THE GRANDMASTER : In the mood for kung-fu

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thegrandmasterafficheSi Bruce Lee est parfois considéré comme le maître absolu des arts martiaux, lui-même a eu un maître, Yip Man, qui lui a permis de devenir ce qu’il a été. Le film The Grandmaster nous raconte son histoire, de manière certes très romancée. Il s’agit donc bien d’un film de kung-fu, réalisé par Wong Kar-wai, monsieur In the Mood For Love. Autant vous dire qu’il y a nettement plus d’action que dans ce dernier, mais on y retrouve tout l’esthétisme de ce réalisateur et un rythme de narration assez asiatique. Le spectacle proposé à quelque chose de fascinant et d’envoûtant, combien même on est loin des combats épiques et hyper spectaculaires d’un Tigre et Dragon.

En effet, le kung-fu de The Grandmaster est surtout du kung-fu de salon, ce qui ne veut pas dire que les protagonistes se battent en restant assis dans un canapé. Ici, le combat est un art qui est affaire de gentlemen. On le fait pour l’honneur, la gloire, mais avec toujours un grand respect de son adversaire. Et celui qui ne respecte pas cet état d’esprit (parce qu’il y a forcément un méchant arriviste dans ce genre de film) finira par être châtié. Ce film nous expose avant tout la philosophie qu’il y a derrière cette culture, ce qui donne des dialogues parfois un peu abscons, mais terriblement dépaysants. Certes, le scénario manque un peu de corps, mais la forme compense largement les petites faiblesses du fond.

thegrandmasterEn effet, les scènes de combat constituent de superbes chorégraphies, malgré leur caractère ici très épuré. La caméra de Wong Kar-wai a cette magnifique faculté à saisir les émotions par la beauté des images et il le prouve encore une fois ici. Comme pour In The Mood for Love, son talent nous préserve de l’ennui, où on aurait immanquablement plongé avec un réalisateur moins brillant. Voilà un film dont il faut savoir se laisser imprégner en oubliant l’espace de deux heures ses références occidentales. Le cinéma de Wong Kar-wai est à la frontière entre ces deux mondes et il n’en est que plus riche.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Jet Tone Films, Sil-Metropole Organisation, Block 2 Pictures, Bona International Film Group
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Wong Kar Wai
Scénario : Wong Kar Wai
Montage : William Chang
Photo : Philippe Le Sourd
Format : 35 mm
Décors : William Chang Suk Ping, Alfred Yau Wai Ming
Musique : Shigeru Umebayashi
Durée : 120 mn

Casting :
Tony Leung : Ip Man
Zhang Ziyi : Gong Er
Chang Chen : The Razor
Zhao Benshan : Ding Lianshan
Xiao Shengyang : San Jiang Shui
Song Hye Koye : Zhang Yongcheng
Zhang Jin : Ma San
Lo Hoi Pang : Oncle Deng
Wang Qingxiang : Maître Gong Baosen

L’EUROPE (DU FOOTBALL) EST ALLEMANDE

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bayernJe ne crois pas faire injure au FC Barcelone en commençant à rédiger cet article alors qu’il reste encore un quart d’heure à jouer. Je doute fort qu’il puisse dans ce laps de temps marquer 7… ah bah non 8 buts… Bref, la finale de la Ligue des Champions sera 100% allemande, ce qui constitue une surprise inattendue… bien que toutes les circonstances étaient réunies pour arriver à un tel dénouement.

Evidemment, la domination de l’Allemagne sur l’Europe du football va donner lieu à de multiples parallèles avec la débats qui animent actuellement les sphères politico-économiques. On pourrait facilement avancer qu’il n’y a pas de rapport entre les deux, mais ce n’est pas si sûr. La réussite du Bayern et de Dortmund ne sort pas de nul part et certainement pas d’un coût du travail ou d’une fiscalité particulièrement avantageux. Sans vouloir me lancer dans une analyse approfondie des raisons de la compétitivité allemande, je fais tout même partie de ceux fermement convaincus qu’elle vient avant tout d’une meilleure compétitivité hors-coût.

