TRUST : Vous n’avez pas que des Friends sur le net…

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trustaffichePercer au cinéma pour un acteur, après avoir été pendant des années la star d’une série télévisée n’est pas forcément chose facile et les exemples probants sont rares. Tout le monde n’est pas Bruce Willis qui veut. La série Friends a été un des plus grands succès de l’histoire du petit écran. Mais les six acteurs qui nous ont fait rire pendant dix ans ont quelque peu disparu. Même Jennifer Aniston qui semblait la mieux partie ne tourne plus guère. Alors pourquoi pas se reconvertir. C’est ce que vient de faire David Schwimmer, l’inoubliable Ross, en réalisant son deuxième film, Trust. Avec un sujet très loin du Central Perk…

Annie a 14 ans. Joueuse de volley, elle fréquente les chatrooms pour adolescents sur le sujet. Elle y fait la connaissance de Charlie, un lycéen avec qui elle noue une relation virtuelle. Ils discutent jour et nuit et s’attachent de plus en plus l’un à l’autre. Mais elle va se rendre compte peu à peu qu’il n’est pas vraiment ce qu’il prétend être…

Le synopsis que je viens d’exposer ne résume que les premières minutes du film. Trust n’est pas un film sur les dangers d’internet. La relation se terminera sur un drame et Trust porte essentiellement sur les conséquences de ce dernier pour la jeune fille et ses parents, individuellement et en tant que couple. Ce n’est pas non plus un film policier sur la traque d’un pervers pédophile. L’enquête ne joue qu’un rôle mineur et là encore, ce qui importe, c’est son impact sur la vie des protagonistes.

Trust est surtout remarquable d’intelligence. Le scénario explore beaucoup de directions et de thématiques. Pour chacune d’elle, le scénario sait mettre les barrière nécessaires et évitent toujours les pièges dans lesquels il aurait pu tomber. Les sujets autour de la justice, de la vengeance, de la culpabilité peuvent vraiment donner le pire et on l’a souvent vu. Ici, à chaque fois que le risque d’une telle dérive apparaît, le propos se conclut, évitant l’inutile, le superflu et le spectaculaire de mauvais goût.

Trust est donc impressionnant de maîtrise pour une second film. Surtout que le premier était une comédie pipi caca oubliée, Cours Toujours Dennis, dont la sortie est passée inaperçue et visiblement à raison. Il y a un changement radical de ton et David Schwimmer semble infiniment plus à l’aise dans ce sujet difficile qu’il a traité magistralement. Un film humain, poignant, dérangeant, dur parfois, mais jamais morbide ou voyeur. Bien sûr, on ne rigole pas beaucoup dans ce film, mais on ne s’ennuie jamais une seule seconde et on entre totalement dans cette histoire dès les premières minutes.

Le travail de David Schwimmer n’est pas remarquable que sur le traitement du sujet. Sa caméra est aussi pleine d’une subtilité pleine de promesse. On ne fait pas un si beau film par accident, mais grâce à un vrai talent, un vrai sens de l’image et de la mise en scène. Là encore, le résultat est particulièrement abouti, sans superflu, sans esbroufe. Le réalisateur a su trouver les limites qui fait de sa réalisation un serviteur de son sujet et non l’inverse.

trustLes seules vraies limites de Trust tient dans deux éléments. Tout d’abord, une scène finale qui est le seul petit moment de lourdeur du film. Le contenu est logique et ne pourrait vraiment être tout autre. Mais les dialogues prennent alors un aspect un peu artificiel, car personne dans la vraie vie vraie ne servirait ce genre de tirade. Enfin, après tout, cela reste du cinéma, même si le film cherche avant tout à être réaliste.

Enfin, Trust souffre des mêmes limites que celles du talent de Clive Owen. On savait l’Anglais très à l’aise dans des films d’action, moins dans des rôles aussi difficile. Il s’en sort globalement remarquablement bien, jusqu’à cette scène finale qui nous rappelle qu’il n’est pas le plus grand acteur que la Terre ait connu. Par contre, les performances de Catherine Keener et Liana Liberato sont irréprochables. On saluera notamment le courage de la jeune actrice d’affronter un rôle aussi difficile.

Trust est donc un film remarquable et surprenant, quand on connaît le C.V. de son réalisateur. Comme quoi, il faut toujours se méfier des apparences… Comme sur le net…

 
Fiche technique :
Production : Millennium Films, Nu Image, Dark Harbor Stories
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : David Schwimmer
Scénario : Andy Bellin, Robert Festlinger
Montage : Douglas Crise
Photo : Andrzej Sekula
Décors : Michael Shaw
Musique : Nathan Larson
Directeur artistique : Kerry Sanders
Durée : 106 mn
Casting :
Clive Owen : Will
Catherine Keener : Lynn
Liana Liberato : Annie
Jason Clarke : Doug Tate
Viola Davis : Gail Friedman
Chris Henry Coffey : Charlie / Graham Weston
Noah Emmerich : Al Hart

L’AMOUR DURE TROIS ANS : Un roman filmé plus qu’un adaptation

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lamourduretroisansafficheL’Amour Dure Trois Ans… Voilà un drôle de titre. En effet, tout le monde sait bien qu’il dure beaucoup moins que cela… Voilà, c’est fait, j’ai fait ma blague… Elle n’est même pas de moi… En tout cas, elle a fait rire ma copine, ce qui prouve qu’elle a quand même beaucoup d’humour. Ou qu’elle s’apprête à me quitter. On verra bien… Bon sinon, faut peut-être que je parle du film, non ? Ok, on verra ça après le synopsis.

