SANS ESPOIR DE RETOUR (David Goodis) : Un roman noir vif et nerveux

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sansespoirderetourSans Espoir de Retour est un pur roman noir. Son auteur, David Goodis, est d’ailleurs un habitué du genre, puisque sa bibliographie compte également Le Casse ou Tirez sur le Pianiste, les cinéphiles apprécieront. Il est aussi et avant tout un auteur talentueux et ce roman est là pour le prouver.

Eugène Lindell erre dans les rues de Porto Rico, après avoir étanché sa soif avec des aussi paumés que lui. Il entend alors un flic mourant appeler à l’aide dans une ruelle. Il se précipite vers lui pour l’aider mais le policier décède alors qu’il se tient à ses côtés. C’est alors que deux de ses collègues surgissent, pensant l’avoir pris en flagrant délit. Il l’emmène alors au commissariat du quartier où Eugène comprend vite qu’il va être passé à tabac, ou même bien pire. Il saisit alors l’occasion de s’enfuir, tout en sachant que cela sera pris pour un aveu de culpabilité.

Sans Espoir de Retour ravira les amateurs du genre. Le roman est court, nerveux et bien entendu très sombre. Rien de très original, si ce n’est une construction du récit réellement remarquable. David Goodis nous livre peu à peu des éléments sur son personnage principal, changeant ainsi le regard que l’on porte sur lui. Ainsi, il enrichit surtout une intrigue qui semblait presque minimaliste à la base. Ce paumé ne vient pas de nulle part et son passé le rattrapera de manière inattendue.

Ceci nous amène à un attachement progressif et croissant envers le personnage de… Les premières pages nous laissent relativement indifférents à son sort, même si ce qui lui arrive est particulièrement injuste. Mais peu à peu, le tableau prend de l’épaisseur et on commence à vraiment comprendre ce qui l’anime. Le point de départ de l’intrigue ne devient plus qu’une anecdote, un simple fil rouge d’une histoire beaucoup plus large. Cela permet au lecteur de rentrer progressivement, mais profondément, dans Sans Espoir de Retour.

L’écriture de David Goodis est typique des auteurs du genre, sans fioriture. La longueur du livre est là pour le prouver. On est là proche du format roman de gare dont la lecture ne devait pas prendre plus de temps que celui d’un voyage en train. Mais la qualité de l’écriture est toute autre dans Sans Espoir de Retour. On est là face à une œuvre littéraire, pas un roman pondu à la chaîne. Pas de quantité, mais de la qualité donc.

Comme souvent dans ce genre de roman, Sans Espoir de Retour nous offre une large galerie de seconds rôles hauts en couleur. Cette plongée dans les bas-fonds de Porto Rico nous amène à rencontrer nombre de personnages que l’on est heureux de ne croiser que par écriture interposée. Mais… croisera aussi quelques âmes charitables, même si la misère conduit tous ces personnages à penser avant toute autre chose à leur propre survie. C’est là le fondement même du roman noir, un genre littéraire qui nous montre l’humanité sous son jour le plus sombre… Vous me direz, si cela en était autrement, on aurait dénommé ce genre littéraire différemment.

Sans Espoir de Retour n’est donc pas un chef d’œuvre indispensable, mais ravira tous les amateurs de roman noir vif et nerveux.

L’ACCRO DU SHOPPING ATTEND UN BEBE (Sophie Kinsella) : Et nous on attend la suite avec impatience !

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laccrodushoppingattendunbebeLa pouffe qui est en moi adore la série l’Accro du Shopping, certains d’entre vous l’auront sans doute déjà remarqué. La lecture du cinquième volet, et dernier en date, l’Accro du Shopping attend un Bébé, m’a autant ravi que les précédents. Et je ne dis pas ça parce que je l’ai lu en grande partie entre deux baignades dans le jacuzzi en plein air, sur un transat avec une vue imprenable sur la baie de Sosua. Je ne contesterais pas le fait que cela ait contribué au plaisir, mais cela n’enlève rien aux grandes qualités de ce roman.

Becky, après avoir rencontré l’homme de sa vie, après l’avoir suivi à Manhattan, après s’être marié et après avoir découvert qu’elle avait une sœur, est donc enceinte. Que de joies en perspective et surtout d’achats potentiels ! Elle nage donc dans le bonheur… si elle ne soupçonnait pas Luke d’avoir une maîtresse.

