TWELVE NUDES (Ezra Furman), THE ENGLISH GENTLMENS CLUB (The English Gentlemens Club), CES GARCONS-LA (Radio Elvis) : Voix dissonantes

twelvenudesezrafurmanAlors que son album précédent, Transangelic Exodus ne m’avait pas guère convaincu, j’ai laissé une seconde chance à Ezra Furman avec Twelve Nudes, sorti en 2019. Il nous offre un rock énergique, un rien rétro. Le résultat est certes maîtrisé, mais un peu monotone. Il fait preuve de beaucoup de conviction malgré les limites évidentes affichées par sa voix. Les instrumentations sont plus énergiques qu’élaborées. L’album nous offrent parfois des titres plus originaux, mais qui tournent un peu au n’importe quoi parfois. A tel point, que certains peuvent donner l’impression d’être un rien parodiques. Reste à savoir si c’est volontaire ou pas. Au final, on retiendra tout de même la qualité globale de l’album, le positif dominant grâce à la réelle personnalité affichée.

thevictorianenglishgentlemensclubthevictorianenglishgentlemensclubThe Victorian English Gentlemens Club est un groupe gallois, dont le premier album, sorti en 2006 (j’aurais mis du temps à le trouver), est sobrement intitulé The Victorian English Gentlemens Club. Leur musique est particulièrement énergique mais surtout un peu bordélique. La voix haut perchée de Adam Taylor est clairement horripilante, surtout qu’il chante régulièrement un peu faux. Il est souvent accompagné par celle de Louise Mason, mais qui ne vaut guère mieux. Tout cela donne un album punk particulièrement basique. Ils font certes preuve de conviction, mais le résultat ressemble parfois à un grand n’importe quoi cacophonique. Dans le genre, on a déjà vu nettement mieux. Certains titres s’avèrent même carrément pénibles à écouter.

cesgarconslaradioelvisOn termine en revenant par chez nous avec le groupe de rock français, Radio Elvis, et leur deuxième album, Ces Garçons-là. Leur musique est réellement maîtrisée et respire une certaine classe. La voix de Pierre Guénard se montre vraiment séduisante. Les textes sont un peu obscurs et un peu répétitifs parfois, donnant un côté lancinant à leur musique. Mes meilleurs titres sont ceux où ils mettent un peu plus d’énergie dans leur interprétation. Globalement, le résultat est plutôt globalement agréable, mais l’album ne propose tout de même rien de réellement marquant. On peut cependant noter le très beau dernier titre, qui a donné son nom à l’album.

UN NOEL DE MAIGRET (Georges Simenon) : Pas si joyeux

unnoeldemaigretUn auteur aussi prolifique que George Simenon a laissé derrière lui beaucoup de petits textes qui se retrouvent parfois édités ensemble, de manière un peu arbitraire. Un Noël de Maigret est un recueil de trois nouvelles, écrites à des époques différentes et ne mettant pas du tout en scène les mêmes personnages. Elles ont cependant en commun de se dérouler, au moins en partie, le soir ou le jour de Noël. C’est un point commun comme un autre.

Des trois textes formant Un Noël de Maigret, celui mettant en scène le célèbre commissaire à la pipe est de loin le plus marquant. Sans doute est-ce la magie des personnages récurrents qui nous offre du plaisir par le simple fait de les retrouver. L’histoire est courte mais suffisante et nous fait découvrir Maigret dans l’intimité de son foyer. Si Madame Maigret apparaît souvent dans les romans, elle est ici très présente. La nouvelle constitue au final un texte relativement anecdotique mais fort sympathique pour ceux qui aime le personnage.

Les deux autres relèvent plus du roman noir. Ils sont moins caractéristiques de l’œuvre de George Simenon et on y sent l’auteur belge moins à l’aise. Le fait que ces deux récits soient si courts et finissent à la remorque d’une histoire de Maigret donne un peu l’impression d’œuvres inabouties, n’ayant pas su prendre toute leur ampleur. On retiendra tout de même le merveilleux style de Simenon qui reste un régal. Au final Un Noël de Maigret est indispensable pour les amateurs exhaustifs de son œuvre. Les autres pourront piocher autre chose dans sa foisonnante bibliographie.

MIGNONNES : La fin de l’enfance

mignonnesafficheGrandir est un processus exaltant, mais aussi douloureux. Surtout quand on veut grandir trop vite dans l’espoir d’échapper à un milieu qui vous oppresse. Cette problématique se trouve au cœur du sujet de Mignonnes, qui traite en particulier de la sexualisation précoce de certaines jeunes adolescentes. Des sujets forts et délicats mais qui sont ici traités avec beaucoup de pertinence par Maïmouna Doucouré. Cette dernière fait également preuve de beaucoup de qualités artistiques.

