Tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin au Japon ont entendu parler de la cérémonie du thé. Mais seuls ceux qui ont un vraie connaissance des traditions nippones savent réellement ce que cela signifie. J’avoue que je faisais partie des ignorants en la matière. Enfin avant de voir Dans un Jardin qu’on Dirait Éternel. Un film qui nous fait découvrir en profondeur ce pan de la culture japonaise, qui semble hors du temps, mais qui nous permet malgré tout à mieux comprendre le Japon contemporain. Évidemment, il vaut mieux s’intéresser un minimum au sujet pour apprécier ce film.
Si vous cherchez ne serait-ce qu’un minimum d’action, alors il vaut mieux peut-être éviter Dans un Jardin qu’on Dirait Éternel. Le film s’avère relativement contemplatif, à l’image d’une tradition qui cherche à créer une parfaite harmonie. Le film prend vraiment le temps d’explorer toutes les facettes de cette fameuse cérémonie à travers le parcours initiatique d’une jeune femme… sur plusieurs dizaines d’années. On se rend compte ainsi de toute la complexité d’un sujet dont on n’imaginait pas forcément faire un film. On en ressort moins ignorant, ce qui peut être un vrai plaisir pour ceux qui font preuve d’une curiosité envers le Japon et ses mystères. Les autres peuvent s’ennuyer ferme, il faut bien l’admettre.
Dans un Jardin qu’on Dirait Eternel est un film authentiquement japonais. Déjà du fait de son sujet, mais aussi dans la forme. Là aussi, certains pourront voir poindre l’ennui. D’autres seront ravis de se faire bercer par le rythme lent et paisible d’un art de la narration qui ressemble au final d’assez près à l’art de préparer un thé dans le respect des traditions. Le film doit aussi beaucoup à Haru Kuroki. Déjà parce qu’elle est l’actrice principale de ce film, mais aussi sa narratrice. Le son de sa voix et le rythme de sa diction jouent un rôle important dans l’ambiance générale qui plane sur ce film. Elle est vraiment l’âme. Et par la même occasion, elle incarne aussi l’âme d’un japon éternel.
Casting : Haru Kuroki : Noriko Kirin Kiki : Professeur Takeda Mikako Tabe : Michiko Mayu Harada : Tadoroko Saya Kawamura : Sanae Megumi Takizawa : Yumiko Mizuki Yamashita : Hitomi Fuyuka Kooriyama : la mère de Noriko Chihiro Okamoto : le frère cadet de Noriko Shingo Tsurumi : le père de Noriko Mayu Tsuruta : Yukino
Lotta Sea Lice est un album, sorti en 2017, qui réuni l’Australien Courtney Barnett et l’Américain Kurt Vile. On est tout de suite frappé par la synergie entre les deux voix, qui mordent vraiment dans les premiers titres. Ils nous plongent dans une ambiance folk énergique, avec quelques accents rock parfois. Mais leur qualité constante relie tous les titres. L’album est très bon de bout en bout pour un résultat solide et particulièrement convaincant.
Okkervil River est un groupe de rock américain. In the Rainbow Rain est leur neuvième album. La voix de Will Shef laisse d’abord quelque peu circonspect par son originalité dès le premier titre. Ce dernier commence comme une ballade simple avant de devenir plus dynamique, presque symphonique. C’est un peu à l’image de l’album. Finalement, l’originalité se mue en réelle personnalité. Le groupe nous offre des titres variés, plein de maîtrise et de conviction. Le style prend parfois des accents de crooner, puis passe au jazz avec des pointes d’électro. La qualité est vraiment constante donc on prend au final beaucoup de plaisir à naviguer ainsi d’un style à l’autre.
J’ai déjà écrit la critique de la version live de American Utopia, de David Byrne. Je vais cette fois évoquer la version studio originale… qui m’a laissé une toute autre impression. Là aussi, on est marqué par l’originalité de la voix. La musique est plutôt jazzy et entraînante. Le résultat est assez classe. En dehors de la voix, rien n’est vraiment original, mais il parvient tout de même à créer un véritable univers musical personnel. Il y essaime un peu de fantaisie parfois, offrant de la variété et toujours de la qualité. L’album comptant beaucoup de titres (16), certains sont forcément un peu plus faibles, mais au final le positif domine largement.
