CHUTE A L’AVANT !

lancearmstrong

lancearmstrongCe billet, j’aurais attendu longuement avant de l’écrire. Un attente qui s’est apparentée plutôt à une impatience, tant je n’ai jamais aimé ni l’homme, ni le sportif, tant j’ai appelé de mes vœux cette chute. La déchéance de Lance Armstrong constitue avant tout la fin d’une immense hypocrisie. On savait depuis longtemps tout ce qui nous ai révélé aujourd’hui, même si on mesure peut-être mieux la complexité et la sophistication du système mis en place autour du coureur américain.

Mais maintenant qu’on en est arrivé au point où on savait pertinemment qu’on aboutirait, reste à savoir quoi faire, après avoir fermé les yeux pendant plus d’une décennie. Déjà, espérons que le palmarès de ces 7 Tours de France restera vierge à jamais. Attribuer ces victoires à d’autres coureurs n’aurait aucun sens. Lance Armstrong avait lancé une « course à l’armement » qui a poussé tous ceux qui espéraient le battre vers un dopage inexorable. Un trou de sept années dans le palmarès aurait aussi force de symbole, même si on peut y voir là une nouvelle hypocrisie. Pourquoi ne pas rayer également Bjorn Riis qui a avoué avoir gagné, chargé comme une mule ? Les procédures et la prescription ne le permettent pas paraît-il. De toute façon, le débat serait sans fin car il y a bien d’autres vainqueurs sur lesquels planent de lourdes suspicions.

Cela a pris du temps, trop de temps, mais on ne peut nier que les tricheurs finissent désormais toujours par se faire prendre. Peut-être que cela ne les décourage pas encore tous. Cependant, la lutte contre le dopage a changé de dimension et on ne peut plus tenir le discours comme quoi les tricheurs ont toujours une longueur d’avance. C’est là la vraie bonne nouvelle dans cette affaire ! On ne changera pas la nature humaine de si tôt, mais au moins le sport cycliste a-t-il renoué avec la notion de justice.

Restent les réactions d’anciens champions comme Eddy Merckx, Miguel Indurain ou encore Laurent Jalabert qui n’arrivent pas à condamner aussi fermement qu’il le faudrait, qui continue à nier ce qui ne sont plus des simples supputations. Pour la simple et bonne raison qu’admettre toute la faute de l’Américain devrait les conduire à enfin admettre les leurs. Ils n’y sont pas prêts. A la fois, n’est-ce pas surhumain d’avouer publiquement que l’on est un tricheur, surtout quand on a le sentiment d’avoir autant triché que les autres et qu’on sait que personne ne le prouvera jamais ? Ne leur jetons pas la pierre, après tout, ce ne sont que des hommes…

… et les hommes ont parfois besoin d’un petit remontant pour gravir une montagne…

DANS LA MAISON : Le récit d’un récit qui ignore où il va qui ignore où il va

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danslamaisonafficheAh François Ozon ! Un des réalisateurs les plus brillants du cinéma hexagonal. Un réalisateur qui s’est essayé à des genres très différents, caractéristique assez rare dans notre beau pays pour être soulignée. Il le fait souvent avec bonheur. Mais la perfection n’étant pas de ce monde, il lui arrive aussi d’avoir des légers ratés. C’est à mon sens le cas de Dans la Maison, un film complexe dans lequel François s’est quelque peu perdu.

Monsieur Germain est professeur de français, mais est désespéré par le niveau de ses élèves. Il se prend néanmoins d’affection pour Claude, un jeune garçon de 16 ans, auquel il trouve un vrai potentiel d’écrivain. Ce dernier lui propose une œuvre, sous forme de feuilleton, où il explore la vie de son camarade de classe, Rafa, sa maison, sa famille. Un récit troublant, où la limite entre fiction et réalité est floue, fascinant le professeur qui va alors lui aussi perdre le sens des réalités.

Dans la Maison est un film qui débute pourtant parfaitement bien. La bande-annonce était prometteuse et les premières minutes nous font penser que le résultat va être à la hauteur de nos espérances. Malheureusement, très vite on comprend que François Ozon, après avoir posé ses personnages et son intrigue, a bien du mal à savoir où les mener. S’il entraîne le spectateur sur de fausses pistes, cela semble le plus souvent involontaire. Le tout s’achèvera avec un dénouement loin d’être convaincant, qui démontre bien qu’à ne pas savoir où aller, on ne sait pas très bien où on finit par arriver.

Mais à côté de ça, Dans la Maison est un film excessivement bien réalisé. Excessivement car comme toujours avec François Ozon, on peut être agacé par un léger cabotinage dans la réalisation. Les effets sont nombreux, parfaitement maîtrisés, mais font parfois ressembler ses films à des exercices de style. Cependant, dans ce film, il les utilise vraiment à bon escient pour nous faire partager des éléments de l’intriguer de manière originale et surprenante. Il y a une vraie ambition artistique chez lui, même dans des contextes intimistes, et c’est assez rare dans l’Hexagone pour être souligné et encouragé.

Le flou dans lequel baigne l’intrigue nuit gravement à l’attachement que l’on peut ressentir pour les personnages. Nos sentiments vis-à-vis d’eux sont eux-aussi brouillés, indistincts. Or, Dans la Maison aurait du être un film de personnages. Mais leurs motivations profondes, leurs désirs réels restent trop indéterminés pour qu’on les comprenne. Du coup, il manque à ce film quelque chose qui nous permette de rentrer totalement dans cette histoire.

danslamaisonOn peut cependant reconnaître qu’on ne s’ennuie pas devant Dans la Maison. En effet, malgré tout, on reste motivé par l’envie de connaître où tout cela va nous mener. Alors, certes, la fin est décevante, mais on aura toujours gardé l’espoir qu’il y a réellement un sens à tout ça, qu’il nous échappe pour l’instant, mais qu’il nous sera révélé au final. Ce n’est pas le cas, la déception est grande, mais au moins cela a-t-il préservé un minimum de suspense tout au long du film.

