






Des trois textes formant Un Noël de Maigret, celui mettant en scène le célèbre commissaire à la pipe est de loin le plus marquant. Sans doute est-ce la magie des personnages récurrents qui nous offre du plaisir par le simple fait de les retrouver. L’histoire est courte mais suffisante et nous fait découvrir Maigret dans l’intimité de son foyer. Si Madame Maigret apparaît souvent dans les romans, elle est ici très présente. La nouvelle constitue au final un texte relativement anecdotique mais fort sympathique pour ceux qui aime le personnage.
Les deux autres relèvent plus du roman noir. Ils sont moins caractéristiques de l’œuvre de George Simenon et on y sent l’auteur belge moins à l’aise. Le fait que ces deux récits soient si courts et finissent à la remorque d’une histoire de Maigret donne un peu l’impression d’œuvres inabouties, n’ayant pas su prendre toute leur ampleur. On retiendra tout de même le merveilleux style de Simenon qui reste un régal. Au final Un Noël de Maigret est indispensable pour les amateurs exhaustifs de son œuvre. Les autres pourront piocher autre chose dans sa foisonnante bibliographie.

Mignonnes peut faire craindre dans ses premières minutes que le film va se résumer à une litanie de clichés. Mais contrairement à beaucoup de films traitant de l’adolescence, celui-ci évite tous les chausse-trappes qui se trouvent sur la route de son histoire. Le scénario offre une belle profondeur aux personnages, aussi jeunes soient-ils. On s’y attache malgré leurs défauts et leurs excès car le film parvient à ce que les spectateurs les comprennent. Or, tout parent vous expliquera que comprendre un adolescent n’a rien d’un exercice évident. Tout cela ne fait que décupler l’émotion véhiculée par l’histoire.

LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Réalisation : Maïmouna Doucouré
Scénario : Maïmouna Doucouré, Alice Winocour, Valentine Milville, Nathalie Saugeon
Costumes : Valérie Ranchoux
Musique : Niko Noki
Montage : Stéphane Mazalaigue, Mathilde Van de Moortel
Photographie : Yann Maritaud
Son : Clément Maléo
Casting : Tania Arana, Angélique Vergara, Kenza Barrah
Durée : 95 minutes
Casting :
Fathia Youssouf : Amy
Medina El Aidi : Angelica
Esther Gohourou : Coumba
Ilanah Cami-Goursolas : Jess
Myriam Hamma : Yasmine
Demba Diaw : Ismael
Maïmouna Gueye : la mère
Thérèse Mbissine Diop : la tante
Bass Dhem : El Hadj

Enragé nous raconte pour la énième l’histoire de la jeune femme innocente qui va se retrouver poursuivie par un psychopathe. Rien de bien nouveau ou de très original. Certes, cette fois le personnage du fou dangereux n’est pas piqué des hannetons, comme disent les jeunes qui ont longtemps vécu. Le scénario ne cherche d’ailleurs pas spécialement à nous surprendre, mais simplement à se montrer efficace. Il y a parvient plutôt bien. Le film dure une heure et demi tout juste, preuve qu’il va directement à l’essentiel. Ainsi, on passe tout de même un bon moment, même si on ne retiendra rien de vraiment marquant dans cette intrigue assez banale.

LA NOTE : 11/20
Fiche technique :
Réalisation : Derrick Borte
Scénario : Carl Ellsworth
Direction artistique : Paul Jackson et Paul Luther Jackson
Décors : Freddy Waff
Costumes : Denise Wingate
Photographie : Brendan Galvin
Montage : Michael McCusker, Steve Mirkovich et Tim Mirkovich
Musique : David Buckley
Producteurs : Lisa Ellzey, Mark Gill et Andrew Gunn
Durée : 90 min
Casting :
Russell Crowe : Tom Cooper
Caren Pistorius : Rachel Hunter
Jimmi Simpson : Andy
Gabriel Bateman : Kyle Hunter
Lucy Faust : Rosie
Anne Leighton : Deborah Haskell
Austin P. McKenzie : Fred Purvis
Stephen Louis Grush : Leo
Devyn A. Tyler : Mme Ayers
Michael Papajohn : Homer

