COMPARTIMENT n°6 : Sur de bons rails

A 42 ans, parmi les petits regrets que je peux avoir concernant ma première moitié de vie, c’est de n’avoir pas autant voyagé que je l’aurais souhaité. Mais heureusement, j’ai pu compenser cette légère frustration par de très nombreux voyages par procuration grâce au cinéma. Compartiment n°6, récompensé par le Grand Prix au dernier Festival de Cannes, offre un tel moment de dépaysement. Pas forcément en nous amenant dans une destination rêvée, mais en tout cas en nous emmenant sur une route (ou plutôt une voie ferrée) que l’on imaginerait pas forcément emprunter sans la magie du 7ème art. En effet, le film nous emmène au cœur de la Russie ultra profonde, à la rencontre de ses habitants, pas toujours ultra sympathiques au premier abord.

Dans Compartiment n°6, on épouse bien le regard d’un étranger qui réaliserait ce voyage relativement inattendu. En effet, on suit les pas d’une archéologue finlandaise qui va traverser la Russie pour aller voir de très anciennes gravures rupestres (des pétroglyphes… nouveau mot à mon vocabulaire grâce à ce film). Ceci ne constitue évidemment qu’un prétexte pour toutes les découvertes et rencontres qui émaillent le scénario, et notamment avec l’homme, d’abord un peu rustre, avec laquelle elle se trouve contrainte de partager son compartiment pour ce trajet qui va durer plusieurs jours. L’histoire est riche d’épisodes savoureux qui confère un charge certain à ce film, avec une dimension humaine forte et réellement touchante.

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LES OLYMPIADES : L’amour éternel

Je souligne souvent par ici que l’amour reste le sujet numéro un des histoires que se racontent les êtres humains depuis qu’ils se racontent des histoires. Mais l’amour est-il pour autant quelque chose de totalement immuable ? Le sentiment au plus profond, oui sûrement, mais les pratiques amoureuses évoluent d’une époque à l’autre au gré des changements sociétaux. Les Olympiades est un film profondément romantique, contrairement à ce que pouvait laisser penser la très mauvaise bande-annonce, qui témoigne fidèlement (pour ne pas crûment) de celles d’une époque et d’une génération.

Comme pour tout film fortement générationnel, on ne voit pas les Olympiades de la même façon selon que l’on a l’impression ou non de faire partie de la « population » dont le scénario parle. Personnellement, je me trouve entre deux. Le film nous décrit la vie amoureuse de trentenaires, qualificatif qui ne peut malheureusement plus me définir depuis deux ans. Cependant, il y avait assez d’éléments résonnant avec ma propre expérience pour être touché de manière particulière par cette histoire. Ceci dit, indépendamment de cela, elle saura émouvoir n’importe quel spectateur par la poésie qui finira par se dessiner. La profondeur des sentiments décrits n’a rien à envier à ceux d’époques désormais dévolues.

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BARBAQUE : Manque de tranchant

Le propre de l’humour est de pouvoir dédramatiser les débats qui prennent bien trop d’importance dans les débats par rapport à ce que la raison voudrait. C’est une de ses grandes vertus, au-delà du plaisir simple de rire un bon coup. Barbaque possède bien cette vertu. Par contre, on peut débattre du deuxième point. En tout cas, Fabrice Eboué confirme sa volonté de s’attaquer à des sujets bien casse-gueule (l’esclavage, le racisme, la religion…) pour les dédramatiser. L’intention est louable, même si ici à nouveau la mise en œuvre est imparfaite.

Barbaque est un film pro ou anti viandard/vegan ? J’apporterai bien une réponse à cette question mais cela découlerait surtout de ma propre subjectivité et de ce que j’ai eu envie de voir dans ce film. En effet, ce dernier ne prend finalement pas tant parti que cela et renvoie un peu tout le monde dos à dos. Ce manque de point de vue affirmé constitue certainement la plus grande limite à laquelle se heurte le propos. Ce n’est pas aussi méchant, mordant, percutant que cela aurait pu l’être. C’est un tout petit mou (de veau) du genou. On sourit plus que l’on rit et on attend un peu vainement le vrai moment de bravoure qui pourrait faire de ce film un film culte. On passe tout de même un bon moment, mais on reste un rien frustré.

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LA FRACTURE : Lutte des classes

Le cinéma français laisse souvent de grande places aux questions sociales dans les scénarios. Il n’évite pas toujours le travers qui guette toujours tous ceux qui s’attaquent à ce genre de sujet. Le misérabilisme est le défaut de bien des propos, pourtant plein de bonnes intentions, mais qui peinent à convaincre. La Fracture échappe largement à ce piège qui se dressait pourtant clairement devant lui. Se montre-t-il pleinement convaincant pour autant ? Pas si sûr, car d’autres traquenards attendent les scénaristes. Dure vie que la leur !