La mode est à comparer la France et l’Allemagne en économie. Plions-nous à l’exercice concernant le football. En 1998, la France a organisé une Coupe du Monde. Elle en a profité pour effectuer une modernisation a minima de ses stades. 8 ans plus tard, la même compétition Outre-Rhin s’est déroulée dans une série de stades profondément rénovés, merveilleux outils de travail pour des clubs qui en profitent depuis pleinement. A tel point que notre pays a cherché à tout prix à organiser l’Euro 2016 pour faire de même. Le problème est que la crise est passée par là et l’argent public manque désormais cruellement dans notre pays et l’écart entre les deux pays sera loin d’être totalement comblé. Bref, on a laissé passer le train et on est là à courir derrière…

Mais si les stades sont pleins en Allemagne, ce n’est pas uniquement parce qu’ils sont confortables. C’est aussi parce qu’on a la garantie d’y assister à un spectacle… spectaculaire. Années après années, la Ligue 1 reste le grand championnat européen où l’on marque le moins de buts, quand la Bundesliga remporte quasiment toujours ce classement. Cela n’a rien à avoir avec la faiblesse techniques de nos attaquants (c’était déjà le cas avant l’arrêt Bosman), ni la supériorité supposée de nos gardiens, mais c’est simplement une question de mentalité. Pour faire un bon match, il faut être deux et vu le nombre d’entraîneurs de notre pays qui ne payent visiblement jamais leur place pour voir jouer leur propre équipe, on n’est que trop rarement incité à se déplacer en masse vers les stades de Ligue 1.

Les clubs français sont particulièrement efficaces quand il s’agit de hurler contre la fiscalité ou la baisse des droits télé. Mais ils devraient déjà se donner les moyens de remplir leurs stades, moyen le plus sain pour augmenter leurs recettes, avant de chercher des excuses à l’extérieur. Peut-être alors, nous aurons une chance de voir une finale de Ligue des Champions franco-française… Mais on sait déjà que ça ne sera pas demain la veille.

PROMISED LAND, LE TEMPS DE L’AVENTURE : Leçons de cinéma

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promisedlandafficheIl y une dizaine de jours, j’ai pu assisté une double leçon de cinéma. La première, avec Promised Land, était une illustration magistrale… de ce qui ne faut pas faire. Ceux qui comparent ce film avec Erin Brokovich devrait revoir le film de Steven Soderbergh avant de lui faire ainsi injure. En effet, le scénario apparaît pendant plus d’une heure complètement cousu de fil blanc et on ne doute pas une seule seconde d’où tout cela va nous amener. Puis viens quand même un vrai rebondissement, une surprise que je n’ai pas venu venir. Le souci ? C’est qu’on arrive quand même à la conclusion attendue, sans en avoir dévié le moins du monde. Bref, la pertinence de la cause défendue par ce film ne peut faire oublier la médiocrité du scénario.

Pendant une petite heure, Le Temps de l’Aventure représente lui aussi une vraie leçon de cinéma. Le thème du cours : comment raconter une histoire rien qu’en filmant les personnages, leurs expressions et leurs regards ? Une démonstration magistrale de la manière dont l’image joue par elle-même un rôle central dans le 7ème art, au-delà du scénario et des dialogues qui peuvent se décliner au théâtre ou dans un livre. Mais jamais le film ne devient purement contemplatif (il y a bien des dialogues, je vous rassure), car cette splendide mise en scène contribue au contraire à créer une vraie tension narrative et un vrai suspense.

letempsdelaventureafficheLa dernière partie de Le Temps de l’Aventure est par contre plus délicate. Une fois que les amants ont consommé, il est vrai que Jérôme Bonnell a quelque peu épuisé son sujet. Alors il meuble jusqu’à atteindre une durée de long métrage. Il nous offre notamment une scène chez la sœur de l’héroïne très drôle, mais dont on se demande ce qu’elle vient faire là et quel est le rapport avec le sujet. L’intensité retombe donc un peu, mais jamais on ne s’ennuie car la tension née auparavant ne disparaît jamais complètement jusqu’à un dénouement qui reste incertain jusqu’au bout.

Et puis, Le Temps de l’Aventure constitue une occasion d’admirer tout le talent d’Emmanuelle Devos. Rien que pour ça, passer 105 minutes dans une salle obscure se justifie pleinement tant son talent et sa justesse sont époustouflants.

