LES LAMES DU ROI, TOME 1 : L’INSIGNE DU CHANCELIER (Dave Duncan) : Mousquetaires fantaisistes

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linsigneduchancelier« Imaginez les Trois Mousquetaires avec de la magie ! » Voilà ce qu’on peut lire sur le 4ème de couverture de Les Lames du Roi, tome 1 : L’Insigne du Chancelier. Il est vrai que cette histoire de bretteurs au service d’un souverain rappelle forcément Alexandre Dumas, même si au final les liens entre les deux sont quand même ténus. Il reste un œuvre de fantasy presque originale et assez sympathique.

Les Lames du Roi, tome 1 : L’Insigne du Chancelier se distingue par une intrigue toujours surprenante. Le récit s’étale sur des décennies et on ne sait jamais où tout cela va nous mener. Cela entretient l’attention du lecteur qui parcours ce roman avec un certain plaisir. Mais cette œuvre se heurte tout de même à certaines limites : une écriture de la part de Dave Duncan pas toujours hyper claire, ce qui est fâcheux quand on en vient aux intrigues politiques, et des personnages qui manque parfois de profondeur et d’épaisseur.

AU BOUT DU CONTE : Le conte n’est pas tout à fait bon

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auboutduconteafficheAgnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri forment un couple que l’on peut considérer comme un pilier du cinéma français. Rarement décevants, ils nous livrent régulièrement des comédies des mœurs à la française qui saisissent les petits travers et péripéties de nos quotidiens ordinaires. Touchants et drôles, leurs films nous renvoient à nous-même, tout en nous livrant souvent de belles histoires. Avec Au Bout du Conte, ils ont essayé d’enrichir leur palette d’artiste, en nous proposant une réalisation et une narration plus originales. Malheureusement, l’exercice est loin d’être totalement maîtrisé.

A Bout du Conte est un film où plusieurs intrigues parallèles se croisent, les protagonistes étant liés entre eux. On est donc pas très loin du film à sketchs, genre qui donne souvent par nature des films inégaux. Ici, la qualité est plutôt homogène, mais rarement enthousiasmante. Assez long, le film manque de rythme et à force de flirter avec l’ennui, on y plonge parfois par moments. On est surtout un peu frustré face à tant de bonne volonté mal récompensée.

auboutduconteL’idée de base de Au Bout du Conte est de mêler dans un univers quotidien et contemporain des références aux contes de fée les plus connus. On retrouvera ainsi par exemple un Petit Chaperon Rouge (Agathe Bonitzer) croqué par un Grand Méchant Loup, qui prend ici la forme d’un séducteur manipulateur, magistralement interprété par un Benjamin Biolay qui est le seul à vraiment sortir du lot. Visuellement, le film a fait l’objet d’un travail beaucoup plus poussé que d’habitude chez Bacri et Jaoui. Bref, un gros effort pour rendre la forme attrayante. Dommage que le fond reste bien en deçà de qu’il nous ont déjà maintes fois proposé.

Quand on a une filmographie aussi longue, chacune de ses œuvres est forcément comparées aux autres. Et incontestablement, Au Bout du Conte ne fait pas partie des films les plus marquants du couple.

Fiche technique :

Production : Les films A4, France 2 Cinéma, Memento Films production, La Ciénfacture, Hérodiade
Distribution : Memento Films Distribution
Réalisation : Agnès Jaoui
Scénario : Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri
Photo : Lubomir Bakchev
Décors : François Emmanuelli
Son : Jean-Pierre Duret
Musique : Fernando Fiszbein
Costumes : Nathalie Raoul
Durée : 112 mn
 
Casting :
Agathe Bonitzer : Laura
Arthur Dupont : Sandro
Valéri Crouzet : Eléonore
Jean-Pierre Bacri : Pierre
Dominique Valadié : Jacqueline
Benjamin Biolay : Maxime
Agnès Jaoui : Marianne
Didier Sandre : Guillaume Casseul
Clément Roussier : Julien

CHYPRE, FEUILLETON A REVELATIONS

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chypreLe feuilleton chypriote qui a marqué l’actualité ces dernières semaines n’est peut-être pas terminé. Mais on peut d’ors et déjà en tirer quelques enseignements sur la gouvernance européenne. Bien sûr, rien n’a vraiment constitué de réelle surprise, si ce n’est pour beaucoup de concitoyens le fait que cet état faisait partie de l’Union, quand ce n’est même pas carrément l’existence du pays en lui-même. On imagine cependant que Chypre aurait aimé faire la une de l’actualité pour d’autres raisons.

