EUGENIE GRANDET : Etre une femme libérée

Il n’y a plus beaucoup de grands classiques de la littérature qui n’est pas bénéficié de leur adaptation cinématographique, voire de multiples adaptations. Bizarrement, Eugénie Grandet d’Honoré de Balzac n’en avait jamais bénéficié… par le cinéma français. Il existe en effet une adaptation américaine de 1921, une adaptation italienne de 1946 et une adaptation…soviétique de 1960. En 2021, le septième art hexagonal lui donne enfin vie à une époque, où cette œuvre profondément féministe, prend une nouvelle résonance.

D’après ce que j’ai pu lire, cette version d’Eugénie Grandet prend quelques libertés avec le roman, dont il est d’ailleurs « librement » adapté d’après le générique. J’aurais bien du mal à en juger n’ayant pas moi même lu l’œuvre originale. Mais qu’importe, le film donne une impression assez étonnante de classicisme et de modernité. Sur la forme, les dialogues excessivement littéraires sonnent parfois faux et contraint le spectateur à lancer un regard assez froid sur les événements. Mais d’un autre côté, son cœur est touché par la volonté d’émancipation de la jeune fille qui bravera son père par amour. Ces deux extrêmes font naître une certaine frustration car le spectateur est loin de l’enthousiasme qu’il aimerait ressentir.

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LE SOMMET DES DIEUX : En hauteur

Qu’est ce qui pousse certains humains à toujours se dépasser. A aller toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus fort, toujours plus longtemps. Et parfois également, toujours plus haut. C’est la très bonne question posée par le film le Sommet des Dieux, film d’animation franco-luxembourgeois, mais adaptation d’un manga à succès. Une histoire qui nous emmène vers les plus hauts sommets montagneux et surtout à la rencontre de ceux qui cherchent à les gravir encore et encore, souvent au péril de leur vie. Un sujet qui à première vue pourrait laisser indifférent beaucoup d’entre nous (moi le premier), mais qui séduit par sa réussite narrative et artistique.

Le Sommet des Dieux nous fait suivre les pas d’un journaliste qui cherche à retrouver un célèbre alpiniste japonais, disparu il y a plusieurs années déjà. C’est là la bonne idée qui donne toute sa saveur au scénario. Il est bâti comme un polar, même s’il n’y est jamais question de crime, de détective ou de policier. Cela confère une réelle tension au récit du début à la fin. On passe du présent au passé continuellement, mais toujours de manière très fluide et toujours pour faire avancer l’histoire à bon escient. C’est sur ce fil rouge extrêmement solide que vient se greffer une vraie réflexion subtile et profonde sur la motivation des personnages, ne la rendant que plus convaincante.

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LA VOIX D’AIDA : La voix de l’Histoire

La guerre dans l’ancienne Yougoslavie est quelque chose de forcément familier pour quelqu’un de ma génération, mais qui continue de receler une large part de mystère. Difficile de démêler la réalité des événements dans cette imbroglio de peuples qui se sont entre-déchirés aux portes d’une Europe occidentale qui se considère souvent (à tort ?) immunisée à jamais contre la guerre sur son sol. La Voix d’Aïda met brillamment en lumière les événements de Srebrenica, un nom qui était ancré dans ma mémoire de manière un peu flou. Il est désormais attaché à une réalité beaucoup plus claire. Mais une réalité effroyablement dramatique.

La Voix d’Aïda représente un exemple brillant d’un morceau d’Histoire à travers une histoire. L’histoire d’une femme qui se bat pour sa survie et la survie de sa famille. A travers elle, on va découvrir de manière assez précise le rôle de chacun des belligérants, des civils pris en otage par la situation et l’impuissance désarmante (c’est le cas de le dire) des casques bleus au milieu du chaos. On tremble pour le destin d’un personnage pour lequel on ressent un profond attachement et une grande admiration. Les émotions sont fortes et sincères.Et cela n’a rien d’incompatible avec une meilleure vision de la réalité géopolitique sous-jacente des événements.

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LES AMOURS D’ANAIS : Pourvu qu’elle soit douce

Mettre le mot amour au pluriel est généralement synonyme de situation compliquée, à moins d’une très grande ouverture d’esprit (et encore…). Et comme on fait rarement de film sur les histoires simples, on est guère étonné de voir un film s’intituler les Amours d’Anaïs. Une histoire de trio amoureux, schéma qui a inspiré tant et tant de récits, aux personnages quelque peu singuliers. Elle ne nous apprendra peut-être rien de révolutionnaire sur la nature profonde du sentiment amoureux et du désir, mais un joli moment de cinéma.