On pense parfois que certains concepts ont donné tout ce qu’ils avaient à donner à l’histoire de la fiction. On pense qu’ils ont été exploité tellement souvent que plus rien ne viendra les renouveler profondément. Il existe heureusement dans ce monde des esprits assez géniaux et assez fous pour imaginer ce que personne n’avait encore jamais osé imaginer. Le voyage dans le temps occupe les récits depuis longtemps. Vers le futur, vers le passé, conjecturant encore et encore sur les conséquences d’une telle possibilité. Le terme remonter le temps y était fréquemment employé mais toujours dans le sens : se transporter d’un saut en arrière dans le temps avant de reprendre son cours normal à partir de son point d’arrivée. Personne (ou presque…) n’avait pensé à prendre l’expression de manière littérale, c’est à dire dans le sens de vivre le cours du temps à l’envers… Personne avant un cinéaste de génie… Monsieur Christopher Nolan qui nous a offert Tenet.
Notre perception du temps si profondément ancré dans notre perception de la réalité même que l’on a du mal à accepter que le temps soit autre chose que ce que nous percevons. Tous ceux qui se sont intéressés de prêt ou de loin à la théorie de la relativité le savent bien. Tenet nous offre une expérience tellement contraire à notre manière habituelle de percevoir le temps qu’il est facile de se montrer totalement rétif à cette histoire. Mais si vous acceptez ce point de départ, cette idée simple, celle que peuvent cohabiter des êtres et des objets ne vivant pas le temps dans le même sens, mais aux conséquences vertigineuses et parfois impossibles à appréhender, alors vous vivrez une expérience en tout point extraordinaire. En se laissant simplement porter par l’histoire, en ne cherchant pas à comprendre chaque détail de chaque seconde du film (il faudrait le revoir dix fois pour ça), alors le voyage s’avère merveilleux.
Surtout que Christopher Nolan fait une nouvelle fois preuve d’une incroyable faculté à rendre accessible l’immense complexité dans lequel il cherche à plonger le spectateur. Ici la tâche était trop ardue pour qu’il y parvienne totalement. Mais il conserve l’aspect très pédagogique de ses récits, où il propose plusieurs scènes ne servant qu’à expliquer les concepts qu’il utilise. On peut trouver ça barbant, tant cela ressemble parfois à des cours très théoriques, mais si vous aimez les conférences qui vous emmènent vers des mondes inconnus, vous serez enchantés de recevoir la leçon. Tenet ne se résume heureusement pas à un cours sur la relativité, mais constitue avant tout un film d’aventures haletants, doublés d’un polar où la structure même de l’univers peut-être vue comme l’arme du crime.
Tenet bénéficie pleinement de la maestria de Christopher Nolan. Les scènes d’actions sont à couper le souffle, même si, pour la dernière, il se laisse peut-être aller à un peu de cabotinage. Les scènes d’intrigues sont toujours aussi prenantes alors qu’elles pourraient passer juste pour du bavardage. Il maintient constamment le récit, et ainsi le spectateur, sous tension et lui offre régulièrement de quoi en prendre plein les mirettes. On fait face à un cinéaste au sommet de son art, à qui on ne pourra en tout cas jamais reprocher l’absence de prises de risque ou une paresse qui le conduirait à arrêter d’explorer de nouveaux territoires et à repousser les limites du possible en termes de narration.
Tenet est tellement marqué par son réalisateur que l’on aurait tendance à oublier de parler des comédiens ou de tous ceux qui ont travaillé sur ce film. S’il y a un élément qui place ce film un cran plus bas qu’Inception, c’est sans doute son casting. Il est juste très bon, sans être exceptionnellement brillant. On retiendra simplement que Robert Pattinson est définitivement un acteur excellent sur tous les terrains. On saluera aussi la musique de Ludwig Göransson qui est en parfaite harmonie avec le reste du film. Et quand on connaît sa complexité, on devine que la tâche n’avait rien d’évident.