Dans la Maison permet à Fabrice Luchini de faire du Fabrice Luchini. Cela n’a rien d’étonnant quand on connaît l’acteur, mais soulignons tout de même que François Ozon a su le diriger pour éviter l’overdose. De toute façon, les vraies stars de ce film sont les deux adolescents, Ernst Umhaueur et Bastien Ughetto, qui livrent tous deux une performance impressionnante de maturité. Un mot enfin sur une Emmanuelle Seigner qui prouve définitivement qu’elle est mille fois meilleure actrice que sa sœur.

Dans la Maison est donc un film mal maîtrisé. Sans être foncièrement mauvais, il n’arrive à pas concrétiser avec force les promesses qu’il fait naître.

Fiche technique :
Distribution : Mars distribution
Réalisation : François Ozon
Scénario : François ozon, d’après l’oeuvre de Juan Mayorga
Montage : Laure Gardette
Format : Jérôme Alméras
Décors : Arnaud de Moléron
Musique : Philippe Rombi
Costumes : Pascaline Chavanne
Durée : 105 mn

Casting :
Fabrice Luchini : Germain
Ernst Umhauer : Claude
Kristin Scott-Thomas : Jeanne
Emmanuelle Seigner : Esther
Denis Ménochet : le père de Raphael
Bastien Ughetto : Raphael
Jean-François Balmer : le proviseur
Yolande Moreau : les jumelles

TOURIST HISTORY (Two Door Cinema Club) : Made in GB !

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touristhistorytwodoorcinemaclubLa Grande-Bretagne et la pop musique sont deux faces d’une même médaille. A tel point que l’on a inventé la notion de brit’pop pour désigner ce son qui sent bon le thé et le fish and chips. Les groupes qui font vivre ce courant musical sont innombrables et il serait difficile de les citer tous, tant il en nait toujours de nouveau. Parmi eux, Two Door Cinema Club et leur album Tourist History.

Two Door Cinéma Club ne vient pas d’Angleterre, mais d’Irlande du Nord. C’est bien le seul élément un tant soit peu original dans ce groupe de pop, composé de Alex Trimble au chant, de Kevin Baird à la basse, de Sam Halliday à la guitare et de Benjamin Thompson à la batterie, même si ce dernier n’intervient que lors des concerts. Pour être totalement exhaustif dans les détails qui ne servent pas à grand chose mais qui peuvent éventuellement vous permettre de briller en société, tout ce beau monde s’est connu chez les scouts. Comme quoi porter un uniforme dès son plus jeune âge mène à tout ! Tourist History constitue leur premier album, sorti en 2010, qui a été suivi par Beacon en 2012.

Bon, les plus pointus trouveront que mon introduction a constitué un raccourci puisque Two Door Cinéma Club ne fait pas vraiment de la pop, mais de l’indie pop… Pour parler plus clairement, le groupe n’hésite pas à utiliser largement des claviers et à donner un léger fond de son électro à Tourist History. Mais on aura beau me dire tout ce que l’on voudra, dès les premières secondes de cet album, leur musique fleure bon la Grande-Bretagne de manière parfaitement reconnaissable.

Mais cela ne signifie en rien que ce Tourist History ne possède pas le moindre intérêt. En effet, s’il s’agit bien de pure brit’pop, c’est de la très bonne brit’pop. Déjà parce qu’elle déborde d’énergie. J’ai bien conscience que c’est pour moi un critère capital, qui nuit parfois à mon objectivité, mais il est incontestable que l’on tient là un point fort de Two Door Cinema Club. La musique est souvent festive et entraînante. Le groupe mord dans ses titres et communique aux auditeurs une envie de taper du pied !

De plus, à côté de ça, le groupe fait preuve d’une grande maîtrise. Les lignes mélodiques n’ont rien d’extraordinaire, mais au moins, elles sont tenues et ne partent pas dans tous les sens. L’énergie n’est pas là pour compenser des insuffisances artistiques. Les deux éléments font que Tourist History est très agréable à écouter, avec notamment un single, What You Know, qui est de très bonne facture et qui a largement expliqué sa diffusion à la radio. Personnellement, j’apprécie également tout particulièrement Do You Want It All ? et You’re Not Stubborn.

Après, il ne faut pas nier les limites de Tourist History. Avec 10 titres seulement, Two Door Cinema Club se contente du minimum. Et malgré cela, on a quelque peu l’impression d’avoir fait un peu le tour de la question arrivé au bout de l’album. Du coup, on peut se dire qu’avoir fait court est plutôt une bonne idée. Mais cela signifie surtout que leur musique ne brille pas par une réelle originalité, ni un intérêt artistique réellement transcendant.

Tourist History est donc un bon album de brit’pop, mais qui n’a peut-être pas les qualités requises pour séduire tellement au-delà des fans du genre.

Pour finir, un petit tour des titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Cigarettes In The Theatre
Un titre pop-rock énergique.

2.: Come Back Home
Une voix claire sur une musique enjouée, pour un résultat plutôt bon.

3.: Do You Want It All ?
Un son très très pop… Mais de la bonne pop !

