Après un deuxième et un troisième épisode qui m’avait laissé quelque peu sur ma faim, le quatrième volet de la saga de l’Assassin Royal, le Poison de la Vengeance, m’a pleinement redonné envie de poursuivre les aventures de Fitz à travers les intrigues qui secouent les Six-Duchés. Un épisode qui justifie donc pleinement l’immense succès de cette saga, avant que Le Trône de Fer ne vienne écraser toute concurrence.
Le Poison de la Vengeance se recentre fortement sur le personnage principal de la saga, nous faisant partager ses doutes et des interrogations alors qu’il se situe devant des choix cruciaux pour la suite. Bien sûr tout cela se fait à travers des péripéties nombreuses et variées, beaucoup d’aventures et d’action. Cependant, l’Assassin Royal repose avant tout sur des histoires d’intrigues et de tensions entre des personnages qui tiennent le destin d’un monde entre leurs mains. Mais cet épisode est parcouru d’un souffle beaucoup plus fort et entraînant que les deux précédents.
Au final le Poison de la Vengeance permet à la saga de réellement se relancer car l’ensemble des cartes sont rebattues. On tire les conséquences des événements précédents et les protagonistes se replacent pour prendre en compte ces nouveaux rapports de force. Cela laisse le lecteur à la fin de ce roman plein d’impatience pour une suite qui s’annonce particulièrement prometteuse.
Le temps qui passe est la seule chose à peu près inexorable dans l’existence, avec la victoire de l’Allemagne lors de la Coupe du Monde de football. Au cinéma, il avance souvent de manière artificielle et se lit sur le visage des acteurs à grands coups de maquillage. Richard Linklater a refusé cette supercherie en se lançant dans un projet un peu fou. Tourner un film sur douze ans avec les mêmes acteurs. Le résultat donne un très beau film, Boyhood.
Boyhood se focalise principalement sur l’histoire du jeune garçon interprété par Ellar Coltrane, qui aura débuté le tournage à l’âge de 6 ans pour l’achever alors qu’il en avait 18. Il s’agit donc un film sur l’enfance et l’adolescence, mais beaucoup plus largement sur les rapports familiaux et j’ai envie de dire sur la vie en général… Oui, je sais, c’est assez ambitieux comme sujet, mais cela résume assez bien un film qui ne cherche pas à raconter quelque chose d’extraordinaire, simplement à nous faire partager une tranche de vie.
Paradoxalement, ce qui aurait pu être la principale limite de Boyhood devient sa plus grande force. Bien sûr, le film nous propose quelques péripéties et la vie de cette famille n’est pas toujours de tout repos. Mais Richard Linklater a su résister aux sirènes du spectaculaire et du dramatique à outrance. Si par exemple, personnellement, je ne peux pas m’identifier à cette famille qui ne ressemble pas du tout à la mienne, au moins j’ai eu l’impression de partager vraiment une histoire qui aurait pu être la mienne ou celle d’un proche. On partage avec une force étonnante le petit souffle nostalgique qui traverse ce film, qui nous renvoie forcément à notre propre parcours et à notre propre perception du temps qui passe.
Toutes ces qualités font que le spectateur n’a par contre aucune notion du temps qui passe en regardant ce film. Boyhood dure pourtant un peu moins de 3 heures, mais jamais on ne s’ennuie. On est littéralement porté par la réalisation pleine de douceur et de sensibilité. L’histoire avance constamment et ne s’attarde jamais très longtemps à une même époque. Ce qui compte c’est encore et toujours l’évolution des personnages à travers le temps. Et on arrive au bout du voyage en regrettant qu’il s’achève, tant on voudrait continuer à suivre le parcours de ce jeune garçon auquel on s’est profondément attaché.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : IFC productions, Detour Filmproduction
Distribution : Diaphana
Réalisation : Richard Linklater
Scénario : Richard Linklater
Montage : Sandra Adair
Photo : Lee Daniel, Shane F. Kelly
Décors : Rodney Becker, Gay Studebaker
Musique : Coldplay, George Harrison, Daft Punk, Aaliyah, Blink 182, The Hives
Aujourd’hui, on tape dans les valeurs sûres, entrecoupées d’une découverte méconnue. En effet, je commencerai ce petit billet musical en vous parlant de Give Till It’s Gone, album de Ben Harper sorti en 2011. Ce dernier s’ouvre par un morceau rock particulièrement suave, Don’t Give Up on Me Now, qui accroche de suite l’oreille et vous permet de rentrer immédiatement au cœur de l’album. Tout le reste se distingue par une maîtrise de tous les instants, mais aussi une conviction et une énergie toujours prononcées. Ben Harper fait étalage de toutes les possibilités offertes par sa voix, qui nous emmènent aussi bien dans les graves que dans les aiguës. Cependant, tout n’est pas parfait, même chez un tel artiste, puisque l’album reste un rien inégal, avec un titre sur trois environ quelque peu transparent.