La première solution qui avait été proposée, la taxation de tous les dépôts, y compris ceux inférieurs à 100 000 euros, a été largement reconnue comme étant particulièrement mauvaise à tout point de vue. N’étant qu’un économiste très amateur, je n’avais pas forcément une opinion très tranchée sur la question. Pour moi ça ouvre le débat sur la responsabilité collective d’une nation démocratique qui choisit en toute connaissance de cause une voie qui la conduit à la catastrophe. C’est un sujet que j’aborde assez souvent pour ne pas rouvrir le débat ici. Simplement, je trouve qu’il est un peu trop souvent éludé.

Bref, je conçois aussi très bien que le risque de contagion et de panique généralisée que cette solution pouvait faire craindre faisait de cette solution un choix étonnant. On a d’ailleurs bien senti le soulagement généralisé quand elle fut écartée par le parlement chypriote. Tout le monde a été heureux de devoir rependre le problème à zéro, puisque le premier choix fait dans l’urgence n’était pas du tout satisfaisant. Certes, même les grands esprits peuvent se tromper quand ils fonctionnent dans la précipitation. Cependant, il est assez inquiétant que la gouvernance européenne tergiverse indéfiniment quand il s’agit de prendre les bonnes décisions, pour généralement pour arriver à un compromis minimaliste, tandis qu’elle a réussi à prendre aussi vite et à l’unanimité une si mauvaise décision d’une telle portée.

Mais au final, la crise chypriote donne aussi à la zone euro et plus largement à l’Europe des raisons d’espérer. Chypre, écartelée entre l’Union et la Russie, a préféré sans conteste la première à la seconde. Certes, faisant partie de la première, elle s’est en quelque sorte choisie elle-même. Cependant, si l’Union Européenne constituait vraiment un espace déclinant, constituant un handicap plutôt qu’un atout pour ceux qui en font partie, alors on peut facilement imaginer que le choix aurait été tout autre. La Russie n’est peut-être pas l’allié le plus sympathique et amical, mais il a aussi des atouts à faire valoir et se fâcher avec elle est une décision à prendre avec précaution. On peut se réjouir de voir que l’attrait de Moscou ne surpasse pas encore la perspective de construire un espace économique commun avec nos vieilles économies.

L’Union Europénne n’est sûrement pas aussi efficace qu’elle le devrait pour nous sortir de la crise, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais si les populisme anti-européens progressent partout, on peut espérer que ces 50 années d’effort ne sont quand même pas prêts de partir en fumée. Car tout ce que l’on reproche à l’Europe (manque de solidarité, de gouvernance économique coordonnée, concurrence et dumping toujours importants au sein de l’espace européen…) serait mille fois plus prégnant sans ces institutions certes bancales, mais certainement pas néfastes.

20 ANS D’ECART, 40 ANS : MODE D’EMPLOI : Influences croisées

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20ansdecartCes dernières semaines sur nos écrans, on aurait pu penser pouvoir facilement comparer la manière dont le cinéma français et américain vont traiter le même sujet. En effet, sont sortis quasiment simultanément 20 Ans d’Ecart d’un côté et 40 Ans Mode d’Emploi de l’autre. Mais ces deux films ne sont pas tout à fait révélateur de la culture dont ils sont issus et vont même piocher chez l’autre beaucoup d’élements. Malheureusement, pas tout à fait avec la même réussite.