Au niveau de ma Section, je suis sollicité par quelques camarades pour me présenter au poste de Secrétaire. En effet, nos effectifs ont fondu et la Section apparaît de plus en plus moribonde (j’y reviendrai dans un prochain épisode) et certains considèrent qu’il y a des choses à changer dans l’animation. J’aurais très certainement accepté si je n’avais déjà en tête mon futur départ de Viroflay. J’ai donc poliment refusé et nous avons reconduit simplement le Secrétaire de Section sortant.
Au niveau fédéral, les choses sont nettement moins tranquilles. La motion soutenant l’action gouvernementale a fait un bon score, meilleure que ce que j’avais imaginé (je n’ai plus le chiffre précis), montrant que l’emprise des forces hamonistes et frondeuses n’est peut-être pas si importante que ça. Nous gardons donc l’espoir qu’au moment d’élire le Secrétaire Fédéral, les militants choisirons la cohérence avec leur vote de motion.
Malheureusement, la motion n’est pas soutenue par un bloc collectif soudé. Il y a bien sûr notre noyau dur « hollandais ». Mais même lui commence à faire apparaître des fissures, qui finiront bientôt par éclater. Au moment de la campagne pour les motions, le national a imposé qu’elle soit conduite au niveau local par plusieurs personnes à la légitimité douteuse. Ainsi nous avons « hérité » d’un représentant quasi inconnu au niveau départemental, mais qui se trouve être proche de Christophe Borgel, Secrétaire National aux élections (et apparatchik notoire). On ajoute à ça une proche de Ségolène Royal et une de Martine Aubry, ne représentant qu’elles-mêmes, et on se retrouve avec un quatuor pour porter la motion. Tout le travail accompli par notre collectif semble compter bien moins que les bonnes relations avec les cadres de la rue de Solférino.
Le leader de notre collectif est cependant à nouveau candidat au poste de Secrétaire Fédéral face à la sortante. Mais il ne bénéficie pas du soutien unanime et fort de tous les représentants de la motion qu’il est censé représenter. Cela tient aussi à sa personnalité. En effet, sa plus grande qualité est aussi son plus grand défaut. Il a une vision détachée de l’importance des institutions du PS. Epanoui professionnellement et humainement, il n’a pas besoin de ça pour vivre et se sentir exister, contrairement à beaucoup. C’est pour ça que l’on a autant de plaisir à travailler ensemble, car on se concentre sur l’essentiel, dans une ambiance saine et sereine. Mais du coup, il se refuse à appeler et « draguer » tous ceux qui ont envie qu’on leur fasse la cour pour accorder leur soutien à un camp ou un autre. Et ils sont nombreux. Il les laisse à leur médiocrité. Il a raison humainement. Mais électoralement, cette attitude constitue un sérieux handicap.
Nous nous retrouvons également face au dilemme auquel fait face toutes les oppositions du monde. Devons-nous chercher à nous allier et agglomérer toutes les forces qui ne soutiennent pas la majorité sortante, y compris ceux qui représenteraient un mal bien pire que celui en place ? La tentation de le faire est immense. Déjà que le combat est déséquilibré, alors renoncer à des forces supplémentaires est difficile à accepter. Personnellement, je sais que nous allons perdre, alors je me dis autant le faire avec toute notre intégrité. Nous la garderons globalement, même si on afficherons au final certains soutiens dont on aurait pu franchement se passer.
Tout cela rend difficile dans un premier temps le choix des représentants de la motion au Conseil Fédéral. J’ai déjà décrit cet exercice toujours assez ubuesque. Au PS, le vote des militants détermine simplement le quota attribué à chaque motion. A chaque de ces dernières de détermines, comme elles peuvent, qui occupera les sièges obtenus, sans aucune transparence. Le manque d’union au sein de notre motion se ressent, mais on parvient tout de même à établir une liste acceptée par toutes les forces en présence. Pour ce faire, nous devons convaincre certains d’entre nous de ne pas figurer sur cette liste, contre la promesse qu’ils siégeront au Conseil Fédéral dans le collège des Secrétaires de Section, dont la composition est déterminée dans un second temps. Un de mes camarades proches, jeune, compétent et actif, ne l’accepte que difficilement mais fait tout de même le choix du collectif en acceptant de patienter. Il ne prend pas grand risque alors pense-t-on.
