LES CONTES DE LA NUIT : Livre de contes animé

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lescontesdelanuitafficheMichel Ocelot perpétue aujourd’hui une longue tradition d’un cinéma d’animation hexagonal particulièrement créatif et original. Il est pour ainsi dire le successeur de Paul Grimault, le créateur du Roi et l’Oiseau. Tous deux ont su puiser dans les contes et légendes traditionnels pour en tirer des histoires modernes et surprenantes. S’inspirer ne veut pas forcément dire imiter ou répéter. Les Contes de la Nuit sont là pour le prouver.

Une fois la nuit tombée, un homme, un jeune garçon et une jeune fille s’amusent à revisiter les contes du monde entier et s’en inspirent pour interpréter des petites scénettes, réinventant des histoires à la fois typiques et universelles.

Les Contes de la Nuit ne constituent pas l’œuvre la plus marquante de Michel Ocelot. Cependant, elle saura charmer un public large, de 7 à 77 ans comme l’on dit. Comme pour beaucoup de contes traditionnels, il y a toujours plusieurs niveaux d’interprétation à chacune des courtes histoires racontées dans ce film. Les plus jeunes prendront tout au premier degré et y verront un livre de contes animés, comme ceux qui ont bercé notre jeunesse sur papier glacé. Personnellement, j’y ai retrouvé le plaisir que j’éprouvais petit en feuilletant une collection de beaux livres de contes du monde entier qui ornait notre bibliothèque.

Les adultes prendront la mesure de l’ironie et du second degré qui habitent ces contes… mais en mesureront aussi paradoxalement les limites. Par rapport aux œuvres précédentes de Michel Ocelot, notamment Kirikou, ces Contes de la Nuit n’ont pas la même portée et reste tout de même plus basiques, même si ce terme n’a pas forcément ici une valeur péjorative. Simplement, cela ne permet pas de dépasser le stade de la simple sympathie nostalgique pour ce film qui constitue un divertissement intelligent, mais essentiellement à l’adresse des plus petits.

On appréciera tout de même la volonté de nous faire découvrir différents folklores. En effet, on voyagera des Antilles au Tibet, en passant par l’Afrique et l’Amérique du Sud. A chaque fois, Michel Ocelot nous livre décors et costumes en rapport avec le contexte. Cependant, cela reste toujours épuré. Nous sommes censés assister à des pièces de théâtre, les éléments graphiques gardent donc toujours une certaine sobriété. Les personnages sont le plus souvent représentés en ombre chinoise, ce qui rappellera Princes et Princesses, mais aussi , aux gens de ma génération, la Princesse Insensible, qui agrémentait nos après-midi devant Récréa 2. Cela tranche vraiment avec l’exubérance technique des films d’animation actuelle et cela est sûrement volontaire. Cela déplaira sûrement à certains enfants, qui vous réclameront très vite un Cars 2, mais cela peut permettre aussi de vraiment se concentrer sur les différentes histoires.

lescontesdelanuitComme tous films à sketchs, les Contes de la Nuit est quelque peu inégal. La scénette la plus intéressante est à mes yeux celle qui se déroule au Tibet. C’est de loin la plus riche et la plus complexe et elle laissera peut-être assez dubitatif les plus petits. Après, chacun aura ses préférences selon la sensibilité qu’il porte aux différentes cultures qui habitent chacune de ces histoires. On a chacun son conte préféré dans un livre d’histoire et ce film n’échappe pas à la règle. Evidemment, il faudrait savoir conserver au moins une partie de son âme d’enfant pour les apprécier pleinement et ne pas en rire bêtement.

Au final les Contes de la Nuit laisse sur une impression moyenne si on se réfère au reste de l’œuvre de Michel Ocelot. Mais cela n’est pas faire justice à un film familial riche, original et intelligent.

Fiche technique :
Production : Nord-Ouest Films, Studio O, Studio Canal
Distribution : Studio Canal
Réalisation : Michel Ocelot
Scénario : Michel Ocelot
Montage : Patrick Ducruet
Décors : Anne Lise Koehler, Christel Boyer, Simon Lacalmontie
Son : Séverin Favriau
Musique : Christian Maire
Effets spéciaux : Rodolphe Chabrier
Durée : 84 mn

Casting :
Julien Beramis : voix
Marine Griset : voix
Michel Elias : voix
Olivier Claverie : voix

UN DESTIN EN OR

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straviuslacourtLes moments les plus mémorables du sport sont souvent les plus improbables. Les triomphes trop faciles, annoncés de longue date, les courses au déroulé sans surprise, les victoires qui ne font aucun doute forment les palmarès, mais forgent rarement les légendes. Par contre, les retournements de situation inespérés, les David qui triomphent de Goliath, les instants irrationnels où tout semble pouvoir arriver sont vecteurs d’émotions et font du sport un spectacle à nul autre pareil.