Marc, après une expérience conjugal qui s’est terminé par un divorce douloureux, en est désormais persuadé. L’amour ne dure pas, en tout cas pas plus de trois ans. Il décide d’en faire un livre, rejeté par tous les éditeurs. Il en trouve enfin un prêt à le publier. Mais entre temps, il est retombé amoureux. De la femme de son cousin, mais comme il dit, il n’est pas très famille. Il demande alors de rester anonyme. Sauf que le livre connaît un succès fulgurant.

Autant le dire tout de suite, L’Amour Dure Trois Ans est un film moyen, parce que très inégal. Il y a quelques bonnes idées, des répliques remarquables et des passages vraiment drôles. Mais aussi des longueurs, des situations qui tombent à plat et des dialogues qui laissent dubitatifs. Bref, on ne passe pas un mauvais moment, mais on ne passe pas non plus un bon moment de la première à la dernière seconde.

On reconnaît bien le style de Frédéric Beigbeder, comme on l’avait pu le découvrir au cinéma dans 99 Francs. Mais il y a une grande différence entre les deux films. En effet, l’auteur mondain a confié la première adaptation à un vrai cinéaste (Jan Kounen en l’occurrence, un mauvais cinéaste au demeurant, mais un cinéaste quand même). Là, il se charge de la réalisation lui-même. Or réalisateur est un métier et on voit bien que celui de Frédéric Beigbeder est écrivain.

Bon, je ne vais pas lui jeter la pierre. A la fois, moi aussi, je ne rêverai que d’adapter un de mes propres romans… Pour cela, il faudrait que je sois capable d’en finir un, mais c’est une autre histoire. On sent donc que L’Amour Dure Trois Ans est fidèle au roman original, mais que le travail d’adaptation est resté incomplet. Le rythme n’est pas le bon, pas assez soutenu pour le grand écran. Les apartés du personnages montrent bien qu’on ne s’est pas totalement détaché de la forme romanesque. Certes, on peut faire un très bon film à la première personne, mais a priori, c’est quand même une notion plutôt littéraire.

Et puis, il y a à mon sens, un autre léger bémol à apporter concernant L’Amour Dure Trois Ans. Autant, on peut très bien comprendre que l’on tombe raide dingue amoureux de Louise Bourguoin…enfin de son personnage (mais de l’actrice aussi en fait), autant Marc, interprété par l’humoriste Gaspart Proust est assez tête à claques. Remarquez le cocu, incarné par le fils Bedos, n’inspire pas non plus une sympathie telle qu’on ne puisse imaginer que sa femme prête à le quitter. Bref, tout cela donne un sentiment d’approximation. Le casting, à l’image de tout le film, n’est pas totalement abouti.

lamourduretroisansBon vous l’aurez compris, l’Amour Dure Trois Ans donne une nouvelle occasion à Louise Bourguoin de rayonner. Et je ne dis pas ça parce qu’on la voit encore toute nue, même si c’est un spectacle dont on ne se lasse pas. Elle est tout simplement éblouissante de présence à l’écran. Ce n’est pas Meryl Streep, on n’est pas la technique magistrale d’interprétation, mais dans un charisme inexplicable, qui va bien au-delà de la simple qualité plastique. Il suffit qu’elle sourit pour qu’on se dise « putain, en plus d’être belle, elle est sympa et drôle ! ». Du coup, Gaspart Proust fait un peu pâlichon à ses côtés. Ses débuts comme vrai acteur ne sont pas désastreux, mais rien de très enthousiasmant non plus. Enfin pas sûr que la direction d’acteur l’ait beaucoup aidé.

L’Amour Dure Trois Ans pourra donc meubler une soirée télé, un jour de pluie. Pour le reste, il s’agit d’une comédie à moitié réussie. Non, je n’ai pas dit à moitié ratée…

P.S : L’Amour Dure Trois ans a quand même un mérite. Il permet d’apprendre que Marc Lévy à de l’humour… à défaut d’avoir du talent…

Fiche technique :
Production : The Film, AKN productions, Europacorp, France 2 cinéma, Scope pictures
Distribution : EuropaCorp distribution
Réalisation : Frédéric Beigbeder
Scénario : Frédéric Beigbeder, Gaspard Proust, Christophe Turpin, Gilles Verdiani, Eugène Grandval, d’après le livre de Beigbeder
Montage : Stan Collet
Photo : Yves Cape
Décors : Christian Marti
Musique : Martin Rappeneau
Durée : 98 mn

Casting :
Louise Bourgoin : Alice
Gaspard Proust : Marc Marronnier
Joey Starr : Jean-Georges
Jonathan Lambert : Pierre
Frédérique Bel : Kathy
Nicolas Bedos : Antoine
Valérie Lemercier : l’éditrice
Elisa Sednaoui : Alice
Anny Duperey : la mère

LE PASSE POUR DEMAIN ?

equipedefrancehandball

equipedefrancehandballDemain, l’Equipe de France de handball va jouer un match espérons-le décisif contre la Croatie, historiquement, son plus farouche adversaire. Dans un autre contexte, on dirait que c’est le moment où l’on verra s’il s’agit vraiment d’une grande équipe. Mais cette équipe est déjà une des plus grandes de l’histoire des sports collectifs, elle n’a plus rien à prouver… si ce n’est qu’il n’est pas encore temps de parler d’elle au passé.