Mignonnes peut faire craindre dans ses premières minutes que le film va se résumer à une litanie de clichés. Mais contrairement à beaucoup de films traitant de l’adolescence, celui-ci évite tous les chausse-trappes qui se trouvent sur la route de son histoire. Le scénario offre une belle profondeur aux personnages, aussi jeunes soient-ils. On s’y attache malgré leurs défauts et leurs excès car le film parvient à ce que les spectateurs les comprennent. Or, tout parent vous expliquera que comprendre un adolescent n’a rien d’un exercice évident. Tout cela ne fait que décupler l’émotion véhiculée par l’histoire.

mignonnesAvec Mignonnes, Maïmouna Doucouré prouve qu’elle est une réalisatrice accomplie, malgré une filmographie qui se limite à deux films. Elle parvient par l’image à mettre en lumière les âmes et les corps. L’intrigue étant centré sur un concours de danse, ces derniers participent aussi à donner un sens profond à cette histoire. Si on ajoute à cela, le talent et le culot de la jeune Fathia Youssouf, on obtient un très beau film, émouvant et parfois dérangeant, car il ne fait pas l’impasse sur les réactions inavouables que peut provoquer ces jeunes filles, sortant pourtant à peine de l’enfance.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Maïmouna Doucouré
Scénario : Maïmouna Doucouré, Alice Winocour, Valentine Milville, Nathalie Saugeon
Costumes : Valérie Ranchoux
Musique : Niko Noki
Montage : Stéphane Mazalaigue, Mathilde Van de Moortel
Photographie : Yann Maritaud
Son : Clément Maléo
Casting : Tania Arana, Angélique Vergara, Kenza Barrah
Durée : 95 minutes

Casting :
Fathia Youssouf : Amy
Medina El Aidi : Angelica
Esther Gohourou : Coumba
Ilanah Cami-Goursolas : Jess
Myriam Hamma : Yasmine
Demba Diaw : Ismael
Maïmouna Gueye : la mère
Thérèse Mbissine Diop : la tante
Bass Dhem : El Hadj

ENRAGE : Dans la peau de Russell Crowe

enrageafficheCertains acteurs ont un don incroyable pour se métamorphoser physiquement à chaque rôle. On ne parle pas simplement de prendre ou de perdre du poids, mais véritablement de changer de tête. Parfois le matin, en se regardant dans la glace, on aimerait avoir ce pouvoir, mais il est malheureusement réservé à quelques uns. Russel Crowe en fait partie. Il nous le prouve une nouvelle fois avec Enragé. Un film haletant, mais pas trop, dont l’intérêt principal tient à la performance de la star australienne.

Enragé nous raconte pour la énième l’histoire de la jeune femme innocente qui va se retrouver poursuivie par un psychopathe. Rien de bien nouveau ou de très original. Certes, cette fois le personnage du fou dangereux n’est pas piqué des hannetons, comme disent les jeunes qui ont longtemps vécu. Le scénario ne cherche d’ailleurs pas spécialement à nous surprendre, mais simplement à se montrer efficace. Il y a parvient plutôt bien. Le film dure une heure et demi tout juste, preuve qu’il va directement à l’essentiel. Ainsi, on passe tout de même un bon moment, même si on ne retiendra rien de vraiment marquant dans cette intrigue assez banale.

enragePar contre, on se souviendra vraiment de la tête de fou furieux qu’arbore Russel Crowe dans Enragé. Physiquement, il a décidé de ressemble à John Goodman et y parvient sans problème. Il est comme ça, Russel, il décide qui il est ! En tout cas, ce numéro d’acteur, même pour un film aussi gratuit, vaut le détour. Le reste du casting apparaît totalement transparent à ses côtés et c’est sans doute un peu injuste pour eux. Les fans de cette acteur ne doivent donc rater ce film sous aucun prétexte. Les autres pourront éventuellement attendre une longue soirée lors du prochain confinement pour y jeter un œil.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Réalisation : Derrick Borte
Scénario : Carl Ellsworth
Direction artistique : Paul Jackson et Paul Luther Jackson
Décors : Freddy Waff
Costumes : Denise Wingate
Photographie : Brendan Galvin
Montage : Michael McCusker, Steve Mirkovich et Tim Mirkovich
Musique : David Buckley
Producteurs : Lisa Ellzey, Mark Gill et Andrew Gunn
Durée : 90 min