La double médaille d’or de Camille Lacourt et Jérémy Stravius, classés ex-æquo à l’arrivée du 100m dos des Championnats du Monde de natation fait incontestablement partie de ces moments inoubliables. La probabilité que deux nageurs arrivent dans la même seconde est déjà faible, mais si on ajoute à ça le fait que cela se produise en finale d’un telle compétition, que cela concerne deux nageurs du même pays, un pays qui plus est qui n’avait jamais remporté un seul titre dans cette compétition chez les hommes, on arrive à un résultat plus proche de zéro que ce qu’il est possible de concevoir. Et pourtant, c’est arrivé !

Bravo à Camille et Jérémy ! L’équipe de France de natation véhicule une image si positive que l’on peut voir dans cette double victoire un coup de pouce de la justice. Il aurait été cruel de les départager, le destin a réussi le tour de force de ne pas avoir à le faire. Un destin particulièrement inspiré !

I’M STILL HERE : Les blagues les plus longues sont parfois les meilleures

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iamstillhereafficheL’histoire du cinéma est jalonnée d’acteurs qui se sont investis au-delà du raisonnable dans certains rôles. On peut notamment citer les kilos pris par Robert De Niro pour Raging Bull ou au contraire ceux perdus par Michael Fassbender pour Hunger. Joaquin Phoenix a écrit une nouvelle page avec l’incroyable canular à l’origine du faux documentaire I’m Still Here.

En 2008, Joaquin Phoenix, alors que le film Two Lovers s’apprête à sortir sur tous les écrans, annonce qu’il met fin à sa carrière d’acteur pour se lancer dans le hip-hop. Ce changement brutal de vie doit faire l’objet d’un documentaire réalisé par son beau-frère, Casey Affleck. D’abord incrédule, le monde le voit sombrer chaque jour un peu plus, alors que son absence total de talent est de plus en plus criante.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Joaquin Phoenix a joué un rôle pendant deux années entière de sa vie. Pas à l’écran, mais dans son quotidien, où chacune de ses apparitions devaient confirmer ce que chacun avait pris au début pour une simple blague. Il ne s’agissait pas de simplement jouer les rappeurs amateurs, mais bien de se transformer peu à peu en déchet, négligeant chaque jour un peu plus son aspect physique extérieur. Et si vous le trouviez charmant dans Walk the Line ou La Nuit Nous Appatient, attendez-vous à le trouver nettement moins sexy hirsute et barbu.

I’m Still Here est donc un faux documentaire, à l’image de ce que fait Sacha Baron Cohen avec Borat ou Bruno. Un mélange de scènes purement fictives avec des passages où le personnage est confronté avec le « monde réel ». Le moment le plus célèbre repris dans ce film est une interview de Joaquin Phoenix au Late Show with Davin Letterman (genre de Nulle Part Ailleurs de la grande époque américain), où il se montre incapable de formuler des propos cohérents de plus dix mots. Un célèbre moment de télévision qui avait plongé les médias dans la stupéfaction et la consternation.

Evidemment, à chaque scène, on se demande bien qui est complice et qui ne l’est pas. Notamment pour un des moments de bravoure de I’m Still Here, quand Ben Stiller vient lui proposer un scénario et qu’il se voit répondre en gros que son humour, c’est de la mer… Mais au final, cette ambiguïté n’est guère gênante car c’est justement là la force de ce genre de film de démontrer par les faits à quel point chacun est plus ou moins en train de jouer un rôle.

iamstillhereUne grande différence entre I’m Still Here et les films de Sacha Baron Cohen réside dans l’ampleur de l’investissement réalisé par Joaquin Phoenix qui a vraiment changé sa vie pendant deux ans. Cela donne une dimension « historique » à ce film, qui est au final la plus grande blague de potache jamais réalisée. Mais à l’inverse, pour tenir aussi longtemps, il a fallu que tout cela reste très réaliste… Il n’y a donc pas de moments totalement surréalistes comme ceux que l’on peut voir dans Borat. On est donc là face à ce qui est à la fois la grande force, mais aussi la plus grande limite de ce film.

I’m Stil Here s’amuse quand même à égratigner largement le show-bizz et la jet-set. Un milieu très superficiel où Joaquin apparaît comme un grain de sable, car tout doit y rester glamour et respirer l’argent et le succès. Tout cela a d’autant plus de portée que l’acteur a perdu son frère, River Phoenix, star à Hollywood avant lui, d’une overdose. Un drame qui lui a sûrement permis d’acquérir ce recul et ce regard plein de dérision qui lui ont permis de s’engager dans un projet aussi fou.