20 Ans d’Ecart est une comédie romantique francaise. Or s’il y a bien un genre où le cinéma américian règne en maître, c’est bien celui là. Cela aurait pu changer avec le génial Arnacoeur, mais ce film prouve une nouvelle fois que le cinéma hexagonal n’est pas au niveau quand il veut imiter ce qui se fait de l’autre côté de l’Atlantique. Le résultat reste sympathique et gentillet, mais n’est vraiment drôle que par intermittence. On se prend d’affection pour les personnages, mais sans vraiment les trouver profondément touchants. Bref, on est en mode long métrage qui ressemble plus à un bon téléfilm. A réserver pour une soirée pluvieuse donc ! Bon en plus, personnellement, j’ai décidemment du mal avec Pierre Ninet, ce qui va devenir un handicap cinématographique sévère ces prochainées années, tant il est devenu en quelques mois la coqueluche du cinéma tricolore.

40ansmodedemploi40 Ans Mode d’Emploi est par contre un film nettement plus intéressant, à la fois intelligent et drôle. Réalisé par Judd Appatow, il marque un tournant dans la carrière de ce dernier qui quitte la comédie totalement potache pour aller vers quelque chose doté d’un peu plus de profondeur. Bon, il y a encore quelques séquelles, comme dans une scène tournant autour du pet au lit… Ca ne dure pas longtemps, mais m’a prouvé une nouvelle fois à quel point je ne suis pas du tout branché humour scatophile ! Mais le film brille surtout par un scénario pariculièrement bien construit et qui échappe au modèle classique fâcherie-réconcilliation qui caractérise la plupart des comédies sur les vieux couples. Non, il y a beaucoup plus de péripéties et de rebondissements au cours de ces 2 heures 14 au cours desquelles on ne voit vraiment pas le temps passé. C’est très long pour une comédie, mais 40 Ans Mode d’Emploi est un peu plus qu’une comédie, mais aussi une réflexion légère mais pas superficielle sur l’usure du temps sur le couple et sur nos rêves en général. Bref, ça ressemblerait presque à une comédie des moeurs à la française… avec quelques pets en plus…

20 ANS D’ECART
Fiche technique :
Réalisation : David Moreau
Scénario : Amro Hamzawi et David Moreau, d’après une idée originale d’Amro Hamzawi
Décors : Jean Rabasse
Costumes : Isabelle Pannetier
Photographie : Laurent Tangy
Son : Lucien Balibar
Montage : Cyril Besnard
Musique : Guillaume Roussel
Durée : 93 minutes
 
Casting :
Virginie Efira : Alice Lantins
Pierre Niney : Balthazar Apfel
Charles Berling : Luc Apfel, le père de Balthazar
Gilles Cohen : Vincent Kahn, le patron d’Alice
Camille Japy : Elisabeth Lantins, la sœur d’Alice
Michaël Abiteboul : Simon Meyer, collègue et ami d’Alice
Amélie Glenn : Lise Duchêne, la nouvelle rédactrice en chef québécoise
Louis-Do de Lencquesaing : l’ex d’Alice, père de sa fille
Diana Stewart : Tracy Kimmel, la patronne du groupe
François Civil : le jeune dans l’amphi
Blanche Gardin : la photographe, Patrick
 
40 ANS : MODE D’EMPLOI
Fiche technique :
Production : Apatow productions, Forty productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Judd Apatow
Scénario : Judd Apatow
Montage : David L. Bertman, Jay Deuby, Brent White
Photo : Phedon Papamichael
Décors : Jefferson Sage
Musique : Jon Brion
Directeur artistique : Andrew Max Cahn
Durée : 134 mn
 
Casting :
Paul Rudd : Pete
Leslie Mann : Debbie
Maude Apatow : Sadie
Iris Apatow : Charlotte
Jason Segel : Jason
Annie Mumolo : Barb
Megan Fox : Desi

SPRING BREAKERS : Sous le soleil

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springbreakersafficheLes Etats-Unis, terre de contraste… Ok, voilà un formulation bateau qui pourrait s’appliquer à beaucoup de pays. Mais elle vient assez naturellement quand on pense à cette tradition du spring break, moment de beuverie et de débauche où les adolescents américains oublient qu’ils vivent dans une des sociétés les plus puritaines qui soit. Vous avez dit hypocrisie ? Bon, je ne suis pas ici pour lancer ce passionnant débat, mais pour vous parler de Spring Breakers, un film assez dérangeant… mais réussi puisque c’est fait exprès…

