UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE DESIR : Dans ses yeux

La sexualité des hommes a toujours été représentée à l’écran d’une manière éloignée de sa complexité réelle et surtout de la manière très différente dont chaque individu de la gente masculine la vit. Tout le monde n’est pas un séducteur sûr de lui, qui va surmonter toute résistance de la part de celle dont il veut conquérir le cœur (ou toute autre partie de son anatomie). A l’heure où la virilité conquérante triomphante n’est plus en odeur de sainteté, il est heureux de voir surgir au cinéma un autre regard. Un regard porté par une réalisatrice, mais assez pertinent pour parler à beaucoup d’hommes, qui se sentiront profondément touchés par Une Histoire d’Amour et de Désir.

Si l’on devait ranger dans Une Histoire d’Amour et de Désir dans une case, on pourrait envisager de la ranger avec les comédies romantiques. Mais le film, sans être dramatique ou lourdingue, ne reprend guère les codes de la comédie. Il s’agit cependant bien de l’histoire d’une rencontre qui remplit le film pour ne pas laisser de place à grand chose d’autre. Pas grand chose, mais pas rien, car les autres aspects du propos, notamment la réflexion sur les racines, présentent aussi un réel intérêt et viennent enrichir le tout. Surtout que chaque aspect se répond et se complète avec une grande intelligence, pour être au service de l’émotion qui n’en est que plus forte.

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UN TRIOMPHE : Une histoire d’hommes

La prison est un monde à part, dont peu de gens connaissent la réalité. Il suffit de mesure l’écart entre la vision que l’on peut entendre au café du commerce et celle que peut avoir un visiteur de prison par exemple. Il est vrai que le cinéma français n’aide pas, car il nous y emmène très peu souvent, à l’inverse de son collègue américain, surtout si on élargit au monde des séries. Du coup, on a parfois l’impression de mieux connaître le système carcéral de l’autre côté de l’Atlantique que celui de ce côté-ci. Est-ce que ce manque sera réparé avec Un Triomphe ? Pas totalement car ce film n’est pas vraiment un film sur la prison. Plutôt un film sur des prisonniers. Mais un beau film en tout cas !

Un Triomphe est un vrai feel-good movie si on l’accepte pour ce qu’il est. Inspiré d’une histoire vrai, il nous raconte le destin de quelques personnages, un destin assez exceptionnel pour valoir la peine d’être partagé. Il n’y a pas ici de dénonciation d’un système ou de réflexion sociétale profonde. Cela n’enlève rien par contre au message profondément humaniste qu’il véhicule. Ne pas conjuguer les deux ne lui permet pas d’être une œuvre aussi marquante qu’un Hors Normes par exemple, mais comme il n’a jamais la prétention de l’être, il serait très injuste de le lui reprocher. Ce portrait touchant nous apporte un lot d’émotions positives qui fait beaucoup de bien. Et c’est déjà beaucoup.

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BAC NORD : De l’autre côté du miroir

Le succès du film les Misérables (pas le roman de Victor Hugo), et son triomphe aux Césars 2020, a soulevé son lot de polémiques. Le principal portait sur le caractère biaisé du point de vue, défavorable aux forces de l’ordre et faisant passer certains « voyous » pour des victimes. Personnellement, je n’avais pas du tout eu ce sentiment, voyant dans ce film la dénonciation d’un système qui entraîne tout le monde dans une spirale de violence, quand bien même le réalisateur n’avait pas abandonné sa subjectivité en route. BAC Nord peut être présenté comme le contrepoint, avec un propos qui épouse largement la vision des policiers de terrain et décrit largement leurs difficultés à remplir leur devoir. Mais un excès de manichéisme ne lui permettra pas de briller bien haut aux prochains Césars.

Si on se contente de voir dans BAC Nord un polar intense et parfois spectaculaire, renouant avec un schéma assez classique de bons et de gentils, alors vous avez toutes les chances de passer un bon moment devant ce film. Il est rythmé, présente quelques rebondissements et des scènes d’action plutôt bien menées. Mais le film cherche clairement à être plus que ça. Il se veut un portrait réaliste du travail de la police, une façon de leur rendre hommage et de dénoncer les injustices dont ils sont parfois victimes. Cependant, sur ce terrain là, le propos avance avec de trop gros sabots pour se montrer réellement convaincant. On manque d’empathie pour les personnages et l’absence d’émotion nuit gravement à la portée du propos.

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LA TERRE DES HOMMES : Deux en un

Les thèmes sociétaux les plus forts et les plus actuels irriguent forcément les thématiques abordées par le septième art. On peut même parfois faire d’une pierre deux coups, ou plutôt d’un film deux coups, en en mêlant deux dans une même histoire. C’est le cas pour La Terre des Hommes qui nous offre un nouveau portrait du monde agricole, objet cinématographique assez nouveau mais qui devient relativement fréquent. Il nous présente également un nouvel exemple de violence sexuelle, sujet qui a renforcé sa présence à l’écran depuis la vague #metoo. Dans un mélange, il est parfois difficile de conserver le bon équilibre, mais il y a ici une bonne synergie entre les éléments. Même si le film n’échappe pas à tous les clichés.