Casting :
Russell Crowe : Tom Cooper
Caren Pistorius : Rachel Hunter
Jimmi Simpson : Andy
Gabriel Bateman : Kyle Hunter
Lucy Faust : Rosie
Anne Leighton : Deborah Haskell
Austin P. McKenzie : Fred Purvis
Stephen Louis Grush : Leo
Devyn A. Tyler : Mme Ayers
Michael Papajohn : Homer

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 33 : Le Congrès de Poitiers, partie 3 : le couteau dans le dos

episode33Après les débats nationaux, le Congrès se traduit dans un deuxième temps au niveau local, avec un renouvellement des instances au niveau local (Section) et départemental (Fédération). Il paraît que beaucoup de militants se sont engagés en politique pour changer le monde. Chaque Congrès prouve, qu’à défaut d’y parvenir, ils sont prêts à tout pour gagner une petite part de pouvoir au sein des instances du PS. On a les combats et l’ambition que l’on peut.

Au niveau de ma Section, je suis sollicité par quelques camarades pour me présenter au poste de Secrétaire. En effet, nos effectifs ont fondu et la Section apparaît de plus en plus moribonde (j’y reviendrai dans un prochain épisode) et certains considèrent qu’il y a des choses à changer dans l’animation. J’aurais très certainement accepté si je n’avais déjà en tête mon futur départ de Viroflay. J’ai donc poliment refusé et nous avons reconduit simplement le Secrétaire de Section sortant.

Au niveau fédéral, les choses sont nettement moins tranquilles. La motion soutenant l’action gouvernementale a fait un bon score, meilleure que ce que j’avais imaginé (je n’ai plus le chiffre précis), montrant que l’emprise des forces hamonistes et frondeuses n’est peut-être pas si importante que ça. Nous gardons donc l’espoir qu’au moment d’élire le Secrétaire Fédéral, les militants choisirons la cohérence avec leur vote de motion.

Malheureusement, la motion n’est pas soutenue par un bloc collectif soudé. Il y a bien sûr notre noyau dur « hollandais ». Mais même lui commence à faire apparaître des fissures, qui finiront bientôt par éclater. Au moment de la campagne pour les motions, le national a imposé qu’elle soit conduite au niveau local par plusieurs personnes à la légitimité douteuse. Ainsi nous avons « hérité » d’un représentant quasi inconnu au niveau départemental, mais qui se trouve être proche de Christophe Borgel, Secrétaire National aux élections (et apparatchik notoire). On ajoute à ça une proche de Ségolène Royal et une de Martine Aubry, ne représentant qu’elles-mêmes, et on se retrouve avec un quatuor pour porter la motion. Tout le travail accompli par notre collectif semble compter bien moins que les bonnes relations avec les cadres de la rue de Solférino.

Le leader de notre collectif est cependant à nouveau candidat au poste de Secrétaire Fédéral face à la sortante. Mais il ne bénéficie pas du soutien unanime et fort de tous les représentants de la motion qu’il est censé représenter. Cela tient aussi à sa personnalité. En effet, sa plus grande qualité est aussi son plus grand défaut. Il a une vision détachée de l’importance des institutions du PS. Epanoui professionnellement et humainement, il n’a pas besoin de ça pour vivre et se sentir exister, contrairement à beaucoup. C’est pour ça que l’on a autant de plaisir à travailler ensemble, car on se concentre sur l’essentiel, dans une ambiance saine et sereine. Mais du coup, il se refuse à appeler et « draguer » tous ceux qui ont envie qu’on leur fasse la cour pour accorder leur soutien à un camp ou un autre. Et ils sont nombreux. Il les laisse à leur médiocrité. Il a raison humainement. Mais électoralement, cette attitude constitue un sérieux handicap.

Nous nous retrouvons également face au dilemme auquel fait face toutes les oppositions du monde. Devons-nous chercher à nous allier et agglomérer toutes les forces qui ne soutiennent pas la majorité sortante, y compris ceux qui représenteraient un mal bien pire que celui en place ? La tentation de le faire est immense. Déjà que le combat est déséquilibré, alors renoncer à des forces supplémentaires est difficile à accepter. Personnellement, je sais que nous allons perdre, alors je me dis autant le faire avec toute notre intégrité. Nous la garderons globalement, même si on afficherons au final certains soutiens dont on aurait pu franchement se passer.