4.: This Is The Life
Un peu plus transparent, même si le refrain est un peu plus percutant.

5.: Something Good Can Work
Un pop un peu sucrée et sympa.

6.: I Can Talk
Un musique pop avec des petites sonorités électro. Toujours aussi énergique, mais rien de transcendant.

7.: Under Cover Martyn
Alternance de moments très énergiques et de moments plus calmes, pour un résultat convaincant.

8.: What You Know
Un single qui allie maîtrise et énergie. Vraiment top !

9.: Eat That Up, It’s Good For You
Pop… Bref, rien de nouveau…

10.: You’re Not Stubborn
Un rien plus rock, mais conserve énergie et maîtrise.

SAVAGES : Résurection incomplète

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savagesafficheIl y a des réalisateurs que l’on pense à jamais perdus pour le cinéma. Ainsi, on attend depuis bientôt trente ans la résurrection de Brian de Palma. Mais plus le temps passe, plus on se résigne au fait que cela n’arrivera jamais. Il est bel et bien mort et enterré artistiquement… On se disait la même chose d’Oliver Stone, qui n’avait rien sorti de transcendant depuis JFK en 1991. Bon, j’avoue je n’ai jamais vu Tueurs Nés, mais cela ne repousserait le début de son coma qu’à 1994. Ce n’est pas la moumoute de Colin Farrel dans Alexandre qui nous avait convaincu de son retour à la vie. Par contre ce Savages fait naître en nous les plus grands espoirs !

Ben et Chon produisent paisiblement le meilleur cannabis d’Amérique. Ils mènent leurs affaires sans violence, ou si peu, formant un trio amoureux avec la très jolie Ophélia. Mais la chef d’un des plus grands cartels mexicains décident de s’associer avec eux pour bénéficier de leurs talents uniques. Ils refusent. Mais leurs interlocuteurs sont de ceux qui font des propositions que l’on ne peut justement pas refuser.

On aurait aimé apprécier Savages en se disant que c’est un Oliver Stone un peu mineur, mais vraiment pas déplaisant. Vus les circonstances, on se contentera de dire que si le génie du réalisateur de Platoon n’a pas connu ici une renaissance complète, ce film peut nous faire espérer que cela est encore possible. Il s’agit clairement de son meilleur film depuis vingt ans, mais se situe encore loin d’un Wall Street ou d’un The Doors. Disons que certains passages nous rappellent à quel point Oliver Stone peut se montrer brillant.

En fait, Savages se caractérise par une réalisation imaginative et léchée d’une part et par un scénario qui propose rien de très nouveau d’autre part. Oliver Stone sait tenir une caméra, cela reste incontestable. L’emploi du noir et blanc, le cadrage, la photographie, tout cela démontre un vrai souci artistique. Le film est visuellement très abouti et rend les scènes de violence et de sexe pourtant explicites plaisantes. L’univers du réalisateur a toujours été violent et a toujours cherché à provoquer le spectateur. Mais les temps ont changé depuis Tueurs Nés et rien ici ne vient vraiment choquer outre mesure. A tel point qu’on pourrait même s’en inquiéter.

L’histoire des Savages est faussement original. Certes, il ne suit pas forcément le schéma habituel des films sur le monde de la drogue, mais on n’est jamais vraiment surpris par quoi que ce soit. Il paraît que le roman dont le film est tiré est excellent, mais cela donne une adaptation plaisante mais qui ne procure pas vraiment de quoi s’enthousiasmer. La scène finale constitue le seul moment où le spectateur est quelque pris à contre-pied. Cela permet au moins de rester sur une bonne note. Enfin globalement, l’intrigue est solide et rythmée. On ne s’ennuie pas et c’est au final bien le principal.

En fait Savages aurait du vraiment marquer les esprits par ses personnages. Ils ont tous des caractères bien distincts, à la limite de l’archétype. Ils affichent une vraie personnalité, mais ils leur manquent tous ce petit supplément d’âme qui aurait fait toute la différence. Seul le personnage d’Ophélia, qui sert aussi de narratrice, dégage assez de profondeur pour vraiment nous toucher et nous faire ressentir un véritable sentiment d’attachement. Les autres nous laissent plus froid, nous empêchant ainsi de rentrer totalement dans ce film.

savagesS’il y a un domaine où Oliver Stone a pêché, c’est bien la direction d’acteurs. Le casting est alléchant, surtout pour les méchants, mais ils laissent trop ses comédiens cabotiner. La palme revient à Benicio De Toro qui aurait pu vraiment être génial s’il n’en faisait pas trop. Il en fait trop certes avec son immense talent, mais il en fait trop quand même. Salma Hayeck est elle-aussi quelque peu atteinte du même mal, même si elle a au moins le mérite de nous proposer un registre où on ne l’attendait pas forcément. Par contre, rien à dire sur John Travolta, très professionnel. Les deux personnages principaux manquent un tantinet de charisme malgré la belle gueule de Taylor Kitsch et Arraon Taylor-Johnson. En fait, c’est Blake Lively, qui incarne Ophélia, qui nous apporte la petite touche de charme en plus.

Savages donne plusieurs raisons de se réjouir. Un film quand même globalement réussi, par un réalisateur qu’on ne pensait plus voir à ce niveau… Mais qui a atteint des sommets plus élevés dans sa carrière.

