Christophe Honoré est un des réalisateurs les plus imaginatifs du cinéma français. Du coup, ses films laissent rarement indifférents. Personnellement, j’ai pu m’enthousiasmer pour certaines de ses oeuvres, mais certaines m’ont laisser passablement indifférent, pour ne pas dire plus. Le prix à payer pour la prise de risque. Chambre 212 propose un propos plutôt original sur un sujet, le couple après de longues années de mariage, pourtant extrêmement classique. Malheureusement une incapacité à conclure de manière convaincante vient doucher la curiosité initiale.
Ceux qui ont vu la bande-annonce de Chambre 212 connaisse déjà le principe narratif sur lequel il repose. Je laisserai aux autres la joie de la surprise et de la découverte car c’est finalement là le principal intérêt du film. Il permet une découverte progressive des personnages, de leurs contradictions et de leur complexité, à partir d’un point de départ somme toute assez banal. S’en suivra une réflexion plutôt légère mais souvent pertinente sur la vie de couple et les regrets que l’on peut avoir par rapport à son passé. Cependant au moment d’apporter une conclusion, le propos ne semble plus savoir où aller et surtout s’étire désespérément en longueur, nous laissant sortir sur une mauvaise impression.
C’est toujours un plaisir de retrouver Chiara Mastroianni à l’écran. Chambre 212 nous rappelle pourquoi car elle irradie à l’écran d’une manière remarquable. Le film confirme aussi la réelle polyvalence, et surtout le très grand talent, de Camille Cottin. Leurs partenaires masculins, Vincent Lacoste et Benjamin Biolay, se contentent de ce qu’ils savent faire le mieux, mais avec un soupçon de paresse, ne parvenant ainsi pas à tirer le film vers le haut. Ce film restera un film entre deux dans la filmographie de Christophe Honoré, laissant une impression mitigée.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : Les films Pelléas, Scope Pictures, Bidibul Productions, France 2 cinéma Réalisation : Christophe Honoré Scénario : Christophe Honoré Montage : Chantal Hymans Photo : Rémy Chevrin Décors : Stéphaie Taillasson Distribution : Memento films Durée : 90 min
Casting : Chiara Mastroianni : Catherine Vincent Lacoste : Richard jeune Benjamin Biolay : Richard aujourd’hui Camille Cottin : Irène jeune Carole Bouquet : Irène aujourd’hui Harrison Arevalo : Astrudal Electorat Stéphane Roger : la volonté Marie-Christine Adam : la mère de Catherine
Quand on a beaucoup aimé un film, on est à la fois heureux et inquiet quand on apprend qu’il y aura finalement une suite. On a évidemment envie de retrouver l’univers qui nous avait séduit, mais on a aussi peur qu’elle ne soit pas à la hauteur de l’œuvre initiale, ce qui est d’ailleurs assez souvent le cas. Cependant, une fois le film sorti, on surmonte finalement son appréhension, quand bien même les critiques se montrent majoritairement négatives. C’est exactement ce que j’ai fait avec Maléfique 2 : le Pouvoir du Mal après une certaine hésitation. Et force est de constater qu’une nouvelle fois, ce n’est pas forcément une bonne idée.
Maléfique 2 : le Pouvoir du Mal est un film paresseux. En effet, il propose quelques bonnes idées et des directions nouvelles potentiellement intéressantes. Mais aucune n’est vraiment exploitée avec l’application nécessaire. Tout est cousu de fil blanc et parsemé d’éléments qui fonctionnent très mal. Rien n’est vraiment abouti, jamais embarrassé de la moindre dose de subtilité. Ce serait mentir de dire que l’on s’ennuie, mais on n’est pas vraiment pris par l’histoire qui nous divertit finalement assez mollement. La grande bataille finale ne restera pas vraiment dans les mémoires alors qu’elle aurait pu potentiellement se voir portée par un souffle épique tout autre, si les scénaristes avaient bien voulu s’en donner la peine.