Nous ne savons pas encore où nous emmènera Christopher Nolan la prochaine fois. Mais on a hâte de la suivre, même si c’est pour s’y perdre.
LA NOTE : 16,5/20
Fiche technique : Production : Warner Bros, Syncopy Distribution : Warner Bros Réalisation : Christopher Nolan Scénario : Christopher Nolan Montage : Jennifer Lame Photo : Hoyte Van Hoytema Décors : Nathan Crowley Musique : Ludwig Göransson Durée : 150 min
Casting : John David Washington : Le protagoniste Robert Pattinson : Neil Elizabeth Debicki : Kat Kenneth Branagh : Andrei Sator Dimple Kapadia : Priya Michael Caine : Sir Crosby Clémense Poésy : Barbara Aaron Taylor-Johnson : Ives Himesh Patel : Victor
Lentement mais sûrement, je me rapproche de la fin de la saga des Rougon-Macquart d’Emile Zola que j’ai commencé à lire dans leur ordre de parution en 2006. Je pourrais dire que je m’approche de la fin de la ligne, pour faire un mauvais jeu de mots, avant de vous parler de la Bête Humaine, épisode de la saga qui se passe dans le monde ferroviaire. Un roman qui traite surtout des pires instincts qui peuvent naître au tréfonds de l’être humain. Plus qu’un simple portrait d’une époque, cette histoire nous propose des personnages forts livrés à des sentiments violents.
La saga des Rougon-Macquart alterne des romans dont le premier objectif est décrire de manière méticuleuse la France du Second Empire, dans tous les lieux et les classes sociales. D’autres sont centrés avant tout sur les personnages et ainsi sur l’intrigue. Si les théories sur l’hérédité sous-jacente à la grande œuvre de Zola n’ont pas survécu aux progrès de la science, elles nous auront offert les tomes les plus marquants. La Bête Humaine fait incontestablement partie de ceux-là. Les sentiments exaltés des personnages datent quelque peu le roman, mais le roman nous offre tout de même une grande histoire quasi intemporelle. De toute façon, c’est bien l’excès des sentiments qui ont fait les grandes histoire, pas leur réalisme.
La Bête Humaine se lit donc avec une grande avidité. Le style reste celui de son auteur (ce qui est assez logique), mais Zola nous livre moins de longues descriptions que dans d’autres romans. S’il s’attache à nous faire découvrir de manière détaillée et réaliste l’organisation des chemins de fer et même le fonctionnement d’une locomotive, cela ne peut qu’une place très secondaire. Ce que l’on retiendra de la locomotive, la Lison, c’est sa dimension symbolique, qui lui donne le statut de personnage à part entière. Ce parallèle entre l’Homme et la machine n’est d’ailleurs pas sans parler au lecteur contemporain, à l’heure de l’Intelligence Artificielle. Comme quoi, l’Histoire n’est peut-être qu’un éternel recommencement.
Les films Marvel au cinéma sont parvenus à séduire un public très large en sachant varier les genres. Entre les combats dantesques et cosmiques de Infinity Wars, les blagues potaches de Deadpool ou la fresque crépusculaire comme Logan, il existe de grands écarts. Et pourtant il s’agit toujours de super-héros. En refusant de se prendre totalement au sérieux, cet univers ne s’interdit rien et se trouve prêt à accueillir toutes sortes d’histoires. Avec les Nouveaux Mutants, Marvel s’attaque cette fois-ci au film d’horreur. Pour un résultat plutôt convaincant, même s’il séduira certainement plus les fans de super-héros que ceux de ce genre cinématographique si particulier.