Ce Championnat d’Europe nous fait toucher le moment que l’on redoutait, mais que l’on savait inexorable. Une équipe ne peut rester invincible éternellement. La finale du dernier Championnat du Monde nous a déjà démontré que l’adversité montait en puissance et que nos Bleus n’avaient plus guère de marge. Les deux défaites contre l’Espagne et la Hongrie ont prouvé qu’ils n’en avaient plus du tout. Ils sont rentrés dans le rang et la chute donne un peu mal à la tête.

Le France-Croatie de demain fait néanmoins très envie. Déjà parce qu’il peut potentiellement constituer un de ces miracles qui font la légende du sport. Bien sûr, il y a beaucoup plus de possibilités de miracles que de miracle et il est fort possible que la défaite et l’élimination définitive soient au rendez-vous. C’est sûrement plus probable que l’inverse.

On pressentait quelque peu que ce Championnat d’Europe ne serait pas forcément une compétition que l’Equipe de France attaquerait hyper motivée. C’est sans doute là le principal motif d’espoir pour ce qui reste quand même le grand objectif pour 2012, à savoir la conservation du titre olympique. Toutes la autres équipes sont arrivées en Serbie avec une motivation immense, celle de battre enfin les Français. Peut-être que nos Bleus du coup, ne peuvent rivaliser. Mais à Londres, ça sera une autre histoire et ils renaîtront de leurs cendres vers un nouveau triomphe…

… ou pas. Mais c’est ça qui fait la beauté du sport et de sa noble incertitude.

PARLEZ-MOI DE VOUS : Quand tu veux Karin !

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parlezmoidevousafficheDans une critique précédente, j’avais qualifié Karin Viard de « plus sexy des pas sexy »… ce qui est un vrai compliment, même si cela n’en a pas forcément l’air. Il est vrai que je voue une grande admiration pour cette actrice et j’ai même envie de dire pour cette femme. Cette opinion élogieuse ne changera pas après avoir vu Parlez-moi de Vous, certainement pas le film de l’année, mais un film qu’elle porte seule sur ses épaules.

Melinda est une star de la radio puisque chaque soir elle écoute et aide à résoudre les problèmes affectifs et sentimentaux de milliers d’auditeurs. Mais c’est une star anonyme qui refuse de faire connaître son visage. Il faut dire que le reste du temps, elle mène une vie quelque peu misanthropique, ressassant éternellement l’abandon dont elle a fait l’objet lorsqu’elle était enfant. Un jour, le cabinet de détectives qu’elle a embauché lui annonce qu’ils en ont enfin retrouvé la trace de sa mère. Elle décide alors d’aller à sa rencontre incognito.

Parlez-moi de Vous est donc une comédie des mœurs comme le cinéma français les aime tant. Un film humain qui traite de bien des sujets : les rapports mère-fille, le sentiment d’abandon, l’ouverture aux autres… Autant de sujets un peu casse gueule qui peuvent vite sombrer dans le lourdingue ou pur le lieu commun, avec enfoncement de portes ouvertes en prime. On peut reprocher bien des choses à ce film mais certainement pas d’être tombé dans ces pièges-là. Le propos n’est pas révolutionnaire, mais au moins est-il convaincant et présente un minimum d’intérêt.

Après autour de tout ça, il y a une intrigue. Cette dernière est ici réelle. La réflexion se fait par l’histoire et ses péripéties, pas l’inverse. Cependant, le fil rouge narratif n’est pas non plus le plus passionnant de l’histoire et ne permet pas à Parlez-moi de Vous de dépasser le stade de sympathique. Mais c’est déjà pas mal me direz-vous, infiniment mieux que ennuyeux ou pathétique en tout cas.

Parlez-moi de Vous nous présente une galerie de personnages. Si celui de Melinda, sur lequel le film repose quand même quasiment exclusivement, est très réussi, certains personnages secondaires le sont un peu moins. L’environnement beauf sympathique dans lequel vit sa mère flirte parfois avec le cliché. Certes, cela forme juste le décor dans lequel est délivré le propos, mais cela parasite parfois quelque peu l’axe narratif principal. Mais bon, jouer sur le contraste entre un milieu très bourgeois et un milieu plus populaire constitue un ressort classique, mais qui échappe rarement complètement à ce genre de petits ratés. Bref, c’est un film avant tout sur les rapports humains, pas une étude sociologique.

parlezmoidevousLa réalisation de Pierre Pinaud est sobre. Si on était méchant, on dirait que cela flirte parfois un peu avec le téléfilm. Plus objectivement, sa caméra est totalement au service de son actrice principale et il en oublie un peu quelque fois de mettre en valeur ce qu’il y a autour d’elle. En tout cas, il y a un vrai talent dans la direction d’acteur, même si artistiquement Parlez-moi de Vous ne présente aucun intérêt particulier.

