dont on attendait le plus qu’il contribue à l’émergence d’un cinéma embrassant pleinement le combat féministe. Mais il le fait à sa façon. En nous emmenant en plein moyen-âge.

Le Dernier Duel est une fiction basée sur le compte-rendu d’un procès bien réel ayant eu lieu à Paris en 1396. Un procès pour viol, chose très rare à l’époque. Un procès mais dont la sentence sera décidé par un duel à mort entre le mari et le violeur. Beaucoup de choses sont inventées ici puisque seules subsistent les minutes de procès, mais ce film présente bien un caractère historique qui ravira les amateurs du genre. Surtout que l’époque y est décrit sans romantisme aucun, mais bien avec un grand souci de réalisme. Et autant vous dire, que l’on ne peut que se réjouir de vivre au XXIème siècle. Mais l’intérêt du film repose avant tout sur la puissance de émotions, positives ou négatives, qui parcourent l’histoire et le personnages.

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FREDA : La fureur de vivre

Certaines parties du monde cumulent un nombre assez conséquent de raisons de ne pas vouloir y habiter. Pauvreté, catastrophes naturelles en tout genre, dictatures régulières, institutions défaillantes et tout ça dans une grande indifférence, voire même l’ignorance totale du reste de la planète. Haïti fait partie de ces lieux à qui rien ne sourit, sans que cela empêche grand monde en dehors de dormir. Ce sera peut-être un peu moins le cas grâce à Freda, un film qui nous emmène dans les faubourgs de Port-au-Prince à la rencontre d’une jeune fille peu ordinaire.

Freda dresse un double portrait. Celui de celle qui donne son nom au film évidemment. Et à travers elle, celle de toute une société, cruelle et parfois violente. S’il nous plonge sans détours dans les pires vicissitudes de cette société terriblement inégalitaire, ce long métrage essaie aussi de partager avec le spectateur les aspirations de ceux qui ne se résignent pas face à l’injustice. La fragilité que l’on pense entr’apercevoir dans les premiers instants laissent vite place à une impression de force qui conquière l’admiration. N’imaginez pas que tout cela finira sur un happy-end hollywoodien, mais jamais le propos ne se complet dans un misérabilisme absolu.

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UN CRIME EN HOLLANDE (Georges Simenon) : Agatha Simenon

Si l’Inspecteur Maigret hante le plus souvent les rues de Paris, il lui arrive parfois d’aller exercer ses talents dans d’autres lieux. Parfois en France et même donc parfois à l’étranger comme dans Un Crime en Hollande, écrit en 1931. Le titre est assez explicite pour comprendre que l’enquête ne se déroule pas en France, même si elle concerne un ressortissant tricolore, ce qui justifie le déplacement (ce n’est pas l’élément le plus convaincant de l’histoire). Un roman de la série des Maigret quelque peu singulier, où Georges Simenon se prend quelque peu pour Agatha Christie.

Dans Un Crime en Hollande, l’Inspecteur Maigret se prend un peu pour Hercule Poirot. Un meurtre, une maison, et beaucoup de personnages qui la fréquentent. Il va examiner leur culpabilité potentielle un à un avant d’aboutir sur le nom du coupable. Le romancier belge nous décrit le processus avec moins de maestria que son homologue anglaise, mais il s’en sort tout de même avec l’immense talent qu’on lui connaît. Ce classicisme met le lecteur dans une zone de confort, mais empêche tout réelle surprise.

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LATEST RECORD PROJECT VOL.1 (Van MorRison), DEJA VUE (Crosby, Stills, Nash, Young), THE WATCHFUL OF THE STARS (Adrian Crowley) : Les vieux de la vielle

75 ans, voilà à un âge où certains coulent une retraite méritée, pleine de farniente et de repos. D’autres, la vive tout autrement. C’est le cas de Van Morrison qui a encore sorti un nouvel album intitulé Latest Record Project Vol. 1. Une titre qui laisse vraiment penser que la retraite n’est pas pour demain, puisque on s’attend naturellement un volume 2. Sa voix de crooner nous plonge au cœur d’une ambiance entre blues et country. C’est très classique, mais la voix exceptionnelle est là pour apporter ce qu’il faut de personnalité. Malgré les années, l’énergie est toujours là, même sil l’album est surtout dans la douceur et la ballade, pleines des petits solos de guitare qui vont bien. On retiendra notamment l’excellent titre blues Thank God for the Blues. Et surtout merci à Van Morrison pour ces 28 titres (rien que ça) d’une très haute facture !

On reste dans les vieux de la vieille avec Déjà Vue du groupe Crosby, Stills, Nash and Young, qui a regroupé dans les années 60 et 70 David Crosby, Stephen Stills, Graham Nash et Neil Young. Mais vieux, ils ne l’étaient pas à l’époque de la sorti de l’album en 1970. Une édition pour le cinquantième anniversaire vient de sortir, avec l’album original sur le premier CD et des bonus sur trois autres. Cette chorale folk assez hors du commun représente une somme rare de talents. Le résultat est très classique, plein de maîtrise, porteur d’une grande douceur. Ils sortent leurs tripes avec beaucoup de bonheur sur certains titres comme Almost Cut my Hair et sur d’autres aux accents plus rock.

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LES INTRANQUILLES : Les feux de l’amour

Quand la santé mentale de quelqu’un devient défaillante, jusqu’à adopter des comportements dangereux, on peut s’interroger pour savoir qui devra être qualifiée de victime. Celui qui « pète les plombs » ou ses proches qui en subissent les conséquences ? Ceci forme le cœur du sujet de les Intranquilles, un film sur la manière dont la bipolarité vient rendre impossible la vie d’un couple et leur enfant. Sur la manière surtout où certaines forces irrésistibles peuvent conduire certains à faire du mal à ceux qu’ils aiment pourtant de toutes leurs forces.

Les Intranquilles est un triple portrait. Un quadruple portrait en fait. En effet, ici la maladie est presque un personnage à part entière. Ou plutôt, elle forme une part de chaque personnage, tant elle marque leur vie, leur quotidien, leurs peurs et leurs espoirs. A mesure qu’elle se renforce chez celui qui en souffre, plus elle prend de la place, jusqu’à prendre toute la place. Le sujet est ici traité avec beaucoup de force et sans détour. La maladie et ses conséquences planent sur chaque scène, créant une tension permanente. La même tension qui fait de la vie de la jeune femme un enfer sans aucun moment possible de repos ou de relâchement.

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