Fiche technique :
Production : Ixtlan, Onda Entertainment, relativity Media
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Oliver Stone
Scénario : Oliver Stone, Shane Salerno, Don Winslow d’après le roman de Don Winslow
Montage : Joe Hutshing, Stuart Levy, Alex Marquez
Photo : Dan Mindel
Décors : Tomas Voth
Musique : Adam Peters
Directeur artistique : Lisa Vasconcellos
Durée : 131 mn

Casting :
Blake Lively : O
Taylor Kitsch : Chon
Aaron Taylor-Johnson : Ben
Benicio Del Toro : Lado
John Travolta : Dennis
Salma Hayek : Elena
Damian Bichir : Alex
Emile Hirsch : Spin

TED : Un ourson qui vous veut du bien

tedaffiche

tedafficheQui n’a jamais parlé à une de ses peluches étant petit… ou étant plus grand aussi d’ailleurs ? Bon, arrivé à un certain âge, on parle plutôt à ses plantes vertes. Mais dans tous les cas, jamais nos interlocuteurs ne nous ont répondu. Pourtant, dieu sait si on l’a souhaité parfois… Imaginons cependant deux secondes que ce désir puisse donner vie à notre ours en peluche… Nous obtenons un film, Ted… qui s’intéresse surtout à ce que l’on peut faire de ce compagnon une fois que l’on est adulte.

Ted et John sont les meilleurs amis du monde depuis que ce dernier à 8 ans. Le premier problème est que le premier est un ours en peluche. Le second est que le jeune garçon a désormais 35 ans et vit une belle histoire d’amour depuis 4 ans avec la sublime Lori. Cependant, elle supporte mal cet encombrant compagnon qui infantilise l’homme de sa vie et le maintien au stade d’éternel adolescent.

Ted est l’exemple type de la bonne idée exploitée de manière incomplète. Le film est drôle, parfois très drôle, parfois très lourd aussi, mais manque de cette petite étincelle de génie qui aurait enflammé le tout. On ne s’ennuie pas, on passe même un bon moment, mais on ressort quelque peu frustré, se disant qu’il y avait mieux à faire. Le film alterne la parodie, le détournement, le politiquement incorrect, sans jamais pour autant aller au bout des choses, comme si par peur d’aller trop loin, les scénaristes étaient restés trop près.

Ted est un film sur la nostalgie et sur la difficulté à renoncer à ces petites choses qui nous ramènent en enfance et qui nous rassurent. Ceci peut être un film culte, comme Flash Gordon, ou bien sûr un ours en peluche vivant, mais ce qui est bien plus rare quand même dans la vraie vie. D’ailleurs, le film propose un certain nombre de clins d’œil et de références, parfois très savoureux, comme ce petit extrait de la musique d’Indiana Jones dans un passage qui nous rappelle une scène culte des Aventuriers de l’Arche Perdu. Cet aspect est plutôt réussi et sympathique.

Ted a un scénario qui aurait pu être vraiment riche. A la fois pure comédie, comédie romantique et même quasi film d’action sur la fin. Mais tous ces aspects demeurent trop superficiels pour vraiment être passionnants. Encore une fois, cette superposition nous préserve de l’ennui, mais nous donne l’impression que parfois le scénario rame quelque peu. En n’osant pas pousser plus loin la psychologie des personnages, les auteurs se sont contentés d’un propos superficiel, sans aucune prise de risque et qui ne restera donc pas dans les mémoires.

tedUn mot enfin sur l’humour… Comme je l’ai dit, c’est vraiment drôle parfois, avec de vrais gags percutants et de vraies trouvailles. Par contre, comme dans toute bonne comédie américaine, Ted est parsemé de quelques moments d’humour scato… Bon ok, je sais que c’est moi qui n’aime particulièrement pas ça, mais tout de même, ils pourraient s’en passer quelques fois.

Ted aurait pu valoir le coup aussi par un Mark Wahlberg totalement à contre-emploi. Mais avouons-le, on ne le sent pas particulièrement à l’aise et son potentiel comique est quand même particulièrement limité, vu son manque cruel d’expressivité. Mila Kunis confirme par contre qu’elle est une des plus charmantes actrices d’Hollywood, un charme à l’opposé du cliché de la blonde typique hollywoodienne. Mais la vraie star de ce film reste bien cet ours en peluche, magnifiquement doublé par Seth McFarlane. Il faut bien avouer que tout ce qui a de l’intérêt dans ce film passe par lui.

Ted est donc un film ni vraiment raté, ni totalement réussi. Un film politiquement incorrect par moment… mais pas tant que ça au final.

Fiche technique :
Production : Universal Pictures International, Media Rights Capital, Fuzzy Door, Bluegrass Films, Smart Entertainment
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Seth MacFarlane
Scénario : Seth MacFarlane, Alec Sulkin, Wellesley Wild
Montage : Jeff freeman
Photo : Michael Barrett
Format : 35mm
Décors : Stephen Lineweaver
Son : Tom Williams
Musique : Walter Murphy
Effets spéciaux : Blair Clark
Durée : 107 mn

Casting :
Mark Wahlberg : John Bennett
Mila Kunis : Lori Collins
Seth Macfarlane : Ted
Joel McHale : Rex
Giovanni Ribisi : Donny
Patrick Stewart : Le narrateur

GORILLA MANOR (Local Natives) : Voix au loin

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gorillamanorlocalnativesLa voix d’un chanteur ou d’une chanteuse fait beaucoup dans la personnalité d’un groupe. C’est sans doute ce qui le rend la musique plus humaine et donc crée le lien entre elle et le public. Une belle voix pure et claire n’a pas de prix et peut parfois se suffire à elle-même. Bien sûr, comme tout « instrument », on peu travailler dessus et certains effets apportent originalité et créativité. Mais pour le groupe Local Natives et leur album Gorilla Manor, cela s’apparente plutôt un choix malheureux.

