BRASIER NOIR (Greg Iles) : Passé toujours présent

Certains récits prennent une dimension supplémentaire lorsque la marche du monde vient résonner avec lui. Brasier Noir nous plonge au cœur d’un des aspects les plus dramatiques de l’histoire américaine. Le racisme et la violence qu’il engendre ont bouleversé le monde entier et n’a pas fini de faire parler, comme on a pu le constater lors du dernier Euro de football et la polémique sur la génuflexion avortée de l’Equipe de France. La lecture de roman permettra de mieux comprendre à quel point cette violence est profondément ancrée dans les esprits et forge les relations sociales. Un résultat souvent passionnant mais qui malheureusement a quelque peu tendance à se diluer.

Brasier Noir est pavé de près de 1100 pages. Pour être clair, il aurait sûrement gagné à être un peu plus court. En effet, l’histoire avance en faisant des cercles, plutôt qu’en ligne droite. Cela donne une impression de répétition qui finit par frustrer le lecteur qui aimerait voir l’intrigue avancer nettement plus vite. En effet, celui-ci a envie de plonger sans aucune retenue dans ce roman qui nous propose une grande histoire, en lien profond avec la grande Histoire. Des personnages forts, des rebondissements et une vérité qui attendra les dernières pages pour définitivement se révéler. Globalement, c’est ce que l’on retient au final, même si l’enthousiasme n’est du coup pas aussi complet qu’il aurait pu l’être.

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NEW FRAGILITY (CYHSY), CARNAGE (Nick Cave), THE MOON AND THE STARS (Valerie June) : Une étoile dans la nuit

On débute avec un groupe américain au nom un tantinet long, à savoir Clap You Hands Say Yeah, que l’on peut abréger CYHSY, et leur album New Fragility, sorti cette année. Il s’agit pas moins de leur sixième album. Le premier titre sonne comme une longue intro. On y découvre la voix d’Alec Ounsworth, un peu fluette et qui manque passablement d’impact. Quand il la pousse, elle devient même quelque peu désagréable. Les instrumentations sont sans relief particulier. Au final, rien de complètement mauvais, mais rien d’enthousiasmant. On notera tout de même une jolie ballade, Mirror Song, et un morceau de pop sucré sympathique, CHYSY, 2005.

On poursuit avec une légende la musique, Monsieur Nick Cave et son album Carnage. Le tout commence en douceur, mais dans une douceur sombre, ce qui n’étonnera personne. L’Australien ne se montre néanmoins pas super inspiré. Les instrumentations sont minimalistes et pas toujours agréables. La voix donne parfois l’impression qu’il a enregistré les titres en étant bourré en fin de soirée. La magie à laquelle il nous a habitué n’est pas là. Cela redevient un peu plus harmonieux et inspiré sur la fin mais sans parvenir à nous faire totalement oublié le début beaucoup plus hésitant.

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LES 2 ALFRED : Roue trop libre

Le cinéma de Bruno Podalydès se distingue par deux caractéristiques. Tout d’abord, ses films sont généralement des comédies fantaisistes et humanistes, portant un regard critique sur la vacuité et la frénésie du monde moderne. Ensuite, il met généralement en scène son frère Denis, ce qui est relativement compréhensible, vu le talent du frangin. Les 2 Alfred ne déroge pas à ces deux règles. Il en confirme également une troisième. Son oeuvre se caractérise aussi par un aspect très inégal. D’un film à l’autre, mais aussi au sein même de chacun d’eux. On aurait aimé que ce film-ci fasse exception.

Les 2 Alfred souffre tout de même de plusieurs défauts. Déjà, le propos sociétal sous-jacent est gentillet, mais à force d’enchaîner les clichés et les très (trop) grosses ficelles, il finit par lasser, voire même horripiler. Le ressort comique qui en découle perd du coup de son efficacité au fur et à mesure que le récit avance. Globalement de toute façon, l’humour de ce film ne parvient pas à se renouveler suffisamment pour transformer les quelques sourires initiaux en vrai bonheur cinématographique. On ne passe pas pour autant un mauvais moment, mais certain pas aussi inoubliable que son caractère imaginatif et fantaisiste aurait pu le laisser espérer. Il y a malheureusement un peu de paresse dans l’écriture qui a l’air de considérer qu’il n’y avait pas besoin d’aller au-delà de l’idée de départ.

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CHICKEN STREET (Amanda Sthers) : Shalom Kaboul

Etre juif et vivre dans un Kaboul contrôlé par les Talibans, voici un destin que l’on n’envie pas. Chicken Street nous permet de rencontrer Simon et Alfred, les deux derniers juifs d’Afghanistan. Une idée de départ inattendue mais qui se voit considérablement enrichie par bien d’autres éléments, malgré la brièveté de ce roman, qui a intégré ma bibliothèque par le plus grand des hasards, l’ayant ramassé un jour dans la rue. La surprise s’avéra cette fois très bonne, car le récit touchant nous fait naviguer entre rires et larmes.