On retrouve dans Maléfique 2 : le Pouvoir du Mal le même casting que le premier épisode. Chacun et chacune s’acquitte de sa tâche avec beaucoup de professionnalisme, mais personne ne parvient à donner de supplément d’âme à son personnage. Pas suffisamment en tout cas pour tirer de manière significative le film vers le haut. Même l’apport de Chiwetel Ejiofor, la seule vraie nouveauté de la distribution, n’a rien d’évident. C’est donc au final un vrai sentiment de déception qui prédomine, avec la légère impression pour le fan de s’être fait légèrement avoir. Et sans aucune envie de voir naître une troisième épisode.
LA NOTE : 09/20
Fiche technique : Production : Walt Disney Pictures, Roth Films Distribution : The Walt Disney Company France Réalisation : Joachim Ronning Scénario : Linda Woolverton, Noah Harpster, Micah Fitzerman-Blue Montage : Craig Wood Photo : Henry Braham Effets spéciaux : Geoff Zanelli Durée : 119 min
Casting : Angelina Jolie : Maléfique Elle Fanning : Princesse Aurore Michelle Pfeiffer : Reine Ingrith Harris Dickinson : Prince Philiip Sam Riley : Diaval Chiwetel Ejiofor : Conall Ed Skrein : Borra
On débute cet avis avec le premier album d’un groupe anglais, Shame, et de son premier album Songs of Praise, sorti en 2018. Il nous propose du bon vieux gros rock qui tâche. Ce n’est ni mélodieux, ni énergique. Ca rappelle parfois les Clash, mais avec infiniment moins de talent. Le chanteur crie plus qu’il ne chante vraiment. On peut leur reconnaître cependant une certaine variété, car malgré tout cela, les titres ne se ressemblent pas. Et on peut faire ressortir le titre Lampoon, qui s’avère être le seul un minimum entraînant.
Rhye est un duo entre deux artistes, l’un canadien, l’autre danois. Ils nous offrent Blood, un album qui débute avec une pop éthérée. La voix est plutôt aigrelette et pour tout dire pas vraiment agréable à écouter. C’est globalement propre sur soi, ça se laisse parfois écouter, mais sans réel enthousiasme. D’autres titres tirent sur le jazz, l’électro, ou les deux à la fois. Les morceaux les plus doux sont les plus marquants et ceux que l’on prend le plus de plaisir à écouter.
On termine avec Anna Ternheim, une artiste suédoise, et son album All the Way to Rio. On y découvre sa jolie voix qui se pose sur des instrumentations éthérées. Ce n’est pas hyper percutant, mais au moins est-ce doux et jamais désagréable. Cependant, rien d’inoubliable. On peut le regretter car cet album donne vraiment la sensation d’un potentiel inexploité, faute de la moindre prise de risque et de trop de retenue.
Certaines franchises passent du culte à l’oubli et l’indifférence à force de s’étirer encore et encore. La sortie de Terminator : Dark Fate est très loin d’avoir eu le même retentissement que la sortie de Terminator 2 en 1991. On peut même parler d’une certaine indifférence. Il faut dire que la qualité cinématographique de ces deux films n’a vraiment rien de comparable. Mais faut-il pour autant jeter ce sixième volet d’une saga qui n’est pas (plus) vraiment une ? Pas forcément ! En effet, on assiste tout de même à un agréable divertissement, qui sait jouer avec malice sur la nostalgie et l’humour. On ne retrouve pas les émotions de l’époque, mais au moins passe-t-on un bon moment.
Si les trois premiers volets de la saga Terminator formait un tout cohérent, les trois autres qui ont suivi ne cherchent plus forcément à éviter les contradictions avec les autres épisodes. Par exemple, ce Terminator : Dark Fate n’est guère compatible avec les événements décrits dans le troisième volet. Mais qu’importe au fond. On est plutôt devant une variation sur le même thème et c’est un exercice tout à fait respectable. Une fois qu’on l’a admit, on peut simplement apprécier ce film d’aventures rythmé, qui va droit au but et qui nous offre quelques jolies scènes d’action. Rien de révolutionnaire, mais une efficacité qui permet d’y trouver ce que l’on pouvait raisonnablement espérer du sixième volet d’une telle saga.