Il n’est pas facile d’entrer dans les Amours d’Anaïs. En effet, dans un premier temps, le personnage principal apparaît sous un jour relativement antipathique. Il est toujours très délicat de traiter une femme d’hystérique, mais dans ce cas précis, il est difficile de trouver un mot plus adéquat. Dans une seconde partie, le film change de nature en même temps que l’histoire marque un tournant. Il se met alors à déborder d’une douce sensualité relativement troublante. Les personnages s’adoucissent et on peut enfin les aimer. Ils prennent surtout de l’épaisseur et l’histoire de l’intérêt. Tout cela fait que l’on sort de ce film assez charmé pour oublier l’impression plus mitigé des premiers instants.

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DUNE : Au panthéon

S’attaquer à l’adaptation d’une œuvre réputée inadaptable représente toujours un pari risqué. Surtout une œuvre qui semble jeter une malédiction à ceux qui tentent de la porter sur grand écran. On connaît la version de Dune par Jodorowski qui n’aura jamais vu le jour. Celle par David Lynch figure parmi mes films préférés, mais bien des amateurs éclairés la renient. L’annonce d’une nouvelle tentative par Denis Villeneuve a fait naître bien des espoirs. En effet, le cinéaste canadien avait, grâce à Premier Contact et Blade Runner 2049, déjà son siège réservé au panthéon de la science-fiction cinématographique. La manière magistrale dont il donne vie à l’univers imaginé par Franck Herbert lui fera encore gravir quelques marches.

On le savait déjà, mais Dune le confirme, Denis Villeneuve est un cinéaste dont la maîtrise artistique le rapproche des plus grands. Peut-être pas encore de la trempe d’un Kubrick ou d’un Welles, mais il fait incontestablement partie de ceux qui s’en rapprochent le plus. Il n’y a pas une fraction d’image dans aucun des plans de ce film qui ne soit pas proche de la perfection esthétique. C’est beau, tout le temps. C’est beau dans les moments calmes (nombreux, j’y reviendrai) et ça reste beau dans des moments d’actions terriblement spectaculaires. Le résultat est impressionnant parce que les idées qui prennent vie le sont, mais aussi par la manière sublime dont elles prennent vie. Rarement la science-fiction n’avait bénéficié de cette perfection formelle, qui n’aurait pas rougir de la comparaison avec celle d’un 2001, l’Odyssée de l’Espace par exemple.

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BOITE NOIRE : Beaucoup de bruit pour pas grand chose

Ce n’est pas parce qu’on a déjà exploité un concept une fois qu’on ne peut pas recommencer. Sinon, beaucoup de scénaristes se retrouveraient au chômage. Ainsi le concept du film français à suspense dont le personnage central a une oreille particulièrement aiguisée revient sur nos écrans. Après le Chant du Loup, voici Boîte Noire. Après François Civil, Pierre Niney. Mais si premier de ces films avait représenté une grande réussite et une petite surprise, le second comporte trop de faiblesses pour emporter notre enthousiasme. Pas de quoi s’envoyer en l’air en tout cas.

Boîte Noire est d’une facture finalement assez classique au-delà de l’originalité du fait que l’enquête se déroule uniquement (ou presque) à partir d’un enregistrement audio qu’il faut interpréter et décoder. L’intérêt de cet élément assez rare, même si vu récemment, a certainement été surestimé par Yann Gozlan qui fait traîner son scénario en longueur. Les fausses pistes s’enchaînent, l’intrigue tourne en rond, avant un final pas si surprenant que ça. En lambinant en route ainsi, les occasions de proposer des incohérences et des éléments pas très convaincants se multiplient et le film n’en est pas dénués. La curiosité du spectateur reste tout de même forte jusqu’à la fin, mais il découvrira la vérité sans émotion et avec une satisfaction mesurée.

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SERRE MOI FORT : Perdus en chemin

Le twist est une danse peut-être désuète désormais mais qui a eu son ère de gloire, faisant se déhancher bien des habitués des pistes. Mais c’est aussi un outil scénaristique qui a toujours existé, mais qui est devenu presque obligatoire désormais. On ne se laisse désormais plus si facilement impressionner. Et surtout, on peut plus considérer que cela suffit à donner de l’intérêt à un film. Serre Moi Fort, le nouveau film de Mathieu Amalric, ne peut pas se résumer à un simple retournement de situation. Mais celui-ci tient trop de place dans le film pour ne pas représenter le point de bascule où le spectateur va aimer ou détester ce film. Malheureusement, la balance ne retombe pas forcément du bon côté.