Le débat entre notre candidat et la Secrétaire Fédérale sortante se passe dans une ambiance relativement sereine. Peut-être pas cordiale mais presque. Il faut dire qu’elle ne craint pas grand chose puisqu’elle a réussi à obtenir le soutien de quelques membres de notre motion. De vieux secrétaires de Section (dont celui qui ne voulait rien changer pendant les élections départementales) et une des mandataires de la motion, dont le seul mérite politique, à part réussir à être détestée par tout le monde, est d’avoir un jour réussi à devenir proche de Ségolène Royal, ce qui est suffisant pour imposer sa présence que personne ne souhaite.
Notre sérénité s’explique aussi des assurances que nous avons reçus. Après l’élection, la majorité hamoniste nous promet de travailler avec nous en bonne intelligence et dans le respect. Nous maintenons donc notre ligne, à savoir de défendre nos idées, sans jamais attaquer le camp d’en face. Il y a pourtant à dire. J’avoue qu’à Viroflay, je la joue un peu plus fine. La veille de l’élection, j’envoie à tous mes camarades, en dehors de trois irréductibles soutiens de la majorité sortante, un mail en glissant en pièce-jointe le rapport d’activité de la précédente mandature et celui rédigé pour le Congrès de Reims, en 2008, le dernier témoignant du travail que ma mouvance avait réalisé à la tête de la fédération quand elle l’occupait.
Entre les deux, c’est le jour et la nuit. La majorité sortante ne s’est en effet jamais réellement intéressée à la vie fédérale. Exit toutes les commissions, groupes de travail, journaux d’information, soirées débats organisées précédemment… En envoyant ces mails, je suis saisi d’un peu de nostalgie, mais aussi de fierté en me rappelant pourquoi je défends notre collectif. Au final le stratagème fonctionne, puisque notre candidat fera le plein de voix à Viroflay ! Mon Secrétaire de Section, qui fait partie des irréductibles, m’en tiendra rigueur. Mais j’ai juste profité de l’absence de débat ou échange à l’échelle de la Section, qu’il aurait très bien peu organisé, et du fait n’a pas osé envoyer un message à ses ouailles pour les informer de son choix, comme c’est de tradition pour un Secrétaire de Section. Mais, il est vrai qu’en attendant le dernier moment, pour ne pas lui laisser le temps de réagir, je n’ai pas été totalement fair-play.
La Secrétaire Fédérale est réélue sans surprise. Elle fait plus de 60% des voix, donc pas de repas au Ministère de l’Agriculture pour nous. Mais nous restons fiers de notre campagne et nous apprêtons à continuer à participer sereinement à la vie fédérale. Une très mauvaise surprise nous attend. Les Secrétaires de Section du département sont appelés à se réunir pour valider la liste de leurs représentants au Conseil Fédéral. Naturellement, nous informons la Secrétaire Fédérale du nom des Secrétaires que nous voudrions voir représenter notre motion. Au final, elle n’en tiendra pas compte et soumet aux votes une liste avant les quelques Secrétaires de Section issus de notre motion qu’ils l’ont finalement soutenue. Exit donc notre jeune camarade dynamique pour laisser place à quelques vieux barbons sans intérêt. Au moment de constituer le Secrétariat Fédéral, c’est à dire ceux qui seront chargés d’animer les commissions thématiques de la Fédération, rien ne nous ai proposé, contrairement à ce qui avait été convenu. Bref, les hamonistes nous l’ont fait à l’envers, tout ça pour renforcer leur position de force en vue de la négociation pour la liste des régionales qui allaient commencer quelques semaines plus tard.
Un jour, Benoît Hamon payera cher ses pratiques qui auront profondément abîmé l’appareil militant socialiste, dans l’espoir vain d’en prendre le contrôle. Bizarrement il jouera les meurtris, le jour où, comptant sur nous pour faire campagne pour lui, nous lui avons tourné le dos. On récolte pourtant souvent simplement ce que l’on sème.