Parlez-moi de Vous met donc encore une fois en lumière l’immense talent de Karin Viard. Il n’était certes plus à prouver, mais elle a rarement occupé un rôle aussi omniprésent à l’écran. Une omniprésence qui tient bien sûr à l’importance de son personnage dans le scénario, mais surtout à son charisme naturel. Du coup, elle éclipse le reste de la distribution, notamment Nicolas Duvauchelle qui s’acquitte néanmoins d’une performance efficace, à défaut d’être brillante.

Parlez-moi de Vous est donc un film plutôt réussi, touchant et non dénué de fond. Rien d’inoubliable, mais assez de talent rassemblé pour mériter d’être vu à l’occasion.

 
Fiche technique :
Réalisation : Pierre Pinaud
Scénario : Pierre Pinaud
Productrice : Stéphanie Carreras
Photographie : Guillaume Deffontaines
Musique : Maïdi Roth
Son : Lucien Balibar
Montage : Valérie Deseine et Nathalie Hubert
Costumes : Elisabeth Tavernier
Décors : Marie Cheminal
Format : Couleurs
Durée : 89 min
 
Casting :
Karine Viard : Mélina / Claire Martin
Nicolas Duvauchelle : Lucas
Nadia Barentin : Joëlle Goulain
Catherine Hosmalin : Ingrid Goulain, la mère de Lucas
Patrick Fierry : André, collègue de Mélina
François Bureloup : Bernard Goulain, le fils de Joëlle, mari d’Ingrid
Dani : Barka
Jean-Noël Brouté : Bertrand, collègue de Mélina
Élise Otzenberger : Julie Goulain
Adèle Bonduelle : Amélie Goulain
Ariane Pirié : Ania
Hubert Saint-Macary : le directeur de « Radio France »

VOCABULAIRE ET DISCOURS VAINS

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lesfrancaisLa polémique entre Marine Le Pen et François Bayrou sur l’utilisation par ce dernier d’éléments de langage que la première considère lui appartenir est des plus risibles. Le faute du Béarnais ? Avoir parlé du peuple. Or le peuple semble être une expression déposée par le FN, si on en croit la leader frontiste. On attend la réaction imminente de Jean-Luc Mélanchon…

Par contre, il y a quelque chose qui n’apparaît jamais dans ce genre de débat stérile. Quelle est la définition du peuple ? Je me pose d’autant la question qu’en tant que cadre, élu local, je ne suis pas sûr de répondre aux critères. Mais d’un autre côté, je paye un loyer exorbitant et je ne suis qu’un simple salarié… On sent bien dans les discours que ce terme s’utilise par opposition à un autre groupe d’individus, appelés élites, privilégiés ou plein d’autres termes tout aussi floues. Il est d’ailleurs amusant de voir les différences avec l’utilisation du terme « les Français » qui pourrait à première vue être synonyme. Mais ce dernier est employé dans une volonté de rassemblement, d’englobement de l’ensemble de la population, non de division… Enfin sauf dans certains discours aux relents douteux dont il n’est pas question ici.

De manière plus générale, je suis toujours atterré par tous les discours qui emploient ce genre de termes : les Français, les jeunes, les actifs, les seniors, les hommes, les femmes, les agriculteurs, les chômeurs, les patrons, les ouvriers, les pauvres, les riches,… Autant de termes censés désigner une catégorie bien précise de la population mais qui recouvrent en fait des réalités très diverses. Qui y’a-t-il de commun entre un viticulteur du Bordelais et un éleveur des Vosges ? entre un patron de PME et le PDG d’une multinationale ? entre l’enfant de deux ingénieurs pour qui il est naturel de marcher sur le même chemin et un enfant dont les parents parlent à peine le français ?

Bâtir un discours sur de tels termes est le signe d’une vacuité intellectuelle désespérante. Le règne du lieu commun, le triomphe de la médiocrité. Mais si seulement tout cela restait confiné aux discours… Des politiques entières sont basées sur ce genre de simplification et du coup ne peuvent qu’être largement inefficaces. Après, il ne peut évidemment pas y avoir autant de lois qu’il y a de cas particuliers. Mais il y’en aura de toute façon toujours beaucoup moins que de discours creux…

LOUISE WIMMER : Une vie vraiment injuste cette fois-ci

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louisewimmerafficheLes films sur la crise sociale ont le vent en poupe. Il faut dire que l’actualité ne les rend malheureusement pas obsolètes. La même semaine que Une Vie Meilleure, que j’aurais pu sans problème m’abstenir d’aller voir, est sortie plus discrètement Louise Wimmer, que je suis très heureux d’avoir vu. Cependant, pas de Guillaume Canet à l’affiche, alors tout de suite, la promo a été nettement plus minimaliste. Voilà pourtant un film qui nous prouve que ce ne sont pas toujours les comédiens les plus connus qui livrent les performances les plus impressionnantes.

A 50 ans, après une séparation difficile, il y a plus dramatique que la situation de Louise Wimmer. En tout cas, c’est ce que lui explique l’assistante sociale pour justifier le fait qu’elle attende un logement social depuis plus de 6 mois. En effet, elle a un travail. Mais il est à temps partiel et malgré quelques extras, elle vit dans sa voiture, tout en essayant de le cacher. Car malgré le désespoir qui monte, elle se bat.