I’m Still Here reste avant tout une curiosité cinématographique, plutôt qu’un vrai grand moment du 7ème art. Mais on ne pourra que saluer un tel investissement, peut-être un peu vain, mais certainement moins que tout ce à quoi le show-bizz accorde de l’importance.

Fiche technique :
Réalisation : Casey Affleck
Scénario : Joaquin Phoenix et Casey Affleck
Photographie : Magdalena Górka et Casey Affleck
Montage : Dody Dorn
Musique : Marty Fogg
Production : Joaquin Phoenix, Amanda White et Casey Affleck

Casting :
Joaquin Phoenix : lui-même
Antony Langdon : Anton
Carey Perloff : le réalisateur
Larry McHale : lui-même
Casey Affleck : lui-même
Jack Nicholson : lui-même
Billy Crystal : lui-même
Danny Glover : lui-même
Bruce Willis : lui-même
Robin Wright : elle-même
Danny DeVito : lui-même

DRASTIC FANTASTIC (KT Tunstall) : Une belle confirmation

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drasticfantastickttunstallKT Tunstall est un chanteuse dont la renommée en France est particulièrement élevée et de façon plutôt involontaire. En effet, on peut entendre dans sa chanson la plus célèbre, Black Horse and The Cherry Tree, le célèbre « Ouh ouh ! » des pubs pour l’opérateur Internet Alice, qui ont inondé nos écrans pendant plusieurs années. Ce ne constituait pas forcément une publicité très positive, puisque cette campagne publicitaire a fini par nous sortir un peu par les yeux. Mais la carrière de KT Tunstall est très loin de se résumer à cela et compte notamment un très bon album, intitulé Drastic Fantastic.

KT Tunstall est une artiste britannique, née en 1975, d’un père écossais et d’une mère chinoise. Les initiale KT sont tout simplement une sorte de diminutif de son prénom, Katty. Son univers musical navigue entre folk, pop et parfois rock. Drastic Fantastic se situe tout à fait dans ce registre. Elle interprète la plupart de ses titres seule avec sa guitare. Mais vue la qualité du résultat, c’est largement suffisant !

Drastic Fantastic se caractérise sur un ton plutôt doux et calme. Il y a moins d’énergie que dans son album précédent, Eye to the Telescope. C’est sans doute cela qui en fait un album un poil plus en retrait de ce dernier. Mais faire moins bien, ne signifie pas faire mal, et cet album contient assez de très beaux morceaux pour valoir le coup d’être écouté. Les amateurs de belles ballades seront comblés. Il y en as pour tous les goûts : des mélancoliques, des enjouées, des épurées, des plus rock… Bref, toute la palette du talent de KT Tunstall qui ne nous offre jamais deux titres qui se ressemblent.

Comme je l’ai évoqué plus haut, la musique de KT Tunstall est souvent d’une forme assez simple. Une guitare et une voix. Et cette dernière possède assez de personnalité pour que Drastic Fantastic s’écoute avec plaisir de la première à la dernière plage. Ce n’est pas Janis Joplin non plus, mais sûrement pas une voix standard que l’on a l’impression d’avoir entendu mille fois. De toute façon, du folk sans qualités vocales, cela donne rarement grand chose.

De mon point de vue, Funnyman et Hold On constituent les deux meilleurs morceaux de Drastic Fantastic. Ce sont aussi les titres les plus énergiques, car je reste convaincu que c’est dans ce registre qu’elle fait vraiment la différence. Si Black Horse and The Cherry Tree a fait son succès, ce n’est pas pour rien. Mais cela reste un avis purement personnel et la petite frustration que m’a procuré l’écoute de cet album ne retire rien à ses qualités objectives incontestables. Elle prouve avant tout qu’elle a bien plus d’une corde à son arc, ou plutôt à sa guitare, et c’est avant tout cela que je retiendrai.

Drastic Fantastic constitue donc une réelle confirmation du grand talent de KT Tunstall. Une artiste plus authentique que le matraquage publicitaire peut faire imaginer. Un album plein de douceur qui charmera plus d’un auditeur.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur Drastic Fantastic.

1.: Little Favours
Un titre plutôt rock pour débuter cet album.

2.: If Only
Un titre plus calme et mélodique, qui permet de profiter pleinement de la voix de KT Tunstall.

3.: White Bird
Une très jolie ballade épurée à la guitare.

4.: Funnyman
Un morceau excellent entre rock et folk.

5.: Hold On
On y retrouve un peu l’énergie de Black Horse and the Cherry Tree.

6.: Hopeless
Une ballade enjouée très sympathique.

7.: I Don’t Want You Now
Un très bon rock très dynamique.

8.: Saving My Face
Une ballade-rock pleine d’émotion.