Terminator : Dark Fate laisse une large place aux femmes, qui prennent les choses en main. C’est avec un vrai plaisir que de retrouver Linda Hamilton dans le rôle de Sarah Connor. Le poids des années n’ont fait que rendre son personnage encore plus « badass ». A ses côtés, le duo Mackenzie Davis et Natalia Reyes montrent que les personnages féminins conviennent tout aussi bien pour ce genre de film. Evidemment, on est aussi heureux de retrouver notre bon vieux Arnold Schwarzenegger, qui sait toujours faire preuve de beaucoup d’ironie et de second degré par rapport aux rôles qui ont fait sa légende. Tout ce petit monde contribue à la relative réussite de ce film qui se laisse regarder avec un plaisir non feint.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation : Tim Miller Scénario : David S. Goyer, Justin Rhode et Billy Ray, d’après une histoire de James Cameron, Charles Eglee, Josh Friedman, David S. Goyer et Justin Rhodes, d’après les personnages créés par James Cameron et Gale Anne Hurd Direction artistique : Sonja Klaus Décors : Monica Alberte, David Bryan, Luke Edwards, Alejandro Fernández, Claire Fleming, Florian Müller, Tom Still et Lucienne Suren Costumes : Ngila Dickson Photographie : Ken Seng Montage : Julian Clarke Musique : Junkie XL Production : James Cameron, David Ellison, Dana Goldberg et Don Granger Producteur délégué : Bonnie Curtis, John J. Kelly et Julie Lynn Durée : 128 minutes
Casting : Linda Hamilton : Sarah Connor Arnold Schwarzenegger : le Terminator T-800 (modèle 101) surnommé « Carl » Mackenzie Davis : Grace Natalia Reyes : Daniela « Dani » Ramos5 Gabriel Luna : le Terminator Rev-9 Diego Boneta : Diego Ramos Stephanie Gil : Grace, jeune Enrique Arce : M. Ramos
Quand on va voir un film d’un réalisateur qui nous avait habitué à des œuvres quelque peu décalées, on se montre forcément quelque peu décontenancé quand il revient à une certaine normalité. C’est ce que l’on peut ressentir devant Au Bout du Monde, œuvre de Kiyoshi Kurosawa. Mais ce qu’il y a d’encore plus troublant est la parenté évidente avec Lost in Translation, même si c’est cette fois une Japonaise qui se retrouve loin de chez elle, incapable de communiquer avec la population locale. Difficile dans ces conditions d’entrer complètement dans un film très beau par ailleurs.
Je ne sais pas si tous les spectateurs auront envie de passer leurs prochaines vacances en Ouzbékistan, mais au moins Au Bout du Monde titille-t-il la curiosité de ceux-ci à propos de ce pays. Les amateurs de dépaysement seront servis. On a cependant parfois du mal à comprendre toutes les réactions de « l’héroïne », combien même son état d’esprit est particulier et sa culture éloignée de la nôtre. On a donc un peu de mal à sympathiser et à compatir. On suit les événements avec un intérêt poli, mais guère plus. En tout cas, pas d’enthousiasme à l’horizon.