 Spring Breakers est un film troublant car il n’offre aucun point de vue. Il montre ces jeunes filles tomber dans la débauche et la violence. On voit leur fascination pour l’argent et les armes monter et les amener vers une fin que l’on imagine très vite guère proche de celle d’un conte de fée. Le tout est porté par regard crû et toujours distant, qui insiste lourdement, nous force à regarder en face et à affronter notre malaise. La réalisation est certes très esthétisante, mais cela passe avant tout par des effets de répétition nous montrant encore et encore les mêmes images, souvent au ralenti. Les images sont froides et nous donne ainsi froid dans le dos quand on a assiste à cette chute inexorable de quatre adolescentes un peu délurées vers des choses beaucoup plus graves.

springbreakersSpring Breakers est donc un film assez à part. Il ne brille pas par son scénario, ni par un vrai suspense. Mais le sujet, surtout vu de chez nous où cette tradition semble assez étrange, fascine, interpelle, éveille une curiosité qui ne faiblit pas. On se demande tout du long où Harmony Korine veut nous mener. Surtout que le rythme, assez contemplatif au début, accélère crescendo pour nous maintenir dans le film dès qu’on aurait la tentation d’en sortir.

Spring Breakers constitue la confirmation du pouvoir de caméléon de James Franco, assez méconnaissable dans ce rôle de gangster d’apparat. Ce ne sera jamais le plus grand acteur du monde, mais au moins prend-il toujours le risque de s’attaquer à des rôles toujours différents ! Sa prestation qui met elle-aussi souvent mal à l’aise restera comme un des éléments marquants de ce film.

Fiche technique :

Production : Hero Entertainment, Annapurna Pictures, Muse Rabbit Bandini Radar, MJZ O Salvation Pop Films, Iconoclast
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Harmony Korine
Scénario : Harmony Korine
Montage : Douglas Crise
Photo : Benoit Debie
Décors : Elliott Hostetter
Musique : Skrillex, Cliff Martinez
Durée : 92 mn
 
Casting :
James Franco : Alien
Vanessa Hudgens : Candy
Selena Gomez : Faith
Ashley Benson : Brit
Rachel Korine : Cotty
Gucci Mane : Archie

LES AFFAIRES ET LA DEMOCRATIE QUI TOUSSE

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cahuzacsarkozyVoir un responsable politique avoir de graves ennuis avec la justice ne constitue jamais une bonne nouvelle pour la démocratie. Entre l’affaire Cahuzac et la mise en examen de Nicolas Sarkozy, gauche et droite ont terminé la semaine dernière sur un joli match nul. Au moins, cela nous épargne le spectacle un peu consternant des leçons données par un camp à l’autre. Car même avec ma mauvaise foi de militant, je fois admettre que la malhonnêteté n’a pas de couleur politique. Ni le goût du pouvoir d’ailleurs. Ce sont juste des travers humains.

En effet, les hommes politiques ont malheureusement le grave défaut de n’être que des êtres humains. On les voudrait tous sans exception exemples de vertu et de dévouement. Cet idéal est évidemment hors d’atteinte. Le problème est que chaque affaire rejaillit sur l’ensemble de la classe politique, jusqu’au militant de base qui reçoit quelques noms d’oiseaux lorsqu’il tracte sur le marché. La suspicion permanente, la perte totale de confiance entre la classe politique et le reste des citoyens nuisent terriblement au débat et à l’acceptabilité de toute mesure.

Pourtant, la classe politique est sous haute surveillance. En effet, contrairement à la dictature, la démocratie lui impose de faire face aux électeurs de manière régulière. Ces derniers peuvent alors faire tomber la sanction et chasser un élu de son mandat. Il y a malheureusement un hic. Si ceux qui crient volontiers au « tous pourris » sont de plus en plus nombreux, personne n’ose jamais remettre en cause la pertinence des choix qui sont fait par les électeurs eux mêmes. Cela sonne comme antidémocratique et donc politiquement incorrect (au sens premier du terme pour le coup!).

