L’AMOUR C’EST MIEUX A DEUX : Légèreté printanière

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lamourcestmieuxadeuxafficheJe ne sais pas si c’est le printemps qui veut ça, mais la mode est aux comédies romantiques dans le cinéma français. Et aux bonnes comédies romantiques surtout, ce qui est déjà beaucoup plus surprenant, tant ce genre n’a jamais été la tasse de thé des réalisateurs hexagonaux. Après le fantastique Arnacoeur, voici le très sympathique L’Amour c’est mieux à Deux.

Pour Michel, la rencontre parfaite doit être le fruit du hasard. Alors quand il réalise que son pote Vincent a arrangé sa rencontre avec Angèle, il la quitte. Combien de temps mettra-t-il à admettre qu’il l’aime et que c’est la seule chose qui compte ?

Et oui, encore une fois, pour une comédie romantique, j’ai quasiment dévoilé comment le film se termine. Mais à la fois, s’il y’a quelqu’un qui en doute, même une seule seconde, pendant ce film, on peut déjà être sûr que le paradis lui appartiendra bientôt. Là ne réside évidemment pas l’intérêt de L’Amour c’est mieux à Deux. Ce qui motive le spectateur c’est de savoir quel sera le chemin que vont parcourir les deux protagonistes pour être enfin réunis. Ce dernier est riche en rebondissements, parfois un peu artificiels, mais qui maintiennent l’intérêt du spectateur de bout en bout.

En fait, le piment de L’Amour, c’est mieux à Deux réside dans l’énervement que provoque le personnage de Michel chez le spectateur. Quand va-t-il arrêter de déconner pour rendre cette histoire simple et heureuse ? C’est aussi peut-être là sa plus grande limite car on peut très bien ne pas du tout adhérer à cette histoire et la trouver ridicule. Evidemment, ce n’est peut-être pas très épique comme idée, mais gâcher une relation pour une raison objectivement ridicule reste malheureusement un comportement tout de même assez répandu chez nos congénères… voir chez nous-mêmes.

lamourcestmieuxadeuxL’Amour, c’est mieux à Deux n’est peut-être pas un chef d’œuvre, mais il parlera peut-être à certaines d’entre vous. J’ai lu une critique très négative sur le jeu de Virginie Efira qui « plisse du nez lorsqu’elle ressent une émotion ». Effectivement, on sent bien la différence net avec Clovis Cornillac, à qui on pourrait presque au contraire reprocher de surjouer. Mais du coup, personnellement, je l’ai trouvée très naturelle, usant réellement de son charme, plus que de son talent d’actrice. Et du coup, on peut croire aisément qu’elle arrive à séduire son partenaire. Alors oui, ce n’est pas du grand cinéma, mais ça fonctionne très bien.

Et puis, la plus grande qualité de l’Amour, c’est mieux à Deux est avant tout d’être drôle. Là encore, on n’a vu mieux, mais il y’a assez de densité pour que l’on s’ennuie pas une seule seconde et que ce film constitue un divertissement tout à fait regardable. Manu Payet est plutôt convaincant en obsédé repenti et nombreux seront les hommes rêvant de maîtriser son si efficace « regard-bite ». Le seul raté, le personnage de Shirley Bousquet, une ex de Caméra-café, dans un rôle de secrétaire cruche et légèrement nymphomane absolument pas maîtrisé, rarement hilarant, mais souvent ridicule.

L’Amour, c’est mieux à Deux est largement deux classes en dessous de l’Arnacoeur. Mais dans un style où Hollywood règne en maître, il apporte une fraîcheur hexagonale réjouissante. Vive le printemps !

Fiche technique :
Réalisateur : Dominique Farrugia et Arnaud Lemort
Scénario : Arnaud Lemort et Franck Dubosc
Photographie : Eric Guichard

Casting :
Clovis Cornillac : Michel
Virginie Efira : Angèle
Manu Payet : Vincent
Annelise Hesme : Nathalie
Laurence Arne : Claudine
Shirley Bousquet : Swan
Jonathan Lambert : Ariel
Laurent Lafitte: Sylvain
Sophie Vouzelaud : Hélène
Emmanuel Suarez : Romain

LA COMTESSE : Bravo Julie !

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lacomtesseafficheJe le disais encore récemment (cf. mon avis sur Carbone modifié, un excellent roman que je vous recommande), la quête de la jeunesse éternelle est un thème extrêmement classique depuis que l’homme invente des histoires. Bon ça y’est, j’ai atteint le sommet de la gloire littéraire puisque je deviens obligé de me citer moi-même, tellement je suis devenu LA référence… C’est terrible la gloire… Hein, quoi ? ok ok, je reviens à ma critique, où je vais me contenter de vous parler de La Comtesse, le deuxième film de Julie Delpy.

Erzsebet Bathory dirige depuis la mort de son mari un de plus puissants domaines de la Hongrie du XVIIème siècle. Dernier rempart contre l’empire ottoman, elle est crainte et respectée, même par le roi. Elle réussit à séduire une jeune noble, dont elle a éconduit le père. Ce dernier sépare les amants, conduisant la comtesse vers la folie et la quête d’une jeunesse éternelle qu’elle pense trouver dans le sang de jeunes filles vierges.

Julie Delpy nous offre un film étonnant. Pourtant, quoi de plus classique qu’un film historique en costumes, qu’une histoire de meurtres en série, qu’une lente descente vers la folie ou que la quête de la jeunesse éternelle ? Pas grand chose, mais les trois ensemble l’est déjà beaucoup moins. La Comtesse nous raconte donc une histoire qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, ce qui en fait déjà un film digne d’intérêt.