Les Nouveaux Mutants est un film d’horreur qui ne fait pas très peur, soyons honnêtes. Il reprend quelques codes du genre, avec cette histoire d’adolescents enfermés faisant face à une puissance maléfique. Mais on ne dépassera pas le stade du « à la manière de ». Seules les âmes les plus jeunes ou les plus sensibles trembleront réellement devant les péripéties qui attendent les héros. On fait donc plutôt face à un film d’aventures assez efficace pour ne pas s’ennuyer et pour passer un moment tout à fait distrayant. Les amateurs de l’univers Marvel prendront par contre beaucoup de plaisir à voir apparaître à l’écran quelques héros, jouant peut-être en deuxième division, mais pour qui ils ressentent une affection particulière. C’est mon cas, je l’avoue, et cela a sûrement permis un attachement immédiat aux personnages.
Les Nouveaux Mutants confirme la capacité des films Marvel à adapter à l’écran de manière convaincante des éléments des comics qui auraient pu être écartés, car prêtant à sourire. Ils choisissent au contraire la fidélité et n’ont pas peur de donner vie à un démon-ours. Les fans des comics les remercient. Les fans de Games of Thrones aussi car ils seront ravis de voir sur grand écran Maisie Williams. Soyons honnêtes, son rôle est ici infiniment moins marquant que celui d’Arya Stark. La vraie star du film est définitivement Anya Taylor-Joy que l’on espère revoir dans d’autres films. Son interprétation d’un personnage qui rappelle, dans un style assez différent tout de même, Harley Quinn, est absolument savoureuse. Au final, ce film est plus anecdotique que vraiment indispensable, mais il fera plaisir à bien des publics.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Réalisation : Josh Boone Scénario : Josh Boone et Knate Lee, d’après les personnages créés par Chris Claremont et Bob McLeod Direction artistique : Steve Cooper Décors : Molly Hughes Costumes : Leesa Evans et Virginia Johnson Photographie : Peter Deming Montage : Matthew Dunnell, Robb Sullivan et Andrew Buckland Musique : Mark Snow Musiques additionnelles : Nate Walcott et Mike Hogis Production : Simon Kinberg Producteurs délégués : Stan Lee, Karen Rosenfelt et Lauren Shuler Donner Durée : 94 minutes
Blu Hunt : Danielle « Dani » Moonstar Anya Taylor-Joy : Illyana Rasputin Colbie Gannett : Illyana Rasputin, enfant Maisie Williams : Rahne Sinclair Charlie Heaton : Samuel « Sam » Guthrie Henry Zaga : Roberto « Bobby » Da Costa Alice Braga : Dr. Cecilia Reyes Adam Beach : William Lonestar Happy Anderson : le révérend Craig Thomas Kee : Thomas Guthrie Marilyn Manson (voix), Dustin Ceithamer (capture de mouvement) : l’Homme Grimaçant
Benoît Délépine et Gustave Kervern ont fini par se faire une vraie place dans le monde du cinéma français, ce qui n’est jamais garanti quand on vient du monde du petit écran. Leur univers décalé et poétique nous a déjà offert de jolis moments et surtout surprenants. Effacer l’Historique se situe vraiment dans la continuité de leur filmographie sur bien des points. Il bénéficie donc de toutes les qualités habituelles qui nous les ont faits aimer en tant que réalisateurs. Mais il se heurte aussi aux mêmes limites.
Comme beaucoup de leurs films, Effacer l’Historique s’apparente presque à un films à sketch, mais sans l’être de manière assumée. Le scénario s’efforce de rassembler toutes les séquences pour faire progresser une seule et même histoire. Il y parvient dans l’absolu, mais cela garde un petit aspect artificiel. On parfois l’impression qu’ils ont d’abord listé tous les travers du monde numérique et on construit l’histoire pour que tout y trouve sa place. Cet entre-deux empêche le film de prendre vraiment une vraie dimension et de devenir une dénonciation forte et profonde. Il en restera au stade de la dénonciation légère et poétique,ce qui correspond bien au style de Délépine et Kervern. Certes leur cinéma est militant, mais sans jamais se prendre réellement au sérieux.