On enchaîne avec un groupe nettement plus méconnu, Destroyer, et leur album au nom quelque peu surprenant : Kaputt. Ce groupe canadien connaît pourtant une longue carrière qui dure depuis près de 20 ans désormais. Et il est regrettable que la notoriété n’ait pas frappé plus vivement à la porte de cette formation qui navigue entre la pop et le jazz. Les rythmes sont chaloupés et la production est assez intimiste et chaleureuse. Kaputt est d’une qualité relativement homogène, sans réel titre phare, mais pour autant jamais monotone. Cependant, le résultat manque quand même parfois quelque peu de relief.
On finit avec What Did You Expect From the Vaccines ? du groupe The Vaccines. Il s’agissait du premier album de cette formation rock britannique, tout ce qu’il y a de plus classique (un chanteur, un guitariste, un bassiste, un batteur) qui connaîtra une réelle consécration, un an plus tard en 2012, avec leur second opus, Come of Age. En attendant, celui qui nous intéresse nous propose un rock au son plutôt rétro, mais surtout très énergique. Les morceaux sont tous de grande qualité. J’ai personnellement une affection particulière pour le titre Norgaard.
Aller voir la suite d’un grand succès expose le spectateur à deux sentiments contradictoires. Tout d’abord, il sait qu’il sera forcément déçu car il est quand même extrêmement rare qu’un deuxième volet arrive à posséder assez de qualités nouvelles et fortes pour compenser totalement l’absence d’effet de surprise et de joie de la découverte. N’est pas Toys Story qui veut ! Mais à l’inverse, il est aussi heureux de retrouver des héros, un univers qui lui ont plu une première fois et pour lesquels il ressent une réelle affection. Dragons 2 est l’illustration parfaite de cette ambivalence.
Dragons 2 est un divertissement agréable où l’on recroise avec un vrai plaisir les protagonistes et le décors qui nous avaient tant charmé la première fois. Le récit est effectivement plaisant, rythmé, les péripéties nombreuses. On a même droit à un vrai moment d’émotion qui tirera sûrement une larme aux plus endurcis d’entre nous. Graphiquement, l’animation est toujours aussi fluide et les dessins possèdent toujours ce petit rien de personnalité qui donne vraiment vie aux personnages et contribuent fortement à nous les rendre si sympathique.
Cependant, Dragons 2 reste tout de même un divertissement mineur, alors que le premier volet était une vraie perle. Les éléments nouveaux sont réussis, mais ne provoquent pas cet émerveillement qui fait toute la différence. L’histoire est loin de posséder le souffle épique du premier volet et si le combat final est quand même très prenant, le film est globalement assez conforme à ce qu’on pouvait attendre. Bref, les auteurs ont repris tout ce qui avait fait leur succès, mais l’absence de réelle prise de risque et de volonté forte d’innover donne une petite impression d’assoupissement sur lauriers.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique :
Production : DreamWorks Animation SKG
Réalisation : Dean DeBlois
Scénario : Dean DeBlois, d’après le livre de Cressida Cowell
Alors que l’avenir des studios Ghibli est en suspens avec la retraite de ses deux créateurs, il nous livre cependant une nouvelle petite merveille avec le Conte de la Princesse Kaguya. Une petite merveille qui apporte un souffle de fraîcheur et d’originalité sur une animation japonaise qui ne se limite donc pas au style Miyazaki. Une petite perle émouvante et pleine de sensibilité.
Le Conte de la Princesse Kaguya possède un style visuel loin des standards actuels, qui rappelle plutôt les illustrations dessinées à la main, ornant les beaux livres d’enfants. Le résultat est vraiment beau et les couleurs pastelles font l’effet d’une caresse sur l’œil. Cela nous change des couleurs criardes qui nous entourent au quotidien. L’ambiance ainsi crée colle parfaitement à l’histoire et l’émotion surgit ainsi aussi bien de l’image que de l’histoire.