Louise Wimmer, c’est un peu Une Epoque Formidable, le film où Gérard Jugnot passait de cadre à SDF, mais en mieux et à tout point de vue. Pas d’humanisme à trente centimes d’euros, pas de compassion, pas de « les pauvres sont des gens merveilleux comme tout le monde ». Mais s’il y’a quelque chose que les deux films partagent, c’est une forme d’optimisme. On peut dépeindre une réalité sociale très dure, sans pour autant rajouter une couche de fatalisme morbide.

Pour continuer avec les comparaisons, Louise Wimmer vaut également infiniment mieux que Une Vie Meilleure. En effet, cette fois-ci, on ne se dit jamais que le personnage principal cherche les emmerdes. Certes, elle est parfois victime de son tempérament et n’est pas vraiment la reine des concessions. Mais cette fois-ci, on nous décrit une situation malheureusement très réaliste et qui touche par son caractère injuste et quelque peu absurde. Un film qui pousse donc à la révolte et à l’indignation, sans pour autant être un film politique ou à thèse.

En effet, Louise Wimmer est un film avant tout humain. Le portrait d’une femme et de son combat contre la société et contre elle-même. Une femme au bord du gouffre et qui fait tout pour ne pas basculer. Ce film ne fait évidemment pas vraiment rire, mais il n’est en rien sombre, désespérant et encore moins mélodramatique. On en sort dans un tout autre état d’esprit qu’après la Vie Rêvée des Anges. Oui, je sais, j’abuse un peu des comparaisons là… Que voulez-vous j’aime bien étaler ma culture cinématographique.

louisewimmerLouise Wimmer nous propose une réalisation plutôt sobre de la part de Cyril Mennegun. Mais sobriété ne signifie en rien que le film ne soit pas travaillé visuellement. Le travail de cadrage pour saisir les émotions de cette femme pas toujours très bavarde et qui essaye de tout garder pour elle est remarquable. Le résultat est d’une formidable délicatesse et arrive parfaitement à nous faire ressentir les sentiments par lesquels elle passe.

Louise Wimmer révèle de manière éclatante tout le talent de Corinne Maserio, qui jusqu’à présent avait surtout joué dans des téléfilms ou alors des 8ème rôles au cinéma. Elle nous livre ici une interprétation impressionnante de maîtrise et de finesse. De nombreuses actrices ont reçu des Césars pour beaucoup moins que ça.

Louise Wimmer est donc un très beau film qui mérite infiniment plus que son succès mitigé. 360 000 entrées pour Une Vie Meilleure, 70 000 pour ce film. Définitivement, la société actuelle est injuste…
 
Fiche technique :
Production : Zadig films, arte France Cinéma
Distribution : Haut et Court
Réalisation : Cyril Mennegun
Scénario : Cyril mennegun
Montage : Valérie Brégaint
Photo : Thomas Letellier
Son : Martin Boissau, Alexandre Widmer
Durée : 80 mn
 
Casting :
Corine Masiero : Louise Wimmer
Jérôme Kircher : Didier
Anne Benoît : Nicole
Marie Kremer : Séverine
Maud Wyler : Jessica Wimmer
Nicolas Woirion : Eric Wimmer
 

LES ACACIAS : Une histoire simple

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lesacaciasafficheLe cinéma argentin fut longtemps totalement invisible sur nos écrans. Mais depuis le succès mondial de Dans ses Yeux, Oscar du meilleur film étranger, il apparaît de temps en temps chez nous. Après Carancho, l’année dernière, voici Les Acacias, Caméra d’Or au dernier festival de Cannes (meilleur 1er film), mais avant tout une histoire d’une simplicité déconcertante… mais qui va droit au cœur.

Ruben est un camionneur taciturne. Un jour, son patron lui demande de conduire une jeune femme et son bébé depuis le Paraguay jusqu’à Bueno Aires. Le voyage va durer plusieurs jours, sur des centaines de kilomètres. Il commence dans le silence et l’indifférence…

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L’histoire du mec et peu rustre et bourru qui finit par se faire attendrir est aussi vieille que la narration elle-même. On est donc dans un pitch aussi classique qu’éternel. Mais ce qu’il y a de vraiment magique avec l’amour, c’est que ça continue de marcher, alors que voilà des siècles que s’accumulent les preuves de son inexistence. Remarquez, il n’y a pas que dans la romance que les humains continuent à croire à des choses que n’importe quel esprit objectif tiendrait pour fausse… 

Bon, ce n’est pas le sujet ici, nous ne sommes pas le jour du bac philo. Enfin, vu le froid qu’il fait dehors, on aimerait bien être au mois de juin. Oula, je m’égare à nouveau. Alors, revenons à les Acacias qui représente quand même la raison qui vous pousse à lire ces lignes. Voilà un film d’une simplicité biblique et pourtant qui fonctionne beaucoup mieux que toutes les comédies romantiques les plus sophistiquées. Voilà un très bon exemple du je ne sais quoi qui fait que l’on entre ou non dans une histoire et que l’on s’attache plus ou moins aux personnages.

Il est vrai que les Acacias commence quand même doucement. D’ailleurs, on arrive à la moitié du film en se disant qu’il faudrait peut-être qu’ils commencent à se regarder et à parler si on veut qu’il finisse par se passer quelque chose. Mais bon, comme le film dure moins d’une heure et demi, tout cela ne dure pas assez longtemps pour nous décourager. Et puis, la magie opère tout doucement, notamment grâce à la bouille absolument irrésistible de la petite fille. Je ne suis pourtant pas du tout du genre à m’extasier devant le premier nourrisson venu, que je considère souvent principalement comme un vecteur potentiel de maladies, de bruits et de mauvaises odeurs. D’ailleurs, le Ruben, au début, il pense exactement comme moi.