Il est difficile de sauver un film grâce à un élément survenant dans toutes les dernières minutes. Surtout quand tout ce qui a précédé nous a plongé dans un certain ennui. Difficile de rattraper un manque d’attachement aux personnages, qui se traduit par un manque d’empathie. Dans ce film, tout cela découle d’un manque de sens apparent. Il sera donné dans les dernières minutes, mais il est alors trop tard pour nous faire aimer Serre Moi Fort. On passe le film à se demander à quoi on assiste réellement. Un drame ? Une romance ? Un film fantastique ? Cela donne vraiment l’impression que Mathieu Amalric ne sait pas du tout où il va. La fin révélera que ce n’est pas le cas, mais il a malheureusement perdu le spectateur en route.

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DELICIEUX : Ode à la chair

Cinéma et gastronomie font souvent bon ménage. Comme quoi, un seul sens peut avoir un pouvoir suffisamment suggestif pour stimuler avec force tous les autres en même temps. Le goût, l’odorat, le toucher peuvent palpiter de bonheur rien qu’à la vue des bons ingrédients ou au son d’une friture annonçant une cuisson parfaite. Ce sont bien vos cinq sens qui se trouveront comblés par Délicieux, un film dont vous ressortirez avec une envie folle de vous mettre aux fourneaux. Et la satisfaction non négligeable d’avoir assister à une belle histoire.

Délicieux est un film profondément sensuel. Au sens littéral, comme au sens figuré d’ailleurs. On l’appréciera évidemment du coup d’autant plus si on est particulièrement sensible au plaisir procuré par la création culinaire. Il parlera à ceux qui connaissent le rapport charnel qu’un cuisinier entretient avec ses ingrédients pour les transformer en quelque chose d’infiniment plus grand. Le film fait ressentir remarquablement bien tout ceci au spectateur. Et tout ceci est au service d’une histoire qui valait bien d’être racontée, même si on se doute bien que la vérité historique a sûrement été quelque peu romancée. La narration n’est pas totalement maîtrisée et on garde l’impression qu’Eric Besnard n’est pas passé loin de signer un film nettement plus marquant, mais devra se contenter d’un long métrage sympathique.

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SHANG-CHI ET LA LEGENDE DES DIX ANNEAUX : Made in Marvel

L’univers Marvel regorge de personnages haut en couleur, dont la plupart sont nés dans les années 60 et 70. Certains sont vraiment symboliques de cette époque et passent facilement pour ringard aujourd’hui. Si en bande-dessinée, ce côté désuet donne aux comics un certain charme, sur grand écran, cela n’a rien d’évident. Mais depuis l’adaptation particulièrement réussie de Captain America, on mesure leur capacité à parvenir à moderniser ce genre de protagonistes, tout en restant d’une grande fidélité à l’œuvre originelle. Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux le prouve une nouvelle fois. Alors que ce n’était vraiment pas gagné d’avance !

Le grand secret des films Marvel réside définitivement dans cette pointe d’humour et de second degré qui vient toujours démontrer qu’ils ne se prennent pas au sérieux. Bon, vous me direz que c’est tellement évident désormais, que ce n’est plus vraiment un secret. Mais une vraie marque de fabrique en tout cas. C’est encore le cas ici. Ceci nous permet d’apprécier pleinement le grand spectacle proposé par Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, avec des scènes d’actions particulièrement spectaculaires, même si aucune n’est vraiment révolutionnaire. En tout cas, elles s’enchaînent sur un rythme assez soutenu pour nous préserver totalement de l’ennui.

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RIDE YOUR WAVE : Ghost under water

Des fantômes de toutes sortes peuplent les histoires depuis que les humains se racontent des histoires, le soir au coin du feu. La plupart sont là pour faire peur, voire pour commettre les choses les plus abominables qui soient et torturer les vivants. Mais d’autres se montrent beaucoup plus bienveillants et veillent sur ces derniers, en particulier ceux qu’ils ont aimé avant leur trépas. Cela donne des films culte comme Always ou Ghost. Ride You Wave marquera certainement moins les mémoires que ces deux-là. Mais il nous offre néanmoins un joli moment de poésie et de romantisme que l’on peut apprécier à sa juste valeur.

Ride You Wave commence comme une comédie romantique, tout ce qu’il y a des plus classiques et franchement assez cucul. Puis le drame survient… Le film prend alors une dimension fantastique. Celle-ci peut paraître dans un premier temps tout aussi cucul que ce qui a précédé. Puis au fur et à mesure, des idées plus originales et inattendues surviennent et font naître une poésie touchante, légère et adorablement romantique. On se laisse alors vraiment porter par l’histoire, tel un surfeur sur la vague. Elle nous porte vers un très joli dénouement qui présente même une petite dimension épique. Si tous les éléments de l’histoire peuvent avoir un petit air de déjà-vue, le mélange proposé possède, lui, assez de personnalité pour échapper à cette impression.

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