CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 14: Douleur et gloire

Crédits photo : REUTERS/USA TODAY USPW

On associe souvent le sport à une bonne santé et à un corps s’approchant de la perfection. Si effectivement le sport est un acte sanitaire de première importance, qui devrait être pleinement inclus dans les politiques publiques de santé, on oublie souvent que le sport de haut niveau pousse souvent le corps dans des extrêmes qui lui font plus de mal que de bien. Courir un marathon est quelque d’extrêmement traumatisant pour le corps et si on peut associer marathon et bonne santé, c’est parce qu’il faut être en bonne santé pour supporter un telle traumatisme. Le sport de haut niveau est aussi souvent une histoire de douleur, de souffrance et de blessures.

La médaille d’argent de Kevin Mayer a écrit une nouvelle page du mythe de l’athlète surmontant la douleur pour triompher malgré tout. Triomphe relatif certes, avec cette médaille d’argent, mais elle présente une dimension héroïque qui lui donne une saveur particulière. Elle ne fera que renforcer l’admiration que l’on peut ressentir pour le Français qui s’approche au plus près de la notion d’athlète ultime. Mais ce qu’il a imposé à son corps pendant deux jours n’est sûrement pas un cadeau pour ce dernier. Le sport de haut niveau n’est pas le triomphe du corps, mais bien celui de l’esprit qui fait du corps un instrument sous son entier contrôle.

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ADN : Famille, je te hais

Quand un film a la famille pour sujet principal, il vous fait généralement aimer la vôtre en vous faisant réaliser à quel point elle est équilibrée et vous offre des rapports sains. Celle qui se trouve au cœur d’ADN, le nouveau film de Maïwenn, ne répond à aucune de ces deux caractéristiques. Sans cela, il n’y aurait évidemment pas de film, mais on est heureux en tout cas de ne pas en faire partie. Mais plus que la simple famille, ce film nous parle de la notion de racines et d’identité d’une manière intime et chargée de beaucoup d’émotions. Rien à voir avec les discours nauséabonds de certains sur le sujet.

Même si elle explique qu’il ne s’agit pas une autobiographie, il est évident que Maïwenn a mis beaucoup d’elle-même dans ADN (ce qu’elle reconnaît). Sans cela, le propos n’aurait pas pu être aussi sincère et touchant. On peut formuler bien des critiques à son propos si on intellectualise de trop. Mais en se laissant juste porter par l’émotion, en reconnaissant que la réalisatrice à donner naissance à cette œuvre avec ses tripes, alors on reconnaît ses immenses qualités. Le film déborde d’humanité, dans toute sa complexité, pour le meilleur et parfois pour le pire. Certains personnages font même un peu peur, notamment le personnage interprété par Fanny Ardant, que l’on est heureux de ne pas compter parmi ses parents.

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OSS 117, ALERTE ROUGE EN AFRIQUE NOIRE : Pas de quoi s’alerter

La constance est une qualité importante paraît-il. Evidemment, on peut nuancer cette assertion quand cela concerne une constance dans la médiocrité. Œuvre culte pour beaucoup, OSS 117, le Caire Nid d’Espions est pour moi une film extrêmement médiocre, sans rythme, avec un Jean Dujardin en roue libre complète. La suite, Rio Ne Répond plus, a trouvé un peu plus grâce à mes yeux, mais sans jamais crier au génie. Je n’ai donc pas été vraiment étonné en voyant les premiers retours très décevants sur OSS 117, Alerte Rouge en Afrique Noire et je m’y suis rendu sans me faire d’illusion. Le résultat s’est montré à la hauteur de mon absence d’attentes.

Le plus gros reproche que l’on peut formuler à l’encontre d’OSS 117, Alerte Rouge en Afrique Noire, est ne de pas être franchement mauvais. En effet, Nicolas Bedos a pris tellement peu de risques qu’il ne pouvait se planter totalement. Mais il condamne son film à un manque d’intérêt criant. Le seul élément un tout petit peu nouveau repose sur le personnage de OSS 1001, mais sans aller très loin. Les bonnes idées manquent cruellement et elles sont le plus souvent largement sous-exploitées. Le reste est rempli de vannes attendues et prévisibles, qui s’enchaînent mollement. On assiste à un exercice de fan service de la pire espèce, sans aucune volonté d’explorer quoique ce soit d’innovant.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 13: La force du collectif

Reuters

Et un, et deux, et trois, et quatre, et cinq équipes de sport collectif tricolore en demi-finale. On peut même dire six, si on y associe le rugby à 7. Dans des Jeux Olympiques mitigés pour le sport français et en un jour où se dessine une nouvelle cruelle déception avec le physique défaillant de Kevin Mayer, cette bonne nouvelle fait du bien au moral. Certes, cela se traduira peut-être par cinq quatrième place, mais toutes ces équipes semblent habitées par un telle volonté de vaincre que personne n’imagine une telle issue. Celles-ci peuvent cependant être classées en deux catégories différentes.