Le grand mérite d’Haifaa Al Mansour est d’avoir trouver le parfait équilibre qui lui permet de critiquer de manière forte un patriarcat aux fondements profondément religieux… sans jamais critiquer formellement le poids de la religion ou même le système instauré par le pouvoir. En effet, The Perfect Candidate se concentre sur les femmes et les hommes d’Arabie Saoudite et le regard qu’elles/ils portent les uns sur les autres. Finalement, cela s’avère un excellent choix, car c’est bien parce que chacun le fait vivre, ou simplement l’accepte, que de tels systèmes oppressifs parviennent à survivre. Le film parvient à ne se montrer jamais manichéen. Il n’y a pas de méchant, juste une chape de plomb qui pèse sur tous. Cette réussite se concrétise particulièrement dans une dernière scène, assez attendue certes, mais qui parvient à nous émouvoir profondément. Preuve tout ce qui a précédé qui a fonctionné à la perfection.

LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Réalisation : Haifaa al-Mansour
Scénario : Haifaa al-Mansour et Brad Niemann
Photographie : Patrick Orth
Montage : Andreas Wodraschke
Musique : Volker Bertelmann
Pays d’origine : Drapeau de l’Allemagne Allemagne, Drapeau de l’Arabie saoudite Arabie saoudite
Genre : drame
Durée : 104 minutes
Casting :
Nora Al Awadh : Sara
Dae Al Hilali : Selma
Mila Al Zahrani : Maryam
Khalid Abdulraheem : Abdulaziz

L’Infirmière brille à la fois par la qualité de sa narration, mais aussi par l’ambiance particulière dans laquelle nous plonge Kôji Fukada. Il parvient à nous faire sentir très rapidement que quelque chose va venir troubler une situation de départ presque banale. On se doute bien, quand un premier événement survient, que ce dernier va avoir une série de répercussions qui vont nous emmener loin du point de départ. Cette atmosphère quelque peu troublante vient titiller fortement la curiosité du spectateur. On nous cache quelque chose et on veut savoir quoi ! Si la réponse est la hauteur, les dernières minutes du film peine à apporter une réelle conclusion au propos. On peut s’interroger sur le sens profond de l’ultime scène par exemple. Si on positive, on peut considérer que le réalisateur a voulu entretenir jusqu’au bout l’impression de mystère, ou bien considérer plutôt qu’il ne savait pas vraiment comment apporter un vrai point final à son histoire. Ceci ne vient pas gâcher l’ensemble, mais peut renfrogner quelque peu le spectateur.

LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Réalisation et scénario : Kōji Fukada
Photographie : Ken’ichi Negishi
Montage : Kōji Fukada et Julia Gregory
Musique : Hiroyuki Onogawa
Production : Daisuke Futagi, Kazumasa Yonemitsu et Masa Sawada
Durée : 111 minutes
Casting :
Mariko Tsutsui : Ichiko
Mikako Ichikawa : Motoko Oishi
Sōsuke Ikematsu : Kazumichi,
Mitsuru Fukikoshi : le docteur Totsuka
Hisako Ōkata : Tōko Oishi
Miyu Ogawa : Saki Oishi
Ren Sudo : le neveu d’Ichiko