Le club pour le triomphe de la virilité pure et dure m’a encore écrit ce matin pour que j’arrête de faire l’éloge des œuvres de Sophie Kinsella, mais que voulez-vous, j’adore ça, je suis accro…Moins que Becky à la dépense superflue, mais tout de même. En fait, il n’y a que le deuxième volet qui m’ait un tout petit peu déçu, car pour le reste, et notamment l’Accro du Shopping attend un Bébé, ce fut toujours un pur bonheur.

Avec l’Accro du Shopping attend un Bébé, pas de fioritures, on revient aux fondamentaux de la série. Le ressort principal reste toujours le même : Becky ne peut s’empêcher d’acheter des objets aussi dispendieux qu’inutiles, tout en déployant un trésor d’imagination pour justifier leur caractère indispensable, voire même économique. Ou comment transformer un gadget en investissement assurément productif. Certains trouveront peut-être que du coup, la série tourne un peu en rond, mais quand on aime, on est ravi de retrouver tout ce que l’on a aimé dans les tomes précédents.

On est réellement là face à un « sitcom littéraire ». Je ne conseillerai à personne de commencer directement par ce cinquième volume où le comique de répétition et surtout les autoréférences se multiplient. Sophie Kinsella a eu le temps de créer un univers bien à elle et il vaut mieux avoir lu les histoires précédentes pour en comprendre toutes les clés. Enfin rassurez-vous, on n’est tout de même pas face à un univers aussi complexe qu’Inception, aucune migraine n’est à prévoir.

La principale qualité de l’Accro du Shopping attend un Bébé reste donc avant tout son humour. C’est léger, réjouissant et surtout très drôle. Ce roman ne cherche pas à être plus que cela, il réussit donc parfaitement sa mission, pour notre plus grand bonheur. N’y cherchez pas une critique acerbe de la société de consommation, on est juste là pour se détendre et passer un moment agréable. L’autre grande force réside dans l’attachement profond que l’on ressent pour les personnages, un attachement évidemment renforcé par la répétition de leurs aventures, qui jamais ne nous lassent. Je ne pense pas qu’il n’y ait aucun fan de la série qui souhaite que Sophie Kinsella s’arrête là. On veut un sixième tome !

J’arrête là mes caprices en conseillant à tous d’essayer au moins une fois de lire les romans de cette série pétillante et drôle. Vous n’avez pas de Becky Bloomwood dans votre vie ! Vous ne savez décidemment pas ce que vous ratez !

RIEN NE VA PLUS (Douglas Kennedy) : Douglas Kennedy à Hollywood

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riennevaplusDouglas Kennedy est un auteur en vogue et avec raison. Il multiplie les best-sellers, comme d’autres multipliaient les pains. Personnellement, je l’avais découvert avec Cul-de-Sac, un vrai moment de pur bonheur littéraire. Rien ne va plus est le deuxième roman de cet auteur auquel je me suis attaqué. Et le bonheur fut (presque) le même.

David Armitage est un scénariste qui a bien du mal à joindre les deux bouts, ses œuvres ne se vendant qu’au compte-goutte. Heureusement, sa femme est là pour le soutenir financièrement. Un jour, il arrive enfin à vendre un pilote de série à une grande chaîne de télévision. Le succès survient alors brutalement, et avec lui, l’argent. Pour le meilleur… mais aussi pour le pire.

Douglas Kennedy pratique un humour mordant dont il se sert pour décrire notre société et les petits travers humains. Rien ne va plus en est un parfait exemple de son style. Il s’agit là d’une histoire totalement contemporaine, avec un petit côté sitcom, mais avec une profondeur que l’on retrouve rarement à la télévision. On s’attache terriblement au personnage de David, dont les mésaventures sont à la fois totalement méritées et terriblement injustes. Le principal ressort comique consiste à le voir se débattre désespérément pour toujours s’enfoncer plus loin dans les emmerdes. C’est du classique, mais terriblement bien écrit.

Douglas Kennedy fait réellement partie de ces auteurs avec cette imagination, ce petit grain de folie, ce petit truc en plus qui fait toute la différence. Il y’a une justesse remarquable dans ses descriptions de la société et des comportements de ses contemporains et une ironie omniprésente qui lui permet de délivrer tous ses messages avec humour et subtilité. Le tout est porté par une qualité d’écriture qui fait de Rien ne va plus un vrai divertissement littéraire, à la fois léger, mais terriblement intelligent.

