Oscar du meilleur scénario original, Promising Young Woman fait partie de ces films qui peuvent parfois décevoir les spectateurs à l’esprit des plus étroits. En effet, difficile de le ranger dans une case bien déterminée. Ce n’est ni vraiment une comédie, ni un polar, ni film social. Aller le voir avec des attentes très précises constitue le meilleur moyen d’être déçu. Par contre, si on se laisse porter par cette histoire qui dévoile peu à peu toute sa richesse, on en ressortira agréablement surpris et surtout satisfait d’avoir eu la chance de voir un excellent film.
Rédiger la critique de Promising Young Woman s’avère particulièrement délicat. En effet, il brille avant tout par son scénario (il n’a pas reçu une petite statuette dorée pour rien), mais en parler fait courir le risque de dévoiler des éléments de surprises, qui en font justement tout le piment. On doit donc se contenter de dire que l’histoire tire autant son intérêt du point d’arrivée de l’intrigue que du chemin que l’on prend pour y parvenir. Une route qui ne dévoile jamais à l’avance quel va être le prochain virage qu’elle va emprunter et vers quoi il va nous mener. Et surtout, chacun de ces tournants se montre réellement convaincant.
Voilà, c’est fini… Je ne dirai pas « déjà » parce qu’après une telle dose de sports et de réveils extrêmement matinaux, on a légèrement envie de passer à autre chose et de faire à nouveau une grasse matinée. Les Jeux Olympiques de Tokyo viennent de s’achever par une belle cérémonie de clôture, à l’image des quinze jours de compétitions remarquablement organisés. Au final, personne ne regrettera qu’ils aient eu finalement lieu. Aucun scandale sanitaire à l’horizon, mais à l’inverse un peu de bonheur pour un Monde qui en a bien besoin. Ils auront été la première raison universelle de se réjouir depuis le début d’une épidémie qui gâche nos vies depuis un an et demi. Merci en tout cas aux Japonais pour ces beaux moments de joie.
Qui dit fin de Jeux Olympiques, dit petit jeu des bilans. Ceux-ci auront été paradoxaux. Les circonstances les rendront globalement inoubliables. Mais ils auront peut-être manqué d’immenses moments qui entreront dans la légende du sport mondial. Ce dernier n’a pas trouvé ses nouveaux Michael Phelps ou Usain Bolt, des stars planétaires dont l’aura dépasse largement le cadre de la quinzaine olympique. Caeleb Dressel, Karsten Warholm, Allyson Felix ont écrit de belles pages de l’histoire de sport, mais pas sûr qu’elles resteront de celles qu’on se raconte encore et encore, de générations en générations.
Le manque de moyens n’est pas toujours rédhibitoire pour réaliser un film qui puisse être pleinement apprécié par les spectateurs. Parfois cependant, cela ressemble à un petit grain de sable qui vient se glisser dans la chaussure de l’audience. Ainsi, pendant Vers la Bataille, je n’ai pas arrêté de me dire : ça n’a clairement pas été tourné au Mexique, mais en forêt de Rambouillet et ça se voit… Bon, vérifications faites, le tournage a eu lieu en Colombie. Mais qu’elle soit vraie ou non, l’impression citée plus haut m’a clairement empêché de rentrer dans le film. C’est peut-être injuste, mais c’est bien la réalité.
Vers la Bataille a au moins le mérite de nous plonger dans un épisode peu connu, et à vrai dire bien peu glorieux, de notre histoire, à savoir la catastrophique guerre du Mexique menée par Napoléon III. Mais le sujet du film est bien plus centré sur ses personnages que sur les grands événements dans lesquels ils évoluent. Cependant, rien ne se montre totalement convaincant : ni les protagonistes, ni les relations qu’ils tissent entre eux, ni même l’évolution de ces dernières. On a du mal à s’intéresser vraiment à cette histoire dont le dénouement nous laisse quelque peu circonspect, en se demandant ce qu’on est censé tirer de tout cela.
Les distributeurs sont des personnes opportunistes et il faut bien admettre qu’ils ont bien raison de l’être. Si une vague de succès se présente, pourquoi effectivement ne pas surfer dessus. Donc, pourquoi ne profiteraient-ils pas de l’immense succès de Parasite et du regain d’intérêt qu’il a provoqué pour le cinéma est-asiatique pour ne pas ressortir des cartons quelques longs métrages n’ayant pas à l’époque trouvé le chemin des écrans hexagonaux ? Hospitalité est sorti au Japon en 2010. C’est seulement cette année qu’il est visible en salle en France. Un choix étonnant, mais au final, on ne peut que se réjouir de pouvoir découvrir cette petite curiosité réjouissante.