Au final l’aspect technologique du roman est à la fois central et mineur. L’intelligence artificielle constitue un des personnages principaux dont on ne peut pas faire abstraction. Par contre, on peut facilement faire abstraction de son caractère cybernétique. Si on considère qu’il est un personnage comme un autre, alors on peut apprécier pleinement les Racines du Mal. On peut pleinement profiter du très beau sens de la narration de Maurice G. Dantec. Il parvient d’une manière magistrale à dévoiler progressivement toutes les couches de son récit pour lui donner au final une épaisseur que l’on ne soupçonnait pas à travers les premières pages. Et même s’il va peut-être un peu loin à un moment donné, on est totalement saisi par ce récit sombre et terriblement prenant.
Les Racines du Mal ressemble à première vue à un pavé (750 pages quand même). Mais pour l’avoir lu en trois jours, je peux vous garantir qu’il se dévore plus qu’il ne se lit. Certes, le fait d’avoir pu lire de longs moments au bord d’une piscine en vacances a facilité les choses, mais dans tous les cas, on avale les pages assez goulûment pour progresser très vite dans le récit. Son style est extrêmement vivant et agréable, malgré la complexité parfois assez importante de l’intrigue. Il signe donc un roman majeur du polar noir, vraiment très noir. Un lecture pas forcément légère pour l’été, mais une lecture incontournable.