Tout cela rend difficile dans un premier temps le choix des représentants de la motion au Conseil Fédéral. J’ai déjà décrit cet exercice toujours assez ubuesque. Au PS, le vote des militants détermine simplement le quota attribué à chaque motion. A chaque de ces dernières de détermines, comme elles peuvent, qui occupera les sièges obtenus, sans aucune transparence. Le manque d’union au sein de notre motion se ressent, mais on parvient tout de même à établir une liste acceptée par toutes les forces en présence. Pour ce faire, nous devons convaincre certains d’entre nous de ne pas figurer sur cette liste, contre la promesse qu’ils siégeront au Conseil Fédéral dans le collège des Secrétaires de Section, dont la composition est déterminée dans un second temps. Un de mes camarades proches, jeune, compétent et actif, ne l’accepte que difficilement mais fait tout de même le choix du collectif en acceptant de patienter. Il ne prend pas grand risque alors pense-t-on.

Le débat entre notre candidat et la Secrétaire Fédérale sortante se passe dans une ambiance relativement sereine. Peut-être pas cordiale mais presque. Il faut dire qu’elle ne craint pas grand chose puisqu’elle a réussi à obtenir le soutien de quelques membres de notre motion. De vieux secrétaires de Section (dont celui qui ne voulait rien changer pendant les élections départementales) et une des mandataires de la motion, dont le seul mérite politique, à part réussir à être détestée par tout le monde, est d’avoir un jour réussi à devenir proche de Ségolène Royal, ce qui est suffisant pour imposer sa présence que personne ne souhaite.

Notre sérénité s’explique aussi des assurances que nous avons reçus. Après l’élection, la majorité hamoniste nous promet de travailler avec nous en bonne intelligence et dans le respect. Nous maintenons donc notre ligne, à savoir de défendre nos idées, sans jamais attaquer le camp d’en face. Il y a pourtant à dire. J’avoue qu’à Viroflay, je la joue un peu plus fine. La veille de l’élection, j’envoie à tous mes camarades, en dehors de trois irréductibles soutiens de la majorité sortante, un mail en glissant en pièce-jointe le rapport d’activité de la précédente mandature et celui rédigé pour le Congrès de Reims, en 2008, le dernier témoignant du travail que ma mouvance avait réalisé à la tête de la fédération quand elle l’occupait.

Entre les deux, c’est le jour et la nuit. La majorité sortante ne s’est en effet jamais réellement intéressée à la vie fédérale. Exit toutes les commissions, groupes de travail, journaux d’information, soirées débats organisées précédemment… En envoyant ces mails, je suis saisi d’un peu de nostalgie, mais aussi de fierté en me rappelant pourquoi je défends notre collectif. Au final le stratagème fonctionne, puisque notre candidat fera le plein de voix à Viroflay ! Mon Secrétaire de Section, qui fait partie des irréductibles, m’en tiendra rigueur. Mais j’ai juste profité de l’absence de débat ou échange à l’échelle de la Section, qu’il aurait très bien peu organisé, et du fait n’a pas osé envoyer un message à ses ouailles pour les informer de son choix, comme c’est de tradition pour un Secrétaire de Section. Mais, il est vrai qu’en attendant le dernier moment, pour ne pas lui laisser le temps de réagir, je n’ai pas été totalement fair-play.

La Secrétaire Fédérale est réélue sans surprise. Elle fait plus de 60% des voix, donc pas de repas au Ministère de l’Agriculture pour nous. Mais nous restons fiers de notre campagne et nous apprêtons à continuer à participer sereinement à la vie fédérale. Une très mauvaise surprise nous attend. Les Secrétaires de Section du département sont appelés à se réunir pour valider la liste de leurs représentants au Conseil Fédéral. Naturellement, nous informons la Secrétaire Fédérale du nom des Secrétaires que nous voudrions voir représenter notre motion. Au final, elle n’en tiendra pas compte et soumet aux votes une liste avant les quelques Secrétaires de Section issus de notre motion qu’ils l’ont finalement soutenue. Exit donc notre jeune camarade dynamique pour laisser place à quelques vieux barbons sans intérêt. Au moment de constituer le Secrétariat Fédéral, c’est à dire ceux qui seront chargés d’animer les commissions thématiques de la Fédération, rien ne nous ai proposé, contrairement à ce qui avait été convenu. Bref, les hamonistes nous l’ont fait à l’envers, tout ça pour renforcer leur position de force en vue de la négociation pour la liste des régionales qui allaient commencer quelques semaines plus tard.