Un Balkany, un Tibéri, un Guérini ont multiplié les mandats, malgré les affaires. La tricherie, l’enrichissement personnel n’ont jamais empêché un homme politique d’être élu par les citoyens qu’il administre. S’il y a des hommes politiques malhonnêtes, si le citoyen a la sensation qu’ils sont particulièrement nombreux, c’est avant tout parce que le manque de probité n’est pas toujours (pour ne pas dire pas souvent) sanctionné par l’électorat. Ce dernier fait alors preuve d’une incompétence qu’il assume malheureusement rarement, préférant mettre tous ses dirigeants dans le même panier. C’est tellement plus confortable intellectuellement et permet de se dégager de toute responsabilité.

Les électeurs oublient aussi trop souvent qui sont les hommes politiques. Il est vrai que la France est le seul pays à posséder une machine à en former, dénommée l’ENA. Cette dernière déforme considérablement le perception de la sociologie du monde politique. Evidemment, il est loin de refléter celle de la Nation, mais il n’est en aucun cas composé exclusivement de personnes destinées à ce destin depuis leur plus jeune âge. Ni Nicolas Sarkozy, ni Jérôme Cahuzac n’en sont diplômés. Ils sont pour l’un avocat, pour l’autre chirurgien. Cela nous rappelle que la responsabilité politique n’est pas un métier, mais une fonction que l’on peut être amenée à assumer au cours de sa vie de citoyen. Il est vrai que pour beaucoup, cela devient une activité à plein temps pendant plusieurs décennies, mais il s’agit là plus d’un mal très français que d’un vice fondamental de notre système démocratique.

Depuis Pierre Bérégovoy, on manque d’un homme politique qui soit arrivé dans les sommets de l’Etat sans être passé par une formation et un métier à Bac+5, sans être donc considéré comme issu de l’élite, aussi modestes soient ses origines familiales. Il est plus facile de se plonger dans des dossiers techniques, de parler en public, d’écrire des discours quand on a fait des études qui vous familiarisent avec ce genre d’exercice. Mais encore une fois, la plupart des hommes politiques ne sont pas des « fils de », mais bien des hommes et des femmes qui par leur talent, leur charisme et leur engagement ont gravi les échelons et se sont faits remarquer. Certes, parfois très jeunes, sans donc passer par la case « monde réel », mais on ne peut pas non plus être gouverné que par des quinquagénaires expérimentés.

Dans une démocratie qui fonctionne, les périodes de crise devraient pousser plus de citoyens vers l’engagement politique, non les en détourner. Car la nature et encore plus le pouvoir ont horreur du vide. Il y aura toujours quelqu’un pour le saisir. Et ceux qui restent quand tout le monde tourne le dos sont rarement les plus vertueux et désintéressés…

NO : Hymne à la joie

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noafficheQuand on est un militant politique, on rêve de mener un grand combat historique qui rentrerait dans l’histoire. Pour cela, quoi de mieux qu’une dictature qui tombe… Bon le problème, c’est qu’il faut vivre préalablement dans une dictature, ce qui n’est jamais une sinécure. Personnellement, je n’y tiens pas, je renonce donc à vivre une telle expérience. Je me contenterai de les vivre par procuration, en allant voir des films comme No par exemple. 

No nous emmène en 1988 au Chili. Sous la pression internationale, le Général Pinochet, un sympathique démocrate, est forcé d’organiser un référendum pour rester au pouvoir. Ses opposants ne sont pas d’illusions et savent le combat truqué et perdu d’avance. Pourtant, ils vont lutter avec les armes qui leur sont offertes, soit 15 minutes chaque jour à la télévision. Pour élaborer leur campagne, ils font appel à un publicitaire jeune et innovant qui va leur proposer un thème central inattendu : la joie !

No nous raconte une grande, une très grande histoire. Ce qui aurait du n’être qu’une anecdote devient un tournant historique pour le destin de tout un peuple. Le tout nous ait raconté avec beaucoup de talent narratif. Il ne se passe rien de spectaculaire, mais Pablo Larrain est parfaitement parvenu à créer une tension, un suspense qui maintient un intérêt constant et une curiosité qui ne faiblit jamais. On entre dans ce combat, on le partage avec ses protagonistes et par la même occasion leurs émotions.

noNo souffre cependant d’un léger paradoxe. Il nous raconte comment introduire la gaieté, l’énergie et l’humour permettent de remporter un combat politique. Par contre, le film manque quelque peu de ces trois éléments. La réalisation de Pablo Lorrain est sobre, pour ne pas dire un rien tristounette. Le film aurait mérité aussi un peu plus de punch dans la narration et sans doute vingt minutes de moins. Cela n’enlève rien au caractère passionnant de ce qui nous ait raconté. C’est juste que c’est raconté un peu lentement.