Local Natives est un groupe de rock californien. Je ne peux résister à l’envie de citer cette description remarquable trouvée sur le site Wikipedia : « afropop influencé par des guitares hyperactives et un tambour écolier comportant des harmonies à trois volets ». Au-delà de la faute d’orthographe (afropop c’est féminin non ?), cette description me laisse perplexe… Enfin si quelqu’un peut expliquer en moins de 4 pages ce que cela veut dire exactement qu’il me fasse signe. En attendant, le groupe n’a sorti qu’un seul album pour l’instant, sorti en 2009 et il est composé de Taylor Rice au chant et à la guitare, Kelcey Ayer au chant, au clavier ainsi qu’aux percussions, Ryan Hahn au chant, à la guitare ainsi qu’à d’autres instruments à cordes plus atypiques tels que le banjo, Andy Hamm à la guitare basse et parfois au chant, et enfin Matt Frazier à la batterie.

Vous l’aurez donc constaté, ils sont quatre à chanter chez Local Natives. Mais pourquoi alors donc s’évertuent-ils tous à le faire si loin du micro ? En effet, pour moi ce qui caractérise vraiment Gorilla Manor, plutôt que les mots compliqués de Wikipedia, c’est le mauvais équilibre entre chant et instrumentation. Certes, il s’agit sûrement d’un effet volontaire, donnant un caractère un peu évaporé à leur musique. Mais s’il aurait pu apporter une certaine originalité à certains titres, là ça devient une marque de fabrique un peu lassante.

En effet, lorsque Local Navites met un peu plus la partie vocale en avant, comme sur le titre World News, Who Knows Who Cares ou encore Cubism Dream, leur musique est tout de suite plus intéressante. Certes, cela n’aurait de toute façon pas révolutionné l’histoire de la pop, mais au moins proposé un album sympa. Gorilla Manor demeure au final très inégal et du coup un peu frustrant. Du coup, on n’arrive pas à apprécier à sa juste valeur la maîtrise artistique incontestable dont font preuve ces jeunes gens.

Bien sûr, tout cela reste un avis très personnel. Toute personne ne trouvant cet effet « loin du micro » absolument pas gênant pourra trouver d’énormes qualités à Gorilla Manor. Des titres comme Cards & Quarters et Warning Sign sont pour moi gâchés par ce choix artistique. Certains trouveront peut-être qu’au contraire, ils affichent du coup une vraie personnalité et sonnent différemment du mainstream radiophonique. Voici un excellent débat qui en vaut bien d’autres qui occupent des pages et des pages dans les journaux.

Subjectivement, je trouve donc Gorilla Manor assez moyen, sans être foncièrement désagréable. Objectivement, il possède des qualités qui peuvent en faire pour certain un vrai moment de musique plaisante et plutôt paisible. Ensuite, à chacun d’apprécier.

Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Wide Eyes
Un titre un peu évaporé, mais solide et maîtrisé.

2.: Airplanes
Un peu plus de conviction dans ce morceau.

3.: Sun Hands
Ca manque quand même un tantinet d’énergie.

4.: World News
Guitare plus affirmée, avec également un meilleur équilibre chant-instrumentation.

5.: Shape Shifter
Un ton plus doux et mélodieux. Mais la voix un rien cassée n’a rien d’extraordinaire.

6.: Camera Talk
Plus dynamique, plus pop. Sympa !

7.: Cards & Quarters
Un ton lent et envoûtant. Dommage que la voix soit si en retrait.

8.: Warning Sign
De la conviction, presque de l’énergie, mais la voix reste une nouvelle fois trop effacée.

9.: Who Knows Who Cares
Une belle ballade-rock, entre guitares et violon et un meilleur équilibre entre voix et instrumentation.

10.: Cubism Dream
La voix poussée dans les aigües est bien présente et on s’en réjouit.

11.: Stranger Things
Retour au son évaporé. Dommage…

12.: Sticky Thread
Une fin douce et mélodieuse. Mais toujours cette distance…

LES SAVEURS DU PALAIS : L’eau à la bouche

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lessaveursdupalaisafficheLa bouffe et la politique, deux passions bien françaises qui n’attendaient plus qu’une histoire pour être enfin réunies. C’est chose faite avec les Saveurs du Palais, qui rencontre un beau succès en salle… Enfin moins que Taken 2 qui écrase tout cette semaine, ce qui prouve que si les spectateurs avaient bon goût, ça se saurait. Bref, voici un film qui donne l’eau à la bouche du début à la fin et qui provoque une furieuse envie de se mettre derrière ses fourneaux.

Hortense Laborie est une cuisinière réputée vivant dans le Périgord. A sa grande surprise, on lui apprend que le Président Mitterrand lui propose de devenir la chef des cuisines privées de l’Elysée. Un poste qu’elle ne peut évidemment refuser. Mais elle se rendra vite compte que tout le monde n’apprécie pas cette nomination. Du coup, son caractère bien trempé va vite faire des étincelles dans un monde où la simplicité n’est pas de mise, au contraire de ses menus.

Il est difficile de ressortir de Les Saveurs du Palais sans un grand appétit ouvert. Ce film est un très bel hommage à la cuisine, pas forcément la grande, mais la bonne, celle faite de bons produits, d’un rien d’imagination et de beaucoup de savoir faire. Les plats, les recettes défilent pendant une heure et demi et les yeux du spectateur brille d’envie. L’envie d’y goûter bien sûr, mais aussi l’envie de se mettre soit même à concocter d’aussi délicieux morceaux de gastronomie.