Chicken Street reste avant tout un roman profondément sentimental. Sur l’amour, la jalousie, mais aussi la haine et l’intolérance. Les événements géopolitiques qui servent de contexte à tout cela ne forment qu’un décor. Le récit laisse une grande place aux émotions qui traversent le cœur et l’esprit des personnages. Des sentiments violents, parfois absurdes, mais qui résonnent ici avec beaucoup de force. Cela donne à tous les personnages une grande humanité et une réelle profondeur, qui permet au lecteur de s’y attacher sans réserve. L’intrigue échappe ne sombre jamais dans le mélo un peu mièvre où elle aurait pu terminer, ce qui n’est pas le moindre mérite de ce roman.

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NOMADLAND : Du bel Oscar

Les films à forte dimension sociale sont toujours confrontés à un ennemi redoutable, qui peut facilement rendre leur propos beaucoup moins intéressant, voire insupportable : le misérabilisme. On peut dénoncer des situations, souligner des causes, mais le danger est de faire des personnages de simples victimes passives. Or la réalité n’est jamais aussi manichéenne et si un tel travers passe pour un film d’actions, ce n’est évidemment pas le cas pour ceux dont l’objectif est de nous faire réfléchir sur le monde tel qu’il est ou sur la nature humaine. Nomadland échappe totalement à ce travers et nous offre le plus beau film de cette reprise cinématographique.

Couronné aux Oscars il y a quelques mois, Nomadland nous démontre que le cinéma n’est pas mort avec la pandémie, même s’il n’en sortira forcément pas tout à fait indemne. Certes, la concurrence s’en trouvait affaiblie, mais sa présence au palmarès le plus prestigieux du 7ème art ne dépareille en rien. Il s’agit d’un film portrait. Portrait d’une femme, d’un personnage, mais à travers elle d’un pan entier de la société américaine. Un propos qui montre comment le destin entremêle les circonstances, parfois dramatiques, que l’on subit et les choix que l’on fait, parfois à contre-courant de ce que les autres jugent comme pertinents. On ne sait pas bien si l’on ressort de ce film optimiste ou pessimiste. Mais on en ressort plus riche !

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PLAYLIST : L’amour toujours

L’amour, l’amour, toujours l’amour… Il façonne nos existences et nous passons notre vie à savoir comment vivre avec pour que le bonheur qu’il nous apporte dépasse définitivement la peine qu’il nous cause parfois. Cela s’appelle grandir, mûrir.. pour ne pas dire vieillir. Il se trouve donc au cœur des innombrables récits d’apprentissage peuplant littérature et cinéma. Playlist n’est définitivement pas le plus profond ou le plus inoubliable d’entre eux. Mais il possède bien assez de qualités pour mériter d’être vu.

Playlist est à la fois une comédie et un film portrait. Le ton est avant tout léger et il est parcouru d’éléments que l’on peut qualifier de gags. C’est plus amusant qu’hilarant, mais cela permet de s’aérer l’esprit de manière fort agréable. Tout les degrés d’humour y sont représentés et certains passages témoignent d’une jolie subtilité. L’histoire n’a guère d’autre but que de nous faire découvrir Sophie, une jeune fille un peu naïve qui a bien du mal à trouver sa place dans le monde et accessoirement l’homme qui l’y aidera. Le film n’a rien d’une comédie romantique finissant en happy-end sucré. Il reste avant tout une jolie réflexion sur les sentiments et la place qu’ils occupent dans notre vie.

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PROMISING YOUNG WOMAN : Débuts prometteurs

Oscar du meilleur scénario original, Promising Young Woman fait partie de ces films qui peuvent parfois décevoir les spectateurs à l’esprit des plus étroits. En effet, difficile de le ranger dans une case bien déterminée. Ce n’est ni vraiment une comédie, ni un polar, ni film social. Aller le voir avec des attentes très précises constitue le meilleur moyen d’être déçu. Par contre, si on se laisse porter par cette histoire qui dévoile peu à peu toute sa richesse, on en ressortira agréablement surpris et surtout satisfait d’avoir eu la chance de voir un excellent film.

