MOURIR PEUT ATTENDRE : Le crépuscule d’un Dieu

Rarement un épisode des aventures du plus célèbre des espions a été à ce point attendu. En plus du monde, comme à son habitude, James Bond devait cette fois carrément sauver le cinéma, en ramenant le public vers les salles obscures, après des mois de confinement et de mesures sanitaires diverses et variées. Mais aussi, rarement un James Bond aura fait l’objet d’autant de controverses que Mourir Peut Attendre. Des avis aussi tranchés qu’opposés ont été formulés à l’égard de ce film. Une polémique qui rappelle quelque peu celle ayant accompagné les débuts de Daniel Craig, qui était loin de faire l’unanimité pour ses débuts dans le smoking de 007. Mais ne pas laisser indifférent n’est-il pas déjà en soi une qualité ?

Mourir Peut Attendre souffre clairement de deux défauts. Tout d’abord, il est inutilement long. Y sabrer une bonne demi-heure ne lui ferait pas de mal. Après, quand il s’agit de dire adieu, on a parfois envie de faire durer les choses plus que de raison pour repousser l’instant fatidique. On peut donc être prêt à pardonner cette lenteur superflue. Par contre, on peut vraiment regretter que tant de personnages, du coup secondaires, soient à ce point sous-exploités. Tout d’abord, le méchant, incarné par Rami Malek apparaît trop désincarné pour être vraiment inquiétant au final. L’agent 007 féminin aurait mérité également un meilleur sort. Mais on peut espérer que, pour cette dernière, un producteur aura la bonne idée de lui offrir un film pour elle seule.

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EUGENIE GRANDET : Etre une femme libérée

Il n’y a plus beaucoup de grands classiques de la littérature qui n’est pas bénéficié de leur adaptation cinématographique, voire de multiples adaptations. Bizarrement, Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac n’en avait jamais bénéficié… par le cinéma français. Il existe en effet une adaptation américaine de 1921, une adaptation italienne de 1946 et une adaptation…soviétique de 1960. En 2021, le septième art hexagonal lui donne enfin vie à une époque, où cette œuvre profondément féministe, prend une nouvelle résonance.

D’après ce que j’ai pu lire, cette version d’Eugénie Grandet prend quelques libertés avec le roman, dont il est d’ailleurs « librement » adapté d’après le générique. J’aurais bien du mal à en juger n’ayant pas moi même lu l’œuvre originale. Mais qu’importe, le film donne une impression assez étonnante de classicisme et de modernité. Sur la forme, les dialogues excessivement littéraires sonnent parfois faux et contraint le spectateur à lancer un regard assez froid sur les événements. Mais d’un autre côté, son cœur est touché par la volonté d’émancipation de la jeune fille qui bravera son père par amour. Ces deux extrêmes font naître une certaine frustration car le spectateur est loin de l’enthousiasme qu’il aimerait ressentir.

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LE SOMMET DES DIEUX : En hauteur

Qu’est ce qui pousse certains humains à toujours se dépasser. A aller toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus longtemps. Et parfois également, toujours plus haut. C’est la très bonne question posée par le film le Sommet des Dieux, film d’animation franco-luxembourgeois, mais adaptation d’un manga à succès. Une histoire qui nous emmène vers les plus hauts sommets montagneux et surtout à la rencontre de ceux qui cherchent à les gravir encore et encore, souvent au péril de leur vie. Un sujet qui à première vue pourrait laisser indifférent beaucoup d’entre nous (moi le premier), mais qui séduit par sa réussite narrative et artistique.

Le Sommet des Dieux nous fait suivre les pas d’un journaliste qui cherche à retrouver un célèbre alpiniste japonais, disparu il y a plusieurs années déjà. C’est là la bonne idée qui donne toute sa saveur au scénario. Il est bâti comme un polar, même s’il n’y est jamais question de crime, de détective ou de policier. Cela confère une réelle tension au récit du début à la fin. On passe du présent au passé continuellement, mais toujours de manière très fluide et toujours pour faire avancer l’histoire à bon escient. C’est sur ce fil rouge extrêmement solide que vient se greffer une vraie réflexion subtile et profonde sur la motivation des personnages, ne la rendant que plus convaincante.

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LA VOIX D’AIDA : La voix de l’Histoire

La guerre dans l’ancienne Yougoslavie est quelque chose de forcément familier pour quelqu’un de ma génération, mais qui continue de receler une large part de mystère. Difficile de démêler la réalité des événements dans cette imbroglio de peuples qui se sont entre-déchirés aux portes d’une Europe occidentale qui se considère souvent (à tort ?) immunisée à jamais contre la guerre sur son sol. La Voix d’Aïda met brillamment en lumière les événements de Srebrenica, un nom qui était ancré dans ma mémoire de manière un peu flou. Il est désormais attaché à une réalité beaucoup plus claire. Mais une réalité effroyablement dramatique.

