MAIGRET ET L’INSPECTEUR MALGRACIEUX (George Simenon) : L’Inspecteur sonne toujours 4 fois

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maigretetlinspecteurmalgracieuxL’été dernier, j’ai enfin découvert George Simenon, alors que j’ai grandi avec des livres de lui un peu partout autour de moi. Avec le recul, je me demande pourquoi j’ai attendu aussi longtemps, mais heureusement, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Voici donc le quatrième, le deuxième du célèbre inspecteur, que j’ai eu l’occasion de lire : Maigret et l’Inspecteur Malgracieux. Un recueil de nouvelles, toujours aussi merveilleusement bien écrites.

Une enquête menée par un inspecteur qui semble attirer la guigne, un jeune garçon que personne ne veut croire, une victime qui avait pourtant tout d’un coupable et une victime qui n’a rien de commun avec les victimes habituelles d’homicide… Autant de mystères qui ne résisteront pas longtemps à la perspicacité de l’Inspecteur Maigret.

Si Hercule Poirot n’avait pas son pareil pour rassembler les faits pour dénouer les fils des mystères auxquels il s’attaquait, l’Inspecteur Maigret est celui qui sait le mieux lire les comportements humains. Simenon a, dans les centaines de romans qu’il a écrit, toujours exploré les méandres de l’âme humaine, au travers des petites faiblesses et travers de ses protagonistes. Il a toujours écrit sur les gens ordinaires, qui cachent parfois des secrets extraordinaires. J’ai déjà fait cette comparaison osée, mais on peut faire un parallèle avec Desperate Housewives.

Maigret et l’Inspecteur Malgracieux se situe pleinement dans cette optique. La nouvelle la plus typique est celle intitulée « On ne Tue pas les Pauvres Types », où l’homme à la pipe sait qu’un homme, surtout victime d’un meurtre, n’est jamais aussi ordinaire que ce que les apparences donnent à penser. Il décrypte les réactions des protagonistes pour essayer de voir au-delà des discours et percer à jour leur secret. Evidemment, il y arrive à tous les coups… Il n’est pas l’Inspecteur Maigret pour rien !

Quatre histoires courtes pour autant d’intrigues convaincantes. Bien sûr la brièveté des récits empêchent qu’elles ne soit trop complexes. Rien de spectaculaire donc, mais toujours cette subtilité et cette finesse propre à Simenon. Mais surtout le plaisir de découvrir comment Maigret va rassembler les éléments susceptibles de le faire accéder à la vérité. Cela ravira évidemment tous les amateurs de polars classiques. Les quatre nouvelles se lisent avec le même plaisir. Ce n’est certainement pas les écrits les plus marquants de l’auteur belge, mais ça vaut bien d’autres auteurs de polar vendus aujourd’hui à grands coups de marketing.

Mais ce qui fait toujours la différence avec Simenon, et Maigret et l’Inspecteur Malgracieux n’échappe pas à la règle, c’est évidemment le style de ce grand auteur. Cela reste incroyablement bien écrit. On se dit que s’il avait écrit l’annuaire téléphonique, on le lirait avec un immense plaisir. C’est léger, précis, percutant. Il n’y a pas de grands effets de style, on n’est pas au XIXème siècle, mais on est face à une des plus belles plumes que la langue française n’est jamais comptée. Il nous livre ici à nouveau de très belles pages, pas forcément spectaculaires, mais qui fait qu’elles se lisent avec une incroyable facilité. L’écriture de Simenon est un peu comme un maquillage réussi, qui sublime la beauté mais reste presque invisible.

Maigret et l’Inspecteur Malgracieux ravira les amateurs d’intrigues policières classiques, de belle plume et de récits courts. C’est un livre parmi d’autres dans la bibliographie de cet auteur. Mais cela le place déjà bien au-dessus du commun des romans.

ABRAHAM LINCOLN, CHASSEUR DE VAMPIRES : Mauvais nanar estival

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abrahamlincolnchasseurdevampiresafficheA première vue, le nom d’Abraham Lincoln n’évoque pas vraiment le monde du fantastique et encore moins, celui des vampires. Pourtant, comme dirait Alexandre Dumas, on peut violer l’histoire, du moment qu’on lui fait de beaux enfants. Je ne sais pas ce que vaut le roman de Seth Graham Smith, Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires, mais le scénario qu’il en a tiré n’a rien d’un rejeton à même de faire des jaloux.