Le point de départ du scénario est un personnage qui vient « s’incruster » dans une famille bien tranquille et va prendre de plus en plus de place. Vous comprendrez alors bien le parallèle avec Parasite. Les esprits les plus éclairés feront remarquer que le Japon n’est pas la Corée, mais bon nombre de spectateurs vont faire naturellement la jonction. Cependant, les deux films n’ont clairement pas le même thème et surtout pas le même esprit. Hospitalité est avant tout une comédie, même si l’humour grinçant porte une critique acerbe et profonde de la société japonaise. Une nouvelle démonstration que le rire peut être un vecteur particulièrement puissant pour faire passer des messages.
Je leur pardonne ! Oui, aujourd’hui, je peux enfin pardonner à tous les professeurs d’EPS qui m’ont forcé à jouer à ce sport horrible qu’est le volley-ball. Ceux qui me connaissent diront que j’aurais dû aimer un sport où on a rarement besoin de courir, mais je leur rappellerai que c’est avant tout un sport d’adresse et que la seule adresse qui je porte en moi est celle qui me permet de recevoir du courrier. Et puis, pendant longtemps, ce sport était une vraie plaie à regarder avec de longues séquences de reprises mutuelles de service, sans aucune évolution du score. C’est vrai que le nouveau système de pointage a rendu ça beaucoup plus sympathique à suvire, mais vous l’aurez compris, le volley-ball n’est pas mon sport préféré ! Sauf sans doute aujourd’hui !
Si la magie des Jeux s’éteindra demain pour trois ans, elle nous aura livré une avant-dernière journée qui rentrera dans l’histoire du sport français. Une journée parachevée par cette médaille d’or en volley-ball au bout d’un match et d’un suspense absolument incroyables. Un scénario qui démontre une nouvelle fois une vérité essentielle du sport de compétition : il ne faut jamais renoncer. Et les premiers à l’avoir démontré dans ce match sont les Russes qui, menés dans le troisième set après avoir perdu les deux premiers, ont su renverser la vapeur. Si, à un moment donné, l’Equipe de France a donné la sensation d’être un rouleau compresseur que rien n’arrête, l’Equipe de Russie (ou je sais, du Comité Olympique bla bla bla…) s’est muée à son tour en une force que rien ne semblait vouloir stopper. Franchement, quand elle a pris l’avantage d’entrée dans le tie-break, je pense qu’on était nombreux à penser que le match était déjà plié. Force est de constater qu’il ne l’était pas.
Un grand acteur ne suffit pas pour faire un grand film. Mais ça peut quand même aider. Surtout quand l’acteur en question est Anthony Hopkins. The Father restera de ces films intimement associés à la performance de leur tête d’affiche, qui est présent à quasiment chaque plan et qui capte toute l’attention du spectateur. Mais un numéro d’acteurs, aussi grand, aussi immense soit-il ne peut prendre tout sa dimension que s’il est au service d’une histoire, méritant qu’on lui consacre tant de talent. Celle de ce film le valait bien.
The Father est un modèle de narration. En effet, Florian Zeller parvient à rendre mystérieux le plus longtemps possible la nature même de son film. Drame, polar, film fantastique… l’histoire intrigue profondément car on ne parvient pas à donner un sens plein et entier aux événements auxquels on assiste. Ainsi, on partage la confusion du personnage principal, ce qui renforce notre attachement envers lui. Tout comme lui, on a envie de comprendre. Tout comme lui, on se demande si c’est nous qui perdons la raison ou bien si c’est la réalité qui est étrange. Cela permet au film d’échapper à un caractère contemplatif et statique, ce qui est souvent le lot des films adaptés d’une pièce de théâtre.
Un moyen de susciter l’intérêt du spectateur est de mettre un peu de temps avant de révéler la vraie nature d’un film et le sens réel de l’histoire qu’il nous raconte. Le risque de l’en faire sortir, sans parvenir ensuite à le raccrocher. C’est le risque qu’a pris Kōji Fukada, le réalisateur du Soupir des Vagues. Un long métrage qui nous emmène en Indonésie, dans une région qui tente de se reconstruire, dix ans après le tsunami dévastateur qui continue de laisser des traces. Là où un événement étrange va survenir.