Je vais passer rapidement sur un détail qui n’aura dérangé que moi… et je pense pas mal de mes anciens collègues. Il est en effet beaucoup question de SAFER dans cette histoire et comme il s’agit de mon ancien employeur, je peux témoigner que le fonctionnement décrit ne correspond pas tout à fait à la réalité. Cependant, la Terre des Hommes n’est pas non plus un documentaire sur les instances agricoles. Le machisme du monde agricole est sans conteste une réalité, mais il est décrit ici de manière un peu trop forcée pour être convaincant. Surtout qu’il existe de très grandes différences générationnelles sur ce genre de question, qui n’apparaissent pas ici. Sinon, il suffit de relire la Terre d’Emile Zola, pour se dire que le rapport au foncier n’a pas forcément beaucoup changé au cours du temps.

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DRIVE MY CAR : Eloge de la patience

Un film japonais de trois heures est quelque chose qui peut faire peur. Surtout quand on sait que Ryūsuke Hamaguchi est un réalisateur qui n’a pas occidentalisé son style, mais se place bien dans une grande tradition de films nippons au rythme de narration diffèrant des normes auxquels nous sommes habitués de ce côté du monde. La peur ne s’évanouit pas forcément quand la première heure du film nous expose des événements dont on a du mal à saisir le sens profond et la manière dont elles vont pouvoir s’assembler pour livrer un propos cohérent et surtout intéressant. Mais parfois, la patience est récompensée et le spectateur qui aura osé pourra alors découvrir Drive My Car, un très beau film, récompensé par le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes.

Ryūsuke Hamaguchi construit son film comme un puzzle où se mêle le présent et le passé. Le tableau complet se dessine assez lentement, mais une fois que tout prend son sens, on se sent porté par une très belle émotion. Drive My Car nous parle beaucoup de l’absence et du deuil avec une infinie subtilité. Le film n’est jamais larmoyant, même s’il nous plonge au cœur du drame vécu par les personnages. Le propos ressemble plus à une réflexion qu’à une tentative de partager pleinement la peine avec les spectateurs. Il s’adresse largement autant qu’au cerveau qu’au cœur, mais ne néglige complètement ni l’un, ni l’autre. Cet équilibre contribue à la singularité de ce film et à la sensation d’assister à une œuvre sortant vraiment de l’ordinaire.

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FREE GUY : Sucrerie pour geeks

Les geeks présentent un avantage certain pour tout auteur ou producteur qui voudrait les attirer dans une salle obscure. En effet, leur univers est tellement riche de références diverses et variées et ils apprécient tellement de les retrouver ça et là, qu’il est facile de proposer une histoire qui leur en proposera suffisamment pour les contenter. Et comme ils sont enclins à une certaine nostalgie, aimant retrouver encore et encore des liens avec ce qu’ils ont déjà aimé par le passé, il suffit de trouver une idée qui permet de surfer sur cette vague pour qu’ils dévorent avec avidité le film qui en découle. Cela peut donner un résultat de très grande classe comme Ready Player One. Ou quelque chose de beaucoup plus anecdotique comme Free Guy. Anecdotique, mais néanmoins particulièrement sympathique.

Free Guy repose sur une idée de base qui ne tient pas debout une seule seconde et qui provoque dix incohérences à la seconde. Pourtant le film fonctionne parfaitement. Tout simplement parce que les scénaristes ont décidé d’assumer pleinement et d’exploiter leur idée à fond. Du coup, entraîné dans le mouvement, on passe totalement outre cette faiblesse intrinsèque et le spectateur ne boude pas son plaisir face à cette histoire improbable. Le film n’a d’autre but que d’être une grande friandise pour geeks et c’est exactement ce qu’il est. Mais il a au moins le bon goût de proposer un minimum d’audace avec une idée de départ qui aurait pu se révéler désastreuse si elle avait été mal exploitée.

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ROUGE : Indigne de l’indignation

Après quinze jours de pause estivale loin de Paris et même hors de France, il était temps de retrouver le chemin des salles obscures. Une reprise relativement moyenne avec Rouge, un film engagé, avec des gentils et des méchants dedans. Un film français qui nous fait définitivement réaliser que Dark Waters un un grand film. La bande-annonce faisait d’ailleurs naître un certain nombre de craintes, mais les bonnes critiques, et la présence à l’écran de Zita Hanrot, ont pu amadouer certains spectateurs, comme moi. Malheureusement, c’est bien la première impression qui se concrétise à l’écran.