Douglas Kennedy est donc un des auteurs contemporains les plus intéressants. Son succès est mérité et Rien ne va plus est là pour le prouver. Les thèmes abordés ne sont pas particulièrement originaux (la fragilité du succès médiatico-artistique et l’hypocrisie dans les relations humaines qui en découlent) mais traités avec tant de talent que ce roman sort largement du lot. Il n’y peut-être pas une intrigue aussi époustouflante que dans Cul-de-Sac, mais ce roman vaut tout de même largement le détour.

Le milieu du show-business peut sembler quelque peu éloigné de notre propre quotidien (enfin pour moi, après, je ne sais pas pour vous…), mais on trouvera dans Rien ne va plus des éléments sur les petits travers humains que nous subissons et bien entendu que nous mettons nous-mêmes en pratique… Allez avouons-le nous, nous ne sommes pas non plus toujours parfaits… même moi… L’hypocrisie est un défaut relativement universel et on a tous un jour subi un changement de comportement, suite à un évènement dont nous n’étions pourtant pas responsables. Bref, c’est un vrai livre sur la vie… même si la vie n’a malheureusement pas toujours autant d’humour que Douglas Kennedy.

Rien ne va plus n’est donc pas le roman le plus remarquable de Douglas Kennedy. Il constitue cependant une lecture conseillée à tous les amateurs de vrais petits bonheurs littéraires contemporains et bien écrits.

LE MOINEAU DE DIEU (Mary Doria Russell) : Péché au dénouement

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lemoineaudedieuParfois les premières pages d’un roman font naître chez le lecteur une très forte attente, surtout quand l’auteur se fait un malin plaisir à nous faire entrapercevoir le dénouement sans que l’on comprenne bien de quoi il s’agit et surtout comment on en est arrivé là. La technique du flash-back est très classique, mais constitue une arme à double tranchant car il faut alors être à la hauteur des espérances que l’on a fait naître chez le lecteur. Mary Doria Russell s’y est essayé avec Le Moineau de Dieu, mais sans réellement échouer, elle n’a pas pleinement réussi.

En 2059 le Père Sandoz est rapatrié sur Terre. Il est le dernier survivant d’une mission jésuite parti 40 ans plus tôt, dans le plus grand secret, vers la planète Rakhat , établissant ainsi le premier contact entre l’humanité et une civilisation extra-terrestre. Il est en revient affreusement mutilé et surtout profondément traumatisé. Sur Terre, on ne connaît que quelques bribes de son histoire. Mais il refuse de se livrer et de se justifier de la mort de ses compagnons.

Le Moineau de Dieu souffre d’un défaut qui n’en est pas tout à fait un et qui conduit à porter un regard injuste sur ce roman. En effet, la première partie est tellement captivante que l’on ne peut qu’être déçu par les dernières pages. Mary Doria Russell fait tout pour que notre imagination travaille à plein, elle nous pousse à dévorer l’intrigue pages après pages en quête des réponses aux questions qui nous brûlent. On veut savoir le fin mot de l’histoire avec une avidité qui ne fait que grandir.

Mais voilà, les pages défilent et défilent encore. On se retrouve vite tout près de la fin du Moineau de Dieu et on se dit qu’il ne reste que trop peu de chapitres pour que tous les évènements dramatiques que l’on a imaginés se produisent. Ils finissent bien par survenir mais avec une certaine précipitation réellement frustrante. On aurait vraiment aimé que Mary Doria Russel prenne le temps de faire plonger l’histoire vers le drame de manière moins soudaine et brutale. On ressort donc de ce livre frustré et c’est réellement dommage.

Encore une fois, cette critique est peut-être injuste car si on reconnaît un livre de qualité à sa capacité à faire tenir le lecteur en haleine, alors le Moineau de Dieu est de tout premier ordre. Il est vrai que j’attendais toujours avec impatience de m’y replonger et la légère frustration finale ne doit pas faire oublier le vrai bonheur littéraire des pages précédentes. Conclure une intrigue est toujours le plus difficile et sa réussite distingue les grands des très bons livres. Ce roman ne restera donc qu’au rang de très bon livre. C’est déjà pas mal !