Au Bout du Monde est de loin le film de le plus abouti visuellement. Les images sont très belles et Kiyoshi Kurosawa parvient remarquablement bien à capter l’ambiance « exotique » de l’Ouzbékistan. Au milieu de cette photographie particulièrement soignée, Atsuko Maeda évolue avec grâce et délicatesse. Même si on a parfois du mal à croire à son personnage, on ne lui en tiendra pas rigueur car c’est bien son charme singulier qui parvient malgré tout à nous relier au film. Ce dernier ne restera cependant pas inoubliable. Certainement moins qu’un voyage en Ouzbékistan en tout cas.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : King Records, Tokyo Theatres K.K., Django Film, Loaded Films, Uzbekkino Distribution : Eurozoom Réalisation : Kiyoshi Kurosawa Scénario : Kiyoshi Kurosawa Montage : Koichi Takahashi Photo : Akiko Ashizawa Musique : Yusuke Hayashi Durée : 120 min
Xavier Dolan est un génie, ceci est relativement incontestable. Mais être un génie ne signifie pas toujours ne produire que des œuvres géniales. Il faut savoir utiliser l’immensité de son talent à bon escient et ne pas se reposer uniquement sur lui avec complaisance. Juste la Fin du Monde, Ma Vie avec F.Donovan étaient des films formellement brillants, mais où il manquait cette étincelle pour enthousiasmer pleinement. Matthias et Maxime, à travers sa bande-annonce, semblait prometteur, dans une ambiance plus intime, plus québecoise, bref plus proche de son auteur. Mais un scénario guère convaincant ne parvient pas à nous faire apprécier pleinement la maestria de la forme.
Matthias et Maxime fait à mon sens typiquement partie des films où on est censé s’émouvoir face à un personnage qui se comporte comme un crétin, combien même il a quelques raisons compréhensibles pour agir ainsi. Je n’ai ressenti aucune compassion, aucune émotion face à un comportement juste exécrable. Incapable de rentrer dans l’histoire, je me suis ennuyé ferme. Et je n’ai pas non plus été convaincu face à une conclusion d’une banalité confondante, qui inspire un simple « tout ça, pour ça ». La valeur du sujet valait un tout autre scénario, car ce dernier ici ne vaut vraiment pas un film. Bref, on est face à un cas clair de maltraitance de sujet.
Matthias et Maxime reste un film cependant divinement réalisé. Le sens de l’image de Xavier Dolan est impressionnant, y compris dans des situations intimistes qui n’appellent pas au spectaculaire. Il sait capter sur le vif les émotions pour les sublimer. Peut-être parce qu’il est lui-même un acteur brillant, ce qu’il prouve une nouvelle fois dans ce film. Gabriel D’Almeida Freitas n’est pas en reste, surtout qu’il bénéficie d’une direction toujours aussi brillante. Mais tout cela ne parvient pas à nous empêcher de trouver le temps bien long. Comme le temps d’attendre le prochain film de Xavier Dolan où il donnera cette fois, espérons-le, toute la mesure de son talent.
LA NOTE : 07/20
Fiche technique : Production : Sons of Manual Réalisation : Xavier Dolan Scénario : Xavier Dolan Montage : Xavier Dolan Photo : André Turpin Décors : Colombe Raby Distribution : Diaphana Musique : Jean-Michel Blais Durée : 119 min
Casting : Gabriel D’Almeida Freitas : Matthias Xavier Dolan : Maxime Anne Dorval : la mère de Maxime Pierre-Luc Funk : Rivette Samuel Gauthier : Frank Adib Alkhalidey : Shariff Catherine Brunet : Lisa Antoine Pilon : Brass Harris Dickinson : McAfee
Connaître un jour dans sa carrière d’artiste un immense succès représente évidemment avant tout une chance, que chaque créateur, qu’il l’avoue ou non, rêve d’avoir. Cependant, c’est également potentiellement aussi comme une malédiction, car l’artiste se trouver renvoyer encore et toujours à cette œuvre. Avec l’incroyable succès d’Intouchables, Eric Toledano et Olivier Nakache ont acquis un statut à part dans le cinéma français. Mais on attend désormais d’eux qu’il fasse aussi bien (si cette expression a un sens). Avec le Sens de la Fête, ils sont déjà parvenus à connaître un nouveau grand succès dans un style un peu différent. Avec Hors Normes, ils reviennent à ce qu’ils savent faire le mieux, comme s’ils ne pouvaient s’en éloigner trop longtemps. Mais force est de constater que le succès risque d’être à nouveau au rendez-vous.
