Après plusieurs années de bons et loyaux services, le filon vient de s’épuiser. Avec Sarko et Vanzetti, j’ai lu le dernier Poulpe faisant partie du lot que j’avais récupéré chez une amie. Ce personnage aura accompagné ma vie de lecteur un long moment et si ses aventures sont très inégales, il me manquera forcément un peu. Certes, je pourrais très bien compléter ma collection, sachant que je n’aurais que l’embarras du choix, vu l’aspect pléthorique de cette série. Pas sûr d’aller jusque là, car il occupe déjà une belle place dans ma bibliothèque, mais en attendant, j’ai pu savourer cet ultime volume.
Ecrit par un vrai auteur de polar, Serguei Dounovetz, Sarko et Vanzetti fait plonger le Poulpe dans les méandres de la vie politique et de la corruption qui l’accompagne parfois. Ce n’est pas la première fois que le personnage nage dans de tels méandres, mais on ne va pas s’en plaindre, tant son caractère désabusé et son humour à froid s’avère parfait pour commenter ce genre de situation. Ce tome reprend tous les codes de la série, de la relation tumultueuse avec sa chère et tendre aux échanges toujours savoureux avec les habitués de son bistrot préféré. Et au milieu de cela se développe une intrigue plutôt plaisante et bien menée.
Je dénonce ici souvent la funeste habitude des éditeurs français à découper des œuvres anglo-saxonnes en plusieurs tomes totalement artificiels. Le grand classique de Dan Simmons, la Chute d’Hypérion, n’échappe pas à cette pratique un rien barbare, puisqu’il se retrouve coupé en deux, sans aucune justification, dans son édition française, alors qu’il forme un tout de manière évidente. Bref, cela ne nous empêche pas de l’apprécier à sa juste valeur en lisant les deux morceaux d’une traite et en apprécier toute la qualité et la cohérence.
Le début du voyage entamé avec Hypérion se montrait prometteur. Sa poursuite avec la Chute d’Hypérion prend encore une dimension supérieure. Après avoir passé un premier volet à nous faire découvrir l’histoire, certes très riche, de chacun de ses personnages, il lance cette fois l’intrigue qui avance alors d’un bon rythme. On passe donc de la description à l’action, et cela ne fait évidemment que relancer l’intérêt que l’on témoignait déjà cet univers. Dan Simmons parvient avec beaucoup de talent de faire découvrir constamment de nouveaux enjeux de son récit. On en comprendra toute la portée que dans les dernières pages et on saisira alors pourquoi il constitue un élément majeur de la science-fiction littéraire.
Ma culture littéraire ressemble désormais un peu moins à un gruyère depuis que j’ai lu Dune de Frank Herbert. On peut facilement penser que c’est le film de Denis Villeneuve qui m’a poussé à enfin combler ce manque, comme pour beaucoup d’autres, si j’en crois les exemplaires qui attendaient systématiquement derrière le guichet de retrait des commandes à la FNAC ces derniers mois. Il n’y ai peut-être pas pour rien, même si ce fut aussi l’opportunité qui s’est présenté de pouvoir l’emprunter à quelqu’un. Le lire a représente aussi l’occasion de terminer quelque chose que j’avais commencé quand j’avais… huit ans. Bon autant vous dire que je n’avais pas été très loin avant de revenir à la lecture d’un… Oui-Oui… Et le moins que l’on puisse dire est que je suis heureux d’avoir cette lacune en moins.
Cela pourrait être le moment de commencer l’éternel débat entre les qualités relatives des romans et de leur adaptation cinématographique. Mais j’ai trop aimé le film de Denis Villeneuve pour avoir vraiment envie de les comparer. J’ai aimé infiniment les deux mais d’une façon différente. L’un comme on peut aimer un film, l’autre comme on peut aimer un grand roman (oui, j’aime dire des évidences parfois)… Dune est une œuvre littéraire majeure, fascinante par sa richesse. La grande force de Frank Herbert est d’avoir su exploiter des éléments culturels familiers pour créer un monde malgré tout radicalement original. Le lecteur ne se sent jamais perdu, mais toujours dépaysé.