Alors qu’il n’est qu’un enfant, le jeune Abraham Lincoln voit sa mère assassinée de manière mystérieuse par un créancier de la famille. Il grandit dans l’idée de se venger un jour. Au moment de passer à l’acte, il croise le mystérieux Henry Sturgess, qui finira par lui sauver la vie. En effet, l’adversaire auquel il s’est attaqué n’est pas un humain, mais un vampire. Il suivra alors l’enseignement de son sauveur pour apprendre toutes les manières de terrasser ces créatures démoniaques.

Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires sentait évidemment le nanar à plein nez. Mais venant du réalisateur du terriblement jouissif Wanted, on pouvait s’attendre à un bon moment de détente estivale. On était prêt à pardonner les invraisemblances, les faiblesses et le manque de psychologie. On se serait facilement montré indulgent, cherchant avant tout à se distraire et à mettre nos neurones au repos. Mais il y a des choses qui ont quand même du mal à passer.

La première d’entre elles est la piètre qualité des effets spéciaux. A l’heure du numérique, on s’est habitué à une quasi perfection, même dans des productions de seconde zone. Alors quand Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires, nous propose autant de séquences bâclées visuellement, toute mansuétude est impossible. C’est tout simplement mal fait et nous rappelle au mieux les années 90. Et encore, même à cette époque, on voyait des travaux bien plus convaincants. Cela annihile totalement toutes les bonnes volontés affichées par Timur Bekmambetov, notamment cette scène de poursuite au milieu de centaines de chevaux lancés en plein galop. Cela aurait du constituer le moment de bravoure original et jouissif de ce film. Au final, on a droit à un moment tout simplement risible.

Timur Bekmambetov n’a jamais fait dans la dentelle et la subtilité. Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires n’échappe pas à la règle. Mais là, où les ralentis avaient toute leur place dans un Wanted, il en use et abuse dans ce film, sans que cela n’apporte quoique ce soit. Au contraire, cela ressemble vite au tic d’un réalisateur sans inspiration. Il n’est pas aidé non plus par une 3D qui ne présente aucun intérêt. Les quelques effets « sortie de l’écran » font même ressembler parfois ce film à ceux que l’on trouve dans les parcs d’attraction de seconde zone !

abrahamlincolnchasseurdevampiresAprès, je ne peux qu’admettre que je ne me suis pas du tout ennuyé devant Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires. Le scénario est rythmé et assez divertissant. Ca reste basique, sans aucune profondeur, ni de réelles surprises, mais assez riches en péripéties et scènes d’action pour qu’on ait peu de chances de s’assoupir. Mais bon, on est quand même rarement enthousiaste et surtout le film nous fait sourire de manière le plus souvent involontaire.

Le casting est ni bon, ni mauvais. Tout le monde s’acquitte de sa performance de manière professionnel. Si Benjamin Walker ne recevra pas d’Oscar pour ce faux biopic, mais il arrive tout de même à incarner physiquement un personnage historique aussi célèbre. A ses côtés, Dominic Cooper et Rufus Sewel ne forcent pas non plus spécialement leur talent.

Abraham Lincoln, Chasseur de Vampires, est donc bien une série B, comme prévue. Mais une mauvaise série B. Et ça, c’est beaucoup plus décevant !

Fiche technique :
Production : Abraham Productions, Bazelevs production, Tim Burton productions
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Timur Bekmambetov
Scénario : Seth Grahame-Smith, d’après son roman
Montage : William Hoy
Photo : Caleb Deschanel
Décors : François Audouy
Musique : Henry Jackman
Directeur artistique : Beat Frutiger
Durée : 105 mn

Casting :
Benjamin Walker : Abraham Lincoln
Dominic Cooper : Henry Sturges
Anthony Mackie : Will Johnson
Mary Elizabeth Winstead : Mary Todd Lincoln
Rufus Sewell : Adam

MORT, OU EST TA VICTOIRE ? (Daniel-Rops) : Chemin tortueux

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mortouesttavictoireDans la bibliothèque de la maison de campagne familiale, se trouvent un certain nombre de livres ayant marqué la jeunesse de ma mère. Autant vous dire qu’ils ne correspondent pas vraiment à mes lectures habituelles, mais j’aime bien y piocher à l’occasion. Il s’agit le plus souvent de romans de la collection Livre de Poche, première édition, qui ne possédaient pas alors de quatrième de couverture. Si je décide d’en lire un, je le fais alors à l’aveugle. Ce fut le cas pour Mort, Où Est Ta Victoire ? de Daniel-Rops.

Laure est une jeune fille orpheline et habite chez les Detérieux, une famille bourgeoise de province. Le fils de la maison, Thierry, est amoureux d’elle, mais ses sentiments ne sont pas partagés. Il se décide alors à la faire chanter quand il met la main sur des lettres ambigües qu’elle a échangées avec Pia, la sœur de Thiery. Après un ultime refus, le jeune homme livre ces missives à son père. Ce dernier furieux menace Laure et tente de la violer. Elle n’a alors d’autre choix que de s’enfuir.