Il est à noter que Le Moineau de Dieu serait plus à ranger dans le rayon « romans d’aventures » plutôt que « science-fiction ». Bien sûr la confrontation avec une civilisation extra-terrestre est un sujet classique de ce dernier genre, mais les allergiques aux vaisseaux spatiaux et autres rayons laser ne seront pas du tout découragés. La confrontation entre les deux mondes est avant tout culturelle et très peu technologique. Mary Doria Russel ne s’intéresse guère aux objets, mais aux rapports « humains », aux traditions et aux organisations sociétales.  

Le Moineau de Dieu aurait presque pu prétendre au rang de petit chef d’œuvre de la littérature « fantastique ». Il restera néanmoins comme une œuvre fascinante, au ton original, mais qui n’a pas su prendre une autre dimension par un dénouement inoubliable.

MEMORY ALMOST FULL (Paul Mc Cartney) : Ah si Paul se lâchait !

memoryalmostfullpaulmccartney

memoryalmostfullpaulmccartneyAprès un album de Ringo Starr, me voilà à vous parler de l’album d’un autre ex-Beatles, lui aussi vivant, Paul Mc Cartney. Sorti en 2007, Memory Almost Full confirme qu’il est bien une valeur sûre de la scène musicale mondiale. Mais aussi qu’en solo, on est moins performant que tous ensemble.

Rock-pop-folk, Paul Mc Cartney tourne autour de ces genres avec des bonheurs diverses. En tout cas, il arrive relativement bien à éviter de faire du Beatles à tous les coins des chansons. Bien sûr, quelques fois, on sent tout de même le son de Liverpool remonter à la surface, mais c’est souvent assez diffus. On serait donc tenté de dire qu’il nous offre vraiment un son bien à lui, sauf que Memory Almost Full ne brille pas non plus spécialement pas son originalité. Si on reconnaît bien la voix de Paul Mc Cartney, la plupart des titres pourraient tout aussi bien être chantés par tout un tas d’autres groupes.

Memory Almost Full souffre en fait de l’absence de titres phares qui sortent vraiment du lot. Certes, il contient quelques ballades constituant les meilleurs titres de l’album, mais jamais rien attirant vraiment l’attention. Mais il n’y pas non plus de titres réellement mauvais, au pire certains sont transparents. Un album homogène donc, qui se laisse écouter, sans être pour autant inoubliable.

Pourtant, on sent quelque fois que la créativité débridée du temps des Beatles pourrait pointer son nez. Mais il y’a à ces moments-là une certaine retenue vraiment dommageable. Les moments les plus originaux et créatifs apparaissent comme bridés. Paul Mc Cartney ne se lâche vraiment jamais dans Memory Almost Full et on peut le regretter. Si cela avait été le cas, peut-être que certains titres auraient été ratés, mais, à n’en pas douter, certains seraient vraiment excellents, à la hauteur de la réputation de leur interprète ce qui n’est pas peu dire.

Memory Almost Full est donc un album sympathique d’un artiste qui n’a plus rien à prouver à personne. Mais on peut peut-être justement regretter qu’il n’en profite pas pour vraiment donner totalement libre court à son imagination. Cette dernière a quand même donné naissance à des pans entiers de notre culture musicale contemporaine.

N.B : à noter que ce CD est accompagné d’un CD bonus, contenant quatre plages : 3 titres dont un excellent et une longue interview. On peut vraiment discuter de son utilité à part pour les fans absolus de Paul Mc Cartney.

Faisons le tour des titres que l’on trouve sur Memory Almost Full

1.: Dance Tonight
Une titre country-folk pour commencer, un rien lancinant. On se demande même où sont les couplets.

2.: Ever Present Past
Un rock un peu new wave, sympathique, mais sans plus.

3.: See Your Sunshine
Un petit côté Beatles pour ce morceau… Mais en moins imaginatif qu’à la grande époque.

4.: Only Mama Knows
Un titre plus rock, mais sans vraiment se lâcher.

5.: You Tell Me
Une ballade assez jolie.

6.: Mr Bellamy
Un titre qui aurait pu figurer sur l’album Sgt Pepper si on ne sentait pas autant une créativité en dedans.

7.: Gratitude
Un titre sans grand intérêt, malgré les poussées de voix de Paul Mc Cartney

8.: Vintage Clothes
Un morceau très classique du style Mc Cartney, mais au final très bon.

9.: That Was Me
Un titre plus rock, la voix se faisant plus grave, mais manque un tantinet d’énergie.

10.: Feet In The Clouds
Une petite chanson avec une instrumentation très simple, plutôt réussie, même si elle part un peu en sucette par moments

11.: House Of Wax
Une chanson plus sombre… mais transparente.