De plus, pour La Comtesse, la forme est elle aussi particulièrement soignée. Rien d’extraordinaire, mais une caméra élégante, un sens de la narration et des costumes et des décors magnifiques. Julie Delpy a donc vraiment l’âme d’une réalisatrice et on peut regretter qu’elle n’ait pas franchi le pas plus tôt (même si personnellement, j’ai détesté 2 Days in Paris, son premier film) . Elle a pris un risque audacieux en s’attaquant à cette histoire qu’elle a mise en scène de main de maître, sans génie, mais avec un réel talent et une classe indéniable.

lacomtesseMais un des plus grands mérites de Julie Delpy reste la manière dont elle s’est elle-même dirigée. J’avoue que c’est une actrice qui m’a toujours laissé relativement indifférent… D’un point de vue artistique évidemment ! Dans la Comtesse, elle est cette fois-ci remarquable, étonnamment remarquable. Evidemment, écrire un scénario pour soi-même et se diriger doit aider à se sentir bien dans un rôle. Mais tout de même, cela peut aussi aboutir à un plantage dans les grandes largeurs. Cela confirme donc que Julie Delpy possède sans doute des talents qui ont été considérablement sous-exploités jusqu’à présent.

A ses côtés, un casting très européen avec Daniel Brühl, monsieur Goodbye Lenin. Bon depuis, on l’a vu dans des dizaines de films, mais c’est vrai qu’on pense tout de suite à ce film en le voyant. Mais on pense surtout qu’il est un acteur particulièrement talentueux, même si son visage poupin nuit parfois à sa crédibilité. A l’affiche également, Anamaria Marinca, l’actrice roumaine découverte dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours et qu’on a vu récemment dans la révélation qui devient peu à peu une valeur sûre du cinéma du Vieux Continent. Enfin, William Hurt vient compléter cette distribution prestigieuse. Bon, ok, ce dernier est américain, mais on ne va pas chipoter !

La Contesse n’est pas forcément du grand cinéma. Mais il constitue une œuvre suffisamment originale pour valoir le coup d’être vue.

Fiche technique :
Production : BloodWorks, X Filme Creative Pool, Polaris Film, Social Capital, Tempête sous un crâne, Tuffin Entertainment, Celluloïd
Distribution : Bac films
Réalisation : Julie Delpy
Scénario : Julie Delpy
Montage : Andrew Bird
Photo : Martin Ruhe
Décors : Hubert Pouille
Musique : Julie Delpy
Costumes : Pierre-Yves Gayraud
Directeur artistique : Astrid Poeschke
Durée : 94 mn

Casting :
Julie Delpy : Elizabeth Bathory
Anamaria Marinca : Anna Darvulia
Daniel Brühl : Istvan Thurzo
William Hurt : Gyorgy Thurzo
Vizakna Sebastian Blomberg : Dominic
Anna Maria Mühe : Bertha 

MAMMUTH : Sortons des sentiers battus avec Serge Pilardosse

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mammuthafficheIl est des films dont il est un peu difficile de parler. OVNI cinématographiques, ils requièrent des mots justes pour bien faire ressentir ce qu’ils sont. Des films qui se vivent plus qu’ils ne se racontent. Je devrais donc simplement vous conseiller d’aller voir Mammuth et vous laisser vous débrouiller avec ça. Mais bon, étant de nature particulièrement magnanime, je vais quand même tenter d’éclairer votre lanterne.

L’heure de la retraite a sonné pour Serge Pilardosse. L’heure de l’ennui aussi. Mais heureusement, il va trouver à s’occuper en partant à la recherche des justificatifs qui lui manquent pour faire valoir ses droits complets et toucher sa pension. Mais voilà, son parcours l’a amené à exercer des dizaines de petits boulots et retrouver la trace de tous ses anciens employeurs va vite tourner à l’aventure.

Benoît Délépine et Gustave Kervern, acteurs emblématiques de l’univers de « Groland », signent là un film beaucoup plus poétique que leurs farces télévisuelles. Mais on y retrouve une même sensibilité envers la « France d’en bas ». Non, Mammuth, n’est en rien un film social, il ne dénonce pas un système, mais parle des gens. Des gens simples, pour ne pas dire simplets, mais qui n’en sont pas moins capables de rendre extraordinaire le quotidien.

Mammuth reste avant tout une comédie, certains passages sont vraiment très drôles. Avec une mention particulière pour « Serge Pilardosse va faire les courses au supermarché ». Mais le film est aussi parfois mélancolique, émouvant, toujours empli de sensibilité et surtout d’une grande poésie. Il y’a une infinie tendresse envers tous les personnages, qui sont pourtant à l’exact opposé des super-héros d’Hollywood.

Mammuth est aussi un road-movie qui va conduire Serge de rencontres en rencontres. Le film s’apparente donc quasiment à un film à sketchs. Et comme toutes les œuvres de ce genre, il est quelque peu inégal. Il s ‘agit là sans doute de sa limite la plus criante. Si certains passages sont de vrais moments de bonheur, certains autres laissent nettement plus circonspects. Mais bon, le film est assez original pour que, dans tous les cas, nous soyons constamment au minimum surpris et étonné. Ca part un peu vrille parfois, mais au moins, on n’a pas l’habitude voir ça ailleurs.

mammuthMammuth constitue aussi un grand rôle pour Gérard Depardieu. Evidemment, sa carrière en comporte plus d’un et il y’a longtemps qu’il n’a plus rien à prouver à personne. On peut aimer ou détester l’homme, mais l’acteur mérite le plus grand respect, car la France compte peu de comédiens de sa trempe. Après, on peut toujours lui reprocher d’en faire trop et de tourner un peu tout et n’importe quoi, mais ceci constitue un autre débat que je ne vais pas débuter ici.