Un jour, Benoît Hamon payera cher ses pratiques qui auront profondément abîmé l’appareil militant socialiste, dans l’espoir vain d’en prendre le contrôle. Bizarrement il jouera les meurtris, le jour où, comptant sur nous pour faire campagne pour lui, nous lui avons tourné le dos. On récolte pourtant souvent simplement ce que l’on sème.

THE PERFECT CANDIDATE : La comédie humaine

theperfectcandidateafficheDe plus en plus de cinéastes issus du monde arabo-musulman porte des œuvres pour défendre la place des femmes dans la société. Haifaa Al Mansour avait été une précurseuse en la matière en signant le magnifique Wadja en 2012. Elle revient cette fois-ci avec The Perfect Candidate, l’histoire d’une jeune femme qui se retrouve, presque par hasard, candidate à une élection municipale en Arabie Saoudite et qui va tout faire pour remporter la victoire. Une histoire au sujet sérieux, mais traité sous un ton de comédie, que l’on devine surtout choisi pour contourner la censure. Il prouve encore une fois que la légèreté peut être une arme redoutable pour porter, sans en avoir l’air, bien haut des messages pourtant très lourds de sens.

Le grand mérite d’Haifaa Al Mansour est d’avoir trouver le parfait équilibre qui lui permet de critiquer de manière forte un patriarcat aux fondements profondément religieux… sans jamais critiquer formellement le poids de la religion ou même le système instauré par le pouvoir. En effet, The Perfect Candidate se concentre sur les femmes et les hommes d’Arabie Saoudite et le regard qu’elles/ils portent les uns sur les autres. Finalement, cela s’avère un excellent choix, car c’est bien parce que chacun le fait vivre, ou simplement l’accepte, que de tels systèmes oppressifs parviennent à survivre. Le film parvient à ne se montrer jamais manichéen. Il n’y a pas de méchant, juste une chape de plomb qui pèse sur tous. Cette réussite se concrétise particulièrement dans une dernière scène, assez attendue certes, mais qui parvient à nous émouvoir profondément. Preuve tout ce qui a précédé qui a fonctionné à la perfection.

theperfectcandidateThe Perfect Candidate permet de découvrir une superbe actrice en la personne de Nora Al Awadh. Elle porte réellement le film sur ses épaules avec son talent, son énergie et son charisme hors norme. Elle parvient surtout à trouver une justesse qui colle parfaitement avec celle du propos. Son personnage n’est pas que sympathique, mais on s’y attache avec une facilité déconcertante et on épouse rapidement ses aspirations qui deviendront un combat. Mais le reste du casting n’est pas en reste avec les deux comédiennes qui incarnent ses deux sœurs, qui se placent dans ses traces. Une preuve éclatante que l’Arabie Saoudite devrait penser à donner à ses habitantes la place qu’elles méritent. Car elle ont un talent fou !

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Haifaa al-Mansour
Scénario : Haifaa al-Mansour et Brad Niemann
Photographie : Patrick Orth
Montage : Andreas Wodraschke
Musique : Volker Bertelmann
Pays d’origine : Drapeau de l’Allemagne Allemagne, Drapeau de l’Arabie saoudite Arabie saoudite
Genre : drame
Durée : 104 minutes

Casting :
Nora Al Awadh : Sara
Dae Al Hilali : Selma
Mila Al Zahrani : Maryam
Khalid Abdulraheem : Abdulaziz

L’INFIRMIERE : Doute à l’arrivée

linfirmiereafficheRaconter une histoire, c’est aller d’un point A vers un point B. Pour certaines, depuis le premier, on aperçoit clairement le deuxième et le chemin qui y mène. Pour d’autres, la route est plus sinueuse et tout le plaisir procuré par le film vient du fait qu’il nous fait avancer à l’aveugle. Peu à peu, la route se dessine pour nous conduire à un dénouement que l’on imaginait pas forcément au premier abord. L’Infirmière fait clairement partie de cette dernière catégorie avec un scénario qui va dévoiler progressivement tous ces contours pour entraîner avec lui le spectateur et aspirer irrésistiblement le personnage principal. Cependant, si ce genre d’expérience s’avère le plus souvent particulièrement agréable, on est vraiment heureux quand le point d’arrivée nous satisfait aussi pleinement. Ici, ce n’est malheureusement pas tout à fait le cas.