12.: End Of The End
Une très belle ballade très émouvante sur la mort. Le meilleur titre de l’album assurément.

13.: Nod Your Head
Un rock pour finir, mais ce n’est pas vraiment le domaine où Paul se sent à l’aise et ça s’entend.

CD Bonus :

1.: In Private
Une instrumentation sans grand intérêt

2.: Why So Blue
Une ballade un peu sombre et mélancolique, mais très réussie

3.: 222
Un titre élécro-jazz, mais quand même plus jazz qu’électro

4.: Interview

BIENVENUE AU 19ème SIECLE

misere

misereLes bras m’en sont tombés ce matin. J’ai vraiment eu du mal à le croire, mais c’est bien vrai. L’UMP nous prépare pour la rentrée un projet de loi donnant une responsabilité pénale aux parents par rapport aux délits commis par leurs enfants. Tout cela pour lutter contre la permissivité des parents qui laissent leurs rejetons devenir des graines de délinquants.

Nous revoilà plongé en plein 19ème siècle ! Quand la législation considérait la misère comme un délit. On considérait les classes les plus pauvres de la société comme responsables de leur condition, du fait de la déliquescence de leur valeur morale. On ne parlait pas de chômage, mais d’oisiveté. Comme si la misère était un choix…

Evidemment, ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on est un délinquant. Certains choisissent avec les armes de l’éducation et du travail, beaucoup sont résignés et effectivement, il en est qui décident de rejeter les règles de base d’une vie en société qui semble devoir ne rien pouvoir leur apporter. Bizarrement, étant né dans un milieu favorisé, à l’abris du besoin, entouré de modèles de réussite professionnel, je n’ai jamais été tenté par une carrière en dehors des chemins de la légalité…

Le 20ème siècle a heureusement peu à peu pris en considération le fait que lutter contre la délinquance passe avant tout par la lutte contre la misère. Les politiques répressives ne font que cacher les symptômes mais ne font parfois qu’aggraver la maladie. Le 21ème part malheureusement sur d’autres bases, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy.

Pourquoi un tel retour en arrière idéologique ? Premièrement, notre Président est issu d’un milieu intellectuel qui cherche avant tout à justifier des privilèges dont ils ont hérités. Son discours sur le fait que les habitants de Neuilly méritaient d’y habiter était en tout point consternant. Mais il y’a une deuxième idée derrière tout ça, encore plus détestable. La sociologie des couches plus défavorisés de notre société a changé depuis le 19ème siècle. Elles sont aujourd’hui largement composées d’immigrés ou d’enfants d’immigrés, voire même des petits-enfants. Dans cette loi immonde, il y’a une vraie volonté raciste de s’attaquer à l’influence supposée négative de ces populations sur notre société. Un racisme qui se cache de moins en moins dans ce gouvernement, même s’il était bien présent depuis le début.

Pour conclure un petit poème de Jean-Louis Chautard et Gérard Grandjean :

Misère, misère!
C’est toujours sur les pauvres gens
Que tu t’acharnes obstinément
Misère, misère
ça sera donc toujours les salauds qui nous bouff’ront
L’caviar sur l’dos
Misère, misère!
Tu te fais l’ennemie des petits
Tu te fais l’alliée des pourris
L’argent ne fait pas le bonheur des pauvres
Ce qui est la moindre des choses
Convenons-en
Convenons-en
Misère, misère!
Peut-être qu’un jour ton président
Sentant monter notre colère
Misère, misère!
Devant les peuples sans frontières
Alors il s’en mordra les dents
Misère, misère!
Tu repartiras d’où tu viens
En emportant tous tes chagrins
Et j’te..
L’argent fera bien le bonheur des pauvres
C’qui sera la moindre des choses
Convenons-en
Convenons-en!

INCEPTION : Quand Christopher Nolan écrit l’histoire du 7ème art

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inceptionafficheJe suis un peu frustré d’écrire ma critique d’Inception aujourd’hui. En effet, j’aurais grand besoin de le revoir, peut-être même deux fois pour réellement appréhender ce que ce film a vraiment dans le ventre. Les plus grands films ne sont pas toujours ceux qui nous enthousiasment le plus sur le moment, mais ceux qui nous marquent profondément et que l’on peut revoir encore et encore avec la même émotion. Inception est-il Citizen Kane ou Usual Suspects ? 2001 Odyssée de l’Espace ou Le 6ème Sens ? En tout cas, il s’agit d’un film comme je n’en ai pas vu dix dans ma vie sur grand écran. Un film qui fera date.