Mais la gastronomie n’est que le décor de Les Saveurs du Palais. Un magnifique décor certes, mais qui n’aurait pas justifier à lui seul un long métrage. Le vrai fil rouge de ce film reste le portrait de ce personnage au fort caractère et au bon sens provincial dans ce monde plein de conventions et surtout d’hypocrisie. Un tel sujet aurait pu facilement tomber dans le ramassis de clichés et dans les ficelles comiques grossières. Il n’en est rien, car le tout est traité avec une certaine finesse et une grande intelligence.

Les Saveurs du Palais reste un film léger, mais n’a rien d’une pure comédie. Ce n’est pas non plus un portrait au vitriol des coulisses du pouvoir. C’est au final une histoire presque anecdotique, mais qui en dit long sur notre culture. Un thème qui parle à notre imaginaire, bien au-delà de nos simples papilles. Du coup, on pardonne aisément le léger manque de consistance de ce scénario, raconté en flash-back, procédé qui ici semble avoir pour principal intérêt de donner à cette histoire une durée compatible avec un long métrage. Mais pourtant, jamais on ne s’ennuie.

lessaveursdupalaisEt la politique dans tout cela ? Elle ne constitue pas le cœur de Les Saveurs du Palais. Cependant, le mythe mitterrandien reste tout de même bien présent. L’aura de mystère qui l’a toujours entouré, la fascination qu’il a pu exercer se retrouvent ici, là encore traité sans lourdeur, mais avec beaucoup de déférence. Evidemment, voir ce personnage historique incarné par un homme qui aura passé une bonne partie de sa vie à le combattre. Mais cette idée saugrenue montre bien à quel point l’ancien patron du Figaro ressent un profond respect pour son ancien adversaire.

La star de ce film, niveau casting, n’est pas Jean d’Ormesson qui a cependant la bonne idée de ne pas chercher à imiter Miterrand. Les Saveurs du Palais met en lumière l’immense talent de Catherine Frot. Ceux qui ont été consternés par Associés Contre le Crime seront heureux de retrouver cette merveilleuse actrice au sommet de sa forme, n’ayant aucun soucis pour porter à elle seule le film sur ses épaules.

Les Saveurs du Palais est donc un film très plaisant, simple comme la bonne cuisine. Un film qui vous poussera dans la cuisine aussitôt sorti du cinéma.

Fiche technique :
Production : Armada Films, Vendôme production
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Christian Vincent
Scénario : Christian Vincent, Etienne Comar
Montage : Monica Coleman
Photo : Laurent Dailland
Décors : Patrick Durand
Musique : Gabriel Yared
Durée : 95 mn

Casting :
Catherine Frot : Hortense
Jean d’Ormesson : Le Président
Hippolyte Girardot : David Azoulay
Arthur Dupont : Nicolas Bauvois
Arly Jover : Mary

CAMILLE REDOUBLE : Nostalgie réincarnée

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camilleredoubleafficheJ’ai récemment souligné, à l’occasion de ma critique de The We and The I, la difficulté de parler de l’adolescence au cinéma. Je vais une nouvelle fois disserter sur le sujet en vous parlant de Camille Redouble, un film plutôt réussi, mais qui souffre tout de même des habituels clichés sur cette période si délicate de la vie de chacun. Noémie Lvovsky a sûrement mis beaucoup d’elle dans ce film qui reste quand même globalement touchant.

A 40 ans, Camille voit son grand amour, Eric, qu’elle a rencontré à 16 ans, la quitter pour une femme plus jeune. Alcoolique, actrice plus ou moins ratée, sa vie prend une mauvaise tournure. A l’occasion du Réveillon du Nouvel An, elle retrouve ses vieilles copines de lycée. Sur le chemin, elle entre chez un étrange horloger. Un peu plus tard dans la soirée elle s’évanouira pour se réveiller dans son propre passé, adolescente, juste avant de rencontrer l’homme de sa vie.

Noémie Lvovsky n’est pas la première à utiliser cette idée de réincarnation d’un personnage dans son propre passé. Le synopsis de Camille Redouble ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Peggy Sue S’est Mariée de Coppola. Mais il serait bien sévère de le lui reprocher, quand le cinéma sait recycler à l’infini les mêmes concepts jusqu’à écœurement. J’ignore quelle est la part d’autobiographie dans ce film, mais la réalisatrice a avant tout voulu nous parler d’une histoire et de sentiments qui la touchent. L’idée de départ ne constitue qu’un prétexte.

Commençons cependant par ce qui fâche un tantinet. Le film nous raconte donc comment une adulte a la « chance » de revivre son adolescence avec toute sa mémoire et son expérience. Mais j’ai trouvé que du coup la vision de cet âge qui est proposée ici est une vision passée sous le filtre de l’adulte, avec beaucoup de raccourcis et d’idées toutes faites très attendues. Il y a une volonté chez Noémie Lvovsky de donner une certaine légèreté à son propos, mais comme trop souvent, cela tourne du coup à la caricature. On s’habituerait presque à cette vision faussée de l’adolescence au cinéma, mais cela continue de me gêner quelque peu.

Le film aborde deux sujets principaux. Tout d’abord, la fatalité. Sommes-nous condamnés à faire toujours les mêmes erreurs ? Si c’était à refaire, aurions-nous forcément la même vie ? Le film apporte une réponse assez subtile et intelligente, sous forme de ni oui, ni non. Cela constitue aussi le fil rouge narratif, en créant un suspense autour de la relation entre Camille et Eric, dont on ignore si elle est inexorable. C’est pour moi l’aspect du film le plus réussi.