Encore une fois, ils parviennent à rassembler un casting qui rendrait jaloux bien des réalisateurs. Il offre notamment à Blanche Gardin son rôle le plus marquant de sa carrière d’actrice. Même si elle reste dans un registre qui lui correspond totalement, on ne peut que saluer la qualité de sa prestation. Elle rivalise largement avec Denis Podalydes toujours aussi juste. On ne compte plus ensuite le nombre de caméos plus ou moins longs et savoureux qui peuple Effacer l’Historique. C’est anecdotique, mais autant de second, troisième et quatrième rôles de qualité tirent évidemment la qualité globale du film vers le haut. Ils contribuent tous donc à faire de ce film une réussite sympathique qui nous donnerait presque envie de nous débarrasser de notre smartphone. Allez, je commence demain…
LA NOTE : 12/20
Réalisation et scénario : Benoît Delépine et Gustave Kervern Décors : Madphil Costumes : Agnès Noden Directeur de la photographie : Hugues Poulain Montage : Stéphane Elmadjian Son : Régis Boussin et Fabien Devillers Production : Sylvie Pialat, Benoît Delépine, Gustave Kervern et Benoît Quainon Durée : 106 minutes
Casting : Blanche Gardin : Marie Denis Podalydès : Bertrand Corinne Masiero : Christine Vincent Lacoste : le sextapeur Benoît Poelvoorde : le livreur Alimazone Bouli Lanners : Dieu, le hackeur Vincent Dedienne : le fermier bio Philippe Rebbot : la feignasse Michel Houellebecq : l’acheteur de voiture suicidaire Clémentine Peyricot : Cathya Lucas Mondher : Sylvain Jean-Louis Barcelona : le serveur grognon Candy Ming : la guichetière de la Poste Joseph Dahan : le guichetier de la Poste Pierre Gommé : le gamin de la banque Jackie Berroyer : le voisin pointilleux Jean Dujardin : le chasseur de pandas (en photo) Denis O’Hare : le millionnaire américain Gustave Kervern : l’autre dodo
On commence avec une artiste bien trop méconnue, Constance Vercula, que j’avais découvert à travers un premier album aux textes à mourir de rire. Douze ans après, en 2019, elle en sort un second, intitulé Longtemps. Le ton a légèrement changé. Musicalement, on se retrouve plongé dans une ambiance entre la période des yéyé et les années 70. Sa voix claire et très agréable donne à sa pop un goût sucré. Le ton est un rien mélancolique pour un résultat vraiment séduisante, même si les titres sont toujours un peu dans le même ton. En tout cas, voilà des retrouvailles bien agréables.
Richie Havens est un artiste américain de près de 80 ans à la discographie longue comme le bras. My Own Way, sorti en 2012, et qui regroupe des titres enregistrés en studio mais qui n’avaient jamais été exploités. Cela nous permet de découvrir sa musique entre blues et country, pleine de maîtrise et de conviction. Il faut dire que sa voix typique et parfaite pour ce genre de musique. Mais au final, on reste cependant plus admiratif que réellement enthousiaste. Certains titres ont un petit côté dissonant pas toujours agréable. Le tout reste globalement très classique, sans rien qui ne retienne vraiment l’attention. C’est peut-être aussi pour ça que tous ces titres n’avaient pas été utilisés à l’époque…
The Limiñanas est un groupe de rock français assez prolifique Shadow People est leur 8ème album sorti entre 2010 et 2018. Il s’ouvre par une longue introduction instrumentale avant un titre français, parlé et non chanté, avant d’enchaîner sur un rock en anglais aux sonorités un peu rétros. Le ton est donné, on va passer souvent du coq à l’âne entre deux titres. Le groupe fait toujours preuve de maîtrise et d’élégance, mais leur musique manque bien souvent d’un peu de punch. Les titres en français sont bizarrement tous parlés, mais les paroles n’ont pas grand intérêt. De temps en temps, un voix féminine vient supplanter la voix masculine habituelle, donnant à leur musique des airs de pop sucré. On peut apprécier la variété des titres de cet album, mais ce dernier s’avère tout de même terriblement inégal.