Bon, n’allez pas croire non plus que tout se termine dans un happy end, où ils se marient et finissent par produire d’autres rejetons à la bouille irrésistible. Le dénouement est heureusement plus subtil que ça. Mais là aussi, c’est tellement simple, qu’on n’en reste presque émerveillé, à l’heure où la plupart des productions doivent nous livrer 34 rebondissemlesacaciasents dans les 8 dernières minutes pour être jugées dignes d’intérêt. On aimerait bien poursuivre un peu la route avec eux, tant ce beau voyage nous aura mis en joie.

Les Acacias bénéficie également d’une très belle mise en images. Qui dit roadtrip, dit défilé des paysages. Là encore, rien d’hyper spectaculaire, mais on apprécie nous aussi de découvrir ce qu’il y’a au-delà du bitume. Le film ne nous propose pas de longs plans purement contemplatif, mais comme une grande partie de l’intrigue se déroule dans la cabine du camion, on a largement le temps de regarder à travers le pare-brise.

Les Acacias constitue également l’occasion de contempler deux beaux acteurs. Là encore, tout est dans la sobriété et la simplicité, mais German da Silva et Hebe Duarte incarnent avec infiniment de grâce leurs personnages et y sont forcément pour beaucoup si on finit nous aussi par tomber amoureux.

Les Acacias est un film simple, mais surtout apaisant, joyeux et beau. Un film tourné sur la route, mais qui sort des sentiers battus.
  
Fiche technique :

Production : AireCine, Utopica Cine, Armonika Entertainment
Réalisation : Pablo Giorgelli
Scénario : Pablo Giorgelli, Salvador Roselli
Montage : Maria Astrauskas
Photo : Diego Poleri
Distribution : Bodega Films
Directeur artistique : Yamila Fontan
Durée : 82 mn

 
Casting :
German de Silva : Ruben
Hebe Duarte : Jacinta
Nayra Calle Mamani : Anahi

PLUTOT QUE SUR LE TAUX, BASONS-NOUS SUR LA BASE

impots

impotsA quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement fait flèche de tout bois pour doper sa politique sociale. Le sommet qui a eu lieu aujourd’hui a accouché de quelques annonces, mais dont on voit mal comment elles pourraient résoudre un problème de l’ampleur du chômage que connaît actuellement notre pays. Mais c’est surtout la fameuse TVA sociale qui a enflammé les débats ces derniers jours. Une mesure hautement impopulaire qui pourrait s’apparenter à un suicide politique, si la crise n’était susceptible de pousser l’électeur à tout et n’importe quoi.

L’idée même de la TVA sociale a provoqué une levée de boucliers à gauche. Bon, c’est vrai que c’est de bonne guerre en période électorale. Pourtant, il y’a deux éléments bien distincts dans cette histoire et il est dommage que le débat n’aille pas assez en profondeur pour les distinguer. D’un côté, il y a l’idée d’augmenter la TVA alors que la crise a déjà durement choqué les classes populaires. Or la TVA est un impôt régressif, puisqu’il pèse plus, en proportion, chez les ménages modestes qu’aisés. De plus, la consommation est toujours restée principal pilier de notre maigre croissance. Toute mesure qui pourrait lui nuire risquerait de nous plonger en récession.

Mais la TVA sociale c’est aussi, et j’ai envie de dire avant tout, l’idée de faire participer la consommation au financement de la protection sociale, qui aujourd’hui repose principalement sur les salaires. Or que les revenus du travail soient les seuls à financer le chômage ou les retraites peut se concevoir. Pour la santé et les allocations familiales, cela devient chaque jour un peu plus absurde, à mesure que l’importance des revenus financiers croît au détriment de ceux du travail.

Elargir l’assiette du financement de la sécurité sociale constitue donc  une vraie réflexion à mener et on voit mal comment la TVA, qui représente 50% des recettes fiscales de l’Etat, pourrait y échapper. Après, tout cela doit se faire dans le cadre d’une transformation globale et cohérente de la fiscalité et rien ne dit que cela aboutisse forcément à une augmentation de la TVA. On peut très bien imaginer que sur les 19,6% actuels, une partie soit affectée au financement de la protection sociale.

En fait, les propos échangés lors des débats sur la TVA sociale soulignent à quel point les discours sur la fiscalité souffrent généralement du même défaut : l’incapacité à distinguer l’assiette du taux. On se focalise le plus souvent sur ce dernier, alors qu’il n’est qu’une variable d’ajustement qui détermine certes le montant de votre feuille d’impôts, mais qui ne constitue pas ce qui donne à la fiscalité son sens, son utilité et son efficacité. L’assiette, c’est-à-dire sur quoi porte l’imposition, définit réellement et fondamentalement ce qu’est un impôt, à quoi il sert. La question essentielle n’est pas combien ça va coûter (ou rapporter selon le côté de la barrière où vous vous situez), mais sur quels éléments je donne à l’Etat la possibilité d’agir.