Pour la première fois donc, j’assistais à un Congrès du Parti Socialiste. J’avais largement suivi celui de Reims à la télévision, mais bien d’eau avait coulé sous les ponts, et la dramaturgie n’avait plus grand chose à voir. Nous arrivâmes sur place le vendredi après-midi. A l’extérieur, de nombreux stands qui font ressembler le Congrès plus à une foire qu’à un moment de réflexion politique. Mais c’est surtout un endroit de convivialité qui a finalement plus de valeur que les débats formels qui ont lieu sur la scène à l’intérieur. Surtout qu’en ce premier jour, il y avait encore très peu de monde et les personnes invitées à la tribune parlaient principalement devant des sièges vide.
L’ambiance fut différente le samedi où le public était nettement plus nombreux. De nombreuses têtes d’affiche se succédèrent à la tribune. Des invités extérieurs venaient aussi élargir l’horizon de nos débats. Je me rappelle notamment l’intervention d’une combattante kurde irakienne, venue nous parler de son combat contre l’Etat Islamique. Une intervention rendant bien pathétiques nos combats de motion pour lequel certains sont prêts à tous les déchirement les comportements le plus bas.
Une photo peut témoigner également de mon regard énamouré quand Najat Vallaud-Belkacem prend la parole. Mon admiration pour elle en ressortira encore grandi après avoir entendu son discours incisif et pertinent. Mon grand regret est ne pas avoir pu la croiser à un moment à l’autre dans les allées à l’extérieur. Elle y passa beaucoup de temps, ne faisant preuve d’aucune avarice pour discuter avec les simples militants et leur laisser prendre des selfies. Bref, j’aurais aimé m’adonner à quelque chose que je dénonce parfois dans le comportement des militants politique : la fan attitude ! Faites ce que je dis, pas ce que je fais !
Le grand moment de la journée resta cependant sans conteste le discours du Premier Ministre, Manuel Valls. A son arrivée, on sentit l’assemblée partagée, vu le caractère particulièrement clivant du personnage. Moi-même, je me trouvais dans un état d’esprit bizarre face à cette homme que je n’ai jamais aimé, certainement jamais admiré et auquel j’en voulais un peu d’occuper la position qu’il occupait alors. Mais il allait me retourner comme une crêpe. En effet, son discours restera le moment le plus fort émotionnellement de mes années de militantisme. Si Manuel Valls est un homme sans idées, la suite le prouvera, il reste un tribun extraordinaire. Il est l’incarnation du leader charismatique. Voilà un général capable de vous convaincre de donner votre vie à ses côtés dans la bataille. Cela ne suffit évidemment pas en faire un grand Premier Ministre, voire même il n’est pas évident que ces qualités soient vraiment utiles pour un tel poste. Mais malgré tous les reproches que je peux formuler à son encontre par ailleurs, je ne pourrais pas lui enlever ça.
Le point d’orgue de son discours restera le moment où il demande à l’assemblée d’accorder une longue ovation à François Hollande. Une large part de celle-ci applaudira avec force et enthousiasme. Cette période était particulièrement difficile pour tout militant socialiste et il était parvenu à nous rappeler avec une puissance rare pourquoi nous nous étions battus pour le voir élire et pourquoi il fallait continuer à défendre l’action d’un gouvernement auquel on ne pardonne rien. Certains resteront muet et ne daigneront pas se lever, dont les principaux responsables de la Fédération des Yvelines. Les frondeurs avaient alors bien largué depuis longtemps les amarres de la courtoisie républicaine. De la courtoisie tout court en fait. Ne parlons même pas de la camaraderie.
La journée se poursuivit par deux moments de convivialité. Tout d’abord, un apéritif entre membres de Répondre à Gauche, soit le mouvement des « hollandais », sous l’égide de Stéphane Le Foll. Le moment fut sympathique, me permit d’échanger quelques mots avec Michel Sapin. Il se termina surtout par un échange entre nous, militants des Yvelines, et Stéphane le Foll lui même. Nous lui parlâmes de la campagne fédérale à venir. Nous lui signifions que nous avons besoin de tout le soutien possible pour espérer battre la candidate hamoniste. Il nous répondit qu’il ne fallait pas trop rêver à la victoire, mais nous promit de nous inviter à déjeuner au Ministère de l’Agriculture si nous dépassions les 40%. Malheureusement, nous ferons un peu moins et nous passerons à côté d’un bon repas.
Ensuite, les militants yvelinois de toute tendance avaient rendez-vous pour un repas en commun. La tablée fut à l’image de la fédération, coupée en deux. Benoît Hamon était là et j’eus même « le privilège » d’être assis à côté de lui. Le hasard fit que ce même soir a lieu la finale de la Ligue des Champions. Cela me permit de découvrir que j’aurais au moins un point en commun avec lui, l’amour profond du football. Il insista auprès des restaurateurs pour que le match soit diffusé sur l’écran au dessus de notre table, mais ils avaient un problème avec leur box. Il demanda alors à la 1ère fédérale sa tablette. Celle-ci lui fit remarquer que nous étions à un repas convivial et que ce n’était pas très poli de préférer regarder un match de foot. Benoît Hamon lui répondit sèchement, comme un maître parle à sa domestique. Je me rappelle bien avoir été choqué. Cela ne sera pas la seule fois que je le vis comporter ainsi en petit chef misogyne et irrespectueux. Si je n’ai jamais aimé ses idées, ce que j’ai vu de l’homme ne m’a jamais donné envie de le lui pardonner.
Les deux côtés de la table se trouvaient plongés dans deux ambiances radicalement différentes. De mon côté, les militants riaient, buvaient, parlaient parfois un peu fort. De l’autre côté, les jeunes hamonistes, privés de leur chef parti au bout d’une demi-heure, mangeaient dans un silence d’une tristesse absolue. Certes, cela n’a que peu de rapport avec les convictions politiques, mais ces derniers traduisent souvent un certain état d’esprit. Et ce soir-là, j’étais vraiment heureux de me trouver dans le camp de la bonne humeur, ne voyant pas la politique que comme un sinistre combat du bien contre le mal.
Le Congrès se termina le dimanche matin par un triste discours de Jean-Christophe Cambadélis. L’homme est visiblement épuisé. Mais cela n’explique pas entièrement la médiocrité du discours sur la forme et le fond. Sans doute, le PS a-t-il alors un Premier Secrétaire à son image. Car il n’y a pas que lui qui semble épuisé…
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