La grande force d’Eric Toledano et Olivier Nakache reste leur capacité à ne jamais confondre les bons et les beaux sentiments. Hors Normes n’est certainement pas un film qui se contente d’une émotion facile. C’est un film humaniste, au sens profond du terme, rempli de personnages à qui l’histoire donne une véritable épaisseur, sans les enfermer dans un rôle précis et encore dans leur handicap quand ils en ont un. Le tout est porté par des intrigues multiples qui créent une vraie tension narrative constante. Bref, ce n’est ni larmoyant, ni contemplatif et on passe un vrai bon moment plein de rires, de larmes, de découvertes et de jolies rencontres. Il faut beaucoup de talent pour parvenir à faire ça avec un sujet qui tendait une multitude de pièges à celui comptant s’y attaquer.
L’avantage de bénéficier d’une réputation comme celle d’Eric Toledano et Olivier Nakache est de pouvoir facilement compter sur un casting de très haut niveau. Rassembler à l’écran Vincent Cassel et Reda Kateb représenterait pour beaucoup de réalisateurs un rêve relativement inaccessible. Dans Hors Normes il devient réalité. Les deux hommes font preuve d’une complicité rare à l’écran. Une complicité qui rappelle celle d’un autre duo d’acteurs dirigé par le même duo de réalisateurs. Mais c’est tout le casting qui est à saluer et pas seulement celui des acteurs professionnels. Dans ce film, il n’y a que des acteurs tout court, que des acteurs formidables, merveilleusement bien dirigés, que des grands rôles pour de grands personnages. C’est ce qui fait la grandeur de ce film dont on ressort enthousiaste, croyant un peu plus fort à la capacité de certains individus à s’engager pour faire le bien. On l’est par contre un peu moins sur la capacité de notre société à faire face avec les moyens nécessaires à la différence.
LA NOTE : 14/20
Production : Quad Films, Ten Cinema Réalisation : Eric Toledano, Olivier Nakache Scénario : Eric Toledano, Olivier Nakache Montage : Dorian Rigal-Ansous Photo : Antoine Sanier Distribution : Gaumont Musique : Grandbrothers Directeur artistique : Patrick Schmitt Durée : 115 min
Casting : Vincent Cassel : Bruno Reda Kateb : Malik Hélène Vincent : Hélène Bryan Mialoundama : Dylan Benjalin Lesieur : Joseph
Le 19ème siècle reste décidément pour moi l’âge d’or de la littérature. Je rêverai de posséder un style aussi puissant et une maîtrise de la langue aussi totale que Victor Hugo, Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Emile Zola ou encore Guy de Maupassant. Pour ce dernier, j’étais moins convaincu car je connaissais finalement assez peu son œuvre. Je me suis donc décidé (enfin au hasard des livres ramassés dans la rue) à lire Bel Ami, sans savoir grand chose d’autre qu’il s’agit d’un des plus grands classiques de la littérature française. Je sais désormais pourquoi.
Bel Ami est une œuvre étonnante par son aspect profondément et ouvertement immoral. Le personnage principal, un arriviste qui utilise son charme pour manipuler les femmes et arriver à ses fins, est un anti-héros qui inspire autant de fascination que de dégoût. Ses victimes ne sont pas toutes des modèles de vertu, mais difficile de cautionner toutes les manœuvres qu’il entreprend pour gravi les échelons de la société. On comprend aisément que derrière tout cela, il y a une dénonciation forte de l’hypocrisie de l’époque et des valeurs morales prônées par une bourgeoisie qui ne les appliquait guère pour elle-même. On retrouve l’esprit de Pot Bouille d’Emile Zola avec un mordant encore plus fort à mon sens.
Difficile de ne pas user de superlatifs pour parler du style de Guy de Maupassant. C’est sans doute un cliché plus ou moins erroné, mais j’ai envie de dire que plus personne n’écrit de cette façon. L’écriture est un peu datée, mais son équivalent moderne n’atteint pas un tel degré de perfection. Bel Ami est un roman qui se dévore, dont l’intrigue vaut mille fois celles de bien des séries qui peuplent nos écrans. On avale page après page, avide de connaître où va s’arrêter le « héros » de cette histoire finalement assez intemporelle. Quand on y regarde bien, l’hypocrisie est loin d’avoir disparu, même si elle prend désormais d’autres formes. Manque juste un Guy de Maupassant pour démasquer celle d’aujourd’hui.