Dom Cobb est un voleur d’un genre particulier. Il vole des informations directement dans le cerveau de ses victimes en les entraînant dans des rêves qu’il a lui même construit. Mais un jour, une de ses missions échoue. Pour échapper à la colère de ses commanditaires et de celui qui aurait du être sa victime, il accepte une mission bien plus difficile que voler une idée. Il doit implanter une idée dans le cerveau de l’héritier d’un grand groupe industriel pour que ce dernier le démantèle une fois qu’il le dirigera. Une technique à haut risque nommée inception.

Beaucoup d’articles et de critiques comparent le choc provoqué par Incpetion à celui qui a frappé tous ceux qui ont vu le premier Matrix au cinéma (ah bon, il y’a eu des suites ? J’ai préféré oublier…). Il est vrai que l’analogie n’est pas sans fondement. Mais il y’a tout de même une différence énorme entre les deux films. Sans faire injure aux frères Warowski, Chistopher Nolan est de très loin un réalisateur d’une autre trempe. Un vrai cinéaste comme le 7ème art en a peu connu et dont la virtuosité artistique est comparable à celle d’un Tarantino ou Scorsese, si ce n’est un Kubrick ou un Welles. Ceux qui ont vu Memento ou The Dark Night savent de quoi je parle. Sauf que Inception est le mélange des deux. Un scénario inouï comme le premier dans un univers esthétique sombre mais sublime comme le second.

Beaucoup insisteront sur la complexité d’Inception. Sauf que comme dans Memento, Christopher Nolan prend le temps de nous donner les clés pour comprendre pleinement l’histoire qui nous ai comptée. Le personnage interprété par Ellen Page (l’inoubliable adolescente de Juno) n’est d’ailleurs là que pour servir de prétexte à la pédagogie. Il y’a là une intelligence narrative exceptionnelle. Un autre que Christophe Nolan se serait englué dans le labyrinthe dans lequel il nous fait pénétrer et aurait perdu le spectateur avec lui. Il n’en est rien ici et cela nous permet d’apprécier pleinement cette histoire d’une densité à peine croyable. Une histoire totalement originale, fascinante, passionnante, excitante, fantastique et, encore une fois, formidablement bien racontée.

Si Christopher Nolan est donc un scénariste exceptionnel, il est également un réalisateur dont la virtuosité touche au sublime. Après, je peux comprendre qu’il y’ait débat à ce niveau. Si je devais comparer Inception à un morceau de musique, je l’associerai à la Chevauchée des Walkyries. Personne ne niera qu’il s’agisse d’une œuvre de pure génie, mais certains peuvent la trouver un peu pompier. Il est vrai que Christopher Nolan pousse son travail esthétique à l’extrême. La bande-originale est également formidable, mais on peut lui opposer les mêmes remarques. En fait, Inception est sublime et ça se voit. On dit parfois qu’un maquillage est vraiment parfait quand il sublime la beauté de la femme qui le porte sans qu’on le remarque. La réalisation de Christopher Nolan sublime bien l’intrigue et le jeu des acteurs, mais personne ne pourra dire qu’il ne l’a pas remarqué.

inceptionLa filmographie de Leonardo Di Caprio est en train de devenir une des plus impressionnantes de l’histoire. Quand on sait qu’il vient d’enchaîner Les Noces Rebelles, Shutter Island et Inception, on se dit soit qu’il sait particulièrement bien choisir ses films, soit que c’est sa présence qui les rend géniaux. Il y’a évidemment des deux car si, vous l’aurez compris, le génie d’Inception ne tient pas à sa seule présence, il y fait preuve une nouvelle fois d’un charisme incroyable. Pourtant, il n’a pas le jeu spectaculaire d’un Jack Nicholson par exemple, mais il est tout simplement là, à l’écran, et l’écran s’illumine de sa présence. Du coup, on en oublierait presque le reste du casting qui est pourtant lui aussi parfait. Mais il faut bien avouer que même notre Marion Cotillard nationale ne boxe pas tout à fait dans la même catégorie. On soulignera tout de même la performance remarquable du duo Joseph Gordon-Levitt – Tom Hardy, qui apporte vraiment sa pierre à ce sublime édifice.