LES NOTES :
Promised Land : 9/20
Le Temps de l’Aventure : 13/20

PROMISED LAND
Fiche technique :
Production : Focus Features, Imagenation Abu Dhabi, Participant Media, Pearl Street Films
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Gus Van Sant
Scénario : Matt Damon, John Krasinski, d’après une histoire de Dave Eggers
Montage : Billy Rich
Photo : Linus Sandgren
Décors : Daniel B. Clancy
Musique : Danny Elfman
Durée : 106 mn

Casting :
Matt Damon : Steve Butler
Frances McDormand : Sue Thomason
Rosemarie DeWitt : Alice
John Karisnski : Dustin Noble
Hal Holbrook : Frank Yates
Lucas Black : Paul Geary
Scott McNairy : Jeff Dennons

LE TEMPS DE L’AVENTURE
Fiche technique :
Réalisation : Jérôme Bonnell
Scénario : Jérôme Bonnell
Photographie : Pascal Lagriffoul
Son : Laurent Benaïm, Julie Brenta, Emmanuel Croset
Montage : Julie Dupré
Musique : Antonio Vivaldi, Giuseppe Verdi
Décors : Anne Bachala
Costumes : Carole Gérard
Producteur : Édouard Weil
Durée : 105 minutes

Casting :
Emmanuelle Devos : Alix
Gabriel Byrne : L’homme
Gilles Privat : Rodolphe
Aurélia Petit : Diane
Laurent Capelluto : Olivier
Françoise Lebrun : La mère (voix)
Denis Ménochet : Antoine (voix)
Sébastien Pouderoux : Jeune homme casting
Olivier Broche : L’administrateur de la troupe

TANGOS FOREVER

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tangosLes grandes équipes ne meurent jamais, c’est bien connu, tous fans de sport vous le diront. Bon, sauf évidemment, quand elles meurent, mais telle n’est pas la question… Bourges Basket fait définitivement partie de ces équipes auxquelles le succès colle encore et encore à la peau. En renversant totalement la situation par deux victoires à Montpellier, après une défaire initiale dans le Berry, les filles de Valérie Garnier, ont remporté leur 12ème titre de championne de France depuis l’arrivée du club au sommet, en 1995.

Si les compétitions de basket répondaient au même fonctionnement que le football, Montpellier aurait été logiquement sacré. Mais en basket, on est champion à l’issue d’une finale qu’il faut remporter, quelle que soit la domination que l’on a exercé pendant le reste de la saison. Les filles de Valérie Demory peuvent donc ressentir un petit sentiment d’injustice, surtout après un premier match qui avait semblé confirmer leur domination. Mais voilà, Bourges avait des ressources que Montpellier ne possède pas.

Les filles de Montpellier ont eu le bras qui tremble au moment de l’emporter, c’est incontestable. Leur pourcentage d’adresse particulièrement famélique lors deux dernières rencontres tient bien sûr de la qualité de la défense berruyère, mais aussi forcément d’une forme de fébrilité. Gagner s’apprend et le club héraultait aura payé cher son apprentissage. La culture de la gagne dont on parle souvent n’est pas un mythe, surtout dans un sport qui demande autant d’adresse et autant de sang-froid.

Alors les meilleures ont-elles gagné ? Les mérites de Montpellier sont immenses et son collectif était sûrement le mieux huilé. Bourges, de son côté, a connu une saison particulièrement marquée par les blessures à répétition de joueuses majeures. Du coup, jamais l’équipe n’a pu exprimer une puissance collective sur la durée. Mais quand il a fallu hisser son niveau de jeu, que ce soit en phase finale de Coupe d’Europe ou en finale du Championnat de France, les individualités ont répondu présentes, en premier lieu l’épatante Céline Dumerc, et ont la fait la différence… Toute la différence…

J’ai avec ce club, cette équipe une relation affective qui me poursuivra toujours. Et tant que les filles de Bourges me permettront de vivre de tels moments, cette flamme ne sera pas prête de s’éteindre !