Mort, Où Est Ta Victoire ? est une sorte de roman d’apprentissage, mais qui s’étire de l’adolescence à l’aube de la vieillesse. Plus qu’un portrait ou une suite de péripéties, ce roman nous propose avant tout la description d’un processus. Celui de la recherche du bonheur et de l’affirmation de soi, dans une société où les apparences et les conventions sociales broient les aspirations profondes des individus. Daniel-Rops parcourt les époques de la fin du XIXème à la guerre de 14-18 et nous dresse le portrait d’un univers où la frustration règne en maître.

Mort, Où Est Ta Victoire ? nous propose un mélange assez étrange, qui brouille quelque peu le propos. Daniel-Rops a été à la fois un fervent catholique et le fondateur d’un mouvement politique, l’Ordre Nouveau, iconoclaste, voulant dépasser les querelles entre idéologies. Dans ce roman, il nous présente d’un côté un personnage principal qui lutte pour son émancipation, son droit à la liberté et à l’amour. Mais de l’autre, le récit est également parcouru d’une morale chrétienne, assimilant parfois le bonheur à une forme d’orgueil. Laure est au centre de ces déchirements, mais il est difficile de savoir ce qui l’emporte et quel message l’auteur a cherché à faire passer.

Mort, Où Est Ta Victoire ? a été publié en 1934, dans un contexte historique lourd. Bien sûr, l’intrigue se situe à une autre époque, mais les allusions politiques qui pointent ça et là dans le roman (comme l’évocation du vote de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat) sont sûrement nées des préoccupations de l’auteur au moment de son écriture. Mais encore une fois, on a bien du mal à saisir le sens profond que Daniel-Rops a cherché à donner à son récit.

Reste donc l’intrigue de base, le parcours quelque peu chaotique de cette femme. Il est vrai que dans ce domaine, Mort, Où Est Ta Victoire ? est quelque peu daté. Même si la plume de Daniel-Rops est très agréable (elle finira par le conduire à l’Académie Française), on a parfois un peu l’impression d’être dans du sous-Balzac. Il y a une grande pudeur dans l’écriture, bien que l’histoire aborde largement l’attirance charnelle entre hommes et femmes, mais sans la puissance évocatrice de l’écriture des auteurs du XIXème siècle. Mais il est indéniable que ce roman devait être considéré comme relativement provocateur à l’époque de sa publication.

Mort, Où Est Ta Victoire ? est donc un roman qui n’a pas su atteindre le rang de classique et que le temps finira sûrement par effacer des mémoires. Mais il n’est certainement pas assez passionnant pour gagner le droit de traverser les siècles.

UN CRIME TRES ORDINAIRE (Max Gallo) : Un livre qui l’est encore plus

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uncrimetresordinaireMax Gallo est un homme qui a connu plusieurs vies en une. Celle notamment d’un homme politique puisqu’il a été député, puis député européen, au début des années 80. Mais c’est avant tout un homme de lettres, entré à l’Académie Française en 2007. C’est en premier lieux par son travail d’historien qu’il s’est fait connaître, en particulier de biographe, signant d’importants ouvrages sur Napoléon, De Gaulle ou encore Victor Hugo, pour autant de succès en librairie. Cependant, il a aussi signé de nombreux romans de pure fiction, dont ce Un Crime Très Ordinaire, sorti en 1982, et qui ne constitue certainement pas son œuvre la plus marquante.

Michel Forges, critique littéraire, habitué des salons parisiens, est froidement assassiné, visiblement par des professionnels. Mais en l’absence de toute piste, l’affaire semble vite classée et n’intéresser plus grand monde. Sylvie Mertens, avec qui il a vécu une histoire d’amour chaotique et dont il a permis la publication du premier roman, n’arrive pas à accepter cet abandon. Elle se lance alors dans une enquête, malgré une hostilité générale vis-à-vis de sa démarche.

Un Crime Très Ordinaire est tout simplement un très mauvais roman, sans grand intérêt. Une enquête qui ne connaît pas réellement de dénouement et qui est noyée dans un verbiage qui s’étire désespérément. Une histoire qui ne commence jamais vraiment et qui ne mène nulle part. Bref, on s’ennuie ferme, surtout que tous les autres aspects du roman sont particulièrement médiocres.