Un dernier élément fait d’Inception un film dont la portée sera assurément historique pour le 7ème art. C’est sa fin. A quelle cruauté de ne pouvoir en parler plus longuement, tant cela serait un crime ! Mais elle est juste parfaite, bien qu’incroyablement simple au fond, surtout qu’elle conclue une intrigue d’une rare complexitié. On aurait envie de se dire « j’aurais sûrement choisi la même », mais rien n’est moins sûr, car les idées simples ne sont pas toujours les plus faciles à avoir.

Alors comment résumer ce qu’est au final Inception ? Un film d’action ? Oui, le film en regorge, mais cela va tellement plus loin. Une fable onirique ? Le rêve est évidemment omniprésent dans cette histoire, mais elle nous maintient bel et bien éveillée pendant près de 2h30 qui paraissent pourtant si courtes. Un labyrinthe pour l’esprit ? Il y’a de ça, mais Christopher Nolan nous guide si bien que, jamais une seule seconde, on se sent perdu. De toute façon, Inception est trop génial, trop novateur pour être rangé ainsi. Il fait partie de ces œuvres rares qui inventent réellement quelque chose fait pour durer.

Par contre, il y’a une chose que je regrette déjà. Je ne verrais qu’une seule fois dans ma vie Inception pour la première fois.

Fiche technique :
Production : Warner Bros, Legendary Pictures, Syncopy
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan
Montage : Lee Smith
Photo : Wally Pfister
Décors : Guy Hendrix Dyas
Musique : Hans Zimmer
Effets spéciaux : Chris Courbould, Paul Franklin, New Deal Studios
Durée : 148 mn

Casting :
Leonardo DiCaprio : Cobb
Joseph Gordon-Levitt : Arthur
Ellen Page : Ariane
Ken Watanabe : Saito
Marion Cotillard : Mall
Cillian Murphy : Robert Fisher Jr
Tom Hardy : Eames
Pete Postlethwaite : Maurice Fisher
Michael Caine : Miles 

LA DIVINE SURPRISE

myriamsoumare

myriamsoumareCes Championnats d’Europe d’athlétisme constituent une des plus belles compétitions sportives qu’il m’ait été donné de voir. Visiblement, Barcelone porte chance, puisque la plus belle d’entre elles restera sans doute à jamais les JO ayant eu lieu dans la même ville. Toutes les épreuves sont magnifiques, disputées, pleines de surprises. Tant pis si les chronos ne sont pas toujours au rendez-vous, par rapport au top-niveau mondial, le spectacle est là, l’émotion aussi.

Bien sûr, la réussite phénoménale de l’Equipe de France y contribue aussi largement. Deux nouveaux titres aujourd’hui. Celui de Renaud Lavillenie à la perche était attendu et tout autre résultat aurait constitué une immense déception. Mais celui de Myriam Soumaré l’était beaucoup moins… On peut même dire complètement improbable.

70 centièmes de seconde ce n’est pas grand chose dans une vie. Mais sur un 200m à ce niveau, c’est énorme, des années de travail… Améliorer son record avec une telle marge sur une seule course est tout simplement impensable. Mais Myrima Soumaré l’a fait, surprenant tout son monde, au premier rang, ses adversaires. Et évidemment, elle-même. Quel plaisir de voir sa joie spontanée une fois la ligne franchie et son sourire sur le podium !

Bref que du bonheur ! A l’image de ces Championnats !

L’ITALIEN : Intolérance ordinaire

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litalienaffichePour ma critique sur l’Italien, j’aurais pu faire la même introduction que pour Le Premier qui l’a Dit. En effet, voici deux films qui, par l’humour, cherchent à attirer l’attention sur un problème de société et dénoncer l’intolérance quotidienne. Comme, je cherche toujours à me renouveler, je vais m’abstenir. Mais comme je n’ai pas non plus une imagination sans limite, je n’ai rien trouver de nouveau à dire…

Dino Fabrizzi est un vendeur de Maserati particulièrement efficace et favori pour succédé au directeur de la concession, sur le point de prendre sa retraite. Le problème est que Dino Fabrizzi s’appelle en fait Mourad Ben Saoud. Cette double identité le pousse à mentir à son employeur, mais aussi à sa famille. Ce mensonge va devenir particulièrement dur à poursuivre quand son père, victime d’un infarctus, lui demande de faire le ramadan à sa place.