L’autre sujet largement traité est le rapport aux parents lors de l’adolescence et les regrets qu’ils peuvent laisser. Là encore, le sujet n’est pas nouveau. Camille Redouble tient là le principal ressort émotionnel. On ne peut qu’admettre que cet aspect est assez touchant et assez bien maîtrisé. Cependant, Noémie Lvovsky ne va pas non plus très loin dans la réflexion. Cette dernière ne se révèle au final pas d’un intérêt immense. Mais au moins, cela ne plombe pas ce film parcouru par une nostalgie légère qui reste tout de même très agréable.

camilleredoubleSi Noémie Lvosky se révèle une réalisatrice imparfaite, au moins est-elle toujours une actrice débordante d’énergie et de spontanéité. Elle offre aux cinémas français d’excellents seconds rôles, alors on est heureux de la voir cette fois-ci en haut de l’affiche. A ses côtés, Samir Guesmi est un peu plus en retrait, pas aidé il est vrai, par un maquillage en adolescent qui rend son personnage comique, même quand il ne devrait pas l’être. Le couple des parents, formés par Yolande Moreau et Michel Vuillermoz, est quant à lui très juste, tout comme Denis Podalydes. Camille Redouble est aussi marquée par des apparitions plus ponctuelles, mais souvent un peu ridicule comme celle de Matthieu Almaric (et oui, je peux dire du mal de lui!) ou encore Jean-Pierre Léaud.

Au final, Camille Redouble est un film sympathique, mais inégal. Les amateurs de douce nostalgie seront par contre ravis.

Fiche technique :
Production : Gaumont, F comme Film, Ciné@, France 2 Cinéma
Réalisation : Noémie Lvovsky
Scénario : Noémie Lvovsky, Maud Ameline, Pierre-Olivier Mattei, Florence Seyvos
Montage : Annette Dutertre
Photo : Jean-Marc Fabre
Décors : Frédéric Lapierre
Distribution : Gaumont distribution
Son : Olivier Mauvezin
Musique : Gaëtan Roussel
Durée : 115 mn

Casting :
Noémie Lvovsky : Camille Vaillant
Samir Guesmi : Eric
Judith Chemla : Josepha
India Hair : Alice
Julia Faure : Louise
Yolande Moreau : la mère
Michel Vuillermoz : le père
Denis Podalydès : Alphonse
Vincent lacoste : Vincent

 

LA CEREMONIE : Chabrol au sommet

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laceremonieafficheClaude Chabrol a été un des réalisateurs les plus prolifiques de l’histoire du cinéma français. Capable de sortir 3 films par an dans les années 60, sa mort a laissé un vrai vide. Il restera un incroyable conteur des recoins le plus sombres de l’âme humaine. Il a décrit avec une formidable justesse comment les apparences les plus bourgeoises et les plus respectables pouvaient cacher les secrets les plus méprisables. De mon point de vue, même si je ne connais pas toute sa pléthorique filmographie, son plus grand chef d’œuvre restera la Cérémonie, sorti en 1995.

Sophie, une jeune femme renfermée et timide, est engagée comme bonne par la famille Lelièvre. Ils sont ravis de ses services, même si, humainement, les relations sont inexistantes. Elle va tout de même se lier d’amitié avec Jeanne, employée au bureau de poste local et accusée par la rumeur d’avoir tué son propre enfant. Mais Sophie cache elle aussi bien des secrets.

La Cérémonie est inspiré très librement par le célèbre fait divers des sœurs Papin, qui défraya la chronique judiciaire dans les années 30. Il possède cependant une portée totalement universelle. Ce film nous parle de l’humiliation, ce sentiment qui peut ronger et conduire l’être humain aux pires extrémités. Sophie est dévorée par la honte (je ne vous dirai pas de quoi) et essaye de le cacher, ce qui conduit son personnage à un refoulement qui se révèlera dévastateur une fois qu’il sera mis à jour. Si le film se déroule sur fond de lutte des classes, les cœur du sujet est beaucoup psychologique que social.

Encore une fois, Claude Chabrol nous expose les ressorts de l’âme et du comportement humains. Le processus qui amène aux pires extrémités est un sujet traité régulièrement au cinéma. En effet, chercher à comprendre ce qui nous pousse à sortir des barrières morales semble une quête sans fin. Mais on l’a vu récemment avec les films A Perdre la Raison ou Possessions, ce genre d’histoire peut facilement donner des scénarios linéaires, prévisibles et au final sans grand intérêt. Il n’en est rien ici car l’intrigue est remarquablement construite avec une évolution constante des rapports entre les personnages qui prennent des tournures que l’on ne peut pas forcément soupçonner à première vue.

La Cérémonie repose également largement sur la manière dont Claude Chabrol révèle progressivement les secrets portés par les personnages. Le film porte vraiment dans ce domaine la patte de ce réalisateur. Cela engendre une tension permanente, un sentiment de malaise persistant, qui crée au final un vrai suspense. L’intérêt du film ne repose pas sur le mystère autour du dénouement (même s’il réserve un très beau rebondissement final), mais vraiment sur le chemin que prendront les personnages pour y arriver, chemin dicté en partie par des éléments de leur passé qu’on ignore au début du film. Bref, une nouvelle brillante démonstration sur le thème du « les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être » de la part de Claude Chabrol.

laceremonieSi La Cérémonie, comme tous les Chabrol, ne se distingue pas par une réalisation artistiquement novatrice, elle se démarque par une direction d’acteurs remarquable. Elle vaudra un Oscar à une Isabelle Huppert qui a tenu là un de ses rôles les plus marquants. Mais la vraie star de ce film reste Sandrine Bonnaire dont le jeu est d’une justesse saisissante. La famille Lelièvre, interprétée par Jacqueline Bisset, Jean-Pierre Cassel et la très jeune Virginie Ledoyen, est elle aussi magnifiquement incarnée par ce très bon casting.