Le Soupir des Vagues est donc un mélange de film documentaire, de comédie des mœurs et de film fantastique. L’équilibre entre ces trois aspects va varier au cours du scénario. Ce changement de pied (enfin pour le coup, il y en a trois) constant intrigue beaucoup le spectateur et le rend curieux. Cela compense un léger manque de rythme et de souffle dans la manière dont les événements nous sont racontés. C’est assez surprenant pour garder de l’intérêt jusqu’au bout. Cependant, on peut regretter que tout cela aboutisse à un dénouement dont on ne saisit pas bien le sens. Du coup, on peut trouver l’aspect ésotérique de cette histoire un peu vain.
Les JO de Barcelone ont été un acte fondateur historique pour le sport français. Je vous ai déjà expliqué que c’est à cette occasion que mon amour des Jeux Olympiques est né… Mais je ne parle évidemment pas de ça. Je veux évoquer ici l’émergence d’un sport qui jusqu’en 1992 vivait dans la plus profonde pénombre dans notre pays. Mais une bande de joyeux drilles et surtout d’immenses champions a surgi hors de la nuit pour remporter une médaille de bronze à la surprise générale. Depuis lors, le handball est devenu le sport collectif où la France connaît les résultats le plus probants et ceci sans discontinuer depuis trente ans.
L’équipe de France masculine va disputer sa quatrième finale olympique d’affilée. Cela démontre une constance assez incroyable, le genre de performance que seules les Etats-Unis au basket semblaient en mesure de réaliser. Celle qu’ils disputeront demain n’était pas forcément la plus attendue, mais l’autorité avec laquelle ils s’y sont qualifiés leur permet d’envisager un troisième titre. Leur adversaire, le Danemark, champion olympique en titre, ne l’entend évidemment pas de cette oreille. Le choc s’annonce titanesque et écrira une nouvelle page de l’histoire courte mais si brillante du handball à ce niveau en France.
En tant que consommateur relativement compulsif de produits culturels, j’ai bien des idoles, des artistes à qui je voue une admiration sans borne. Viggo Mortensen en fait clairement partie. Il lui aura fallu bien peu de films pour cela, mais chacune de ses apparitions éclaboussent l’écran d’une classe dont j’aimerais posséder n’en serait-ce qu’une fraction. Le voir passer de l’autre côté de la caméra ne pouvait donc que provoquer chez moi une certaine excitation. Ferait-il partie de ses génies qui transforment en or tout ce qu’ils touchent ? Falling conduit au final à une réponse quelque peu mitigée.
Falling repose sur un scénario où s’entrecroisent deux problématiques. Tout d’abord, la confrontation permanente entre un père homophobe et conservateur et son fils, homosexuel et marié. L’amour qui perdure malgré tout chez un enfant qui ne reçoit en retour qu’une expression méprisante, si ce n’est haineuse. Ensuite, le film traite aussi largement du déclin dû à l’âge, à la perte d’autonomie intellectuelle et physique. Le grand mérite de cette histoire est de parvenir à entremêler profondément les deux aspects pour qu’ils entrent en synergie et ne forment qu’un tout. Malheureusement, au-delà de ça, l’intrigue tourne largement en rond pendant les presque deux heures que dure le film. Cela donne un aspect voyeuriste au propos, presque sadique quand on voit pour la énième fois le père maltraiter un fils qui ne cherche pourtant qu’à l’aider.
La maltraitance de jeunes athlètes adolescentes par leur entraîneur a malheureusement été au cœur de l’actualité ces derniers mois, en France et ailleurs. Peu de sports semblent épargnés. Partout la parole se libère, faisant espérer que de tels agissements ne puissent plus à nouveau passer aussi longtemps inaperçus… ou du moins, que plus personne ne pourra détourner les yeux pour faire comme s’il ne voyait pas. Je critique souvent le cinéma français dans ces pages pour souligner son incapacité chronique à traiter des sujets contemporains brûlants. C’est pourtant lui qui a donné naissance à Slalom, qui nous plonge au cœur de la relation de plus en plus ambiguë entre une jeune skieuse et son entraîneur.
Slalom traite d’un sujet difficile, où un réalisateur va se trouver en permanence sur un fil pour éviter de tomber dans un voyeurisme déplacé. Charlène Favier parvient de la première à la dernière seconde à trouver le ton juste et la bonne distance. Elle force le spectateur à regarder les événements tels qu’ils sont, dans toute leur horreur parfois. Mais jamais elle ne fait de ceux-ci un spectacle. Les images bousculent, interpellent et c’est en cela que le film atteint son but avec beaucoup de force et d’intensité. Les personnages, leurs relations et l’évolution de ces dernières sont décrits avec une grande pertinence et une profonde subtilité. On ne ressort clairement pas de ce film totalement indemne.
Commentaires récents