Yolande Moreau est l’autre grande vedette de ce casting. Depuis sa consécration dans Séraphine, elle a gagné ses galons d’actrices sérieuses et elle prouve encore une fois avec Mammuth qu’elle possède un talent singulier et unique, mais surtout immense. Le film comporte également plusieurs apparitions comme celle d’Isabelle Adjani, Benoït Poelvoorde ou Siné, mais leur apport est trop bref pour jouer un rôle réel dans la qualité de ce film.

Mammuth est donc un film particulièrement déroutant. Si vous aimez sortir des chemins battus cinématographiques, il peut être fait pour vous et vous pourrez vous laisser charmer par son humour poétique, fortement décalé.

Fiche technique :
Production : No money productions, GMT Productions
Distribution : Ad Vitam
Réalisation : Gustave Kervern, Benoît Delépine
Scénario : Gustave Kervern, Benoît Delépine
Montage : Stéphane Elmadjian
Photo : Hugues Poulain
Décors : Paul Chapelle
Musique : Gaëtan Roussel
Durée : 92 mn

Casting :
Gérard Depardieu : Serge Pilardosse
Yolande Moreau : Catherine
Isabelle Adjani : l amour perdu
Anna Mouglalis : la jeune femme handicapée
Bouli Lanners : le recruteur
Benoit Poelvoorde : le concurrent
Dick Annegarn : le gardien de cimetière
Sine : le viticulteur
Miss Ming : Miss Ming

NEW YORK, I LOVE YOU : Amour gâché

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newyorkiloveyouafficheAprès Paris, I Love You, voici New-York, I Love You. Les producteurs ont longtemps hésité avec Maubeuge, I Love You, mais finalement, ils ont préféré le cadre offert par la Grande Pomme et ses alentours. Le principe est le même, plusieurs réalisateurs nous narrant une courte histoire se déroulant dans la ville, nous en donnant ainsi sa propre vision.

A New-York, on peut faire un multitude de choses : tourner un film, peindre, perdre sa virginité, parler aux inconnues qui fument devant les restaurants, vendre des diamants, se marier…

Il y’a tout de même une grande différence entre New York, I Love You et Paris, I Love You. Dans ce dernier, le film était constitué de sketchs très différents qui se succédaient. Ici, il s’agit d’histoires entrecroisées. Du coup, les petites histoires sont beaucoup moins variées dans la forme et dans le fond. Cela donne une cohérence au film, mais quel est le besoin de cohérence dans un film à sketchs ? Le film en perd vraiment en intérêt, l’imagination des réalisateurs étant du coup fortement bridée, leur travail uniformisé.

De plus, plusieurs de ces histoires manquent d’un élément essentiel à un bon sketch, une chute. Du coup, on se demande un peu quel message a voulu faire passer le réalisateur. Le but général est de nous faire respirer l’âme de cette ville si particulière. Mais New York, I Love You faillit à mon sens dans sa mission. Il n’est pas du tout à la hauteur de la ville qu’il essaye de personnifier et du mythe qui l’entoure. Franchement, il vaut mieux revoir l’intégrale de Sex and The City, vous vous sentirez beaucoup plus new-yorkais à la sortie.

Evidemment, tout n’est pas à jeter dans ce film. Comme tout films à sketch, il est inégal avec donc du bon et du moins bon. Mais, malheureusement, même le meilleur ne fait pas non plus grimper au plafond. En fait, le seul moyen de rendre la vision de New York I Love You un petit peu amusante est d’apprendre par cœur la liste des réalisateurs qui ont collaboré à ce film et essayer de deviner qui a réalisé quoi. Cependant, comme je l’ai déjà dit, les différents sketchs sont beaucoup trop homogènes pour que cela soit vraiment possible.

newyorkiloveyouPourtant la liste des collaborateurs est prestigieuse : Fatih Akin (dont je vous conseille une nouvelle fois l’excellent Soul Kitchen), Yvan Attal, Natalie Portman (que l’on retrouve donc devant et derrière la caméra), Mira Nair (une des stars de Bollywood, réalisatrice notamment de Le Mariage des Moussons), Allen Hughes (From Hell, le Livre d’Eli), Shekar Kapur (qui est le nom de jeune fille de ma mère, même si tout le monde s’en fout), Brett Ratner (Rush Hour, Dragon Rouge, X-Men 3) et d’autres pour un casting extrêmement cosmopolite. Dommage que cette diversité ne se ressente pas plus à l’écran… Bon ok, je me répète un tantinet.

Niveau casting, là aussi, c’est divers varié et de haut niveau : Hayden Christensen, Andy Garcia, Orlando Bloom, Christina Ricci, Ethan Hawke, Maggie Q, James Caan, Shia LeBeouf, Natalie Portman, Bradley Cooper, Drea de Matteo… Mais bon, chacun a un rôle plutôt court qui n’a pas vraiment le temps de le mettre en valeur. On pourra simplement noter les emplois de Hayden Christensen et Shia LeBeouf légèrement à contre-emploi, ce qui leur donne l’occasion de briller, quand le reste de la distribution est au pain sec et à l’eau.

Bref, New York, I Love You est donc plutôt décevant, malgré la qualité des personnes ayant collaboré à ce film. A ce niveau, on peut même parler d’un beau gâchis.