COUCHE DANS LE PAIN (Chester Himes) : Confusion à Harlem

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couchedanslepainUn avis court mais suffisant sur un polar de Chester Himes, écrivain afro-américain à une époque où cela n’était pas facile de l’être, écrit en 1959 et intitulé Couché dans le Pain. L’ambiance y est assez originale, le ton ironique et décalée et les personnages assez fantasques, aussi bien du côté des flics que des voyous. Par contre, j’ai trouvé que le style rendait le récit parfois un peu difficile à suivre. Cela provient peut-être d’une traduction de mauvaise qualité, mais cela est aussi certainement liée au côté fantaisiste du roman. Chester Himes cherche à nous faire partager une ambiance, à créer un décor, celui du Harlem des anénes 50, par son écriture même, mais à force d’écrire comme on parle ou on pense, le lecteur est parfois en manque de repères. Du coup, l’intrigue principale, celle qui constitue toujours le coeur d’une roman policier ne passionne pas vraiment et la conclusion nous arrive dans une certaine indifférence.  Une impression plus que mitigée donc.

MARIAGE A L’ANGLAISE, PERFECT MOTHERS, 11.6 : De la beauté des rides au coin des yeux

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mariagealanglaiseaffichePetit retour sur ma journée ciné du week-end dernier, avec trois films assez différents, aussi bien au niveau de leur sujet, de leur nationalité, mais aussi il faut bien l’avouer de leur qualité.

Commençons par Mariage à l’Anglaise, une sorte d’anti-comédie romantique britannique. S’il nous propose dix dernières minutes plutôt originales et réussies, le résultat est plutôt décevant. Faute à un couple de personnages principaux assez insupportable, entre une femme chaleureuse comme une porte de prison et un mari franchement lourd. Du coup, on comprend très bien pourquoi les sentiments de l’autre s’érode, mais on a bien du mal à s’attacher à eux et se passionner réellement pour leurs problèmes matrimoniaux. Rose Byrne est peut-être une très bonne actrice de série, mais le grand écran fait apparaître clairement les limites de son talent. Heureusement, le duo formé par Simon « The Mentalist » Baker et Anna Faris apporte un peu de charme à cette comédie globalement moyenne.

perfectmothersaffichePerfect Mothers est une production frano-australienne, réalisée par Anne Fontaine, la réalisatrice de Nettoyage à Sec ou encore Coco avant Chanel. L’histoire assez improbable de deux amies d’enfance, quadragénaires, qui se retrouvent chacune à vivre une histoire d’amour avec le fils de 20 ans de l’autre. Mais le film fonctionne cependant grâce à deux choses. Déjà le scénario qui semble pourtant dans un premier temps nous emmener vers une fin prévisible, avant de nous surprendre. Ce genre d’histoire repose en grande partie sur la qualité de sa conclusion et le film aurait été franchement raté si elle n’avait pas été convaincante. Et puis, la seconde raison pour aller voir Perfect Mothers s’appelle Naomi Watts. Une grande, une très grande actrice qui a la bonne idée d’assumer son âge et les rides qui commencent à se former au coin de ses yeux. Elle éclabousse le film de sa classe, de son talent, de son charisme et de sa beauté ! Puisqu’on est en Australie, je dirai que Naomi Watts, c’est Nicole Kidman, sans les liftings.

116Enfin, 11,6 nous raconte l’histoire de Toni Musulin, convoyeur de fonds, qui a défrayé la chronique en 2009, en dérobant 11,6 millions d’euros, dont une partie n’a toujours pas été retrouvée, alors que l’homme purge sa peine de 5 ans de prison. Bien sûr, le film ne nous dira pas où est passé l’argent, mais il dresse un portrait convaincant (même s’il est forcément romancé) de cet homme, que certains ont voulu comparer à Robin des Bois. Il y avait de quoi en faire un personnage de cinéma. Le petit soucis tient à l’histoire déjà connue, qui peine à créer une réelle tension narrative. Du coup, le résultat est un tantinet contemplatif, mais pas inintéressant et plutôt bien foutu. Et puis, François Cluzet démontre une nouvelle fois l’étendu de son talent.

LES NOTES :
MARIAGE A L’ANGLAISE : 09/20
PERFECT MOTHERS : 13,5/20
11.6 : 12/20

MARIAGE A L’ANGLAISE
Fiche technique :
Production : StudioCanal, ACE, Starcrossed Films, Paradis films, TF1 Film production, Working Title Films, LoveFilm International
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Dan Mazer
Scénario : Dan Mazer
Montage : Tony Cranstoun
Photo : Ben Davis
Décors : Simon Elliott
Musique : Ilan Eshkeri
Durée : 97 mn

Casting :

Rose Byrne : Nat
Rafe Spall : Josh
Minnie Driver : Naomi
Anna Faris : Chloe
Simon Baker : Guy
Olivia Colman : Linda