L’Infirmière brille à la fois par la qualité de sa narration, mais aussi par l’ambiance particulière dans laquelle nous plonge Kôji Fukada. Il parvient à nous faire sentir très rapidement que quelque chose va venir troubler une situation de départ presque banale. On se doute bien, quand un premier événement survient, que ce dernier va avoir une série de répercussions qui vont nous emmener loin du point de départ. Cette atmosphère quelque peu troublante vient titiller fortement la curiosité du spectateur. On nous cache quelque chose et on veut savoir quoi ! Si la réponse est la hauteur, les dernières minutes du film peine à apporter une réelle conclusion au propos. On peut s’interroger sur le sens profond de l’ultime scène par exemple. Si on positive, on peut considérer que le réalisateur a voulu entretenir jusqu’au bout l’impression de mystère, ou bien considérer plutôt qu’il ne savait pas vraiment comment apporter un vrai point final à son histoire. Ceci ne vient pas gâcher l’ensemble, mais peut renfrogner quelque peu le spectateur.

linfirmiereL’Infirmière est littéralement illuminé par la performance de Mariko Tsutsui. Le film repose largement sur ses frêles épaules. Elle incarne à la perfection son personnage pourtant complexe, car porteur de sentiments très forts et contrastés. Elle rend parfaitement crédible son personnage et tous les sentiments qui viendront peu à peu la torturer. Son jeu est parfaitement mis en valeur par la réalisation très élégante de Kôji Fukada, qui fait vraiment de ce film une œuvre artistiquement aboutie. Elle aurait pu être plus enthousiasmante avec une fin mieux maîtrisée, mais elle restera un des bons films de cet été cinématographique, où les salles auront été bien trop désertées par les spectateurs.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Kōji Fukada
Photographie : Ken’ichi Negishi
Montage : Kōji Fukada et Julia Gregory
Musique : Hiroyuki Onogawa
Production : Daisuke Futagi, Kazumasa Yonemitsu et Masa Sawada
Durée : 111 minutes

Casting :
Mariko Tsutsui : Ichiko
Mikako Ichikawa : Motoko Oishi
Sōsuke Ikematsu : Kazumichi,
Mitsuru Fukikoshi : le docteur Totsuka
Hisako Ōkata : Tōko Oishi
Miyu Ogawa : Saki Oishi
Ren Sudo : le neveu d’Ichiko

AMIR (Tamino), WHEN I HAVE FEARS (The Murder Capital), 5+1 ZENZILE MEETS JAYREE (Zenzile) : Tristounet

amirtaminoOn débute cet avis quelque peu tristounet par un artiste venu de Belgique, Tamino et son premier album Amir, sorti en 2018. On remarque tout de suite sa belle voix. Le résultat reste assez classique mais parvient à accrocher l’oreille. Sa musique fait largement penser à celle de Radiohead. C’est beau tout en en étant un rien sombre. La production est très propre et les premiers titres se laissent écouter avec un certain plaisir, bien que l’on puisse regretter que cela manque d’une étincelle. Mais à mesure que l’on avance dans l’album, on rencontre de plus en plus de titres en retrait. Il perd de sa substance peu à peu. Au final, il reste parfois joli, mais globalement inégal.

whenihavefearsthemurdercapitalThe Murder Capital est un groupe qui vient de quelque part (il ne bénéficie pas d’une page sur Wikipedia) et qui nous propose, à travers son album When I Have Fears, un gros rock qui tâche. Le chanteur parle et crie, plus qu’il ne chante. Le résultat n’est ni énergique, ni entraînant, ni harmonieux. La musique est martelée, reste toujours un rien dissonante et le chant se montre presque toujours un peu faux. L’album est vraiment médiocre, même si quelques titres plus posés s’avèrent meilleurs, mais jamais très intéressants.

51zenzilemeetsjayreezenzileZenzile est un groupe français qui a pour habitue de proposer des albums en collaboration avec d’autres artistes. 5+1 Zenzile Meets Jayree est donc un album en collaboration avec un certain Jayree, comme son nom l’indique. Le premier titre nous emmène dans une ambiance reggae electro maîtrisée et bien propre sur elle. Le deuxième est une version dub du même titre, mais elle s’avère particulièrement triste, lancinante et sans intérêt. Malheureusement, le reste de l’album est à l’image de ce deuxième titre. Le résultat manque sérieusement de peps, malgré la qualité de la production. Les titres se perdent dans de longs instrumentaux éthérés et tristounets. L’aspect psychédélique de leur musique est peut-être agréable quand l’auditeur se trouve sous l’effet de la drogue, mais pas quand on est bien éveillé.