La Voix d’Aïda représente un exemple brillant d’un morceau d’Histoire à travers une histoire. L’histoire d’une femme qui se bat pour sa survie et la survie de sa famille. A travers elle, on va découvrir de manière assez précise le rôle de chacun des belligérants, des civils pris en otage par la situation et l’impuissance désarmante (c’est le cas de le dire) des casques bleus au milieu du chaos. On tremble pour le destin d’un personnage pour lequel on ressent un profond attachement et une grande admiration. Les émotions sont fortes et sincères.Et cela n’a rien d’incompatible avec une meilleure vision de la réalité géopolitique sous-jacente des événements.

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LES BRAISES (Sandor Márai) : Cherchez la femme

Attention dans cette introduction, je vais divulgâcher ! Donc si un jour vous comptiez lire les Braises de Sandor Márai, vous pouvez vous arrêtez là. Au moins, je vous aurais prévenu. C’est bon ? Vous êtes toujours là ? Ok, j’y vais ! Derrière toute histoire d’hommes, il y a une femme. Voilà un beau cliché un rien sexiste, mais qui prend tout son sens dans ce roman. Une histoire qui nous raconte les retrouvailles entre deux amis d’enfance qui se retrouve après 40 ans de séparation. La véritable raison de cette dernière ne se révélera que dans les dernières pages. Et vous aurez compris la nature de cette raison…

Mais avant cela, le roman, relativement court, aborde bien d’autres sujets. Les Braises dresse aussi le portrait d’une époque, la fin du XIXème siècle, dans l’Empire Austro-hongrois. Il le fait à travers l’opposition entre la monarchie conservatrice et une petite bourgeoisie qui aspire à une certaine liberté. On peut croire alors que Sandor Márai cherche à nous offrir une fresque historique. Mais peu à peu, le récit prend des allures plus intimes et le roman change de nature. Tout ceci se fait avec beaucoup d’habileté pour donner au tout une grande cohérence malgré tout. Le procédé narratif se voit, mais le lecteur se laisse faire et balader avec beaucoup de plaisir.

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LES AMOURS D’ANAIS : Pourvu qu’elle soit douce

Mettre le mot amour au pluriel est généralement synonyme de situation compliquée, à moins d’une très grande ouverture d’esprit (et encore…). Et comme on fait rarement de film sur les histoires simples, on est guère étonné de voir un film s’intituler les Amours d’Anaïs. Une histoire de trio amoureux, schéma qui a inspiré tant et tant de récits, aux personnages quelque peu singuliers. Elle ne nous apprendra peut-être rien de révolutionnaire sur la nature profonde du sentiment amoureux et du désir, mais un joli moment de cinéma.

Il n’est pas facile d’entrer dans les Amours d’Anaïs. En effet, dans un premier temps, le personnage principal apparaît sous un jour relativement antipathique. Il est toujours très délicat de traiter une femme d’hystérique, mais dans ce cas précis, il est difficile de trouver un mot plus adéquat. Dans une seconde partie, le film change de nature en même temps que l’histoire marque un tournant. Il se met alors à déborder d’une douce sensualité relativement troublante. Les personnages s’adoucissent et on peut enfin les aimer. Ils prennent surtout de l’épaisseur et l’histoire de l’intérêt. Tout cela fait que l’on sort de ce film assez charmé pour oublier l’impression plus mitigé des premiers instants.

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DUNE : Au panthéon

S’attaquer à l’adaptation d’une œuvre réputée inadaptable représente toujours un pari risqué. Surtout une œuvre qui semble jeter une malédiction à ceux qui tentent de la porter sur grand écran. On connaît la version de Dune par Jodorowski qui n’aura jamais vu le jour. Celle par David Lynch figure parmi mes films préférés, mais bien des amateurs éclairés la renient. L’annonce d’une nouvelle tentative par Denis Villeneuve a fait naître bien des espoirs. En effet, le cinéaste canadien avait, grâce à Premier Contact et Blade Runner 2049, déjà son siège réservé au panthéon de la science-fiction cinématographique. La manière magistrale dont il donne vie à l’univers imaginé par Franck Herbert lui fera encore gravir quelques marches.