Un Crime Très Ordinaire est raconté à la première personne, par Sylvie Martens, qui nous faire largement part de ses états d’âme vis-à-vis de son histoire d’amour passée avec la victime. Et quand je dis largement, c’est un euphémisme, tant cela revient inlassablement pour alourdir un récit, dont le procédé cherche à masquer le vide absolu. Sans doute, Max Gallo a voulu ainsi nous faire comprendre la complexité de Michel, mais à la place, il fait passer sa narratrice pour une emmerdeuse qui ennuie son lecteur avec ses prises de tête sans intérêt.

Max Gallo, en bon historien, a voulu dresser ici un portrait des milieux intellectuels parisiens de la fin des années 70. On peut déjà douter de l’intérêt du sujet à la base, mais c’est encore plus le traitement qui finit de plomber Un Crime Très Ordinaire. En fait, il fait preuve exactement de ce qu’il cherche à dénoncer, c’est à dire un manque de profondeur masqué par des apparences. La description ne dépasse pas le stade du cliché et l’ambiguïté des personnages sonne terriblement faux. Des protagonistes bancals, pour un roman qui l’est tout autant.

Enfin, le style de Max Gallo n’est pas non plus d’une limpidité romanesque. On sent en lui l’historien qui doit expliquer et faire preuve de pédagogie. Sauf que lorsqu’on l’utilise pour un sujet autant dénué d’intérêt, le résultat est catastrophique, abrutissant de lourdeur. Heureusement, la brièveté des chapitres et des paragraphes fait que les pages s’égrainent rapidement, faisant de Un Crime Très Ordinaire un roman bien plus court qu’il pouvait en avoir l’air à première vue.

Et c’est tant mieux, car il s’agit tout simplement d’un très mauvais roman. Heureusement, la carrière de Max Gallo est assez riche pour qu’on puisse aisément l’oublier.

 

LA LOI DE LA PLUS FORTE

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juliebressetCertains commentateurs, et surtout consultants, possède l’incroyable capacité à nous expliquer inlassablement que les athlètes français font exprès d’être largués en début de course parce qu’ils se réservent pour la seconde partie. Notamment dans la piscine, combien de fois avons-nous eu droit à ce fameux « très bon retour » censé permettre au nageur tricolore de remonter tous ses adversaires, qui avaient l’idée saugrenue de partir vite dès le début ? Evidemment, la fameuse remontée ne venait jamais. A ce niveau, si on veut arriver en tête, il faut être devant dès le début.

C’est exactement ce qu’a fait notre VTTiste, Julie Bresset. Après un bon départ, elle a très vite pris la tête, semé ses deux collègues qui lui suçaient la roue (bien aidé par une chute, certes) pour filer tranquillement vers une médaille d’or que personne ne pu lui contester. L’année dernière, elle roulait en espoir, mais aujourd’hui, elle ne s’est pas demandée si elle était trop jeune pour avoir le droit de gagner. C’est ce qu’on appelle une championne, statut que ne possède pas bon nombre des sportifs français que les commentateurs nous ont survendus tout au long de cette quinzaine olympique (nouvel exemple ce matin avec nos céistes-kayakistes).

Pour cause de départ en rase campagne, je ne pourrai pas écrire la 16ème et ultime chronique. Mais si je devais essayer de l’imaginer par avance, j’aimerais annoncer une dernière journée historique avec le triple sacre de nos handballeurs, de Julien Asbalon et de Amélie Cazé. J’ai toute les chances de me tromper, mais qui sait !

L’ASSASSIN ROYAL, TOME 1 : L’APPRENTI ASSASSIN (Robin Hobb) : Introduction plein de promesses

lapprentiassassin

lapprentiassassinLe premier tome d’une série de treize ne peut évidemment pas être considéré comme on le ferait d’une œuvre indépendante. On ne peut pas avoir les mêmes attentes, ni les mêmes critères de jugement. Un tel roman constitue forcément avant tout une introduction, d’une présentation des personnages, du contexte et du monde imaginaire dans lequel se déroule l’histoire qui nous intéresse ici. Il s’agit de L’Apprenti Assassin, premier volet de la saga signée Robin Hobb, l’Assassin Royal.

Fitz est le fils illégitime de Chevalerie, l’héritier du trône. Ne pouvant subvenir à ses besoins, son père adoptif le renvoie auprès de son père biologique. Ce dernier ne semble lui porter aucune attention particulière et en fait un garçon d’écurie. Mais quand le prince vient à décéder, le jeune garçon commence à être le centre de beaucoup d’attentions de la part des membres de la cour. Et pas forcément des plus bienveillantes, surtout qu’il ressemble de plus en plus à son géniteur et ne peut donc plus dissimuler sa parenté avec lui. Cependant, le roi, son grand-père, décide finalement de confier son éducation à Umbre dans le but de faire de lui un serviteur mortel du royaume.