La Fracture a au moins un grand mérite. Celui d’aborder de front des sujets contemporains et quelque peu polémiques, courage rare dans le cinéma français, même s’il est de moins en moins (je le souligne souvent, je vais finir par radoter). Il met en avant d’un côté le phénomène des Gilets Jaunes et la situation de l’hôpital public français. Il parle surtout de tout ce qui peut séparer les classes sociales, notamment les idées toutes faites que chacune a sur l’autre. Mais en dénonçant les idées reçues, le propos n’évite pas certains clichés et raccourcis. On a du mal à adhérer pleinement à l’universalisme du message qui semble un rien convenu et artificiel.

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ILLUSIONS PERDUES : Autopsie d’une époque

Vaut-il mieux lire d’abord le livre ou voir le film ? Si cette question n’a pas vraiment de sens, si ce n’est pour le plaisir réel de lancer des débats inutiles et donc indispensables, j’aurais pu être en mesure de me la poser. En effet, dans l’organisation très précise de mes lectures, Illusions Perdues de Balzac va être le prochain livre dont je vais entamer la lecture. Et au même moment, son adaptation sort sur nos écrans. Il m’est arrivé de bouleverser mon organisation (si, si, j’en suis capable) pour lire un livre avant de voir le film. Je ne l’ai pas fait cette fois. Je ne sais pas si j’ai eu tort ou pas, mais une chose est sûr, ce long métrage ne m’a sûrement pas détourné de l’envie de lire le roman.

J’avais abordé dans ma précédente critique, celle de Julie (en 12 Chapitres), la notion de roman d’apprentissage. J’aurais pu évidemment choisir la même introduction pour Illusions Perdues, qui figure comme un archétype de ce genre littéraire, particulièrement prisé au XIXème siècle. Le personnage principal est un jeune provincial qui arrive à Paris et qui va chercher à faire sa place dans ce monde nouveau. Voilà une introduction qui pourrait être celle de bien d’autres romans de l’époque. Cependant, celui-ci est aussi une vision acerbe d’un phénomène précis, à savoir l’essor d’une forme de corruption généralisée touchant la presse sous la Restauration, où une bonne critique pour une pièce de théâtre ou un roman s’achetait à prix d’or. Le grand mérite de cette adaptation est à la fois de décrire de manière minutieuse un phénomène historique précis… tout en dressant des ponts avec l’époque actuelle et certaines dérives de notre système politico-médiatique. On notera par exemple une petite phrase sur la perspective de voir « un banquier rentrer au gouvernement » qui nous fait forcément penser à notre Président actuel.

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JULIE (EN 12 CHAPITRES) : En quête de soi

Apprendre, grandir, mûrir, voilà la plus grande aventure que chaque être humain a à vivre. Cela donne de grands récits d’aventures, désignés sous le terme de roman d’apprentissage. Roman ou film évidemment. Julie (en 12 Chapitres) nous livre une telle histoire, en nous permettant de suivre le parcours d’une jeune femme cherchant sa voie au tournant de le trentaine. Un film baigné des sujets contemporains qui parcourent nos sociétés, mais qui livre au final une très belle réflexion sur l’accomplissement individuel.

Il n’y a rien de vraiment extraordinaire (au sens premier du terme) ou de spectaculaire dans Julie (en 12 Chapitres). Mais le scénario révèle ce que la vie de chacun peut réserver de rebondissements, joyeux ou tristes. Le spectateur se montre donc curieux de savoir où l’histoire va bien pouvoir le mener, surtout que visiblement le personnage principal n’a, dans un premier temps, aucune idée d’où elle souhaite elle-même aller. On se laisse donc porter et on suit avec grand plaisir cette quête d’elle-même, au gré de ses rencontres et de ses changements de pied. Ce film n’est évidemment pas le premier à nous proposer ce genre de parcours, mais il se démarque clairement par la finesse et la richesse du propos, qui n’a rien de convenu ou de prévisible.

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LE DERNIER DUEL : Des hommes et une femme

La valeur n’attend pas le nombre des années, paraît-il. Mais l’inverse est évidemment vrai. Ridley Scott en est la preuve. A bientôt 84 ans, il continue d’être un des réalisateurs les plus brillants, nous livrant des films le plus souvent spectaculaires, mais d’une étonnante variété. 2021 sera une année particulièrement riche avec le Dernier Duel déjà sur nos écran et House of Gucci qui va très bientôt le rejoindre. Le réalisateur anglais n’était pas forcément celui dont on attendait le plus qu’il contribue à l’émergence d’un cinéma embrassant pleinement le combat féministe. Mais il le fait à sa façon. En nous emmenant en plein moyen-âge.