PERFECT MOTHERS
Fiche technique :
Production : Gaumont, Mon voisin productions, Hopscotch Features, Screen Australian Ciné@
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Christopher Hampton, d’après le roman de Doris Lessing
Montage : Luc Barnier, Veinwen Berry
Photo : Christophe Beaucarne
Décors : Annie Beauchamp, Steven Jones-Evans
Musique : Christopher Gordon
Costumes : Joanna Park
Durée : 100 mn

Casting :
Robin Wright : Roz
Naomi Watts : Lil
Ben Mendelsohn : Harold
Xavier Samuel : Ian
James Frecheville : Tom
Sophie Lowe : Hannah

11.6
Fiche technique :
Réalisation : Philippe Godeau
Scénario : Agnès de Sacy et Philippe Godeau, d’après l’œuvre Toni 11,6 : Histoire du convoyeur d’Alice Géraud-Arfi
Décors : Thérèse Ripaud
Costumes : Nathalie du Roscoat
Photographie : Michel Amathieu
Son : Jean-Pierre Duret, Stanislas Moreau et Jean-Paul Hurier
Montage : Thierry Derocles
Durée : 102 minutes

Casting :
François Cluzet : Toni Musulin
Bouli Lanners : Arnaud, convoyeur collègue de Toni
Corinne Masiero : Marion, la compagne de Toni
Juana Acosta : Natalia, la guide de haute montagne, italienne
Johan Libéreau : Viktor
Mireille Franchino : Svetlana
Stephan Wojtowicz : le directeur d’IBRIS
Jean-Claude Lecas : Lepoivron
Éric Bernard : Nabil
Karim Leklou : Bruno Morales

NANA (Emile Zola) : Routine dans la série

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nanaAprès une longue interruption, me voilà reparti dans les Rougon-Macquart d’Emile Zola, avec Nana, 9ème roman de la série. Un roman qui nous entraîne dans le monde du théâtre et de la prostitution. Mais aussi celui qui m’a peut-être le moins convaincu jusqu’alors. En effet, on y retrouve évidemment la démarche naturaliste de l’auteur qui cherche à dresser un portrait précis et exhaustif, pour ne pas dire scientifique, d’une société. Cependant ce coup-ci, tout cela n’est pas porté par un fil rouge narratif très développé. On reste largement dans le contemplatif et on a parfois bien du mal à se passionner pour les évènements qui nous sont décrits.

A force de vouloir faire de son personnage un symbole de la décadence et de la perversion de la société du Second Empire, Emile Zola oublie de nous le faire aimer et de nous permettre de le comprendre. On est loin de l’émotion que nous transmettait Gervaise, la mère de Nana, dans l’Assommoir. Il y a une réelle distance entre le lecteur et le récit, que l’écriture sublime n’arrive pas à combler. On reste froid et ce n’est pas la fin dramatique qui vient changer cela. Elle arrive un peu sans être vraiment justifiée, si ce n’est pour respecter le schéma classique des romans de la série.

JACK LE CHASSEUR DE GEANTS et CLOUD ATLAS : Un spectateur sous influence

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jacklechasseurdegeantsafficheEn fait, je suis quelqu’un de très influençable. J’avais pourtant décidé de ne pas aller voir ni Jack le Chasseur de Géants, ni Cloud Atlas. Et puis, à force de croiser des gens qui les avaient bien aimés (enfin surtout le second), j’ai fini par me laisser convaincre, sans beaucoup de résistance il faut bien l’avouer. Je ne regrette finalement pas d’avoir suivi le mouvement, puisque j’ai passé deux bons moments. Enfin, un meilleur que l’autre quand même.

Si finalement j’ai surmonté les mauvaises critiques presse à propos de Jack le Chasseur de Géants, c’est que j’avais du mal à croire qu’un réalisateur comme Bryan Singer puisse vraiment réaliser une daube absolue. Quand on a à sa filmographie Usual Suspects, on ne peut quand même nous livrer un navet au scénario sans intérêt. Et pourtant… Bon allez, je peux dire que j’ai bien aimé, dans le sens où je ne me suis pas ennuyé une seule minute devant ce divertissement basique, mais tout de même très efficace et consensuel. Mais de la part d’un cinéaste de ce calibre, le manque d’épaisseur de l’intrigue et des personnages constitue tout de même un motif de réelle déception. N’importe quelle réalisateur-carpette à la solde des studios auraient pu signer une telle production qui atteint son but, mais ne dépasse pas du moindre millimètre son statut de pur entertainment pour empiéter sur le terrain de la création artistique.