L’histoire justement est elle aussi très belle. Certes, il y a quelques longueurs, mais quantité négligeable face à la sensibilité d’un récit touchant, empli d’une naïveté qui n’a rien d’enfantine. Le Conte de la Princesse Kaguya n’a pas usurpé son statut de « conte ». Il est à fois universel et d’une vraie force dramatique. Le spectateur se laisse totalement porté par ce spectacle qui redonne une étonnante modernité à des éléments visuels et narratifs semblant pourtant sorti d’une époque révolue. Cette petite touche de nostalgie mélancolique apporte l’ultime petit pincement au cœur qui rend ce film unique et merveilleux.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Studio Ghibli , KDDI, Buena Vista Home Entertainment, Toho, NTV, Mitsubishi
Je n’ai pas honte d’avouer que j’apprécie souvent les grosses bonnes comédies américaines premier degré, qui ont souvent la grande qualité de proposer une densité de « gags » qui permettent d’enchaîner les fous rires et d’oublier les moments plus faibles. La seule chose qui me pose toujours un petit problème, c’est le passage quasi obligé par l’humour scatologique, à base de pets ou de diarrhée. Et ça, quelque soit la manière dont cela est amené, cela ne me fait jamais rire ! Ainsi, j’aurais pu faire preuve d’une certaine indulgence envers les défauts de Albert à l’Ouest. Mais trop de pipi caca tue le pipi caca.
Pourtant, on retrouve dans Albert à l’Ouest, ce qui nous avait fait aimer Ted, le précédent film de Seth McFarlane. Ce dernier arrive une nouvelle fois à faire exploser tous les clichés du cinéma hollywoodien (ici les westerns, mais pas que) en les poussant à l’extrême pour les ridiculiser. Le tout est fait sans aucune retenue, en appuyant avec une outrance assumée là où ça fait mal. Cela marche souvent et ce serait mentir si je niais le fait que ce film a provoqué chez moi des éclats de rire nombreux et intenses. Mais ils sont restés comme des éclairs au sein d’un film globalement raté.
Car si certains gags fonctionnent, Albert à l’Ouest comporte surtout beaucoup de débuts de bonnes idées très mal exploitées. Le côté scato trop prononcé montre bien que Seth McFarlane n’a pas compris que savoir s’affranchir des limites du bon goût pour faire rire demande paradoxalement souvent une vrai sens de la subtilité. Or rien ne marche vraiment dans ce film, que ce soit l’intrigue ou les personnages, qui ne font qu’étirer cette comédie de près de deux heures, sans lui donner le moindre intérêt. Là encore, la comparaison avec Ted enfonce totalement cette tentative ratée de renouveler ce beau succès. Bref, il n’y a pas qu’Albert qui soit à l’Ouest…
LA NOTE : 7/20
Fiche technique :
Production : Universal Pictures, MRC, Fuzzy Door, Bluegrass Films
Distribution : Universal Pictures International France
En cet été 2014, les grands réalisateurs se font plaisir. Après Clint Eastwood et son Jersey Boys, voici un film « mineur » mais très plaisant signé Ken Loach, Jimmy’s Hall. Un film que j’ai eu l’honneur de voir en projection privé… Je ne comprends pas du tout pourquoi j’étais le seul à avoir l’idée de me lever pour aller au cinéma à 10h un dimanche matin à StQuentin-en-Yvelines. Visiblement, tout le monde avait préféré aller à la messe ce jour-là, je ne vois pas d’autre explication.
On reconnaît un très grand réalisateur à sa faculté à nous offrir d’excellents films, même quand il ne s’agit pas d’une pièce majeure de leur filmographie. Jimmy’s Hall reste un film parfaitement réalisé, avec une direction d’acteurs toujours aussi formidable, et un sens de la narration qui nous permet d’entrer très vite dans l’histoire et de la traverser avec un plaisir et un intérêt constants. Bref, une qualité inaccessible pour beaucoup, mais qui constitue le minimum que l’on attend d’un réalisateur au deux Grands Prix du Jury et une Palme d’Or à Cannes.
Alors qu’est ce qui manque à Jimmy’s Hall pour être un grand film ? Sûrement un sujet un peu moins anecdotique. Ken Loach signe toujours un film au fond social ou historique. On se situe ici dans la deuxième catégorie, avec comme décor les suites de la guerre civile qui a suivi l’indépendance de l’Irlande. Or, cette histoire de dancing est loin d’avoir la dimension de celle de le Vent se Lève (qui lui a valu sa Palme d’Or) par exemple. Elle reste cependant plaisante, avec des personnages particulièrement attachants pour un vrai plaisir cinématographique.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique :
Production : Sixteen Films, Element Pictures, Wild Bunch / Why Not Productions
Le premier tome, Les Machines de Dieu, avait été pour moi une bonne surprise. La suite, Deepsix, ne peut déjà plus vraiment être une surprise, puisque c’est une suite, même si le récit est relativement indépendant du premier. Reste à savoir s’il reste tout de même le « bonne ». Mon avis est plutôt partagé sur ce point là, même si ce roman reste incontestablement agréable à lire.