9.: Beauty Of Uncertainty
Une ballade douce et épurée, où la voix prend le dessus sur la mélodie.

10.: Someday Soon
Un titre folk mélodique et très harmonieux.

11.: Paper Aeroplane
Une ballade triste et mélancolique.

VIVEMENT LE PROCHAIN TOUR !

tour2011

tour2011La victoire de Cadel Evans au bout d’un Tour parmi les plus beaux des trente dernières années ne souffre d’aucune contestation. Et c’est peut-être là le seul regret que pourra laisser cette édition. L’Australien a su gérer la course avec une maîtrise totale. Les deux seuls qui ont vraiment essayé de le mettre en danger jusqu’au bout, Thomas Voeckler et Alberto Contador, n’avaient pas les moyens objectifs de le battre. On peut refaire l’histoire mille fois, aucun des deux n’auraient pu changer leur destin.

Par contre, les frères Schleck peuvent nourrir bien des regrets. Ils auront beau clamer leur satisfaction de se trouver tous les deux sur le podium, on sait bien qu’ils n’étaient pas venu pour cela. Avaient-ils les moyens de battre Evans en haute montagne ? Rien n’est moins sûr, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’ils n’ont pas tout tenté pour le faire. Leurs attaques ont été timides et ils ne sont jamais vraiment servis de l’avantage d’être deux. Restera tout de même la magnifique victoire d’Andy au sommet du Galibier, pleine d’audace et de panache. Mais s’ils avaient fait preuve de ces qualités à chacun des étapes, ils auraient peut-être ramené le Maillot Jaune à Paris.

Peut-on vraiment parler de regrets concernant Thomas Voeckler ? Bien sûr, il a commis une grosse erreur dans l’étape de l’Alpe d’Huez, qui l’a privé du podium. Mais cette erreur est venue d’une volonté de jouer sa chance à fond pour la victoire finale. Et ça, il ne doit pas une seule seconde le regretter. Il a été au-delà de tout ce dont on l’imaginait capable et redonner une image positive du sport cyclisme que l’on pensait inaccessible depuis un peu plus de dix ans.

Enfin, le Tour 2011 aura enfin confirmé le grand talent de Pierre Rolland. Arrivé très jeune sur le circuit professionnel, avec de bons résultats immédiats, il était rentré dans le rang depuis trois saisons. Aujourd’hui, il retrouve son rang de plus grand espoir du cyclisme tricolore et on peut sérieusement s’interroger sur son classement final s’il n’avait joué avec autant d’abnégation son rôle d’équipier. Confirmation attendue l’année prochaine.

Si le Tour 2012 offre un même spectacle que l’édition qui s’est achevée aujourd’hui, il se pourrait bien que le cyclisme retrouve enfin ses lettres de noblesse.

LE DOULOS : Un film en avance sur son temps

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ledoulosafficheLa tradition du film noir de notre pays est profonde et se perpétue aujourd’hui encore, avec plus ou moins de bonheur. Elle doit son essor en particulier à un homme, Jean-Pierre Melville. De 1945 à 1972, il a fait tourner les plus grands dans des rôles inoubliables : Lino Ventura dans l’Armée des Ombres, Bourvil dans le Cercle Rouge, Alain Delon dans le Samouraï. Et puis, Jean-Paul Belmondo dans le Doulos.

Maurice Faugel sort de prison et pour se venger de l’assassinat de sa femme, il abat le recéleur Gilbert Varnove en lui volant argent et bijou. Le lendemain, il prépare un casse avec son ami Silien qui lui apporte du matériel pour ouvrir un coffre dans un hôtel particulier. Pourtant, on lui a dit de se méfier de lui car il a la réputation d’être un doulos, c’est à dire un informateur de la police.

Le Doulos est un film noir étonnamment moderne par bien des aspects. Il confirme tout le génie de Jean-Pierre Melville, un des réalisateurs en avance sur son temps et qui a vraiment inventé le cinéma. Le scénario déjà est complexe, avec des personnages dont on ignore les réels intentions, des rebondissements et un retournement de situation final. Les truands sont à la fois les méchants et les gentils de cette histoire où rien n’est blanc, ni noir. Si l’ambiguïté est une qualité encore aujourd’hui remarquable, elle l’était d’autant plus en 1963, où le spectateur n’avait pas forcément l’habitude d’être pris ainsi à contre-pied.