L’impôt est toujours plus efficace si sa base est large. Les éternels débats sur les niches fiscales montrent combien, à mesure que les mailles du filet se trouent, s’installent les injustices et le manque-à-gagner pour les finances publiques. Plus la base est large, plus les marges de manœuvre sont grandes, à la hausse comme à la baisse. C’est donc sur cet élément là que doit porter l’essentiel du débat. Celui sur la TVA sociale a bien montré que c’est rarement le cas.

Avant d’en finir, je vais tout de même souligner que les taux valent quand même le coup d’être discutés. Pas tant sur leur valeur absolue, mais sur leur nature progressive ou non. Avoir un barème progressif pour l’impôt sur le revenu, ou taxer tout le monde à la même hauteur comme cela se pratique dans certains pays change radicalement la signification de la fiscalité, lui donnant ou non un caractère redistributif. Or, c’est la perte de progressivité de la fiscalité dans notre pays qui a largement contribué aux creusements des inégalités délétères. Il est donc urgent d’y remédier.

L’idée développée par François Hollande, qui est pourtant censé ne pas en avoir, de rapprocher la CSG (base large mais impôt non progressif) et l’impôt sur le revenu (base totalement mitée, mais barème progressif) est donc excellente. Cependant, l’expliquer ne peut passer que par un débat technique. Espérons que la campagne vole assez haut pour que les Français puissent le comprendre.

J.EDGAR : Deux monstres sacrés pour un monstre

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jedgarafficheLongtemps Clint Eastwood pouvait être considéré comme une machine infaillible à pondre des chefs d’œuvre à la chaîne. Malgré son grand âge, il pouvait donner des leçons de cinéma aux jeunes générations sans aucun problème. Lorsqu’en 2011, il nous a livré un Au-delà quelque peu moyen, on s’est alors dit que cela constituait un simple accident de parcours, que le déclin était encore loin et que même les plus grands peuvent avoir de légers moments de faiblesse. Le réalisateur avait l’occasion de nous le prouver avec son nouveau film, J. Edgar. Un film au propos ambitieux. Peut-être trop…

J.Edgar Hoover fut un des hommes les plus puissants du XXème siècle. Pendant près de 50 ans, il a dirigé le FBI et a exercé son pouvoir même auprès de ceux à qui il était censé rendre des comptes. Dans ces dossiers, il savait tout sur tout le monde, y compris le plus inavouable. Mais lui-même avait bien des secrets…

J.Edgar Hoover a été un des personnages les plus extraordinaires du siècle dernier. Une figure historique, autour duquel les mythes sont nombreux, car c’est un peu grâce à lui et la fondation du FBI que sont nés bon nombre de théories du complot. Mais s’il y a bien une chose sur lequel tout le monde s’accorde, c’est qu’il était avant tout un sale type, qui, sous prétexte de préserver l’ordre et la morale, a exercé un pouvoir tyrannique et manipulateur, sans contrepoids, ni contrôle. Un homme pour qui démocratie et liberté étaient synonymes d’anarchie à éradiquer.

Clint Eastwood tenait donc là un formidable sujet. A tel point qu’on se dit qu’un seul film n’y suffirait pas. Trop de choses à dire, à raconter, à expliquer, à décrypter. C’est sans doute vrai. On pourrait alors penser que J.Edgar est un film incroyablement dense. Au contraire, il manque de souffle et de force dans le propos. A force de vouloir explorer toutes les facettes du personnage, à travers toutes les époques, le propos se dilue, perd de son impact et ne développe pas de réelle réflexion.

J.Edgar n’arrive à développement pleinement que les relations du personnage avec sa mère et surtout son homosexualité. Cela constitue le fil rouge du scénario, mais on peut regretter que Clint Eastwood n’ai pas cherché à faire véritablement un film sur ces deux éléments, sans chercher à être exhaustif par ailleurs. Certes, sans connaître la vie et l’œuvre de cet homme, le propos aurait perdu de son intérêt, mais puisqu’il s’agit d’un personnage historique, on aurait pu partir du principe qu’elles étaient déjà connues du spectateur. A la fois, dans Une Execution Ordinaire par exemple, on ne nous expliquait pas qui était Staline…

jedgarJ.Edgar reste cependant réalisé par Clint Eastwood. C’est-à-dire qu’il reste un plaisir pour les yeux, avec une maîtrise artistique parfaite et une musique signée par Eastwood lui-même qui colle parfaitement à l’image. Si cela donne un certain intérêt au film, cela renforce aussi le sentiment de frustration. On a le sentiment d’être passé à côté de quelque chose de grand, d’un vrai film politique, historique et passionnant. Au lieu de ça, le film tombe dans le piège de « l’humanisation du méchant », que l’on rend presque sympathique et humain en cherchant à comprendre d’où viennent les racines du mal. Bref, il manque vraiment à ce film une opinion au-delà de la description ou de la reconstitution historique.

Si Clint Eastwood reste un immense cinéaste, même dans ses moments de faiblesse, Leonardo Di Caprio demeure un acteur d’une dimension hors du commun. A chaque nouveau film, à chaque nouveau rôle, il pose un peu plus son empreinte dans l’histoire du 7ème art. Dans J.Edgar, il est encore une fois extraordinaire de charisme et de présence à l’écran. Une grande performance d’acteur, une des plus impressionnantes depuis le début de la mode des biopics.