Fiche technique :
Production : Palm pictures, Vivendi entertainment
Distribution : Metropolitan FilmeExport
Réalisation : Fatih Akin, Yvan Attal, Allen Hugues, Mira Nair, Wen Jiang, Shekhar Kapur, Natalie Portman, Brett Ratner, Shunji Iwai
Scénario : Emmanuel Benbihy, Tristan Carné, Hall Powell, Israel Horovitz, James C. Strouse
Montage : Jacob Craycroft, Affonso Gonçalves, Mark Helfrich, Cindy Mollo, Craig McKay
Photo : Benoît Debie, Pawel Edelman, Declan Quinn, Mauricio Rubinstein
Décors : Teresa Mastropierro
Musique : Mychael Danna, Marcelo Zarvos, Peter Nashel, Mark Mothersbaugh, Jack Livesey, Ilhan Ersahin
Directeur artistique : Katya DeBear
Durée : 100 mn

Casting :
Natalie Portman : Rifka
Bradley Cooper : Gus
Shia LaBeouf : Jacob
Orlando Bloom : David
Cristina Ricci : Camille
Hayden Christensen : Ben
Ethan Hawke : l’écrivain
et ayssu Robin Wrigh Penn, John Hurt, Chris Cooper, Andy Garcia, James Caan, Maggie Q, Julie Christie : …

KICK-ASS : Le film dont vous auriez pu être le héros

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kickassafficheOyez, oyez braves gens ! Vous pensez que Spiderman est avant tout une ode au mauvais goût vestimentaire, que Superman ne sait même pas mettre son slip sous son collant, que Ironman a autant de profondeur qu’une boîte de petits pois, à laquelle il ressemble fort d’ailleurs, que Batman pourrait comprendre qu’en dehors du noir, il existe d’autres couleurs, que les X-Men ne seront jamais aussi drôles que les Marx Brothers ? Et bien oubliez tous ces losers de super-héros de pacotille, mais ne ratez sous aucun prétexte Kick-Ass, le seul super-héros que vous pourriez être !

Dave Lizewski, adolescent quelque peu complexé, se pose la seule vraie question existentielle qui méritait d’être posée : mais pourquoi donc personne n’a-t-il jamais essayé d’être un super-héros ? Tout le monde trouve la question stupide, mais pas lui. Il commande alors une tenue de plongée verte et jaune qui lui servira ainsi de costume. Il devient alors Kick-ass, le premier super-héros sans pouvoir et surtout sans muscles. Mais ses débuts sont laborieux et l’envoient directement à l’hôpital. Qu’à cela ne tienne, il ne se décourage pas pour autant et va finir par devenir une star médiatique. Mais malheureusement pour lui, le monde est aussi rempli de vrais méchants très très méchants.

Bon commençons par le débat philosophique qui ne manquera pas de naître autour de ce film. Kick-ass est-il une parodie ou non ? Oui, crieront certains car il porte en dérision bon nombre des codes du genre, en montrant à quel point ils peuvent être ridicules si on les place dans un contexte ancré dans la vie réelle. Non, hurleront d’autres car, s’ils sont traités avec second degré, tous ces codes sont bien là et constituent, en eux-mêmes, une bonne part de l’intérêt de ce film. Ce dernier est en fait un hybride, à la fois drôle, très drôle, mais aussi spectaculaire, violent, très violent. Si je me permettais une comparaison osée, il y’a un peu des frères Coen chez Matthew Vaughn, qui nous livre un film inclassable où ombre, lumière, rires et sang se côtoient dans un mélange détonnant.

Kick-ass est donc un film qu’on n’avait encore jamais vu, ce qui est un événement suffisamment rare pour être remarqué. C’est avant tout un film incroyablement jouissif par ce mélange vraiment unique entre action et humour. Vraiment unique car c’est l’action même qui fait rire et non uniquement des éléments comiques qui l’accompagnent. Encore une fois, ce film est vraiment drôle. Bien sûr, cet humour repose beaucoup sur les références cinématographiques auquel le film s’attaque. Le spectateur totalement étranger à cet univers pourra trouver tout de même le film divertissant, mais ne ressentira sûrement pas le même enthousiasme que son voisin nourri aux comics et qui trouve que la dernière demi-heure de Commando, ce chef d’œuvre avec Schwarzenegger, est un des plus grands moments de cinéma jamais réalisés (si, si je vous jure ! c’est au-delà du mythique !).

kickassKick-ass film pour geeks ? Le raccourci est un peu facile. C’est un film pour cinéphile, mais cinéphile qui ne pense pas que seuls Igmar Bergman et Eric Rohmer sont des grands réalisateurs. Bref, il s’adresse au même public que Tarantino, auquel ce film fait d’ailleurs largement référence. Bon, il y’a gouffre de talent entre les deux réalisateurs, mais ceci n’est pas le sujet ici. On pourra tout de même leur reconnaître un talent partagé dans la composition de la bande-originale. Les amateurs de musique de films seront d’ailleurs ravis de pouvoir reconnaître à plusieurs reprises des références directes à d’autres BO.

Et puis Kick-ass va surtout marquer, à mon avis et à l’avis d’à peu près tout le monde, les débuts d’une future grand, que dis-je très grande actrice. Bon certes, elle n’a que 13 ans, mais elle est tout simplement extraordinaire. Elle s’était déjà faite remarquer dans le merveilleux 500 Jours Ensemble et elle confirme ici que cela n’avait rien d’un hasard. Quelle personnalité, quelle présence, quel charisme ! Bon, on verra quel effet aura la puberté sur ce pur talent mais le potentiel est immense. Elle éclipse largement un Nicolas Cage pourtant au meilleur de sa forme, ce qui n’est pas vraiment donné à tout le monde (Sean Connery dans Rock ?).

Kick-ass sera à coup sûr un des vrais moments de pur bonheur cinématographique de cette année 2010. Un film détonnant, original, explosif et surtout prodigieusement jouissif !