En tout cas, No donne une envie folle de se consacrer un peu plus au combat politique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est plus que jamais nécessaire.

Fiche technique :

Production : Fabula, Participant Media, Funny Balloons, Canana Films
Réalisation : Pablo Larrain
Scénario : Pedro Peirano, d’après la pièce de Antonio Skarmeta
Montage : Andrea Chignoli
Photo : Sergio Armstrong
Décors : Maria Eugenia Hederra
Distribution : Wild Bunch Distribution
Musique : Carlos Cabezas
Directeur artistique : Estefania Larrain
Durée : 118 mn
 
Casting :
Gael Garcia Bernal : René Saavedra
Alfredo Castro : Lucho Guzman
Antonia Zegers : Veronica Carvajal
Luis Gnecco : José Tomas Urrutia
Marcial Tagle : Costa
Nestor Cantillana : Fernando Arancibia
Pascal Montero : Simon Saavedra

UNE MAISON DE REVE (Madeleine Wickham) : On préfère Sophie à Madeleine

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unemaisondereveCela faisait un certain moment que je n’avais pas cultivé mon côté féminin et lu un peu de chick-lit. Et quoi de mieux pour s’y remettre qu’un roman de la reine du genre, j’ai nommé Sophie Kinsella. Enfin le roman est officiellement de Madeleine Wickham, pseudonyme sous le quel l’auteur de l’Accro du Shopping a signé six romans. Bon visiblement, cela doit être le nom qu’elle réserve aux textes un peu ratés, comme le fait Jean-Jacques Goldman qui refile ses brouillons à tous les autres chanteurs francophones.

Une Maison de Rêve, puisque c’est de ce roman dont il s’agit, nous raconte en parallèle l’histoire de trois familles, dont les vies se croiser et quelque peu s’entremêler autour d’une maison. On retrouvera ainsi les propriétaires, les locataires et l’agent immobilier. Bon, s’il s’agissait de personnages récurrents que l’on a plaisir à retrouver, on pourrait apprécier ce livre qui se lit rapidement et sans aucune difficulté. Mais ne faisant pas partie d’une série, l’intrigue ne laisse pas vraiment le temps d’apprendre à aimer des personnages qui n’ont rien d’extraordinaires et qui vivent des évènements qui ne le sont guère plus. Le livre aborde pourtant beaucoup de thème (amour, famille, argent…) mais ne propose jamais un propos réellement profond ou surprenant.

Je suis peut-être un peu sévère avec Une Maison de Rêve, qui peut quand même faire passer un bon moment de détente littéraire. Mais quand on aime autant que moi l’Accro du Shopping (et oui, toujours cette femme qui vit en moi…), on a du mal à se contenter de roman très ordinaire.

NIGHT WORK (Scissor Sisters), FEVER (Sleepy Sun), DARK NIGHT OF THE SUN (Danger Mouse and Sparklehorse) : Toujours envie de danser !

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nightworkscissorsistersAprès nous avoir fait tant danser avec leur I Don’t Feel Like Dancing et leur album Ta-Dah en 2006, les Scissor Sisters, groupe new-yorkais décoiffant (ah ah ah, quel jeu de mots!), nous étaient revenus en 2010 avec un nouvel album, passé nettement plus inaperçu., intitulé Night Work. On y retrouve pourtant les mêmes qualités que dans leur opus précédent. Mais peut-être un peu trop justement.

Leur musique disco-électro est toujours aussi joyeuse et entraînante. On peut noter quelques sonorités plus pop dans Night Work, mais rien de vraiment révolutionnaire. On se situe vraiment dans la droite lignée de Ta-Dah, la surprise en moins. Quasiment tous les morceaux de cet album auraient pu figurer sur le précédent. Cependant, il reste d’une bonne densité en qualité, rien n’est à jeter, mais il lui manque tout de même un vrai grand tube pour faire la différence. Mais on ne peut pas non plus pondre du I Don’t Feel Like Dancing à la douzaine.