Rédiger la critique de Promising Young Woman s’avère particulièrement délicat. En effet, il brille avant tout par son scénario (il n’a pas reçu une petite statuette dorée pour rien), mais en parler fait courir le risque de dévoiler des éléments de surprises, qui en font justement tout le piment. On doit donc se contenter de dire que l’histoire tire autant son intérêt du point d’arrivée de l’intrigue que du chemin que l’on prend pour y parvenir. Une route qui ne dévoile jamais à l’avance quel va être le prochain virage qu’elle va emprunter et vers quoi il va nous mener. Et surtout, chacun de ces tournants se montre réellement convaincant.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 17: Au-revoir Tokyo, rendez-vous à Paris

JEWEL SAMAD / AFP

Voilà, c’est fini… Je ne dirai pas « déjà » parce qu’après une telle dose de sports et de réveils extrêmement matinaux, on a légèrement envie de passer à autre chose et de faire à nouveau une grasse matinée. Les Jeux Olympiques de Tokyo viennent de s’achever par une belle cérémonie de clôture, à l’image des quinze jours de compétitions remarquablement organisés. Au final, personne ne regrettera qu’ils aient eu finalement lieu. Aucun scandale sanitaire à l’horizon, mais à l’inverse un peu de bonheur pour un Monde qui en a bien besoin. Ils auront été la première raison universelle de se réjouir depuis le début d’une épidémie qui gâche nos vies depuis un an et demi. Merci en tout cas aux Japonais pour ces beaux moments de joie.

Qui dit fin de Jeux Olympiques, dit petit jeu des bilans. Ceux-ci auront été paradoxaux. Les circonstances les rendront globalement inoubliables. Mais ils auront peut-être manqué d’immenses moments qui entreront dans la légende du sport mondial. Ce dernier n’a pas trouvé ses nouveaux Michael Phelps ou Usain Bolt, des stars planétaires dont l’aura dépasse largement le cadre de la quinzaine olympique. Caeleb Dressel, Karsten Warholm, Allyson Felix ont écrit de belles pages de l’histoire de sport, mais pas sûr qu’elles resteront de celles qu’on se raconte encore et encore, de générations en générations.

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VERS LA BATAILLE : Tout petit

Le manque de moyens n’est pas toujours rédhibitoire pour réaliser un film qui puisse être pleinement apprécié par les spectateurs. Parfois cependant, cela ressemble à un petit grain de sable qui vient se glisser dans la chaussure de l’audience. Ainsi, pendant Vers la Bataille, je n’ai pas arrêté de me dire : ça n’a clairement pas été tourné au Mexique, mais en forêt de Rambouillet et ça se voit… Bon, vérifications faites, le tournage a eu lieu en Colombie. Mais qu’elle soit vraie ou non, l’impression citée plus haut m’a clairement empêché de rentrer dans le film. C’est peut-être injuste, mais c’est bien la réalité.

Vers la Bataille a au moins le mérite de nous plonger dans un épisode peu connu, et à vrai dire bien peu glorieux, de notre histoire, à savoir la catastrophique guerre du Mexique menée par Napoléon III. Mais le sujet du film est bien plus centré sur ses personnages que sur les grands événements dans lesquels ils évoluent. Cependant, rien ne se montre totalement convaincant : ni les protagonistes, ni les relations qu’ils tissent entre eux, ni même l’évolution de ces dernières. On a du mal à s’intéresser vraiment à cette histoire dont le dénouement nous laisse quelque peu circonspect, en se demandant ce qu’on est censé tirer de tout cela.

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HOSPITALITE : Surfer sur la vague

Les distributeurs sont des personnes opportunistes et il faut bien admettre qu’ils ont bien raison de l’être. Si une vague de succès se présente, pourquoi effectivement ne pas surfer dessus. Donc, pourquoi ne profiteraient-ils pas de l’immense succès de Parasite et du regain d’intérêt qu’il a provoqué pour le cinéma est-asiatique pour ne pas ressortir des cartons quelques longs métrages n’ayant pas à l’époque trouvé le chemin des écrans hexagonaux ? Hospitalité est sorti au Japon en 2010. C’est seulement cette année qu’il est visible en salle en France. Un choix étonnant, mais au final, on ne peut que se réjouir de pouvoir découvrir cette petite curiosité réjouissante.

Le point de départ du scénario est un personnage qui vient « s’incruster » dans une famille bien tranquille et va prendre de plus en plus de place. Vous comprendrez alors bien le parallèle avec Parasite. Les esprits les plus éclairés feront remarquer que le Japon n’est pas la Corée, mais bon nombre de spectateurs vont faire naturellement la jonction. Cependant, les deux films n’ont clairement pas le même thème et surtout pas le même esprit. Hospitalité est avant tout une comédie, même si l’humour grinçant porte une critique acerbe et profonde de la société japonaise. Une nouvelle démonstration que le rire peut être un vecteur particulièrement puissant pour faire passer des messages.

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