Le Doulos est aussi visuellement audacieux. Bien sûr, cela se joue dans quelques détails qui font sourire aujourd’hui, mais dans le contexte, il fallait oser. Déjà, on peut apercevoir la poitrine d’une femme nue allongée dans lit après une nuit d’amour. Bon désormais, c’est le coït que l’on nous montre, parfois en détail, mais à l’époque, on en était très loin. Autre détail, au cours du film, on assiste à beaucoup de morts par balles et comme à l’habitude à cette époque, aucune goutte de sang ne coule. Mais lors des dernières minutes, lors de l’ultime rebondissement, un filet d’hémoglobine sera visible, pour souligner le caractère dramatique de la scène. C’est presque anodin, mais cela représentait une vraie transgression des codes alors en vigueur.

ledoulosLe Doulos reste tout de même un film de son temps. Un film d’hommes, un film d’acteurs, mais manque parfois un peu de rythme et d’intensité par rapport aux productions actuelles. Mais on peut simplement y voir le témoignage d’un 7ème art qui se concentrait à l’époque sur l’essentiel, sur le cœur de l’histoire et non sur des scènes purement spectaculaires. Cela donne une légère impression de naïveté à ce film, même si, on vient le voir, Jean-Pierre Melville avait alors fait son maximum pour conserver un certain réalisme.

Le Doulos est enfin l’occasion d’admirer deux formidables acteurs au sommet de leur carrière. Jean-Paul Belmondo bien sûr, des décennies avant de briller avant tout par son yorkshire. On retrouve dans ce film tout le charisme qui a fait de lui un des plus grandes stars de l’histoire du cinéma hexagonal. A ses côtés, Serge Reggiani nous rappelle quel comédien il fut, même si sa carrière a connu beaucoup de seconds rôles. Là encore, beaucoup de sobriété dans le jeu, mais une présence à l’écran réellement impressionnante.

Le Doulos constitue donc un grand classique du cinéma français. Un des grands films de Jean-Pierre Melville, même si l’histoire en a surtout retenu d’autres. Mais la carrière de ce réalisateur fut si riche, qu’elle ne compte que des films d’exception.

Fiche technique :
Réalisation : Jean-Pierre Melville
1er Assistant réalisateur : Volker Schloendorff
Scénario, adaptation et dialogues : J.-P. Melville, d’après le roman de Pierre Lesou
Production : Carlo Ponti et Georges de Beauregard pour Rome-Paris Films
Publicité de la production : Bertrand Tavernier
Décors : Daniel Guéret
Photographie : Nicolas Hayer
Musique : Paul Misraki, en collaboration avec Jacques Loussier (piano-bar)
Direction d’orchestre : Jacques Metehon
Montage : Monique Bonnot
Genre : policier
Noir et blanc
Durée : 110 minutes
Sortie : 13 décembre 1962 (Italie), 8 février 1963 (France).

Casting :
Jean-Paul Belmondo : Silien
Serge Reggiani : Maurice Faugel
Jean Desailly : le commissaire Clain
Fabienne Dali : Fabienne
Michel Piccoli : Nuttheccio
René Lefèvre : Gilbert Varnove
Marcel Cuvelier : le premier inspecteur
Jack Léonard : le deuxième inspecteur
Aimé de March : Jean
Monique Hennessy : Thérèse

ALL SHOOK UP (Cheap Trick) : Un voyage temporel aux multiples influences

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allshookupcheaptrickComment cet album est arrivé sur ma liste, je ne sais pas très bien. Pas du tout même. Mais cela n’empêche que je vais vous parler de l’album All Shook Up du groupe Cheap Trick, sorti en… 1980. Ce n’est pas de première jeunesse certes, mais il n’est jamais trop tard pour être connu. Un album plutôt vintage donc, mais ce qui ne l’empêche pas une seule seconde d’être très bon.

Cheap Trick est un groupe de rock américain, fondé en 1973 et qui continue de produire des albums. Leur succès a été maximum à la fin des années 70, en particulier au Japon… Pourquoi ? Là réside le mystère des préférences culturelles. Il s’agit d’une formation rock classique composé d’un chanteur, Robin Zander, d’un guitariste, Rick Nielsen, un bassiste, Tom Petersson, et un batteur, Brad Carlson. Les quatre membres actuels sont toujours ceux d’origine, ce qui est rare à l’heure où les divorces sont nombreux.

All Shook Up est un album de rock très classique, mais qui résume assez bien le bouillonnement créatif de cette époque. Le rock a définitivement explosé en multitude de sous branches, dont on sent l’influence dans les divers morceaux qui composent cet album. Cheap Trick, si j’en crois Wikipedia, est influencé par les mélodies pop des Beatles, mais interprétées avec des guitares hard rock. Je trouve que la formule résume très bien la musique de ce groupe aux sonorités très riches. A défaut d’être irrésistiblement génial, il sait au moins exercer son talent vers divers styles.