L’Assassin Royal est une des seules sagas de fantasy à avoir été écrite par une femme. En effet, Robin Hobb est une des rares à avoir réussi à marcher dans les trace de la pionnière, Marion Zimmer Bradley. Cela peut paraître relativement anecdotique, mais ce n’est peut-être pas tout à fait, sans conséquences. En effet, les personnages possèdent une réelle épaisseur et évitent largement les très nombreux clichés qui règnent en maître sur ce genre littéraire. On fait face ici à une fantasy très « humaine », qui s’intéresse avant tout aux protagonistes, plus qu’aux décors ou à la magie.

Ce premier volet, l’Apprenti Assassin constitue donc une longue introduction. Il s’agit avant tout de nous faire découvrir Fitz, son histoire, son parcours, sa formation. On est là vraiment dans la genèse d’un personnage. Il faudra vraiment attendre la toute fin de ce roman pour voir apparaître une réelle intrigue avec son début, sa fin et ses rebondissements. On sent bien que Robin Hobb pose les bases de quelques choses de beaucoup plus large, cherchant à attiser la curiosité du lecteur, pas encore à la satisfaire.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle y parvient parfaitement. On ressort un peu frustré de la lecture de l’Apprenti Assassin, mais un frustration des plus positives. On meurt d’envie de lire la suite et au plus vite ! Ce n’est peut-être qu’une mise en bouche, mais elle nous fait vraiment saliver et on parcourt ce livre avec grand plaisir. On en ressort profondément attaché aux personnages et plus largement à cet univers, dont on sent bien que ce premier volet ne dévoile qu’une infime partie.

Encore une fois, l’Apprenti Assassin constitue vraiment ce qui se fait de mieux en matière de fantasy. Les personnages et les situations sont ambiguës, échappent aux lieux communs et donc nous surprennent à bien des titres. Robin Hobb ne cherche pas à faire de la surenchère dans l’imagination, mais pose des jalons extrêmement solides pour la suite de la saga. Le résultat est d’une remarquable cohérence et d’une très appréciable profondeur.

L’auteur utilise pleinement la liberté que lui offre la création d’un monde totalement fictif, mais n’en abuse pas. Il s’agit vraiment d’une fantasy vivante, où les dialogues et l’action prennent nettement le pas sur les descriptions. Comme je l’ai déjà évoqué, on est plus dans la présentation que dans l’intrigue, mais cela se fait par l’intermédiaire de péripéties. Ajouter à cela une plume solide et efficace et vous obtenez avec l’Apprenti Assassin un premier volet qui permet déjà de pleinement comprendre le succès mondial de cette saga.

L’Apprenti Assassin n’est peut-être pas le roman le plus passionnant en soi. Mais il constitue la remarquable porte d’entrée d’une œuvre pleine de promesses.

THROUGH THE DEVIL SOFTLY (Hope Sandoval & the Warm Inventions) : Trop monotone pour être intéressant

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throughthedevilsoftlyhopesandovalProduire de la musique douce et mélodieuse, portée par une voix très agréable, c’est bien. Le faire sur des rythmes différents, proposer des accompagnements variés, bref ne pas toujours produire le même morceau, c’est mieux. C’est malheureusement dans ce dernier domaine que pêche Hope Sandoval & The Warm Inventions dans son Through the Devil Softly. Un défaut vraiment regrettable.

Hope Sandoval & The Warm Inventions est un duo entre Hope Sandoval (on aurait pu s’en douter) et Colm O Ciosing. La première est une chanteuse et compositeur américaine, née en 1966. Elle fait également partie du groupe Mazzy Star. En outre, on a pu sur le titre Paradise Circus de Massive Attack. Le second est un musicien irlandais, né en 1964, connu avant tour pour être un de fondateur du groupe My Bloody Valentine. Through the Devil Softy est leur second album, sorti en 2009 (le premier, Bavarian Fruit Bread date de 2001).

A l’écoute des deux premiers titres de Through the Devil Softly, on se dit qu’on est parti pour un vrai moment de douceur musicale, très agréable et relaxante. Les instrumentations sont épurées, acoustiques, avec la voix est bien posée et très harmonieuse. Cela glisse à l’oreille pour une sensation de sérénité très plaisante. On est vraiment prêt à se laisser porter jusqu’au bout du voyage constitué par les 11 plages de cet album.