Fiche technique :
Réalisation : Matthew Vaughn
Scénario : Matthew Vaughn et Jane Goldman, basé sur les personnages crées par Mark Millar et John Romita Jr
Producteurs : Matthew Vaughn, Kris Thikier, Brad Pitt et David Reed
Production : Marvel Studios • Plan B Entertainment
Directeur de la photographie : Ben Davis
Costumes : Sammy Sheldon
Décors : Tina Jones et Clive Thomasson
Musique : Ilan Eshkeri
Montage : Eddie Hamilton et Jon Harris
Budget : 30 000 000 US$
Genre : fantastique, super-héros, aventure, action, comédie
Format : couleur • 35 mm (Kodak Vision2 250D 5205, Vision2 500T 5218, Vision3 500T 5219) • 2.35 : 1
Durée : 117 min.

Casting :
Aaron Johnson : Dave Lizewski/Kick-Ass
Chloë Moretz : Mindy Macready/Hit Girl
Nicolas Cage : Damon Macready/Big Daddy
Lyndsy Fonseca : Katie Deauxma
Christopher Mintz-Plasse : Red Mist
Mark Strong : Frank D’Amico
Xander Berkeley : détective Vic Gigante
Tamer Hassan : Mike
Clarke Duke : Marty  

DRAGONS : Envolez-vous à dos de dragon

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dragonsafficheUn film avec le mot dragons dedans peut faire peur. En effet, on rit encore en pensant à Donjons et Dragons, un improbable navet où Jeremy Irons a été se perdre, et on se désole en se remémorant le très cheap Cœur de Dragon. Et encore, le mot ne figure pas dans le titre du film Eragorn, pitoyable adaptation d’un excellent roman sur le sujet. Par contre, si on pense film d’animation, on retrouve déjà le sourire en se rappelant avoir passé un excellent moment devant Chasseurs de Dragons, une petit perle hexagonale. Mais le film qui les mettra définitivement tous d’accord se nomme tout simplement Dragons (soit la très mauvaise traduction de How to train your Dragon), la dernière petite merveille des studios Dreamworks.

Harold est un jeune viking, vivant au bout du monde, dans un village régulièrement attaqué par des hordes de dragons. Mais voilà, il ne ressemble guère à ses concitoyens qui ont autant de muscles dans chaque phalange que lui dans tout le corps, au grand désespoir de Stoïk, son père et chef du village. Mais Harold ne désespère pas de gagner le respect des siens en tuant lui aussi une de ces créatures. Un jour, il n’en a enfin l’occasion, mais sa main tremble au moment d’achever la bête blessée. Au lieu de ça, il décide de l’apprivoiser.

Dragons est pendant une bonne partie à classer dans le gentillet, avant une scène finale vraiment époustouflante et recelant un vrai souffle épique. Nous sommes donc là devant un divertissement familial au vrai sens du terme, c’est à dire qui pourra séduire petits et grands. Toutes les générations n’y apprécieront peut-être pas les mêmes choses, mais le film est largement assez riche pour contenter tout le monde.

Car qui dit gentillet, ne veut dire ni niais, ni simplet. Dragons raconte une vraie histoire rythmée, riche en rebondissements, bourrée d’humour et d’aventures. Certes, il n’y a pas de massacres sanglants, ni d’interrogations métaphysiques majeures, mais les scénario n’est en rien bâclé et les personnages ont tous une personnalité bien marquée et on s’y attache avec une facilité absolue.

dragonsL’équilibre humour/aventures de Dragons penchent pendant une bonne partie vers le premier. Là encore, on n’est pas dans le méga subtil, mais ça marche. Et ce souvent ! Il n’y pas un gag par heure, mais des moments vraiment amusants qui surviennent constamment. On n’a donc aucune chance de s’ennuyer et de trouver le temps long. Sur la fin, l’humour laisse place à un long moment de pur action mais qui est encore plus prenant. On sort donc de ce film sur une excellente impression.

Enfin techniquement, le film est parfait. Vous me direz, il y’a longtemps que les Dreamworks ou autres Pixar ne sortent plus des films autrement que sublimes visuellement. On pourrait être blasé, mais Dragons nous réserve un vrai bonheur pour tous les animateurs d’animation. Le dragon justement, d’une expressivité remarquable et qui vous donne envie de l’adopter et de l’accueillir dans votre salon. Ce n’est pourtant pas gagné avec une telle créature. Il y’a là un vrai travail artistique que les moyens numériques ont sans doute facilité mais qui est surtout l’expression de l’immense talent des créateurs de cette créature…qui porte donc fort bien son nom.

Dragons ne sera peut-être pas le film d’animation de l’année, mais en tout cas, il restera comme une excellente production familiale à consommer sans modération.

Fiche technique :
Production : DreamWorks Animation, Mad Hatter, Vertigo
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Chris Sanders, Dean DeBlois
Scénario : Will Davies, Dean DeBlois, Chris Sanders
Montage : Darren Holmes, Maryann Brandon
Format : 35mm
Décors : Kathy Altieri
Musique : John Powell
Directeur artistique : Pierre-Olivier Vincent
Durée : 93 mn

Casting :
Creg Ferguson : Gueulfor
Jonah Hill : Rustik Le Morveux
Gérard Butler : Stoïk
Jay Baruchel : Harold
America Ferrera : Astrid

LES AVENTURES EXTRAORDINAIRES D’ADELE BLANC-SEC : Ne cachez pas ce sein que j’aime tant voir !

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lesaventuresextraordinairesdadeleblancsecafficheJ’ai quelque peu hésité entre deux versions de cette critique. J’aurais pu choisir la critique acerbe contre ce Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec imparfait à bien des égards et surtout loin des ambitions affichées régulièrement par Luc Besson, dont les prétentions artistiques ne sont pas des moindres. Mais j’ai plutôt choisi de faire abstraction de la personnalité de son réalisateur et prendre ce film comme il l’est, c’est à dire bien imparfait certes, mais tout de même très divertissant.