LES RACINES DU MAL (Maurice G. Dantec) : Intelligence bien réelle

lesracinesdumalEcrire un roman avec comme élément majeur une technologie émergente implique le risque de voir son contenu prêter à sourire quelques années après, les évolutions imaginées se réalisant rarement. Cela peut parfois décrédibiliser totalement un texte. Mais quand le reste est de très grande qualité, on pardonne aisément, voire on apprécie l’audace et la prise de risque. Publié en 1995, les Racines du Mal anticipait comment pouvait se concrétiser la notion d’intelligence artificielle à l’aube de l’an 2000. Au final, dans le monde réel, on en était loin, même si peu à peu la réalité rattrape la fiction depuis. Mais cela n’empêche en rien ce roman d’être un grand polar !

Au final l’aspect technologique du roman est à la fois central et mineur. L’intelligence artificielle constitue un des personnages principaux dont on ne peut pas faire abstraction. Par contre, on peut facilement faire abstraction de son caractère cybernétique. Si on considère qu’il est un personnage comme un autre, alors on peut apprécier pleinement les Racines du Mal. On peut pleinement profiter du très beau sens de la narration de Maurice G. Dantec. Il parvient d’une manière magistrale à dévoiler progressivement toutes les couches de son récit pour lui donner au final une épaisseur que l’on ne soupçonnait pas à travers les premières pages. Et même s’il va peut-être un peu loin à un moment donné, on est totalement saisi par ce récit sombre et terriblement prenant.

Les Racines du Mal ressemble à première vue à un pavé (750 pages quand même). Mais pour l’avoir lu en trois jours, je peux vous garantir qu’il se dévore plus qu’il ne se lit. Certes, le fait d’avoir pu lire de longs moments au bord d’une piscine en vacances a facilité les choses, mais dans tous les cas, on avale les pages assez goulûment pour progresser très vite dans le récit. Son style est extrêmement vivant et agréable, malgré la complexité parfois assez importante de l’intrigue. Il signe donc un roman majeur du polar noir, vraiment très noir. Un lecture pas forcément légère pour l’été, mais une lecture incontournable.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 32 : Le Congrès de Poitiers, partie 2 : le PS épuisé

episode32Un jour de congés de posé et me voilà dans la voiture avec deux camarades yvelinois en route pour Poitiers. Si politiquement, ce Congrès n’aura pas légué un héritage intellectuel remarquable, il restera à jamais pour moi un très beau souvenir. Le point d’orgue d’une belle histoire d’amitié, forgée autour de combats communs. Si je ne regrette jamais tout le temps que m’aura pris mon militantisme politique, même dans les réunions le plus inutiles, c’est pour les rencontres qu’il m’aura permis de faire.

Pour la première fois donc, j’assistais à un Congrès du Parti Socialiste. J’avais largement suivi celui de Reims à la télévision, mais bien d’eau avait coulé sous les ponts, et la dramaturgie n’avait plus grand chose à voir. Nous arrivâmes sur place le vendredi après-midi. A l’extérieur, de nombreux stands qui font ressembler le Congrès plus à une foire qu’à un moment de réflexion politique. Mais c’est surtout un endroit de convivialité qui a finalement plus de valeur que les débats formels qui ont lieu sur la scène à l’intérieur. Surtout qu’en ce premier jour, il y avait encore très peu de monde et les personnes invitées à la tribune parlaient principalement devant des sièges vide.

L’ambiance fut différente le samedi où le public était nettement plus nombreux. De nombreuses têtes d’affiche se succédèrent à la tribune. Des invités extérieurs venaient aussi élargir l’horizon de nos débats. Je me rappelle notamment l’intervention d’une combattante kurde irakienne, venue nous parler de son combat contre l’Etat Islamique. Une intervention rendant bien pathétiques nos combats de motion pour lequel certains sont prêts à tous les déchirement les comportements le plus bas.