Mais à partir du troisième morceau, on commence à se dire que la mer est peut-être un peu calme pour le trajet soit pleinement satisfaisant. Surtout que ce For The Rest Of Your Life est sans doute le moins bon titre de Through the Devil Softly. On espère que tout va repartir ensuite, mais dès Lady Jessica and Sam, on a vraiment la sensation que Hope Sandoval & The Warm Inventions tourne en rond, incapable de nous proposer autre chose que ce qu’ils nous ont déjà proposé. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas leur but, mais c’est un peu frustrant pour l’auditeur.

Du coup, on se laisse porter pour le reste de Through the Devil Soflty, à l’affut d’un petite éclair dans la monotonie. Seul Trouble vient un peu nous tirer de notre somnolence, avec une instrumentation plus présente, plus forte, avec la présence d’une batterie. C’est pour moi le meilleur titre de l’album, en tout cas le plus intéressant, le plus élaboré et celui qui retient le plus l’attention. Parce qu’il faut être honnête, la voix de Hope Sandoval est mélodieuse et claire, mais n’a pas suffisamment de personnalité pour porter à elle seule le poids de tout un album. Elle sort du lot du commun des mortels, mais pas vraiment de ce que l’on peut trouver dans ce style musical.

On ressort de l’écoute de Through the Devil Softly avec la sensation que si on mélangeait aléatoirement l’ordre des titres de cet album, on ne percevrait qu’à peine la différence. C’est vraiment trop monotone et trop toujours sur le même ton pour que l’on puisse réellement apprécier ces 11 morceaux, qui, individuellement, sont plutôt agréables. Hope Sandoval & The Warm Inventions n’arrive donc pas à nous faire oublier la déception et n’arrive pas à donner un réel intérêt à leurs créations.

Through the Devil Softly est donc globalement trop monotone pour être réellement intéressant.

Pour finir, regardons de plus près les titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Blanchard
La voix est tout de suite prenante pour un titre doux et envoûtant.

2.: Wild Roses
La voix est ici très claire, très douce et très harmonieuse.

3.: For The Rest Of Your Life
Sombre et évaporé, titre pas terrible.

4.: Lady Jessica And Sam
Plus de conviction dans la voix, mais l’album commence à tourner en rond.

5.: Sets The Blaze
Très joli morceau, la voix est posée sur une instrumentation un peu plus présente.

6.: Thinking Like That
Dans la même veine que le titre précédent.

7.: There’s A Willow
Voix lente et douce sur une instrumentation épurée. C’est joli, mais rien de nouveau !

8.: Trouble
Une instrumentation plus forte, plus présente, plus élaborée, avec notamment la présence d’une batterie. Le morceau prend du coup une autre dimension, même si la voix est à l’inverse plus plate.

9.: Fall Aside
Très lancinant.

10.: Blue Bird
Toujours sur le même ton.

11.: Satellite
Très lent, très épuré. La voix est travaillée, mais ça ne suffit pas pour apporter une vraie nouveauté.

LA SOIREE DES HOMMES VOLANTS

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renaudlavillenieLa semaine de la loose semblait se poursuivre pour la France avec le bide du BMX, qui, selon certains, devait nous rapporter plus de médailles qu’il y en avait à distribuer et qui s’est finalement terminé par un beau festival de chutes. Elle semblait définitivement engagée quand deux Allemands paraîssaient décidés à priver Renaud Lavillenie du titre olympique qu’il méritait. Puis, alors que tout espoir semblait perdu, sur un dernier essai, il s’est envolé !

Ce sacre est particulièrement savoureux pour quatre raisons. Déjà, parce qu’il est amplement mérité, car acquis à 5m97, hauteur qui vous pose un perchiste. Il n’a donc rien à voir avec le jeu des essais et des impasses, qui fait de la perche une discipline parfois très aléatoire. Ensuite, parce qu’il vient couronner un sportif très performant, dominant largement la perche mondiale depuis le début de l’olympiade, mais qui avait tendance à coincer dans les grands rendez-vous. Avec ce titre olympique, il a acquis définitivement un statut de très grand champion. Puis, parce que cette médaille d’or vient après une semaine de disette pour la France. On fera moins bien qu’à Pékin au nombre total de médailles. Par contre, on devrait atteindre la dizaine de titres suprêmes (on en est à 9), nous permettant quand même de considérer ces Jeux comme réussis pour notre pays. Enfin, parce qu’une grande nation de sport se doit de remporter au moins un titre en athlétisme, le sport roi des Jeux car universel dans les nationalités et les morphotypes.