Dans la France du début du XXème siècle Adèle Blanc-Sec est une journaliste de choc qui parcourt le monde afin de découvrir un moyen de guérir sa sœur, plongée dans le coma. Cela l’amène en Egypte où elle souhaite « emprunter » la momie du médecin de Ramsès II. Mais tout le monde ne l’entend pas ainsi… Pendant à ce temps, à Paris, le professeur Espérandieu s’entraîne à réveiller les morts, ce qui aboutit à l’éclosion, après des millions d’années de gestation, d’un œuf de ptérodactyle conservé au Muséum.

Bon, je commence par le bon ou le mauvais ? Allez, on va garder le meilleur pour la fin. Premier gros point noir, certains effets spéciaux. Si niveau momie, il n’y a rien à dire, niveau ptérodactyle, c’est déjà moins ça. Une scène en particulier où Adèle essaye tant bien que mal de lui monter sur le dos. On se croirait revenu au cœurs des années 80. C’est dommage car, par ailleurs, le film est plutôt visuellement réussi et n’aurait pas du tout fait cheap sans ce gros raté. Certains me trouveront sévère, mais le numérique a tellement révolutionné, et surtout facilité la réalisation d’effets spéciaux plus vrais que nature, qu’on est devenu terriblement exigeant dans ce domaine et on ne pardonne plus grand chose.

Le deuxième point noir est plus difficile à expliquer. C’est ce manque du « petit je ne sais quoi » qui fait les films cultes. Ah on aimerait tant aimer ce film, mais il restera au mieux un bon copain. Luc Besson n’a pas su reproduire l’étincelle qui parcourait un Leon ou un Cinquième Elément. Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec souffre sûrement d’un léger manque de densité. Il n’y pas réellement de temps mort, mais certains passages s’étirent un peu en longueur.

Et cela se ressent sur l’humour, très présent, mais aussi très inégal. Si on appréciera les traits d’esprit de notre héroïne, on regrettera le raté que représente le personnage interprété par Jean-Paul Rouve, quelque peu grotesque et sans subtilité. L’humour et l’aventure peuvent se mêler à la perfection, mais ici le mariage est imparfait et si chacun d’eux fait son chemin dans Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, ce n’est pas tout à fait en se tenant la main.

lesaventuresextraordinairesdadeleblancsecCependant, ces deux éléments tiennent assez bien la route pour que les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec constitue un vrai bon divertissement drôle et distrayant. Pas du grand cinéma, comme je l’ai dit, mais un film qui se laisse voir avec plaisir, si on met de côté la légère frustration liée au fait qu’il ne soit pas tout à fait ce qu’il aurait pu être. Ah si Jean-Pierre Jeunet aurait été derrière la caméra… Bref, c’est Luc Besson qui y est, on n’y peut rien et avec bien des réalisateurs français, cela aurait pu être bien pire. Et puis, vue l’énorme ouverture sur un deuxième volet qui conclut le film, ne doutons pas qu’il aura l’occasion de faire mieux la prochaine fois.

J’ai donc décidé de garder le meilleur pour la fin. Et le meilleur se nomme Louise Bourgoin. Autant dire qu’elle est encore plus belle sur grand écran qu’en miss météo dans la petit lucarne. Et je ne dis pas ça pour la scène d’au moins une minute où on la voit nue… Bon ok, faut admettre que sa poitrine est également magnifique et que cela ne gâche en rien le plaisir. Mais plus globalement, les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec aurait pu franchement tourner au navet sans son charme dévastateur qui colle parfaitement avec le personnage. N’ayant jamais lu la BD, j’ignore si cela colle avec la vision de Tardi, en tout cas elle épouse à la perfection celle de Luc Besson.

Les Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec ne sont pas si extraordinaires que ça (à part la poitrine de Louise Bourgoin… Oups, je me répète), mais vous feront tout de même passer un bon moment.

Fiche technique :
Production : EuropaCorp, Apipoulai Productions, TF1 Films production
Distribution : Europacorp Distribution
Réalisation : Luc Besson
Scénario : Luc Besson, d’après l’oeuvre de Jacques Tardi
Montage : Julien Rey
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Hugues Tissandier
Musique : Eric Serra, chansons de Thomas Dutronc
Effets spéciaux : Noël Chainbaux
Durée : 105 mn

Casting :
Louise Bourgoin : Adèle Blanc-Sec
Mathieu Amalric : Dieuleveult
Jean-Paul Rouve : Justin de Saint-Hubert
Gilles Lellouche : Inspecteur Léonce Caponi
Nicolas Giraud : Andrej Zborowski
Laure de Clermont-Tonnerre : Agathe Blanc-Sec
Philippe Nahon : Professeur Ménard

GREEN ZONE : Mais où sont donc passées les armes de destruction massive ?

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greenzoneafficheC’est un beau roman, c’est une belle histoire… Mais, me direz-vous, que vient faire une chanson d’amour pour introduire la critique d’un film sur la guerre en Irak ? C’est juste que je ne parle pas ici du contenu du film, mais de la passion que vit le couple Matt Damon-Paul Greengrass, qui rappelle l’idylle entre Tim Burton et Johnny Depp. Pour le meilleur ou pour le pire ? Avec Green Zone, on a plutôt droit au meilleur, mais comme dans toute relation, il y’a forcément aspects plus orageux.

En 2003, alors que l’armée américaine a pris le contrôle de Bagdad, l’adjudant-chef Roy Miller est chargé de retrouver les armes de destruction massive. Donc autant dire qu’il ne trouve pas grand chose, et il commence à trouver ça franchement louche. Mais son état-major s’entête à lui assurer la fiabilité des informations fournies par un mystérieux informateur que le Pentagone garde dans le plus grand secret. Il trouve néanmoins un soutien auprès de Martin Brown, un vétéran de la CIA, qui souhaite de son côté avant tout s’appuyer sur ce qui reste de l’armée et l’administration irakienne.