Certains films vous permettent de prendre conscience du côté dérisoire de certains débats qui enflamment l’actualité. Quand on parle sans fin d’un bout de tissu jusqu’à la nausée, Papicha nous rappelle ce qu’est vraiment l’islamisme et que ses premières victimes, dans une absolue majorité, sont des musulmans, y compris des femmes portant pourtant le voile. Il permet de mieux comprendre le basculement dans l’horreur de la société algérienne au début des années 90. Mais ce film reste avant tout un très beau portrait d’une jeune femme éprise de liberté et pleine d’ambition.
Papicha est un film humaniste, avant même d’être un film politique. C’est par un destin individuel que l’on suit le destin de tout un pays. On ne peut que s’attacher profondément au personnage principal, pourtant pas dénué de défaut. Cette jeune fille force notre admiration en même temps que notre affection. On partage sa colère face à un monde qui s’écroule et les murs qui se dressent. On partage ses espoirs de prouver sa valeur au monde et de trouver le bonheur malgré tout. Et bien sûr, on partage également les moments dramatiques. Ce mélange d’émotions, fortes et sincères, donne toute la dimension de ce film salutaire et bouleversant.
La jeune Lyna Khoudri vie à son personnage avec une énergie et une conviction d’une grande force. Elle porte réellement le film sur ses épaules et contribue à faire de Papicha une grande réussite. Elle est entourée de nombreux seconds rôles tout aussi formidables. La réalisation de Mounia Meddour est parfaitement maîtrisée, faisant naître une vrai souffle narratif qui porte son récit. Elle évite tout les travers larmoyants dans lequel aurait pu facilement tomber une telle histoire. Elle ne cantonne pas ses personnages dans leur état de victimes, mais rend au contraire un vibrant hommage à celles qui ont résisté. Un hommage qui saura en inspirer d’autres, n’en doutons pas.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : High Sea Productions, The Ink Connection, Scope pictures, Tayda Film, Tribus P Film, Same Player Réalisation : Mounia Meddour Scénario : Mounia Meddour, Fadette Drouard Montage : Damien Keyeux Décors : Chloé Cambournac Distribution : Jour2fête Musique : Rob Durée : 105 min
On débute cette avis musical avec Freedom’s Goblin du compositeur et interprète américain Ty Segall, sorti en 2018. Cet album débute par du rock percutant aux accents rétros. La suite s’avère malheureusement nettement plus transparente. C’est maîtrisé mais pas toujours hyper intéressant. Les titres sont plutôt variés entre eux, mais souvent lancinants, avec quelques très longs passages instrumentaux. Cela tire même parfois sur le franchement n’importe quoi. Au global, l’album est vraiment inégal, avec seulement un tiers des morceaux que l’on puisse qualifier de bons.
On enchaîne avec un autre artiste américain, à savoir Chris Tile et son album Thanks for Listenning. On est tout de suite saisi par sa voix pleine de conviction qui vient se poser sur des instrumentations minimalistes. Cela titille la curiosité et on plonge dans cette atmosphère quelque éthérée, aux accents jazz, un rien dandy. Le tout est varié, maîtrisé, toujours agréable et dans la douceur. Un album vraiment sympa et surtout particulièrement reposant pour les oreilles.
On reste toujours de l’autre côté de l’Atlantique avec Jim James. Il signe Tribute to 2, un album de reprises d’artistes divers. Il le fait avec un style quelque peu éthéré, avec un léger effet d’écho. C’est quelque peu lénifiant, car il abuse quelque peu de ce procédé et cela gâche les qualité que cet album possède par ailleurs. Les titres sont du coup toujours dur le même ton. Cela tourne en rond pour ne jamais décoller. Certes, cela n’agresse pas les oreilles, mais difficile de s’enthousiasmer. On retiendra cependant le titre Lucky Man, où Jim James retrouve sa voix naturelle.
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