All Shook Up nous permet donc de voyager entre le rock des années 60 et les années 80 qui s’annoncent. Un voyage dont toutes les étapes sont franchies avec le même bonheur. En effet, tous les titres sont de qualité égale (en dehors de Go For the Throat) et surtout de grande qualité. Encore une fois, on ne trouvera rien de très original ou de très surprenant, mais une parfaite maîtrise permet à cet album d’être un vrai plaisir pour tous ceux qui apprécient la musique de cette époque. On notera tout de même la dernière plage, Who D’King, joué comme un orchestre « batucada » (percussions brésiliennes). C’est assez inattendu dans un disque rock, même si le morceau en lui-même n’est pas forcément d’un intérêt transcendant.

Ce dernier morceau se situe tout de même dans une certaine logique, celle de l’utilisation importante des percussions, notamment sur le titre Just Got Back. C’est sans doute là que réside l’élément qui différencie un tantinet le son de Cheap Trick dans All Shook Up du reste des autres groupes du même genre. Il possède donc le minimum de personnalité musicale pour que cet album mérite de survivre à travers les décennies… et pas qu’au Japon.

Au final, All Shook Up de Cheap Trick n’a pas révolutionné la musique à sa sortie. Mais l’écouter avec trente ans de recul permet de mieux appréhender l’évolution du rock à travers les décennies. Nous avons à notre disposition une discothèque géante composée de 60 ans d’existence de ce genre musical. Mais tout n’est pas né en même temps, à partir de rien. Cet album montre bien comment chaque groupe est forcément influencé par ceux qui les ont précédés et comment il reprend ce qui a été fait avant lui pour le réinventer. Et c’est un vrai plaisir de voir rassembler en un seul album ces multiples influences.

All Shook Up de Cheap Trick mérite donc d’être redécouvert. Il plaira à tous ceux qui aiment le rock, tout le rock de Chuck Berry à aujourd’hui.

Pour finir, regardons de plus près les titres qui composent All Shook Up.

1.: Stop This Game
Un rock très mélodique, presque symphonique.

2.: Just Got Back
Plus dynamique, avec beaucoup de percussions.

3.: Baby Loves To Rock
Un son très 60’s et plein de punch.

4.: Can’t Stop It But I’m Gonna Try
Un son très US pour un titre aux accents hard rock.

5.: World’s Greatest Lover
Une ballade un peu triste.

6.: High Priest Of Rhythmic Noise
Un son qui annonce les années 80, avec un voix « robotisée ».

7.: Love Comes A Tumblin’ Down
Un rock très énergique qui donne envie de bouger la tête.

8.: I Love You Honey But I Hate Your Friends
Un titre aux légers accents funky.

9.: Go For The Throat (Use Your Own Imagination)
Un rock très brouillon.

10.: Who D’ King
Un titre aux allures de batucada.

L’EURO ET LA GRECE SAUVES… ET DEMAIN ?

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eurosauveIl paraît que la Grèce et l’Euro sont sauvés par des mesures exceptionnelles et uniques. Une faveur historique puisque, promis, juré, craché, on ne renouvellera pas de telles mesures pour le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande qui n’en auront pas besoin de toute façon. Enfin, il y a encore quelques jours, on nous racontait que la Grèce pouvait s’en sortir sans certaines des décisions qui ont été prises la semaine dernière.

Mais de quoi au juste a-t-on sauvé la Grèce ? D’une incapacité à faire face à leurs échéances de remboursement. C’est simple, clair et limpide. Mais ce qui est beaucoup plus étonnant c’est que pour leur permettre d’honorer ses engagements, on leur a… prêté de l’argent ! Cela n’est pas étonnant, cela s’appelle une restructuration de la dette, cela se pratique couramment pour les particuliers surendettés. Quoi de plus normal alors !

On a donc substitué des emprunts à 10% par des emprunts à 3,5% (bon, je simplifie un peu). Mais on peut aller se poser une légitime question : comment peut-on prêter de l’argent à 10% ? On n’est pas si loin des taux usuraires, se situant autour de 20%. Le taux de rémunération d’un emprunt se justifie par le risque pris par le prêteur de ne pas être remboursé. Le problème c’est qu’un taux aussi élevé augmente par lui-même le risque de voir l’emprunteur incapable de faire face aux échéances. De plus, cela rend inenvisageable un prêt sur le long terme et cela fait rentrer l’emprunteur dans un cercle vicieux dont il est quasi impossible de se sortir.

La crise de la dette grecque montre bien à quel point l’autorégulation des marchés financiers est une idée qui n’a aucun fondement. Alors bien sûr, les plus acharnés vous raconteront que si on en est arrivé là, c’est que le gouvernement grecque a menti sur la réalité de sa situation. S’il avait été honnête, les taux qu’on lui proposaient auraient été beaucoup plus élevés bien plus tôt et il n’aurait pu abuser de cette façon d’une capacité d’emprunt qui n’existait pas. Mais un système qui ne fonctionne que si tous les acteurs sont parfaitement honnêtes ne peut tout simplement pas fonctionner.