Ce qu’il y’a de bien avec les Américains, c’est que quand ils décident de s’autoflageller, ils n’y vont pas avec le dos de la main morte, comme on dit dans les milieux autorisés. Chez nous, il faudrait 50 à 60 ans pour faire un film comme Green Zone. Au moins, le propos est clair et sans fioriture. A la fois, s’il y’avait vraiment eu ne serait-ce qu’une ombre d’arme de destruction massive en Irak, on le saurait depuis le temps. De toute façon, tout ça est au service d’un scénario béton et c’est tout ce qui compte.

Les films sur fond de géopolitique souffrent souvent d’un manque de clarté. Ce n’est pas du tout le cas de Green Zone. Certes, cela tient surtout au fait que le rôle et le positionnement de chaque personnage est clairement identifié. Du coup, on pourra trouver que leur psychologie est un peu simpliste, mais c’est peut-être le prix à payer pour un scénario facile à suivre et sans être pour autant dénué de rebondissements.

greenzonePar contre, Green Zone souffre d’un gros point noir. C’est sa réalisation. Si Peter Greengrass nous avait déjà prouvé avec la trilogie Jason Bourne qu’il maîtrisait parfaitement ce genre de scénario, son goût immodéré de la caméra sur l’épaule est peut-être justement quelque peu immodéré. Ajouté à cela le fait qu’il arrive à caser quatre ou cinq plans dans la même seconde, la nausée n’est pas toujours loin. Et surtout, certaines scènes d’action tournent au n’importe quoi, complètement illisible, avec des gros plans sur des genoux ou des coudes. Ils ne durent qu’un dixième de seconde certes, mais cela fait quelque peu brouillon. Le but est bien sûr de placer le spectateur au cœur de l’action, mais personnellement, mon regard ne change pas de perspective dix fois par seconde dans la vraie vie. Bref, les allergiques à ce style seront carrément dégoûtés, les autres trouveront ça tout de même hyper pénible.

Green Zone a été écrit pour Matt Damon et ça se sent. Cette omniprésente de ce personnage principal paré de toutes les vertus pourra en agacera certains, mais il est interprété avec assez de talent pour cela ne soit pas si dérangeant que ça. Après tout, on est face à une grosse production hollywoodienne avec une tête d’affiche qui nous a poussé à venir voir le film. On ne va pas se plaindre après coup ! Néanmoins, on prendra quand même le temps d’apprécier le duo Brendan Gleeson – Greg Kinnear particulièrement savoureux.

Green Zone est donc avant tout un film d’action, dont on peut apprécier le message, mais aussi regretter la mise en forme.

Fiche technique :
Production : Universal Pictures, Studio Canal, Relativity Media, Working Title Films
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Paul Greengrass
Scénario : Brian Helgeland, d’après le livre de Rajiv Chandrasekaran
Montage : Christopher Rouse
Photo : Barry Ackroyd
Décors : Dominic Watkins
Musique : John Powell
Costumes : Sammy Shledon
Durée : 115 mn

Fiche technique :
Matt Damon : Miller
Brendan Gleeson : Martin Brown
Greg Kinnear : Clark Poundstone
Amy Ryan : Lawrie Dayne
Yigal Naor : General Al Rawi
Jason Isaacs : Briggs
 

AJAMI : fractures sanglantes

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ajamiafficheAjami est un film sur des fractures… Bon, je sais, j’ai dit exactement la même chose du dernier film sur lequel j’ai écrit, l’excellent Tête de Turc de Pascal Elbé. Mais que voulez-vous, ces deux films ont plus en commun qu’il n’y paraît.

Dans le quartier de Jaffa, un jeune garçon se fait froidement assassiner pour un règlement de compte qui ne le concernait en rien. De là, se nouent plusieurs destins qui se croisent, souvent avec violence. Si juifs, arabes et chrétiens cohabitent, les tensions entre les communautés restent plus fortes que tout.

Ajami parle donc d’êtres humains qui, s’ils se côtoient physiquement, sont séparés par des barrières infranchissables. Et chaque tentative de les contourner se voit sanctionner par ceux qui habitent de chaque côté du mur. Il ne fait pas bon de vouloir tisser des liens avec « l’ennemi ». Si Israël et les territoires palestiniens sont un tout autre contexte que la banlieue parisienne, on y retrouve la même violence qui naît du replis en communautés qui luttent les unes contre les autres.

Mais Ajami, comme Tête de Turc, c’est avant tout un scénario puissant et dense. Le film se découpe en chapitres qui se focalisent chacun sur un personnage avant que tout le monde se retrouve pour un final, dont on ne comprend le sens que dans les dernières secondes. Le contexte politique est donc très fort, mais reste vraiment une toile de fond et si cet aspect ne vous intéresse pas, vous pourrez tout de même apprécier ce film remarquablement bien construit.

Ajami n’est pas à proprement spectaculaire, il n’y a pas vraiment de scène d’action, mais il y’a beaucoup de rythme. L’histoire est riche en rebondissements. Le final nous est dévoilé par petits morceaux et on sent bien qu’il faudra avoir toutes les pièces du puzzle pour comprendre exactement ce qui se passe. C’est un procédé classique mais qui est ici parfaitement mis en œuvre et maintient l’intérêt du spectateur au plus haut pendant toute la durée du film.

ajamiAjami fut tourné quasiment uniquement avec des acteurs amateurs. Cela ne se ressent absolument car tout le casting, très fourni, est remarquable. On pourra donc saluer à la fois le talent des deux co-réalisateurs en termes de direction artistique et évidemment l’ensemble des acteurs. La réalisation caméra à l’épaule, image genre caméra amateur, est un style classique quand l’immersion du spectateur est recherchée. Mais heureusement, Scandar Copti et Yaron Shani savent aussi qu’un plan a le droit de durer plusieurs secondes, alors on n’échappe à l’envie de vomir… Pour ça, attendez pas critique de The Green Zone qui arrive très vite.