cloudatlasafficheCloud Atlas a confirmé ce que je pensais de la famille Wachowski (on ne peut plus dire les frères depuis qu’un des deux est désormais une femme…) : beaucoup d’ambition, mais pas tout à fait le talent pour en être à la hauteur. Parti, comme ça, on peut avoir l’impression que je vais dire du mal de ce film. Mais il serait injuste de ma part de critiquer trop vertement un film de près de 3 heures devant lequel je ne me suis absolument jamais ennuyé. 3h c’est pourtant long, mais malgré les faiblesses du scénario, parcouru d’une philosophie mystique obscure, on reste quand même relativement fasciné par cette œuvre originale.

6 histoires en parallèle qui nous emmène du XIXème siècle à un futur a priori lointain, voilà qui pourrait perdre le spectateur. Mais la narration reste toujours claire et d’une qualité assez homogène. On peut parfois s’interroger sur le lien entre les différents fils narratifs, mais on les suit tous avec un réel intérêt. La maîtrise des Wachowski est très imparfaite, mais ils arrivent parfaitement à faire naître une curiosité constante chez le spectateur. Et l’idée de faire intervenir les mêmes acteurs dans chacune des histoires, dans des rôles et des apparences très différentes, est au final un tout petit peu plus qu’un gadget pour cinéphiles. Mention particulière à Hugh Grant en barbare du futur, impossible à reconnaître. Heureusement, l’excellent générique de fin nous présente tous les rôles endossés par chacun des acteurs et le surprises sont nombreuses.

cloudatlasCloud Atlas est la preuve qu’avec de la créativité, de l’énergie et de la foi dans ce qu’on fait (ce qui est incontestablement le cas des Wachowski), on arrive à compenser des petites faiblesses que mépriseraient bien des artistes reconnus mais qui n’inventent plus rien.

JACK, LE CHASSEUR DE GEANTS
Fiche technique :
Production : Warner Bros. Pictures, New Line Cinema, Legendary Pictures, Bad Hat Harry Productions, Original Films
Distribution : Warner Bros. France
Réalisation : Bryan Singer
Scénario : Darren Lemke, Christopher McQuarrie, Dan Studney
Montage : John Ottman, Bob Ducsay
Photo : Newton Thomas Sigel
Décors : Gavin Bocquet
Musique : John Ottman
Effets spéciaux : Hoyt Yeatman
Durée : 110 mn
Casting :
Stanley Tucci : Roderick
Ewan McGregor : Elmont
Eleanor Tomlinson : Isabelle
Nicholas Hoult : Jack
Ian McShane : Le roi
Eddie Marsan : Crawe

CLOUD ATLAS
Fiche technique :
Production : Cloud Atlas prod., X-Filme Creative, Anarchos Pictures, ARD Degeto Film, Ascension Pictures, Five Drops, Media Asia Grou
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Tom Tykwer, Andy Wachowski, Lana Wachowski
Scénario : Tom Tykwer, Andy Wachowski, Lana Wachowski, d’après le roman de David Mitchell
Montage : Alexander Berner
Photo : Frank Griebe, John Toll
Décors : Hugh Bateup, Uli Hanisch
Musique : Reinhold Heil, Johnny Klimek, Tom Tykwer
Durée : 172 mn
Casting :
Tom Hanks : Dr Henry Goose, Isaac Sachs, Dermot Hoggins, Zachry
Halle Berry : Jocasta Ayrs, Luisa Rey, Ovid, Meronym
Jim Broadbent : Capitaine Molyneux, Vyvyan Ayrs, Timothy Cavendish
Hugo Weaving : Haskell Moore, Bill Smoke, Boardman Mephi
Jim Sturgess : Adam Ewing, Highlander, Hae-Joo Chang
Doona Bae : Tilda, Sonmi 451
Ben Whishaw : Robert Frobisher
Keith Dabid : Joe Napier
James D’Arcy : Rufus Sixsmith

LA LONGUE MARCHE DE LA TRANSPARENCE

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declarationpatrimoineLes réactions concernant la déclaration de patrimoine des ministres et des députés démontrent une nouvelle fois à quel point les réflexions prennent rarement de la hauteur quand elles se fond à chaud. En effet, la plupart des arguments opposés à cette initiative parlent de la réaction des citoyens et des médias pendant… allez 48 heures, avant que l’opinion ne passe à autre chose. Oui, on va avoir droit aux classements, comparaisons et commentaires avant que tout cela se tasse, l’attention médiatique se lassant très rapidement.