Pourtant, il existe un outil censé donner aux créanciers l’information sur le risque encouru : les agences de notation. Sauf qu’elles ont prouvé depuis longtemps que leurs avis sont aussi fiables que les prévisions météorologiques. Et là encore, on retombe dans les mêmes travers : un emprunteur mal noté ne se verra proposer que des taux très élevés, multipliant ainsi le risque de ne pouvoir le rembourser. On retrouve donc la notion de prophétie auto-réalisatrice qui explique bulles et crises des marchés financiers. Penser que l’on puisse appuyer tout le système financier mondial sur des piliers aussi fragiles est tout simplement irresponsable.

Reste une question : pourquoi aider la Grèce ? Après tout, c’est de leur faute s’ils en sont là. Ils ont abusé des facilités que leur offrait l’Euro et nuisent aux autres membres sans qu’ils y soient pour rien. Enfin pour rien, ce n’est pas si sûr. Personne n’a forcé la Grèce à emprunter autant, mais ni la France, ni encore moins l’Allemagne n’ont craché sur les intérêts touchés par leurs banques et sur les exportations qui ont pris la direction d’Athènes grâce à l’argent emprunté.

Il n’y a pas de formule magique. On peut philosopher sans fin sur la crise grecque, sur les responsabilités des uns et des autres, sur qui doit payer. Mais l’urgence est surtout de faire le nécessaire pour s’en sortir et surtout de rendre impossible le renouvellement d’un tel scénario. Et pour cela, c’est une Europe politique et un vraie gouvernance économique qu’il faut construire. Mais les choses avancent doucement, très doucement, trop doucement.

PULL THE PIN (The Stereophonics) : Rien de bien nouveau chez les Stereophonics

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pullthepinstereophonicsLes Stereophonics avaient fait une entrée remarquée dans le monde de la musique avec leur premier album Word Gets Around et le single Local Boy in the Photograph, sorti en 1997. Depuis, ils sont quelque peu rentrés dans le rang et aucun de leur tube portant leur signature n’a vraiment tourné en boucle à la radio depuis. Mais comme ce dernier état de fait ne constitue pas vraiment un gage de qualité, dans un sens ou un autre, le mieux était de se plonger dans un de leurs albums récents. Car nos jeunes Gallois n’ont pas chômé, avec 7 albums studio (plus un live et un best of) en 14 ans. C’est donc ce que j’ai fait en écoutant Pull the Pin, sorti en 2007. Pour un résultat relativement mitigé.

Les Stereophonics sont composés d’un chanteur, d’un guitariste, d’un bassiste et d’un batteur. On pourrait donc s’imaginer qu’il s’agit l’un d’un énième groupe de brit’pop comme la perfide Albion en pond tant. Mais ce groupe fait du rock du vrai, même si leur musique comporte quand même quelques accents incontestablement british. Ce n’est pas du hard rock ou du metal, mais à part un titre ou deux, ça fait quand même infiniment plus chauffé les guitare que tous les albums de Blur ou Supergrass réunis. Les Stereophonics restent, malgré les légers reproches que je vais formuler, une réelle valeur sûr de la scène rock britannique.

Mais voilà, l’écoute attentive de Pull the Pin confirme bien que, malgré tout leur talent, les Stereophonics n’ont pas su confirmer les promesses offertes par leur premier album. Tout simplement parce que les deux opus se ressemblent quand même beaucoup. Alors certes, au sein même de ces deux albums, les morceaux sont assez divers, mais on ne sent vraiment pas le groupe sortir d’un univers musical qu’il maîtrise à la perfection, mais qu’ils ont déjà largement exploré. Bref, il y a zéro prise de risque et faire tout une carrière sans en prendre ne mène rarement très très loin.

Pourtant, Pull the Pin n’est pas un mauvais album, loin s’en faut. Certains titres, comme Bank Holiday Monday, My Friends ou Bright Red Star sont vraiment très bons. Mais d’immense tube à l’horizon. Et à l’inverse, l’album recèle aussi des titres très moyens, à l’image de Soldiers Make Good Targets, Stone ou Lady Luck. Le reste est correct, mais sans réel génie et surtout sans aucune nouveauté par rapport à ce qu’ils nous avaient déjà offert précédemment.

Bien sûr, mon jugement est ici largement relatif. Dans l’absolu, Pull the Pin est plutôt bon, quoiqu’inégal. Objectivement, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais se situe tout de même dans la rubrique « de qualité » dans un genre où le choix ne manque pas une fois arrivé chez le disquaire… Enfin, s’il existait encore des disquaires, mais c’est un débat qui n’a rien à faire ici. Mais personnellement, je n’ai pas vraiment réussi à me débarrasser de ce sentiment de déception, peut-être un peu sévère. D’autres arriveront sûrement à l’apprécier pleinement.