En plus du plaisir de la nouveauté, Deepsix manque aussi un peu d’épaisseur. On se retrouve avec un récit très linéaire quand le premier volet était composé de deux parties très différentes. Nous sommes face à un récit d’aventure plaisant, type groupe perdu dans un milieu inconnu et parfois hostile, mais qui ne comporte pas la même part de mystère et d’ésotérisme que Les Machines de Dieu. Il ne faut évidemment pas forcément comparer les deux romans, mais le lecteur est forcément un peu déçu de ne pas retrouver tout ce qui lui avait fait apprécier le premier épisode. Surtout qu’il espère tout au long du récit que ce dernier prenne enfin l’épaisseur attendu. On en reste malheureusement au simple stade du divertissement littéraire… ce qui est déjà pas mal, je l’accorde volontiers.
Surtout que la plume de Jack McDevitt reste agréable, mais est un peu moins claire ici que pour les Machines de Dieu. Décidément, je ne peux m’empêcher de comparer les deux volets… Enfin, globalement, ça reste plutôt pas mal pour de la science-fiction. On regrettera simplement qu’on se perde un peu parfois entre les personnages et leurs rôles respectifs dans l’intrigue. Bien sûr, au fur et à mesure du récit, on finit par cerner tout le monde, mais une exposition plus claire aurait permis d’apprécier pleinement ce récit d’aventure certes anodin, mais pas désagréable.
Plus tard, dans la vie, je serai George Clooney. Enfin, si vraiment ce n’est pas possible, je veux bien être juste Viggo Mortensen. Parce que bon, être Viggo Mortensen permet de se la raconter un peu en rappelant qu’on a quand même été Aragorn, ce dont même George ne peut pas se vanter ! Et comme si nous n’en étions pas encore convaincu, il nous démontre avec The Two Faces of January qu’il fait partie des acteurs les plus débordants de classe de tout le cinéma actuel.
Evidemment, un seul acteur ne fait pas un film et Two Faces of January a bien d’autres arguments à faire valoir. Déjà une histoire prenante, parfaitement construite et maîtrisée. Mêlant intrigue policière, triangle amoureux, ambiguïté aiguë des personnages, on a là tous les ingrédients d’un très bon film noir. Sauf qu’il se déroule sous une lumière et un soleil éclatants. Adaptation d’un roman de Patricia Highsmith, ce film tire son intérêt des contrastes qu’il propose, le tout porté par une réalisation plutôt brillante de Hossein Amini, qui quitte là pour la première fois son simple rôle de scénariste (il a signé celui de Drive notamment).
Le casting de The Two Faces of January ne se résume pas non plus au seul Viggo Mortensen, aussi brillantissime soit-il. Kirsten Dunst est égale à elle-même, ce qui constitue en soi un magnifique compliment. Quant à Oscar Isaac, il confirme après Inside Llewyn Davis des frères Coen, qu’il possède le talent et les épaules pour les premiers rôles, même le plus difficiles. Il contribue largement à rendre ce film aussi brillant que convaincant.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Timnick Films, InC Productions, StudioCanal, Working Title Films
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Hossein Amini
Scénario : Hossein Amini, d’après le roman de Patricia Highsmith
Vous avez toujours rêvé de visiter la Chine ? Vous trouvez que c’est un pays merveilleux, plein de promesses et de trésors à découvrir ? Vous brûlez d’aller à la rencontre de sa population qui, à n’en pas douter, vous enrichira de sa différence et de ses valeurs ? Et bien c’est que vous n’avez pas vu cette année ni A Touch of Sin, ni Black Coal. Ce dernier est un polar bien noir qui vous plonge une nouvelle fois dans les profondeurs d’une société violente et cruelle.
Black Coal est révélateur d’un nouveau cinéma chinois. Sur le fond, il n’élude aucun aspect sociétal et brosse un portrait au vitriol et très certainement réaliste du pays. Sur la forme, il fait la synthèse entre le style traditionnel (rythme de narration lent et un rien contemplatif) et une réalisation occidentale plus nerveuse et dynamique. Le spectateur occidental n’en apprécie que mieux le spectacle proposé, partagé entre dégoût et fascination.
Au-delà de tout ça, Black Coal reste un polar noir… j’ai presque envie de dire à la française. En effet, il laisse une grande place aux personnages et à leurs relations, en dehors de la simple résolution d’une intrigue policière. Mais tous ces éléments additionnent pour donner un film riche et parfaitement maîtrisé aussi bien au niveau de la narration que de la réalisation. Un Ours d’Or du Festival de Berlin amplement mérité !
Commentaires récents