Le scandale humain et environnemental qui sert de support à Rouge cumule un nombre de clichés et de ficelles trop grosses pour être honnêtes assez impressionnant. Si chaque élément individuellement pourrait avoir un fondement et bien correspondre à une réalité, leur accumulation fait perdre à l’histoire toute crédibilité. Du coup, cela nuit largement à l’empathie que peut ressentir le spectateur face à ce spectacle qui lui paraît quelque peu irréel. Cependant, ceci n’est qu’un support au vrai sujet du film, à savoir les conséquences de tout cela pour les relations entre les personnages, en particulier au sein de la famille des deux principaux protagonistes. C’est cette dimension qui aurait pu donner tout son intérêt à ce film. Il y parvient parfois, mais on ne peut jamais bâtir quelque chose de réellement solide sur une base bancale.

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LES 2 ALFRED : Roue trop libre

Le cinéma de Bruno Podalydès se distingue par deux caractéristiques. Tout d’abord, ses films sont généralement des comédies fantaisistes et humanistes, portant un regard critique sur la vacuité et la frénésie du monde moderne. Ensuite, il met généralement en scène son frère Denis, ce qui est relativement compréhensible, vu le talent du frangin. Les 2 Alfred ne déroge pas à ces deux règles. Il en confirme également une troisième. Son oeuvre se caractérise aussi par un aspect très inégal. D’un film à l’autre, mais aussi au sein même de chacun d’eux. On aurait aimé que ce film-ci fasse exception.

Les 2 Alfred souffre tout de même de plusieurs défauts. Déjà, le propos sociétal sous-jacent est gentillet, mais à force d’enchaîner les clichés et les très (trop) grosses ficelles, il finit par lasser, voire même horripiler. Le ressort comique qui en découle perd du coup de son efficacité au fur et à mesure que le récit avance. Globalement de toute façon, l’humour de ce film ne parvient pas à se renouveler suffisamment pour transformer les quelques sourires initiaux en vrai bonheur cinématographique. On ne passe pas pour autant un mauvais moment, mais certain pas aussi inoubliable que son caractère imaginatif et fantaisiste aurait pu le laisser espérer. Il y a malheureusement un peu de paresse dans l’écriture qui a l’air de considérer qu’il n’y avait pas besoin d’aller au-delà de l’idée de départ.

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NOMADLAND : Du bel Oscar

Les films à forte dimension sociale sont toujours confrontés à un ennemi redoutable, qui peut facilement rendre leur propos beaucoup moins intéressant, voire insupportable : le misérabilisme. On peut dénoncer des situations, souligner des causes, mais le danger est de faire des personnages de simples victimes passives. Or la réalité n’est jamais aussi manichéenne et si un tel travers passe pour un film d’actions, ce n’est évidemment pas le cas pour ceux dont l’objectif est de nous faire réfléchir sur le monde tel qu’il est ou sur la nature humaine. Nomadland échappe totalement à ce travers et nous offre le plus beau film de cette reprise cinématographique.

Couronné aux Oscars il y a quelques mois, Nomadland nous démontre que le cinéma n’est pas mort avec la pandémie, même s’il n’en sortira forcément pas tout à fait indemne. Certes, la concurrence s’en trouvait affaiblie, mais sa présence au palmarès le plus prestigieux du 7ème art ne dépareille en rien. Il s’agit d’un film portrait. Portrait d’une femme, d’un personnage, mais à travers elle d’un pan entier de la société américaine. Un propos qui montre comment le destin entremêle les circonstances, parfois dramatiques, que l’on subit et les choix que l’on fait, parfois à contre-courant de ce que les autres jugent comme pertinents. On ne sait pas bien si l’on ressort de ce film optimiste ou pessimiste. Mais on en ressort plus riche !

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PLAYLIST : L’amour toujours

L’amour, l’amour, toujours l’amour… Il façonne nos existences et nous passons notre vie à savoir comment vivre avec pour que le bonheur qu’il nous apporte dépasse définitivement la peine qu’il nous cause parfois. Cela s’appelle grandir, mûrir.. pour ne pas dire vieillir. Il se trouve donc au cœur des innombrables récits d’apprentissage peuplant littérature et cinéma. Playlist n’est définitivement pas le plus profond ou le plus inoubliable d’entre eux. Mais il possède bien assez de qualités pour mériter d’être vu.

Playlist est à la fois une comédie et un film portrait. Le ton est avant tout léger et il est parcouru d’éléments que l’on peut qualifier de gags. C’est plus amusant qu’hilarant, mais cela permet de s’aérer l’esprit de manière fort agréable. Tout les degrés d’humour y sont représentés et certains passages témoignent d’une jolie subtilité. L’histoire n’a guère d’autre but que de nous faire découvrir Sophie, une jeune fille un peu naïve qui a bien du mal à trouver sa place dans le monde et accessoirement l’homme qui l’y aidera. Le film n’a rien d’une comédie romantique finissant en happy-end sucré. Il reste avant tout une jolie réflexion sur les sentiments et la place qu’ils occupent dans notre vie.

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