Pull the Pin constitue donc un album parmi tant d’autres, avec des qualités et quelques défauts aussi. Il n’est pas indispensable à votre discothèque, mais n’y fera pas tâche non plus. Mais si vous ne connaissez pas ce groupe, je vous conseille tout de même vivement de plutôt vous pencher sur Word Gets Around, leur premier album.

Avant de se quitter, faisons le tour des titres de Pull the Pin.

1.: Soldiers Make Good Targets
Un rock quelque peu dissonant et sans relief.

2.: Pass The Buck
Un titre plus pop-rock plus dynamique.

3.: It Means Nothing
Une ballade rock belle et mélancolique.

4.: Bank Holiday Monday
Du rock plus brut et surtout très bon.

5.: Daisy Lane
Une ballade pop, de nouveau sur le ton mélancolique. C’est propre, à défaut d’être réellement émouvant.

6.: Stone
Un rock mélodique, mais qui tire un peu vers la soupe.

7.: My Friends
Un rock où la voix du chanteur est parfaitement mise en valeur.

8.: I Could Lose Ya
Entre brit’rock et rock US.

9.: Bright Red Star
Une ballade très épurée qui permet d’apprécier pleinement la voix du chanteur.

10.: Ladyluck
Un rock plutôt statique et qui manque de puissance.

11.: Crush
Un rock très stylé et très bon, où la voix du chanteur se lâche enfin.

12.: Drowning
Un morceau sombre et un peu plat.

POLEMIQUE A LA CON

evajoly

evajolyNous ne pouvons saluer bien bas la faculté de nos hommes politiques à se mobiliser pour les problèmes de fond, à monter au créneau massivement pour changer radicalement le monde, à être prêt à se battre pour ce qui compte vraiment… Nous ne pouvons aussi que nous réjouir de la capacité des médias à relayer les débats le plus primordiaux qui animent notre pays, à faire leurs unes des questions de société qui impacteront la vie de chacun d’entre nous et celle de nos enfants… Car après le maintien des départements sur les plaques minéralogiques, après la défense des délinquants routiers injustement harcelés par la force publique, nous avons pu assister à la bataille d’idées acharnée sur un sujet aussi fondamental que… le défilé du 14 juillet !

La déclaration d’Eva Joly, alors que 7 militaires viennent de trouver la mort en Afghanistan, n’était pas du meilleur goût, vues les circonstances. Sans être foncièrement en désaccord avec elle, elle a perdu une bonne occasion de se taire. Encore une fois le sujet n’a rien de crucial et ces propos sonnent au final comme une bien inutile provocation. Les hommes politiques sont certes censés avoir un avis sur tout, mais je ne crois qu’ils aient raison de toujours le donner.

Cependant, dans l’absolu, les propos d’Eva Joly ne reflètent qu’une opinion, qu’elle a tout à fait le droit d’avoir. Personnellement, si je ne suis pas en désaccord flagrant avec elle, c’est tout simplement parce que je porte autant d’intérêt au défilé du 14 juillet qu’à ma première paire de chaussettes. Mais si certains y attache de l’importance, tant mieux pour eux, je ne vois pas pourquoi je les empêcherai de profiter du spectacle.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la petite tempête médiatique qui a suivi a touché le fond du ridicule. Cela ressemblait au lamentable spectacle donné par la classe politique après la main de Thierry Henry. Franchement, en pleine crise de l’euro, nos actuels ou futurs dirigeants ont sûrement bien des sujets bien plus cruciaux sur lesquels débattre et exprimer leur opinion. Les discours pompeux et ridicules sur la force symbolique et patriotique de ce qui constitue simplement l’attraction télévisuelle du 14 juillet au matin, juste avant de passer à l’apéro et au barbecue, ont prouvé, s’il en était besoin, que bien des humains ne perdent jamais une occasion de se prendre bien futilement très au sérieux.

Restent enfin les piques adressées à Eva Joly qui sous-entendaient qu’elle n’était pas tout à fait française… C’est tellement abject et bas que cela n’aurait même pas du avoir l’honneur d’être rapporté dans les journaux. Mais que cela sorte de la bouche du Premier Ministre, en déplacement à l’étranger qui plus est, montre bien que notre gouvernement n’est plus à un déshonneur près. Leur course après les électeurs du Front National est en train de devenir une seconde nature très inquiétante. Ce n’est pas nouveau, mais ce n’est pas une raison pour s’y habituer.

En tout cas entre connerie maladroite et connerie immonde, je sais pour laquelle j’ai le plus d’indulgence.