Ajami confirme que le cinéma israélien est un des plus dynamique et imaginatif qui soit. Il sait parler des problèmes de la région avec intelligence et talent. Bien sûr, on peut imaginer que beaucoup de productions locales, qui ne sortent pas de leurs frontières d’origine, ne sont pas du tout du même acabit. Mais c’est vraiment enrichissant d’avoir une vision plus « locale » de ces problématiques que ce qui peut nous être proposé au Journal Télévisé.

Ajami est donc un très bon film aux intérêts multiples, aussi bien sur la forme que sur le fond. S’il est profondément marqué par le contexte où il se déroule, il se suffit malgré tout à lui-même.

Fiche technique :
Production : Inosan Productions, Twenty twenty vision, ARTE, Vertigo Films
Réalisation : Yaron Shani, Scandar Copti
Scénario : Yaron Shani, Scandar Copti
Montage : Yaron Shani, Scandar Copti, Burkhard Althoff, Doris Hepp
Photo : Boaz Yehonatan Yacov
Distribution : Ad Vitam
Son : Kai Tebbel
Musique : Rabiah Buchari
Directeur artistique : Yoav Sinai
Durée : 118 mn

Casting :
Youssef Sahwani : Abu Elias
Fouad Habash : Nasri
Ibrahim Frege : Malek
Shakir Kabaha : Omar
Eran Naim : Dando
Scandar Copti : Binj

TETE DE TURC : Une première réussie

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tetedeturcafficheQuand un acteur se décide de passer de l’autre côté de la caméra, c’est pour le meilleur ou pour le pire, car ce sont réellement deux métiers très différents. Pascal Elbé s’est donc lancé en nous livrant Tête de Turc, un premier film très réussi, qui constituera très certainement une des meilleures productions française de l’année.

Bora a 14 ans et vit dans une cité désœuvrée. Un jour, lui et ses copains s’en prennent à un médecin urgentiste, dont la seule faute est d’avoir un gyrophare sur sa voiture. Pris dans l’hystérie collectif, il finit par jeter un cocktail Molotov sur la voiture du médecin déjà inconscient. Le groupe se disperse, mais Bora prit de remords revient et sauve la vie de sa victime. Le frère de cette dernière étant inspecteur de police, très vite d’importants moyens sont mis en œuvre pour retrouver le coupable. Mais l’omerta fait piétiner l’enquête. En attendant, tout le monde souhaite féliciter le héros, sans se douter une seule seconde qu’il est aussi celui qu’ils cherchent à envoyer en prison.

Tête de Turc est un film sur des fractures. Fractures sociales, générationnelles, familiales, ethniques, géographiques… C’est surtout un film sur tout ceux qui essayent d’avancer malgré elles. Mais trop souvent, elles constituent autant de murs trop solides pour être brisés. Mais n’allez pas croire que ce film est un manifeste politique. Il y’a certes un contexte fort, riche et malheureusement d’actualité, mais il constitue vraiment une toile de fond pour une histoire puissante et dense.

Tête de Turc n’est ni vraiment un polar, ni vraiment un film noir. Le personnage interprété Roschdy Zem de flic torturé aurait eu sa place dans une œuvre de ces types-là, mais ce n’est qu’une petite facette de ce film dont le contenu est d’une richesse rare. Pascal Elbé s’est attaqué à un sujet difficile et s’en est remarquablement sorti. Ce film sera peut-être moins culte que la Haine de Matthieu Kassovitz, mais est sûrement plus subtil et moins caricatural. Et tout cas, ça fait plaisir de voir un film français sachant allier un sujet sérieux avec une forme qui en fait un film solide et jamais ennuyeux.

tetedeturcLa seule faiblesse de Tête de Turc est peut-être son dénouement qui se focalise sur le seul aspect de cette histoire, qui en compte beaucoup, qui n’a pas vraiment d’intérêt. Certes, c’est une manière d’achever l’histoire, mais cela donne l’impression qu’il manque une réelle conclusion à tout ça. Une fin forte aurait vraiment donné une autre dimension à cette histoire. Cela n’enlève rien à son intérêt, mais cela fait sortir de la salle sur une petite pointe de frustration.

Tête de Turc est aussi une très belle affiche. Roschdy Zem, on l’a dit, dans un rôle qui maîtrise parfaitement. Pascal Elbé qui se dirige lui-même et qu’il le fait bien. Le jeune Samir Makhlbouf s’en sort remarquablement bien dans un rôle loin d’être facile. Mais la vraie star de ce film reste la sublime Ronit Elkabetz que l’on avait découvert dans le formidable La Visite de la Fanfare. Son personnage est de loin le plus intéressant et la performance est à la hauteur.

Tête de Turc lance donc la carrière de réalisateur de Pascal Elbé sur les meilleurs rails. Je ne sais pas s’il arrivera toujours à trouver un sujet aussi fort et aussi bien traité, mais en tout cas, les qualités sont là.

Fiche technique :
Production : Alicéleo, France 2
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Pascal Elbé
Scénario : Pascal Elbé
Montage : Luc Barnier
Photo : Jean-François Hensgens
Décors : Denis Mercier
Son : Pierre Tucat
Musique : Bruno Coulais
Durée : 87 mn

Casting :
Roschdy Zem : Atom
Samir Makhlbouf : Bora
Pascal Elbé : Simon
Ronit Elkabetz : Sibel
Omar Ait-Raiss : Hassan
Florence Thomassin : Mouna