Une photo peut témoigner également de mon regard énamouré quand Najat Vallaud-Belkacem prend la parole. Mon admiration pour elle en ressortira encore grandi après avoir entendu son discours incisif et pertinent. Mon grand regret est ne pas avoir pu la croiser à un moment à l’autre dans les allées à l’extérieur. Elle y passa beaucoup de temps, ne faisant preuve d’aucune avarice pour discuter avec les simples militants et leur laisser prendre des selfies. Bref, j’aurais aimé m’adonner à quelque chose que je dénonce parfois dans le comportement des militants politique : la fan attitude ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Le grand moment de la journée resta cependant sans conteste le discours du Premier Ministre, Manuel Valls. A son arrivée, on sentit l’assemblée partagée, vu le caractère particulièrement clivant du personnage. Moi-même, je me trouvais dans un état d’esprit bizarre face à cette homme que je n’ai jamais aimé, certainement jamais admiré et auquel j’en voulais un peu d’occuper la position qu’il occupait alors. Mais il allait me retourner comme une crêpe. En effet, son discours restera le moment le plus fort émotionnellement de mes années de militantisme. Si Manuel Valls est un homme sans idées, la suite le prouvera, il reste un tribun extraordinaire. Il est l’incarnation du leader charismatique. Voilà un général capable de vous convaincre de donner votre vie à ses côtés dans la bataille. Cela ne suffit évidemment pas en faire un grand Premier Ministre, voire même il n’est pas évident que ces qualités soient vraiment utiles pour un tel poste. Mais malgré tous les reproches que je peux formuler à son encontre par ailleurs, je ne pourrais pas lui enlever ça.

Le point d’orgue de son discours restera le moment où il demande à l’assemblée d’accorder une longue ovation à François Hollande. Une large part de celle-ci applaudira avec force et enthousiasme. Cette période était particulièrement difficile pour tout militant socialiste et il était parvenu à nous rappeler avec une puissance rare pourquoi nous nous étions battus pour le voir élire et pourquoi il fallait continuer à défendre l’action d’un gouvernement auquel on ne pardonne rien. Certains resteront muet et ne daigneront pas se lever, dont les principaux responsables de la Fédération des Yvelines. Les frondeurs avaient alors bien largué depuis longtemps les amarres de la courtoisie républicaine. De la courtoisie tout court en fait. Ne parlons même pas de la camaraderie.

La journée se poursuivit par deux moments de convivialité. Tout d’abord, un apéritif entre membres de Répondre à Gauche, soit le mouvement des « hollandais », sous l’égide de Stéphane Le Foll. Le moment fut sympathique, me permit d’échanger quelques mots avec Michel Sapin. Il se termina surtout par un échange entre nous, militants des Yvelines, et Stéphane le Foll lui même. Nous lui parlâmes de la campagne fédérale à venir. Nous lui signifions que nous avons besoin de tout le soutien possible pour espérer battre la candidate hamoniste. Il nous répondit qu’il ne fallait pas trop rêver à la victoire, mais nous promit de nous inviter à déjeuner au Ministère de l’Agriculture si nous dépassions les 40%. Malheureusement, nous ferons un peu moins et nous passerons à côté d’un bon repas.

Ensuite, les militants yvelinois de toute tendance avaient rendez-vous pour un repas en commun. La tablée fut à l’image de la fédération, coupée en deux. Benoît Hamon était là et j’eus même « le privilège » d’être assis à côté de lui. Le hasard fit que ce même soir a lieu la finale de la Ligue des Champions. Cela me permit de découvrir que j’aurais au moins un point en commun avec lui, l’amour profond du football. Il insista auprès des restaurateurs pour que le match soit diffusé sur l’écran au dessus de notre table, mais ils avaient un problème avec leur box. Il demanda alors à la 1ère fédérale sa tablette. Celle-ci lui fit remarquer que nous étions à un repas convivial et que ce n’était pas très poli de préférer regarder un match de foot. Benoît Hamon lui répondit sèchement, comme un maître parle à sa domestique. Je me rappelle bien avoir été choqué. Cela ne sera pas la seule fois que je le vis comporter ainsi en petit chef misogyne et irrespectueux. Si je n’ai jamais aimé ses idées, ce que j’ai vu de l’homme ne m’a jamais donné envie de le lui pardonner.

Les deux côtés de la table se trouvaient plongés dans deux ambiances radicalement différentes. De mon côté, les militants riaient, buvaient, parlaient parfois un peu fort. De l’autre côté, les jeunes hamonistes, privés de leur chef parti au bout d’une demi-heure, mangeaient dans un silence d’une tristesse absolue. Certes, cela n’a que peu de rapport avec les convictions politiques, mais ces derniers traduisent souvent un certain état d’esprit. Et ce soir-là, j’étais vraiment heureux de me trouver dans le camp de la bonne humeur, ne voyant pas la politique que comme un sinistre combat du bien contre le mal.

Le Congrès se termina le dimanche matin par un triste discours de Jean-Christophe Cambadélis. L’homme est visiblement épuisé. Mais cela n’explique pas entièrement la médiocrité du discours sur la forme et le fond. Sans doute, le PS a-t-il alors un Premier Secrétaire à son image. Car il n’y a pas que lui qui semble épuisé…