Mais à la suite de Renaud Lavillenie, d’autres Français ont atteint les cieux. Certes, ils leur restent encore une marche avant le paradis, mais toute la France est heureuse d’avoir retrouvé ses Experts. Franchement, on avait de grosses raisons de croire en leur déclin. Il est sûrement proche, mais on peut compter sur eux pour qu’il ne commence que lundi. Remporter une deuxième médaille d’or ferait d’eux une équipe définitivement légendaire.

Même si certaines disciplines traditionnellement fortes dans notre pays (escrime, voile, équitation…) ont quelque peu failli, la présence de deux équipe de sport collectif en finale des Jeux prouve quand même la bonne santé du sport français. Et ça, c’est une bonne nouvelle !

LA GRANDE EVASION (MIckey 3D) : Du pur Mickey 3D

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lagrandeevasionmickey3dParfois un artiste connaît le succès grâce à un style bien affirmé, dans lequel il se trouve quelque peu enfermé. Du coup, l’intérêt qu’il suscite décroît doucement. Il finit par faire partie du paysage musical, avec sa cohorte de fans, continue à faire le plein en concert, mais dont les nouveaux albums ne sont plus mis en avant dans les médias ou la radio. C’est ce qui est arrivé à Mickey 3D, depuis l’immense succès de son tube Respire. Ainsi, leur album, la Grande Evasion est passé plutôt inaperçu, malgré des qualités qui restent les mêmes.

Mickey 3D est un groupe originaire des environs de St Etienne, ce que tout le monde sait depuis leur tube consacré à Johnny Rep. Ils ont sorti leur premiers titres dans les années 90 sur des cassettes audio (ça ne nous rajeunit pas), distribuées comme ils pouvaient. Ils sortiront leur premier vrai album, Mistigri Torture, en 1998. Il faut attendre 2000 pour que leur album soit réédité par Virgin et que le single La France a Peur commence à les faire connaître du grand public. Suivront, la Trève en 2001 et surtout Tu Ne Vas Mourir de Rire, et son tube Respire, en 2003 pour qu’ils s’installent comme des valeurs sûres de la scène française. Suivra ensuite Matador, en 2005, et le single du même nom, qui a bénéficié d’une promotion importante, avant ce La Grande Evasion, sorti en 2009.

Le style de Mickey 3D tient en grande partie dans la personnalité de son leader et chanteur, Mickael Furnon, d’où le groupe tire son nom. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas une voix extraordinaire. Il parle presque autant qu’il chante, sans jamais monter très haut, ni descendre très bas. Mais leur succès vient de la manière dont le groupe joue de ce contraste entre cette voix assez «statique » et des accompagnements souvent beaucoup plus dynamiques. De plus, il joue vraiment ses textes, autant comme un acteur qu’un chanteur. Leurs textes nous livrent généralement une vision assez sombre de la société et nous livre un discours écolo et solidaire, naïf diront certains. La Grande Evasion se situe dans cette droite lignée…

… et c’est sans doute la plus grande force et la plus grande faiblesse de cet album. En effet, j’aurais presque envie de m’arrêter là dans mon analyse, car tout est dit. Sauf que tout cela s’applique à chacun de leurs albums. Il n’y a aucune innovation dans la Grande Evasion et on comprend mieux pourquoi il a surtout marché auprès des fans les plus fidèles. Ca reste bon, mais certainement pas meilleur que tout ce qu’ils ont fait avant.

Mais si on juge la Grande Evasion dans l’absolu, on ne peut que lui trouver de grandes qualités. La grande force de Mickey 3D reste avant tout la qualité des textes. J’ai déjà évoqué leur naïveté, mais ils brillent tout de même le plus souvent par un humour assez fin. Ils délivrent également un discours que l’on peut carrément qualifier de politique, surtout sur le titre Playmobil qui attaque de plein fouet notre cher ex-Président. Après on adhère ou pas, mais j’aime bien le côté assez poétique de leur approche. Les instrumentations sont sympas, même si elles cassent rarement des briques. Elles sont surtout là pour mettre en avant les textes. Il faut vraiment voir ce groupe en concert, ce que je vous conseille, pour mesurer pleinement leurs qualités de musiciens.

Le seul reproche objectif que formulerait à propos de cet album, c’est d’être un peu long. 14 titres, ce n’est pas non plus monstrueux, mais on aurait pu élaguer la Grande Evasion de deux ou trois titres plus en retrait. C’est dommage de donner une impression globale un peu moins bonne, alors qu’on avait le moyen de produire un album plus homogène dans la qualité. Mais à l’heure des MP3, où on écoute plus des titres que des albums, on peut surtout se focaliser sur la petite dizaine de titres vraiment intéressants et qui nous rappellent pourquoi on aime Mickey 3D.