L’Italien, réalisé par Olivier Baroux, renvoie naturellement au parcours personnel de son compère de toujours, Kad Merad, qui avait longuement hésité, au début de sa carrière, à prendre un nom de scène plus « français ». Au final, assumer ses origines ne l’a pas empêché de devenir un des acteurs les plus populaires du cinéma français.

Mais justement, l’Italien parle bien de cela. Mourad Ben Saoud / Dino Frabrizzi n’est pas réellement victime d’un racisme violent, ni même exprimé. Mais voyant que tout est un tantinet plus facile avec sa nouvelle identité, il s’enfonce dans un mensonge dont il devient incapable de sortir. C’est sans doute là la plus grande force, mais aussi la plus grande limite de ce film. Il parle d’une intolérance quotidienne qui peut toucher et renvoyer à des situations que nous avons tous vécus. Mais du coup, le propos manque peut-être un peu de force et apparaît presque comme un simple prétexte à la comédie.

litalienCar L’Italien reste avant tout une comédie parfois très drôle, mais globalement inégale et sûrement pas révolutionnaire. Voir un personnage redoubler d’efforts pour cacher la vérité et préserver un mensonge qui paraît trop gros pour être vrai est un ressort comique vieux comme l’humour. Tout repose sur le numéro de Kad Merad qui n’en fait jamais trop et se sent parfaitement à l’aise dans le rôle. Mais il est seul, très seul et personne ne vient à sa rescousse quand il faiblit légèrement.

Le seul gros défaut de l’Italien reste le dernier quart d’heure, quand le ton se fait plus grave, et où le sujet est d’un coup beaucoup moins bien maîtrisé. Sans tomber dans le ridicule, le dénouement est un peu longuet et assez peu crédible. Et quand cela cesse d’être drôle, l’absence de crédibilité pose quand même problème. Cela renforce l’impression générale que ce film est globalement sympathique, mais n’est pas aussi réussi qu’il aurait pu l’être. Mêler comédie et sujet de société est un exercice difficile et il n’est pas sûr que Olivier Barroux soit tout à fait à la hauteur de la tâche. Cependant, il s’agit là de son meilleur film et laissons-lui le temps de s’améliorer encore.

L’Italien n’est donc pas un film indispensable, mais qui se laisse regarder. On peut juste regretter qu’il ne soit pas tout à fait à la hauteur du propos.

Fiche technique :
Réalisation : Olivier Barroux
Scénario : Nicolas Boukhrief, Eric Besnard
Compositeur : Martin Rappeneau
Directeur de la photographie : Arnaud Stéfani
1er assistant réalisateur : Eric Pierson
Monteur : Richard Marizy
Ingénieur du son :Madone Charpail
Chef décoratrice : Perine Barre
Costumière : Sandra Gutierrez

Casting ;
Kad Merad : Dino/Mourad
Valérie Benguigui : Hélène
Roland Giraud : Charles Lemonnier
Philippe Lefebvre : Cyril Landrin
Guillaume Gallienne : Jacques
Sid Ahmed Agoumi : Mohamed
Farida Ouchani : Rachida
Saphia Azzeddine : Amel
Tarek Boudali : Karim
Nathalie Levy-Lang : Nadège

LES FACTEURS SONNENT TOUJOURS DEUX FOIS

yohandiniz

yohandinizBeaucoup de choses séparent Yohan Diniz et Christophe Lemaître. L’un court, l’autre marche. L’un sera peut-être une immense star, l’autre ne sera jamais sous le feux des projecteurs. L’un parle encore souvent comme un adolescent quand l’autre fait preuve d’une maturité et d’une intelligence rares. Mais tous les deux sont double-champion d’Europe et de quelle manière !

Espérons que notre sprinter saura faire preuve de la même longévité au haut niveau que notre marcheur. Si c’est le cas, Christophe Lemaître récoltera une gloire médiatique auquel Yohan Diniz n’aura injustement jamais le droit. Mais notre pays est forte pour s’enthousiasmer pour un athlète à la première performance quelque peu remarquable, sans jamais se demander s’il s’agit là d’une vraie révélation ou d’un pic de forme sans lendemain.

Pourtant avec un deuxième titre de champion d’Europe, 4 ans après le premier, et un titre de vice-champion du monde, Yohan Diniz s’est forgé un palmarès dont peu d’athlètes français peuvent se vanter. Une tête bien faite dans un corps sain, n’est pas la définition parfaite du champion ?