Le Dernier Duel est une fiction basée sur le compte-rendu d’un procès bien réel ayant eu lieu à Paris en 1396. Un procès pour viol, chose très rare à l’époque. Un procès mais dont la sentence sera décidé par un duel à mort entre le mari et le violeur. Beaucoup de choses sont inventées ici puisque seules subsistent les minutes de procès, mais ce film présente bien un caractère historique qui ravira les amateurs du genre. Surtout que l’époque y est décrit sans romantisme aucun, mais bien avec un grand souci de réalisme. Et autant vous dire, que l’on ne peut que se réjouir de vivre au XXIème siècle. Mais l’intérêt du film repose avant tout sur la puissance de émotions, positives ou négatives, qui parcourent l’histoire et le personnages.

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FREDA : La fureur de vivre

Certaines parties du monde cumulent un nombre assez conséquent de raisons de ne pas vouloir y habiter. Pauvreté, catastrophes naturelles en tout genre, dictatures régulières, institutions défaillantes et tout ça dans une grande indifférence, voire même l’ignorance totale du reste de la planète. Haïti fait partie de ces lieux à qui rien ne sourit, sans que cela empêche grand monde en dehors de dormir. Ce sera peut-être un peu moins le cas grâce à Freda, un film qui nous emmène dans les faubourgs de Port-au-Prince à la rencontre d’une jeune fille peu ordinaire.

Freda dresse un double portrait. Celui de celle qui donne son nom au film évidemment. Et à travers elle, celle de toute une société, cruelle et parfois violente. S’il nous plonge sans détours dans les pires vicissitudes de cette société terriblement inégalitaire, ce long métrage essaie aussi de partager avec le spectateur les aspirations de ceux qui ne se résignent pas face à l’injustice. La fragilité que l’on pense entr’apercevoir dans les premiers instants laissent vite place à une impression de force qui conquière l’admiration. N’imaginez pas que tout cela finira sur un happy-end hollywoodien, mais jamais le propos ne se complet dans un misérabilisme absolu.

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LES INTRANQUILLES : Les feux de l’amour

Quand la santé mentale de quelqu’un devient défaillante, jusqu’à adopter des comportements dangereux, on peut s’interroger pour savoir qui devra être qualifiée de victime. Celui qui « pète les plombs » ou ses proches qui en subissent les conséquences ? Ceci forme le cœur du sujet de les Intranquilles, un film sur la manière dont la bipolarité vient rendre impossible la vie d’un couple et leur enfant. Sur la manière surtout où certaines forces irrésistibles peuvent conduire certains à faire du mal à ceux qu’ils aiment pourtant de toutes leurs forces.

Les Intranquilles est un triple portrait. Un quadruple portrait en fait. En effet, ici la maladie est presque un personnage à part entière. Ou plutôt, elle forme une part de chaque personnage, tant elle marque leur vie, leur quotidien, leurs peurs et leurs espoirs. A mesure qu’elle se renforce chez celui qui en souffre, plus elle prend de la place, jusqu’à prendre toute la place. Le sujet est ici traité avec beaucoup de force et sans détour. La maladie et ses conséquences planent sur chaque scène, créant une tension permanente. La même tension qui fait de la vie de la jeune femme un enfer sans aucun moment possible de repos ou de relâchement.

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MOURIR PEUT ATTENDRE : Le crépuscule d’un Dieu

Rarement un épisode des aventures du plus célèbre des espions a été à ce point attendu. En plus du monde, comme à son habitude, James Bond devait cette fois carrément sauver le cinéma, en ramenant le public vers les salles obscures, après des mois de confinement et de mesures sanitaires diverses et variées. Mais aussi, rarement un James Bond aura fait l’objet d’autant de controverses que Mourir Peut Attendre. Des avis aussi tranchés qu’opposés ont été formulés à l’égard de ce film. Une polémique qui rappelle quelque peu celle ayant accompagné les débuts de Daniel Craig, qui était loin de faire l’unanimité pour ses débuts dans le smoking de 007. Mais ne pas laisser indifférent n’est-il pas déjà en soi une qualité ?

Mourir Peut Attendre souffre clairement de deux défauts. Tout d’abord, il est inutilement long. Y sabrer une bonne demi-heure ne lui ferait pas de mal. Après, quand il s’agit de dire adieu, on a parfois envie de faire durer les choses plus que de raison pour repousser l’instant fatidique. On peut donc être prêt à pardonner cette lenteur superflue. Par contre, on peut vraiment regretter que tant de personnages, du coup secondaires, soient à ce point sous-exploités. Tout d’abord, le méchant, incarné par Rami Malek apparaît trop désincarné pour être vraiment inquiétant au final. L’agent 007 féminin aurait mérité également un meilleur sort. Mais on peut espérer que, pour cette dernière, un producteur aura la bonne idée de lui offrir un film pour elle seule.

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