Le livre est toujours meilleur que le film bla bla bla… J’ai souvent ironisé dans ces pages sur cet éternel débat un peu vain et qui revient fréquemment lors d’une adaptation d’une œuvre littéraire à succès. Je ne le relancerai pas ici, mais je prendrai une position claire à propos d’Illusions Perdues d’Honoré de Balzac en affirmant ma préférence nette pour… le film qu’en a tiré Xavier Giannoli. Je n’espère pas manquer ainsi de respect à une des plus grandes figures de l’histoire de la littérature, mais son roman, malgré son immense intérêt, souffre aussi de quelques défauts.
Le jeu des comparaisons pourrait n’avoir définitivement aucun sens quand on découvre que le roman se décompose en trois parties et que le film, après avoir éludé quelque peu la première, ignore purement et simplement la troisième. Mais force est de constater que c’est bien la deuxième qui constitue le cœur du propos d’Illusions Perdues. Si les premiers chapitres peuvent être vus comme des jalons posés pour préparer la suite, la partie finale ressemble un peu comme un prolongement greffé alors que l’inspiration n’est plus tout à fait là. Du coup, ça nuit quand même globalement à l’équilibre de l’œuvre que l’on quitte bien après le climax de l’intrigue, ce qui dilue largement son impact.
J’ai la prétention d’avoir une culture relativement complète. Mais comme toute culture, elle connaît encore de sérieux trous. Mais peu à peu, je m’efforce de les boucher un à un. En lisant Hypérion de Dan Simmons, j’en ai bouché un de taille dans la rubrique roman culte de science-fiction. Il figurait pourtant dans ma liste de lecture depuis bien longtemps. J’avais donc largement eu l’occasion d’imaginer ce que pouvait bien être l’histoire qui sous-tend cette saga. J’étais cependant loin de m’attendre à cela.
Hypérion est le premier volet d’une histoire en quatre parties, formant deux paires qui se complètent. Il a donc la charge de nous introduire dans un univers et de nous présenter les personnages. Il assume pleinement cette tâche et on peut même dire qu’il s’y consacre pleinement. En effet, le récit se décompose principalement en sept sous-récits, un par personnage, chacun nous racontant qui il est et pourquoi il se retrouve là où le récit principal se déroule. Cela pourrait donc se montrer particulièrement frustrant mais heureusement l’univers décrit se montre suffisamment riche et fascinant pour que l’on apprécie pleinement cette longue phase de découverte. Une longue introduction qui donne fortement envie de connaître la suite.
Si l’Inspecteur Maigret hante le plus souvent les rues de Paris, il lui arrive parfois d’aller exercer ses talents dans d’autres lieux. Parfois en France et même donc parfois à l’étranger comme dans Un Crime en Hollande, écrit en 1931. Le titre est assez explicite pour comprendre que l’enquête ne se déroule pas en France, même si elle concerne un ressortissant tricolore, ce qui justifie le déplacement (ce n’est pas l’élément le plus convaincant de l’histoire). Un roman de la série des Maigret quelque peu singulier, où Georges Simenon se prend quelque peu pour Agatha Christie.
Dans Un Crime en Hollande, l’Inspecteur Maigret se prend un peu pour Hercule Poirot. Un meurtre, une maison, et beaucoup de personnages qui la fréquentent. Il va examiner leur culpabilité potentielle un à un avant d’aboutir sur le nom du coupable. Le romancier belge nous décrit le processus avec moins de maestria que son homologue anglaise, mais il s’en sort tout de même avec l’immense talent qu’on lui connaît. Ce classicisme met le lecteur dans une zone de confort, mais empêche tout réelle surprise.
Attention dans cette introduction, je vais divulgâcher ! Donc si un jour vous comptiez lire les Braises de Sandor Márai, vous pouvez vous arrêtez là. Au moins, je vous aurais prévenu. C’est bon ? Vous êtes toujours là ? Ok, j’y vais ! Derrière toute histoire d’hommes, il y a une femme. Voilà un beau cliché un rien sexiste, mais qui prend tout son sens dans ce roman. Une histoire qui nous raconte les retrouvailles entre deux amis d’enfance qui se retrouve après 40 ans de séparation. La véritable raison de cette dernière ne se révélera que dans les dernières pages. Et vous aurez compris la nature de cette raison…
Mais avant cela, le roman, relativement court, aborde bien d’autres sujets. Les Braises dresse aussi le portrait d’une époque, la fin du XIXème siècle, dans l’Empire Austro-hongrois. Il le fait à travers l’opposition entre la monarchie conservatrice et une petite bourgeoisie qui aspire à une certaine liberté. On peut croire alors que Sandor Márai cherche à nous offrir une fresque historique. Mais peu à peu, le récit prend des allures plus intimes et le roman change de nature. Tout ceci se fait avec beaucoup d’habileté pour donner au tout une grande cohérence malgré tout. Le procédé narratif se voit, mais le lecteur se laisse faire et balader avec beaucoup de plaisir.