La Cérémonie est donc un film qui restera un des plus marquants dans l’œuvre de Claude Chabrol. Il reprend tous les thèmes qui lui sont chers et nous livre un film empli de tension, de gravité et d’une grande profondeur.

Fiche technique :
Réalisateur : Claude Chabrol
Scénario : Claude Chabrol et Caroline Eliacheff, d’après le roman de Ruth Rendell, A Judgement in Stone (L’Analphabète).
Producteur : Marin Karmitz
Musique originale : Matthieu Chabrol
Musique additionnelle : Wolfgang Amadeus Mozart
Photographie : Bernard Zitzermann
Montage : Monique Fardoulis
Décors : Daniel Mercier
Pays : France
Durée: 112 minutes
Genre: Drame
Date de sortie : 30 août 1995

Casting :
Sandrine Bonnaire : Sophie
Isabelle Huppert : Jeanne
Jacqueline Bisset : Catherine
Jean-Pierre Cassel : Georges
Virginie Ledoyen : Mélinda
Jean-François Perrier : Le prêtre
Valentin Merlet : Gilles
Julien Rochefort : Jérémie
Dominique Frot : Madame Lantier
Christophe Lemoine : le marchand de lunettes

IS IT FIRE ? (Jessie Evans) : Virage hasardeux

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isitfirejessieevansOn peut avoir l’esprit punk et vouloir tout de même proposer une musique plutôt élaborée et variée. C’est le cas de Jessie Evans et son album Is It Fire ?. Mais si la musique des Clash et des Sex Pistols a souvent été directe et basique, mais au moins elle compensait par une débauche d’énergie communicative qui fait que leurs chansons continuent de faire sauter partout des générations entières. Ici, rien de tout ça et on pourrait presque le regretter.

Jessie Evans est une chanteuse américaine qui s’est longtemps produite avec des groupes punk (Subtonix, The Vanishing). En 2009, elle commence une carrière solo avec l’album Is it Fire ? qui, on va le voir, représente un vraie tournant musical pour cette artiste. Cependant, elle se produit sur scène très souvent en duo avec Toby Dammit, l’ancien batteur d’Iggy Pop. L’esprit punk n’est donc pas totalement mort chez elle !

Le rapport entre Is It Fire ? et le punk est quand même très ténu. Cet album nous propose plutôt un voyage au son de rythmes tropicaux et chaloupés. L’album sonne très latino, souvent teinté d’un peu d’électro. On est donc dans une musique plutôt calme, avec des instrumentations plutôt soignées, à défaut d’être hyper complexes. Les titres de cet album ne se ressemblent pas, on peut donc saluer un vrai travail de créativité.

Mais cela n’empêche que l’on se heurte très vite aux limites du talent de Jessie Evans. Limite déjà vocale. Le chant manque un peu de chaleur et de profondeur pour cet univers musical. Il y a quelque chose de très sensuel dans la musique latino et la chanteuse a bien du mal à insuffler ce zeste de désir qui ferait toute la différence. Ensuite, les rythmes chaloupés de Is It Fire ? manquent souvent de consistance et certains titres sont à la limite de l’ennuyeux. Si les titres sont variés, aucun d’entre eux ne sort vraiment de l’ordinaire.

Is it Fire ? Commence pourtant plutôt bien. Les trois premiers titres sont plutôt sympathiques et prometteurs. Scientist of Love constitue certainement le meilleur morceau de cet album. Mais ensuite, malheureusement, ça se gâte quelque peu. Jessie Evans alterne alors le bon et le moins bon, mais sans jamais retrouver le niveau du début, à part pour le dernier titre, Sera El Fuego. Du coup, l’auditeur décroche quelque peu et traverse l’album avec une certaine indifférence.

Is it Fire ? est donc d’un intérêt très limité. Le travail aurait pu présenter un certain, mais il se révèle finalement trop plat pour retenir vraiment l’attention. C’est dommage que Jessie Evans n’est pas gardée l’énergie en changeant d’univers musical. On peut saluer la prise de risque, mais cela ne peut pas totalement compenser, il faut bien le dire, une certaine médiocrité. Enfin, ce n’est pas comme si on manquait d’artistes vers qui se rabattre.

Jessie Evans a sans doute pris du plaisir en explorant des terrains inhabituels pour elle sur Is It Fire ?. Malheureusement l’auditeur en prend nettement moins.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Is It Fire ?  

1. Is It Fire?
Un rythme tropical et chaloupé, avec des cuivres très présents, pour une introduction presque prometteuse.

2. Scientist Of Love
Un titre plus jazzy pour un swing sympa.

3. Blood And Silver
Un morceau un rien salsa.

4. Class Magic
Un peu mou et transparent.

5. Let Me On
Plus électro, mais assez chiant.

6. Niños del Espacio
Chaloupé et envoûtant, mais un rien lancinant tout de même.

7. Micheladas
Un très court intermède.

8. Golden Snake
Très latino et cuivré. Manque cependant de peps car la voix de Jessie Evans possède une sensualité limitée.

9. Black Sand
Un peu plat.

10. To The Sun
Un long instrumental assez ennuyeux.

11. Sera el Fuego
Latino et festif pour une fin fort sympathique.