La Grande Evasion est donc du Mickey 3D pur et dur. Les amateurs apprécieront, les autres passeront leur chemin.

Pour finir, passons en revue les titre que l’on trouve sur cet album.
1-Playmobil
Une chanson sur un enfant, dont ses camarades se moquent, qui devient méchant et qui finit par accéder au pouvoir politique… Ca vous rappelle quelqu’un ?

2-Je m’appelle Joseph
Un titre au fond social, qui parle d’immigration. Le refrain est interprété par une voix enfantine, les couplets par Mickael Furnon et sa voix statique. Bref, du pur Mickey 3D !

3-1988
Un instrumentation à la guitare sèche, mais plus dynamique que sur les titres précédents pour une très belle chanson sur cette année qui a visiblement compté pour Mickael.

4-Méfie-toi l’escargot
Le single de l’album au ton plus rock, au texte écolo hippie. Le meilleur de Mickey 3D !

5-L’Homme qui prenait sa femme pour une plante
Un ton plus sombre sous forme de dialogue avec une voix féminine, parlant de l’amour et des relations humaines. Texte un peu bateau cependant.

6-Personne n’est parfait
Un ton assez triste pour une chanson un peu transparente.

7-La Footballeuse de Sherbrooke
Une excellente chanson légère sur ces filles que l’on croise sans qu’on ait l’occasion de leur parler.

8-Yula (ma fiancée galactique)
Une petite chanson d’amour à l’instrumentation épurée au texte sympa.

9-Paris t’es belle
Encore une chanson d’amour simple… mais l’être aimé est cette fois la ville de Paris.

10-Montluçon
Une chanson qui nous emmène en province, mais au texte sans grand intérêt.

11-Chanson du bonheur qui fait peur
Une instrumentation entraînante et travaillée. Le texte est poétique, mais un peu obscur.

12-La Fille du cannibale
Un texte rigolo, mais pas non plus transcendant.

13-L’Arbre du petit chemin
Un ton assez sombre et pessimiste.

14-Les Vivants
Une chanson à la guitare sèche et au violon. Un texte assez sombre qui manque un peu de profondeur.

UN ECLAIR DANS LE BROUILLARD

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equipedefrancebasketDepuis, quelques jours, le clan français a bien des raisons de faire grise mine, après une première semaine euphorique. On voulait croire au miracle, mais objectivement, on savait que Christophe Lemaître ne pourrait jouer ses chances pour une médaille sur 200m. Le tirage au sort lui a été deux fois incroyablement défavorable, tout d’abord en le plaçant dans la demi-finale la plus plus relevée, et de loin, puis en le plaçant au couloir le plus intérieur. Mais le hasard est parfois cruel. Vu ses problèmes de virage depuis le début de la compétition, cela ne pouvait être que rédhibitoire. On voulait y croire tout de même, mais ce genre de handicap est insurmontable à ce niveau-là.

Un proverbe anglais dit que celui qui se fait avoir une fois est une victime, celui qui se fait avoir deux fois est coupable. L’Equipe de France de football féminine nous avait tiré des larmes après leur cruelle défaite face au Japon. Mais renouveler ce scénario face à un Canada totalement largué en deuxième mi-temps ne laisse plus de place à la compassion. Tirer plus de 50 fois au but en deux matchs pour un seul but marqué n’est pas du malchance, c’est de la maladresse, pour ne pas dire de l’incompétence. Le football n’est pas un jeu qui consiste à se créer des occasions, mais à marquer des buts. Et dans ce domaine, les filles de Bruno Bini ont tout simplement échoué dans les grandes largeurs. Elles sont donc à leur place et ne peuvent certainement pas crier à l’injustice.

Heureusement, un éclair est venu percer le brouillard. Je n’oublie pas Marlène Harnois et sa belle médaille de bronze en taekwendo, mais je veux avant tout parler de cette formidable Equipe de France de basket. Les filles, contrairement aux garçons, n’ont pas le bras qui tremblent au moment décisif et humilier ainsi les Russes deux fois dans le même tournoi n’est pas un exploit mais la preuve d’une incontestable supériorité. Et que dire de la performance de Céline Dumerc qui peut être décrite par tous les superlatifs possibles, même les plus déraisonnables. Le basket féminin est le sport collectif français, derrière le handball masculin bien sûr, qui a les meilleurs résultats depuis vingt ans, sans que cela n’émeuve guère les médias. Espérons que cette médaille d’argent (oui j’aimerais croire à l’or, mais bon…) réussisse là où celle des garçons en 2000 n’avait pas réussi à créer la moindre dynamique.

Elles le méritent ! Bravo mesdames ! Bravo championnes !