Et si demain, le monde se trouvait privé de la moitié féminine de l’humanité ? Oui certes, on pourrait définitivement regarder le football en buvant des bières, mais qui alors garderait les enfants ? Il est vrai que la perpétuation de l’espère deviendrait également problématique. Voici une question posée par Casey Affleck dans Light of My Life. J’admets pas tout à fait dans ces termes, mais il nous emmène dans un monde où un virus mystérieux et mortel aurait affecté les femmes du monde entier et les aurait décimées. Une idée plus originale qu’elle en a l’air… mais qui est au final totalement sous-exploitée.
Light of My Life est au final un récit extrêmement classique où un père et une fille essaye de survivre dans un monde devenu hostile, en vivant au maximum à l’écart. En coupant ses personnages de leur environnement, Casey Affleck se prive de la possibilité d’explorer vraiment les conséquences d’une disparition des femmes de la surface de la Terre. Cela ne devient qu’un prétexte pour un film qui s’assmile plus à un récit sur les rapports père/fille qu’à un récit de science-fiction. Ce n’est pas que le propos est déplaisant, ni dénué d’intérêt ou de poésie, mais se prive de la possibilité d’être réellement marquant.
Casey Affleck est assez à l’aise pour diriger Casey Affleck en lui permettant de faire du Casey Affleck. Avec sa voix et sa diction si particulières, il peut horripiler. Mais si au contraire, on l’apprécie pour cela, alors on peut pleinement profiter de Light of My Life. Par contre, il nous permet de découvrir la jeune Anne Pniowsky qui livre une prestation remarquable. Enfin, c’est toujours autant un plaisir de voir Elisabeth Moss à l’écran. La réalisation de Casey Affleck est relativement élégante et comme souvent avec lui, elle prend son temps. Peut-être un peu trop parfois, mais cela permet d’apprécier l’ambiance particulière qu’il parvient à faire naître. Au final, on en reste quand même un à un sentiment d’un film inabouti, qui est loin d’avoir la dimension qu’il aurait pu prendre.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Casey Affleck Décors : Sara K. White Costumes : Malgosia Turzanska Photographie : Adam Arkapaw Montage : Dody Dorn et Christopher Tellefsen Musique : Daniel Hart Production : John Powers Middleton et Teddy Schwarzman Coproducteur : Geoffrey Quan Producteurs délégués : Michael Heimler, Whitaker Lader et Ben Stillman Durée : 119 minutes
Casting : Casey Affleck : le père Anna Pniowsky : Rag Elisabeth Moss : la mère Tom Bower : Tom Timothy Webber : Lemmy Hrothgar Mathews : Calvin
L’histoire recèle quelques moments mystérieux où on ne sait pas exactement ce qui s’est passé. Cela laisse évidemment tout loisir aux auteurs audacieux de s’en emparer pour l’imaginer. On en avait eu un exemple au cinéma avec Elvis & Nixon par exemple, qui imaginait ce que ces deux personnages avaient pu se dire lors d’un entretien à la Maison Blanche. Le roman Agatha nous livre un récit fictionnel, racontant les dix jours où Agatha Christie a disparu. Un épisode qui avait alors la une des journaux, mais sur lequel la mère d’Hercule Poirot n’est jamais revenu, y compris dans son autobiographie. Frédérique Deghelt pouvait donc laisser parler sa créativité. Elle n’en a malheureusement pas fait grand chose.
Agatha se présente sous forme d’un journal qui aurait été tenu par Agatha Christie pendant sa fugue. Cela crée une certaine intimité avec l’autrice de Ils Etaient Dix et un attachement assez immédiat. Malheureusement, le reste n’est qu’une longue litanie d’états d’âmes et de considérations plus ou moins philosophiques sur l’amour, la jalousie, le manque de lucidité que ces sentiments génèrent. Car les pensées sont celles d’une femme quittée, mais encore amoureuse, qui se trouve largement dans le déni. Cette phrase résume bien tout le contenu du livre. Sauf que c’est un peu léger. Si parfois certaines réflexions font échos à des situations que l’on a nous-mêmes vécues et même si le roman n’est pas finalement pas si long, on aurait aimé qu’à un moment donné le propos dérive vers d’autres sujets.