Changement de genre, avec Fever du groupe Sleepy Sun, dont je n’avais jamais entendu parlé. Il s’agit d’un groupe de rock américain, qualifié de psychédélique par Wikipédia. Cela correspond assez bien à ce qu’il nous propose : un beau duo de voix, en la personne de Bret Constantino et Rachel Fannan (qui a quitté le groupe depuis), posé sur des grosses guitares bien rock. Le décalage inhabituel entre les deux donne un résultat assez original et agréable et confère une vraie personnalité un peu décalée à leur musique. L’album est globalement de qualité, même si, d’une part, il manque d’un titre vraiment marquant et d’autre part, il finit tout de même par sombrer dans un certain train-train.

Par contre, pas plus d’une phrase sur Dark Night of the Soul du groupe Danger Mouse and Sparkelhorse, constitué de titres majoritairement instrumentaux, mais qui surtout ne présentent strictement aucun intérêt.

WEEK-END ROYAL : Le Roi Murray

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weekendroyalafficheIl y a des acteurs qu’on a toujours plaisir à retrouver. D’autant plus quand leurs apparitions sont rares. On sait que les voir à l’écran constituera un moment privilégié qu’il faudra savourer à sa juste valeur. Bill Murray fait partie de ceux-là. Du coup, je n’ai pas voulu rater Week-end Royal, même si j’ai du pour cela me rendre à l’UGC Orient-Express, épreuve toujours pénible pour un cinéphile. J’y ai vu un film plaisant, qui réserve de belles surprises, même si le tout est au final quelque peu inégal.

Mon envie était d’autant plus forte que dans Week-end Royal, Bill Murray incarne un personnage historique que je ne peux évidemment qu’admirer : Franklin Delano Roosevelt. On y découvre la vie privée de ce grand Président. On doit d’ailleurs saluer les auteurs de la bande-annonce de ce film qui n’ont dévoilé qu’une partie du sujet, la rencontre entre le Roi d’Angleterre et le Président des Etats-Unis, et nous laisse découvrir avec surprise ce qui constitue en fait le cœur du film : la relation entre le Président et les femmes. Des relations ni simples, ni monogamiques, vous vous en doutez bien.

weekendroyalWeek-end Royal est donc un film riche, mais tout n’est pas traité avec la même réussite. Les meilleures scènes sont les têtes-à-têtes entre Roosevelt et George VI. Entre un Président infirme et un Roi bègue, cela donne quelques échanges savoureux et très intelligents, sur la manière dont le pouvoir déforme l’image que l’on a de ceux qui exercent, qui restent, quoi qu’on le veuille, de simples êtres humains. L’histoire d’amour entre Daisy et le Président, qui constitue vraiment le fil rouge du film, est aussi très agréable à suivre, car jamais cousue de fil blanc du fait de son caractère quelque peu inhabituel. Par contre, beaucoup de personnages secondaires, notamment celui de la Reine Elisabeth, sont moins réussis et les nombreuses scènes qui les mettent en avant sont parfois un peu longuettes.

Week-end Royal n’est donc pas un film politique, mais un film sur ceux à qui sont confiés le pouvoir et le destin des peuples. On a déjà fait mieux sur le sujet, mais le résultat reste quand même très agréable. Et puis, il y a Bill Murray…

Fiche technique :

Production : Daybreak Pictures, Film Four, Free Range Films
Distribution : Diaphana
Réalisation : Roger Michell
Scénario : Richard Nelson
Montage : Nicolas Gaster
Photo : Lol Crawley
Décors : Simon Bowles
Musique : Jeremy Sams
Costumes : Dinah Collin
Durée : 94 mn
 
Casting :
Bill Murray : FDR
Laura Linnet : Daisy
Samuel West : Bertie, George VI
Olivia Colman : Elizabeth
Elizabeth Marvel : Missy
Olivia Williams : Eleanor
Elizabeth Wilson : Mrs. Roosevelt