D’un côté, les survivants. Le volley masculin, le handball et basket féminins ont entamé ces Jeux Olympiques dans une dynamique plutôt négative, chacune de ces équipes passant près de l’élimination. Mais chacune d’elles semblent monter en puissance pour d’abord arracher leur qualification et pour triompher en quart de finale. Triompher face aux champions du monde en titre pour les volleyeurs et les handballeuses, rien que cela. Les basketteuses ont vaincu la bête noire du basket français et cela fait un bien fou. Franchement, on y croyait pas forcément car elles avaient toutes démontré leurs limites, notamment mentales, lors des dernières compétitions, au-delà d’un potentiel que l’on sait immense. Mais quel meilleur moment pour exprimer son potentiel que demi-finales des Jeux Olympiques ?

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ON-GAKU : NOTRE ROCK ! : Rock sans le roll

Le hasard des horaires et l’envie de ne pas me contenter d’un seul film pour cette reprise après une si longue attente m’ont conduit à aller voir On-Gaku : Notre Rock !, un film d’animation japonais d’un genre un peu particulier. Ou du moins très différent de ce que ce pays à l’habitude de nous offrir en la matière. En fait, il est assez original dans l’absolu pour que le constat soit resté le même, même s’il venait d’un autre pays. Une production onirique et parfois étrange, qui peut laisser circonspect et interdit. Voire même nous ennuyer un brin.

La musique joue un rôle central dans On-Gaku : Notre Rock !, avec, surtout dans les ultimes minutes, quelques longs passages musicaux. Ces derniers restent ceux qui éveillent le plus d’intérêt chez le spectateur. Il est difficile d’en dire autant de l’histoire dans laquelle ils prennent place. Les personnages et les situations sont pour la plupart totalement décalés. A tel point que l’on a du mal à trouver un sens à tout cela. L’absence de réel enjeu narratif rend ce film avant tout contemplatif avec des dialogues particulièrement minimalistes. Le film est assez court, une heure dix, mais propose malgré tout de nombreuses longueurs.

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MILLA : La fureur de vivre

Milla nous raconte l’histoire d’une jeune adolescente atteinte d’un cancer, tombant amoureux d’un junkie. Autant être clair, ce film n’a rien d’une joyeuse comédie. Mais la magie du cinéma fait que ce n’est pas non plus un drame ou un mélo larmoyant. Les sujets aussi lourds sont rarement traités de manière réellement intéressante si le résultat est avant tout plombant. Il y a dans tout malheur quelque chose qui peut nous rattacher à la notion d’espoir. Dans la noirceur peut toujours émerger un peu de poésie. Cela demande beaucoup de subtilité pour y parvenir. Mais le film de Shannon Murphy n’en manque pas.

Milla ne choisit pas la facilité, mais c’est là tout le mérite de ce film. En effet, il repose sur une galerie de personnages qui peut, dans un premier temps, laisser quelque peu circonspect. En effet, aucun d’eux ne déclenche un élan immédiat de sympathie. Ils sont présentés dans toute leur complexité, en ne s’interdisant pas de faire une première impression qui n’a rien d’idéale. Mais en apprenant à les connaître, on finira par apprécier pleinement cette famille largement dysfonctionnelle. L’histoire capitalise sur cette épaisseur des personnages, sans forcer le trait sur le malheur qui les frappe. Bien sûr celui-ci est sous-jacent à toutes les attitudes, tous les mots. La sensation du temps qui risque de manquer est omniprésente, mais ce que l’on retient avant tout c’est la volonté de vivre pleinement malgré cela.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 12: Au sommet de l’olympe

REUTERS/Dylan Martinez

Depuis les débuts de ces Jeux Olympiques, je n’ai quasiment parlé que des performances des athlètes français. On peut y voir la traduction d’un vilain chauvinisme cocardier. Mais aussi l’absence jusqu’alors de moments vraiment inoubliables, au-delà de l’enjeu lié à la présence d’athlètes tricolores. J’aurais pu effectivement évoquer Simone Biles et ses démons, ou bien le crash en plein vol de Novak Djokovic, mais c’est bien par des victoires et des exploits que se forgent la légende olympique, pas par les échecs retentissants. Du coup, j’aurais pu dire un mot sur Caleb Dressel, mais les exploits programmés à l’avance n’ont pas la même saveur.

Certes, on s’attendait à ce que le record du monde du 400m haies tombent ce mardi. C’est très rare de voir une épreuve compter deux athlètes de ce calibre en même temps. Leur affrontement dans une finale olympique avait toutes les chances d’affoler les chronomètres. Mais personne ne s’attendait à un tel écart. Améliorer un record du monde de 76 centièmes sur une distance aussi courte qu’un 400m a quelque chose de sidérant. Surtout quand on sait que le deuxième l’améliore aussi de 53 centièmes. Mais ce chrono de 46 »17 ne sera jamais considéré comme un record du monde.