Le but profond de cette mesure est d’instaurer une culture de la transparence, telle qu’elle existe dans les pays nordiques, où le citoyen peut accéder aux notes de frais de tous les décideurs politiques. Certes, il y aura sûrement des élans de curiosité malsaine, des discours populistes, mais ces élans trouveront de quoi s’exprimer de toute façon sur d’autres sujets si ce n’est celui-là. Mais l’enjeu est vraiment ici d’en finir avec cette logique de l’entre-soi des élites politiques (merci l’ENA!), de l’impression que peut avoir le citoyen d’un monde fermé, plein de secrets, ce qui alimente les fantasmes les plus malsains.

Non, la déclaration de patrimoine n’est pas là pour lutter contre la fraude fiscale menée par un tel ou un tel. Elle est là pour qu’un mandat public, et donc les indemnités qui vont avec, implique un contrôle de le part des citoyens sur les incidences financières pour celui qui en a la charge. En Suède, il existe des associations qui regardent tout cela de près et qui ont coûté leur carrière à quelques ténors politiques. Ce n’est pas du voyeurisme, c’est une composante naturelle du contrat de confiance entre les citoyens et celui qui est chargé de les représenter. Certes, cela mord un peu sur la vie privée, mais si c’est le seul prix à payer pour des élus et des citoyens plus responsables, c’est bien peu cher payé !

Bien sûr, tout cela n’est qu’un petite mesure face aux problèmes soulevés par l’Affaire Cahuzac. Mais cette petite mesure va bien dans le sens d’une changement de mentalité, ce qui ne peut jamais se faire trop brutalement. Et jamais sans résistance.

QUARTET : Comme le bon vin

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quartetafficheQuand on a eu la carrière de Dustin Hoffman, qu’on a 75 ans, on pourrait choisir de vivre de ses rentes une retraite paisible. Mais le démon qui habite les artistes n’est jamais du genre à faire la sieste. Le voilà donc à se lancer dans la réalisation avec un premier film, Quartet, qui nous parle justement d’une maison de retraite pour artistes. Certes, il s’agit ici de musiciens, mais on peut penser qu’il y raconte largement une part de son propre ressenti vis-à-vis de l’âge qui avance inexorablement.

Dustin Hoffman a été une immense star hollywoodienne, mais c’est en Angleterre qu’il réalise son premier film, pour y gagner de la liberté artistique. Quartet constitue d’ailleurs une synthèse étonnante entre les deux rives de l’Atlantique. On assiste à une comédie des mœurs très européennes, avec quelques touches de politiquement incorrect, mais qui nous offre quelques passages typiquement hollywoodiens. On retiendra notamment le speech de la directrice de l’établissement, juste avant que le récital, typique des tirades moralisatrices et pleines de bons sentiments qui peuplent le cinéma d’outre-Atlantique.

quartetIl en résulte un film plaisant, drôle, fantaisiste et léger. Heureusement que la vieillesse au cinéma n’est pas représentée que par des films comme Amour. Quartet n’est peut-être pas l’œuvre d’un grand réalisateur (en tout cas pas à la hauteur de ce que représente Dustin Hoffman en tant qu’acteur), mais celle d’un artiste qui connaît assez le cinéma pour maîtriser son sujet dès son premier essai.

Fiche technique :
Production : Headline Pictures, BBC Films, DCM productions, Finola Dwyer productions
Distribution : Pyramide distribution
Réalisation : Dustin Hoffman
Scénario : Ronald Harwood, d’après sa propre pièce
Montage : Barney Pilling
Photo : John De Borman
Décors : Andrew McAlpine
Musique : Dario Marianelli
Durée : 98 mn

Casting :
Maggie Smith : Jean Horton
Tom Courtenay : Reginald Paget
Bill Connolly : Wilf Bond
Pauline Collins : Cissy Robson
Micahel Gambon : Cedric Livingston