J.Edgar a donc rassemblé deux géants du cinéma. Chacun y a témoigné de l’immensité de son talent. Mais cela n’est pas suffisant pour sauver un scénario trop dilué pour provoquer l’enthousiasme.

Fiche technique :
Production : Malpaso, Imagine Entertainment, Warner Bros Pictures, Wintergreen Productions
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Dustin Lance Black
Montage : Joel Cox, Gary D. Roach
Photo : Tom Stern
Décors : James J. Murakami
Musique : Clint Eastwood
Durée : 135 mn

Casting :
Leonardo DiCaprio : J. Edgar Hoocer
Naomi Watts : Helen Candy
Armie Hammer : Clyde Tolson
Judi Dench : Annie Hoover
Jeffrey Donovan : Robert Kennedy
Josh Lucas : Charles Lindbergh

MELODY (Sharleen Spiteri) : Elle brille autant en solo qu’au Texas

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melodysharleenspiteriIl y’a des groupes qui vous accroche l’oreille adolescent et qui ensuite ne vous lâche plus. Ce n’est pas tant qu’ils soient objectivement les meilleurs, juste qu’ils vous ont procuré vos premières vraies émotions musicales avec votre cerveau d’adulte et vous gardez pour eux une affection toute particulière. De mon point de vue, Texas en fait partie. Leur album Rixs Road a été un des premiers CD que j’ai emprunté à la Médiathèque de Bourges et la K7 audio que j’en ai tiré fut une de celles que je l’ai le plus écoutée. Du coup, c’est avec beaucoup de curiosité et d’envie que j’ai écouté Melody, le premier album solo de Sharleen Spiteri, la chanteuse du groupe.

Petit rappel, la jeune femme, même si elle commence à ne plus tout à fait être jeune, est une Ecossaise, née en 1967. Je sais, ça ne se fait pas de révéler l’âge des femmes, mais je ne fais que relayer l’information depuis Wikipedia. Elle a donc connu le succès avec le groupe Texas de 1985 à 2005 et la sortie de Red Book. Depuis, elle a donc sorti deux albums solos. Melody, dont il est question ici, sorti en 2008 et The Movie Songbook, en 2010. Les amateurs de potins seront ravis de savoir qu’elle est très amie avec Thierry Henry, qui a dédicacé un de ses buts à la naissance de sa fille, mais que, non, ils n’ont jamais été ensemble !

Bref, revenons plutôt à Melody. Ce qui caractérise cet album, c’est que l’on retrouve largement le son de Texas, mais pas que. Sharleen Spiteri profite de son envol en solitaire pour élargir son univers musical. A la fois, si une carrière solo ne sert pas à ça, autant rester avec son groupe. On reste certes généralement dans un univers pop-rock mélodique, mais elle ose donner plus de personnalité à sa voix. Parfois sensuel, parfois très dynamique, cet album est tout sauf monotone. Elle donne une sonorité peut-être plus jazz et plus folk à sa musique. Mais que le fans se rassurent, on trouve tout de même plusieurs titres qui rappellent de près ce qu’elle faisait avec Texas.

La plus grande qualité de Melody, c’est sa densité. Il n’y a aucun titre à jeter, même aucun qui soit un tant soit peu en retrait des autres. On prend donc beaucoup de plaisir à l’écouter de cet album de la première à la dernière plage, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Si je dois ressortir tout de même quelques titres particulièrement bons, j’en choisirais trois. I Wonder, une ballade énergique, révélatrice d’une très grande maîtrise artistique. I’m Going to Haunt You, où Sharleen Spiteri met beaucoup de personnalité et semble vraiment dialoguer avec l’auditeur. Et enfin, Where Did it Go Wrong qui permet vraiment d’apprécier sa voix, pas la plus spectaculaire qui soit, mais qui est ici parfaitement mise en valeur.

On n’aurait évidemment été déçu si Melody n’avait pas été à la hauteur de la carrière de Sharleen Spiteri avec Texas. Un telle figure de la musique prenait un vrai risque en entamant une carrière solo. Ce cap n’a pas toujours donné des résultats très heureux pour beaucoup d’artiste, ou du moins n’a pas toujours présenté un grand intérêt. Cet album est quant à lui vraiment réussi, ravira les fans du groupe, mais aussi un très large public.

Melody est donc à mettre dans toutes les bonnes discothèques, de 7 à 177 ans.

Pour finir, faisons le tour des morceau que l’on trouve sur Melody.

1.: It Was You
Un excellent titre jazzy et entraînant.

2.: All The Times I Cried
Un titre plus harmonieux, très “Texas”, mais en plus sensuel.

3.: Stop I Don’t Love You Anymore
Un morceau plus rythmé, plus dynamique, mais toujours très bon.

4.: Melody
Un titre plus sombre, mais très mélodique.

5.: I Wonder
Une ballade énergique et surtout magnifique.

6.: I’m Going To Haunt You
Sharleen Spiteri crée une sorte de conivence avec son auditeur.

7.: Don’t Keep Me Waiting
Un morceau très dynamique, très entraînant.

8.: You Let Me Down
Une belle ballade mélancolique.

9.: Where Did It Go Wrong
Un titre très énergique, tout en restant mélodieux et où la voix est superbe.

10.: Day Tripping
Sonne comme du Texas très classique, mais c’est toujours aussi bon.

11.: Francoise
Une jolie petite ballade pour finir.