Tout cela est vraiment dommage car la plume de Frédérique Deghelt est légère et fort agréable. La proximité avec la principale protagoniste ne vient pas uniquement du choix de faire d’Agatha un journal. Cela tient aussi au talent de l’écrivaine qui sait choisir ses mots avec soin. Cela ne permet pas de compenser le manque d’épaisseur de son récit, mais cela permet de ne pas rendre l’expérience trop pénible. On perd juste son temps. Personnellement, je l’aurais perdu autour d’une piscine sous un beau soleil estival, donc je ne vais pas trop m’en plaindre.
La culture est comme le gruyère (bon l’emmental en fait). On a beau faire, il y a toujours des trous. C’est même pour ça qu’on l’apprécie. Si on avait un jour l’impression d’avoir tout lu ou tout vu, la vie serait beaucoup plus triste. Le film Akira faisait partie des gros trous dans ma propre culture. Un trou uniquement cinématographique puisque le manga trône en intégralité depuis longtemps dans ma bibliothèque. La ressortie du film sur grand écran constituait une occasion unique de boucher cette regrettable cavité, occasion que je n’ai évidemment pas ratée (sinon, je ne serai pas en train d’écrire cette critique). J’ai pu comprendre pourquoi il était devenu culte à ce point… mais aussi les critiques qui lui ont été adressés.
La principale critique porte sur un choix d’adaptation audacieux et risqué. En effet, les trois premiers quarts du film sont assez fidèles au manga. Sauf que les événements racontés ne représentent qu’un tiers de l’histoire originelle. On imagine donc facilement que la fin a été profondément modifiée pour conclure le récit infiniment plus rapidement, éliminant totalement des grands pans de l’intrigue. On a vite fait d’y voir une trahison, même cela revient à dire que Katsuhiro Otomo a trahit Katsuhiro Otomo. J’avoue que j’ai eu un peu de mal à faire abstraction de ce choix quelque peu étrange et qui dénature quand même assez largement l’œuvre dont Akira est adapté. Ceci s’explique par le fait que le film est sorti avant la fin de la publication du manga, mais tout de même. Evidemment, si vous n’avez jamais lu le manga, vous n’aurez absolument pas ces considérations en tête et pourrez apprécier pleinement cette histoire qui reste extraordinaire et unique.
Graphiquement, Akira commence à être quelque peu daté. Mais les vieux nostalgiques comme moi pourront dire que c’est plus une qualité qu’un défaut, n’ayant pas toujours été convaincu par les films d’animation modernes, où le recours au numérique en fait des œuvres froides et sans personnalité. Le film représente le sommet d’une animation japonaise qui aura profondément marqué ma génération. La qualité artistique est évidemment sans commune mesure avec les séries produites au kilomètre qui peuplaient le Club Dorothée. On ne peut ici que s’extasier devant cette vision d’un Tokyo futuriste… un futur qui se situe dans l’année 2020. Nouvelle raison de prendre un coup de vieux et de se sentir nostalgique. Mais le film nous donne surtout des raisons de saluer cette œuvre majeure de la science-fiction, qui recèle tout de même assez de génie pour demeurer intemporel.
LA NOTE:15/20
Fiche technique : Réalisation : Katsuhiro Ōtomo Scénario : Katsuhiro Ōtomo et Izō Hashimoto Décors : Kazuo Ebisawa, Yuji Ikehata et Koji Ono Direction artistique : Toshiharu Mizutani Photographie : Katsuji Misawa Montage : Takeshi Seyama Musique : Shoji Yamashiro (Tsutomu Ōhashi) Animations : Studio Fuga, Telecom Animation Film Co., Ltd., Dragon Production Production : Ryôhei Suzuki, Shunzō Katō, Hiroe Tsukamoto, Yutaka Maseba, Haruyo Kanesaku et Shunzo Kato Durée : 124 minutes
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