On le savait déjà, mais Dune le confirme, Denis Villeneuve est un cinéaste dont la maîtrise artistique le rapproche des plus grands. Peut-être pas encore de la trempe d’un Kubrick ou d’un Welles, mais il fait incontestablement partie de ceux qui s’en rapprochent le plus. Il n’y a pas une fraction d’image dans aucun des plans de ce film qui ne soit pas proche de la perfection esthétique. C’est beau, tout le temps. C’est beau dans les moments calmes (nombreux, j’y reviendrai) et ça reste beau dans des moments d’actions terriblement spectaculaires. Le résultat est impressionnant parce que les idées qui prennent vie le sont, mais aussi par la manière sublime dont elles prennent vie. Rarement la science-fiction n’avait bénéficié de cette perfection formelle, qui n’aurait pas rougir de la comparaison avec celle d’un 2001, l’Odyssée de l’Espace par exemple.

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THEY’RE CALLING ME HOME (Rihannon Giddens), CORAL ISLAND (The Coral), DISCOVERY (Pet Shop Boys) : Solidité classique

On débute avec la violoncelliste folk américaine Rhiannon Giddens qui signe cette année avec They’re Calling Me Home un second album en duo avec le musicien Francesco Turrisi (et un quatrième en tout). On se retrouve plongé dans une ambiance plutôt celtique. La musique et douce, mais le résultat est assez classique, surtout que voix de l’artiste n’a rien de particulièrement exceptionnel. Mais elle compense par beaucoup de maîtrise et de conviction. Les titres sont tous mélodieux et la qualité reste constante. Un album solide, à défaut d’être inoubliable.

On poursuit avec le groupe anglais The Coral et leur album Coral Island. Il nous livre un rock qui tire sur la pop un rien sucrée. C’est assez classique, mais très maîtrisé, pour ne pas dire très propre sur lui. C’est agréable à écouter, d’une qualité relativement égale. Il s’agit d’un double album, on a donc droit à un bon gros lot de titres. Cependant, aucun d’eux ne peut revendiquer le statut de tube en puissance. Là aussi la solidité est de mise, sans crier au génie.

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LES ELUCUBRATIONS D’UN HOMME SOUDAIN FRAPPE PAR LA GRACE (Edouard Baer) : Une voix, une plume

Depuis cinq ans et demi que je travaille dans le quartier des Halles, Edouard Baer est devenu la célébrité que j’aurais le plus vue dans ma vie, puisque je le croise très régulièrement. Mais avant cela, j’avais déjà eu la chance de le voir en vrai, non pas à la terrasse d’un café, mais sur scène. Car il ne brille pas qu’à la télévision ou au cinéma, il étincelle aussi au théâtre, jouant des textes qu’il écrit lui-même. Et cette fois-ci, il a décidé de le publier et d’en faire un livre. Dans son avant-propos, il explique l’importance de cette démarche. Et ceux qui n’ont pas eu la chance de voir Les Elucubrations d’un Homme Soudain Frappé par la Grâce seront ravis de cette séance de rattrapage littéraire.

Lire Les Elucubrations d’un Homme Soudain Frappé par la Grâce revient à se heurter aux limites inhérentes à la lecture des textes de théâtre. Mais quand on connaît assez bien Edouard Baer, quand on connaît sa diction, son ton, son style unique, on a l’impression de l’entendre en personne quand nos yeux parcourent les pages. Et du coup, la magie opère malgré tout. Peut-être pas avec la même force que s’il était vraiment devant nous, mais avec suffisamment pour prendre du plaisir à parcourir ces pages. Un plaisir assez bref, puisque tout ceci se lit assez vite. Mais c’est bien connu, ce n’est pas la longueur qui compte.

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LE ROYAUME (Emmanuel Carrère) : Le sens de l’Histoire

Entre l’Histoire et l’histoire, la frontière est parfois fine, quand un auteur décide d’amener son lecteur à remonter le temps. Souvent, l’intention est claire. Partager une pure fiction ou bien reconstituer le plus fidèlement possible les événements de l’époque. Un romancier n’est pas un historien. Mais il arrive que la séparation soit beaucoup moins nette. Voire même carrément floue. C’est le cas avec le Royaume d’Emmanuel Carrère. Une œuvre relativement inclassable qui nous emmène sur les traces des premiers chrétiens. Et de la vie personnelle de l’auteur.

Le Royaume est donc un roman aux multiples dimensions. Est-ce d’ailleurs réellement un roman ou un essai ? Le souci est qu’à force d’être beaucoup de choses, ce livre n’est au final rien de vraiment abouti. L’introspection personnelle de l’auteur n’est pas des plus passionnantes et occupe principalement les premières pages. Ensuite, on entre dans un récit qui n’est ni vraiment celui d’un romancier et sûrement pas celui d’un historien. Emmanuel Carrère se définit lui-même comme un enquêteur. Mais cela ressemble à une façon de se dédouaner et de justifier le fait qu’il est simplement un romancier qui joue aux historiens, sans en être un.

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