Depuis cinq ans et demi que je travaille dans le quartier des Halles, Edouard Baer est devenu la célébrité que j’aurais le plus vue dans ma vie, puisque je le croise très régulièrement. Mais avant cela, j’avais déjà eu la chance de le voir en vrai, non pas à la terrasse d’un café, mais sur scène. Car il ne brille pas qu’à la télévision ou au cinéma, il étincelle aussi au théâtre, jouant des textes qu’il écrit lui-même. Et cette fois-ci, il a décidé de le publier et d’en faire un livre. Dans son avant-propos, il explique l’importance de cette démarche. Et ceux qui n’ont pas eu la chance de voir Les Elucubrations d’un Homme Soudain Frappé par la Grâce seront ravis de cette séance de rattrapage littéraire.
Lire Les Elucubrations d’un Homme Soudain Frappé par la Grâce revient à se heurter aux limites inhérentes à la lecture des textes de théâtre. Mais quand on connaît assez bien Edouard Baer, quand on connaît sa diction, son ton, son style unique, on a l’impression de l’entendre en personne quand nos yeux parcourent les pages. Et du coup, la magie opère malgré tout. Peut-être pas avec la même force que s’il était vraiment devant nous, mais avec suffisamment pour prendre du plaisir à parcourir ces pages. Un plaisir assez bref, puisque tout ceci se lit assez vite. Mais c’est bien connu, ce n’est pas la longueur qui compte.
Entre l’Histoire et l’histoire, la frontière est parfois fine, quand un auteur décide d’amener son lecteur à remonter le temps. Souvent, l’intention est claire. Partager une pure fiction ou bien reconstituer le plus fidèlement possible les événements de l’époque. Un romancier n’est pas un historien. Mais il arrive que la séparation soit beaucoup moins nette. Voire même carrément floue. C’est le cas avec le Royaume d’Emmanuel Carrère. Une œuvre relativement inclassable qui nous emmène sur les traces des premiers chrétiens. Et de la vie personnelle de l’auteur.
Le Royaume est donc un roman aux multiples dimensions. Est-ce d’ailleurs réellement un roman ou un essai ? Le souci est qu’à force d’être beaucoup de choses, ce livre n’est au final rien de vraiment abouti. L’introspection personnelle de l’auteur n’est pas des plus passionnantes et occupe principalement les premières pages. Ensuite, on entre dans un récit qui n’est ni vraiment celui d’un romancier et sûrement pas celui d’un historien. Emmanuel Carrère se définit lui-même comme un enquêteur. Mais cela ressemble à une façon de se dédouaner et de justifier le fait qu’il est simplement un romancier qui joue aux historiens, sans en être un.
A travers cette critique, je ne vais pas contribuer à l’éternel débat autour de l’adage « le livre est toujours mieux que le film »… Pourtant, elle s’y prêterait particulièrement puisqu’il s’agit ici de parler du Nom de la Rose, dont l’adaptation cinématographique figure parmi mes films culte. Je l’ai vu un certain nombre de fois (enfin pas plus de cinquante fois comme Star Wars quand même…). Cela a forcément influé mon jugement, mais je vais tenter de m’en affranchir. Surtout que ce roman est d’assez grande qualité pour mériter qu’on s’y intéresse pour lui-même, sans penser à chaque page au visage de Sean Connery. Bon, j’avoue, personnellement, il m’est quand même apparu régulièrement.
Par contre, je veux bien contribuer à un autre débat, en apportant une réponse définitive. Le Nom de la Rose est-il un polar ou un roman historique ? Pour moi, il s’agit avant tout incontestablement d’un excellent polar. L’époque, le décor, tout cela est bien au service d’une enquête qui ressemble fort à celles menées par les plus grands détectives de la littérature. Je concède éventuellement le terme de polar historique, mais il s’agit tout de même d’un roman d’une autre trempe que la plupart des œuvres que l’on retrouve dans la collection Grands Détectives de 10/18. Même si je suis bien incapable de mesurer à quel point le récit parvient à maintenir un réel suspense sur le fin mot de l’histoire, puisque je le connaissais depuis le début.
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