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MANDIBULES : Reprise en douceur

Après autant de mois de frustration, quel plaisir de retrouver le chemin de salles de cinéma ! Quel plaisir aussi de pouvoir à nouveau écrire des critiques de film, même si j’ai continué à écrire sur les livres et la musique ! Je me souviendrai donc longtemps de Mandibules, le film qui m’aura permis de renouer avec un des plus grands plaisirs de mon humble existence. Un long métrage de Quentin Dupieux (alias Mr. Oizo), qui nous emmène toujours dans des univers profondément absurdes, décalés et inattendus. C’est une nouvelle fois le cas ici puisque le film nous raconte le parcours de deux losers sympathiques qui tombent nez à nez… avec une mouche géante.

Les premiers films de Quentin Dupieux sont restés relativement anonymes, avant de connaître de vrais succès commerciaux avec Au Poste ! puis surtout le Daim. Ses nouvelles œuvres sont désormais attendues et susceptibles des créer une certaine déception. Mandibules peut effectivement provoquer un tel sentiment. Il est clairement en retrait par rapport à ces deux précédents longs métrages. C’est drôle et distrayant, mais aussi assez inégal. Il est cependant important de noter que tout le monde n’est pas d’accord sur les éléments qui nuisent à la qualité globale du film. Comme d’habitude, le côté franchement décalé de beaucoup d’éléments ne laisse jamais indifférent et chacun va accrocher ou non à chacun d’eux.

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ONODA, 10 000 NUITS DANS LA JUNGLE : La guerre sans fin

Parfois la réalité dépasse la fiction. Du coup, il est tentant de faire de cette réalité une fiction. Hiro Onoda est un soldat japonais qui se rendit et accepta la fin de la guerre en… 1974, après trente ans passés dans les montagnes des Philippines à poursuivre une guérilla contre un ennemi imaginaire. Cela semble trop incroyable pour être vrai, mais ça l’est pourtant. Onoda, 10 000 Nuits dans la Jungle, coproduction internationale, réalisée par le français Arthur Harari, nous permet de découvrir cette histoire relativement incroyable, mais vraie. Un film de près de trois heures, mais dont la longueur témoigne avant tout de sa grande richesse.

L’abnégation des soldats japonais pendant la deuxième guerre mondiale a déjà fait l’objet de nombreux films, réalisé aussi bien du côté japonais que de celui de leurs adversaires américains. Cependant, rarement le propos n’aura pris un caractère aussi intime. Onoda, 10 000 Nuits dans la Jungle n’est pas un film de guerre, puisque la grande majorité du film se déroule alors que la guerre est terminée. Il s’agit bien d’un film portrait, non pas tant sur les événements de la grande Histoire, mais sur ses conséquences sur la vie d’un homme. Des conséquences hors du commun certes, mais qui découle de mécanismes intimes qui auront frappés des milliers de soldats. L’intime et l’exceptionnel se mêlent à la perfection dans ce film qui offre à la fois une grande profondeur et des péripéties qui nous préservent totalement de l’ennui.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 11: Petits sports, grands souvenirs

Tauseef MUSTAFA / AFP

Parmi les lieux communs qui peuplent les discussions sur les Jeux Olympiques, il y a les fameux « sports que l’on ne regarde que tous les quatre ans ». Et comme beaucoup de clichés, cela s’avère en fait parfaitement fondé, même si l’utiliser semble facile et un rien vulgaire quand on cherche à être éclairé et pointu. Car comment nier que je n’ai vu strictement aucune image de tir ou de concours complet entre les Jeux de Rio et ceux de Tokyo. Je ne sais même pas si j’ai vraiment lu un article de l’Equipe évoquant ces sports dans l’intervalle. Je me suis peut-être juste contenté de parcourir quelques gros titres (enfin pas trop gros non plus…). Mais alors pourquoi vibrer tout à coup pour ces sports qui laissent par ailleurs indifférents ?

La réponse est simple… la magie des Jeux… OK, non, je ne vais pas me contenter de cette nouvelle banalité, mes chroniques valent mieux que cela. Car la question mérite que l’on s’y attarde. Car, avec un peu de recul, c’est assez extraordinaire d’avoir vibré devant une épreuve de tir qui bénéficiait d’une réalisation par la télévision japonaise absolument apocalyptique, puisqu’il n’y avait aucune caméra pour filmer les cibles. Regarder l’épreuve du tir du jour revenait à peu près à l’écouter à la radio. En termes de grand spectacle, on a fait mieux, avouons-le. Mais le fait que cette compétition se déroule aux Jeux Olympiques, qu’un Français soit en course pour une médaille d’or, suffisait à créer un enjeu dramatique, captant l’attention et créant de la tension.

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