UN GRAND VAINQUEUR POUR UN GRAND TOUR

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contadorschleckA 27 ans, Alberto Contador a remporté son troisième Tour de France. Avec également un Tour d’Italie et un Tour d’Espagne à son palmarès, il fait désormais partie des grands, des très grands. Bien sûr, certains n’oublient pas les soupçons qui ont pu peser sur lui au début de sa carrière quant à ses liens présumés avec le trop fameux docteur Puerto. Mais cela n’enlèvera rien à la beauté du Tour de France que nous venons de vivre.

Ce Tour fut le plus beau depuis bien des années. Beau déjà parce qu’il fut extrêmement disputé. Le duel entre Alberto Contador et Andy Schleck fut riche en rebondissements, avec un beau numéro d’échange de maillot jaune à plusieurs reprises. Mais les deux hommes étaient trop proches l’un de l’autre pour que l’un prenne réellement le dessus sur l’autre. Se battre à coup de 10 secondes par ci, par là, peut paraître mesquin. Le duel final dans la montée du Tourmalet a peut-être déçu puisqu’il n’a pas modifié la situation d’un iota. Mais il a surtout opposé deux très beaux champions et délivré beaucoup de promesses pour les années qui viennent. On l’oublie trop souvent, mais à défaut de maillot jaune, Andy Schleck a ramené le maillot blanc du meilleur jeune à Paris. Et Contador est guère plus vieux !

Ces écarts si faibles au général tiennent aussi du fait qu’il n’y ait eu qu’un seul contre-la-montre individuel d’envergure lors de ce Tour de France. Il est évident que si on était revenu à la formule deux longs contre-la-montre, plus un contre-la-montre par équipe, le scénario de la course aurait été très différent. Cela nous rappelle que le cyclisme devient vraiment beau quand il oppose deux coureurs les yeux dans les yeux, presque épaule contre épaule. En vélo, on ne court pas après un chronomètre mais avant tout contre ses adversaires. Il ne s’agit pas d’arriver le plus vite, mais le premier. Même s’il n’est évidemment pas question de se passer de cet exercice qui fait partie intégrante de l’histoire du cyclisme, espérons simplement que les organisateurs sauront à nouveau limiter l’importance des contre-la-montres dans les prochaines éditions.

Ce Tour fut aussi beau par les nombreuses victoires, souvent avec panache, des coureurs français. Bien sûr, aucun d’eux n’a pu jouer le moindre rôle au général, mais il vaut mieux gagner deux étapes avec brio comme Chavanel que de suer sang et eau pour finir 7ème, ce dont personne ne se souviendra. Ces victoires furent aussi la récompense d’une philosophie de course basée sur l’offensive et la prise de risque, et on ne peut que s’en réjouir.

Bref, vivement l’été prochain !

COPACABANA : Le fléau des inégalités

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copacabanaafficheDans un film, faut une introduction, un cœur d’intrigue et une fin. L’équilibre entre les trois, niveau longueur, peut varier d’un film à l’autre, mais la partie du milieu doit quand même être de loin la plus longue. Quand l’introduction s’étire sur près de la moitié du film, on peut estimer que ce dernier n’est pas très bien équilibré. C’est malheureusement le cas de Copacabana, qui sans cela aurait été un petit film particulièrement réjouissant.

Babou n’est pas tout à fait une bonne mère de famille rangée. Elle est plutôt fofolle, excentrique et passablement instable. Mais quand sa fille lui annonce qu’elle ne l’invitera pas à son mariage pour ne pas qu’elle lui fasse honte devant sa belle famille, elle commence sérieusement à se remettre en question. Elle accepte alors de partir à Ostende, en Belgique, pour occuper un poste de commerciale en immobilier.

Bon, voilà, le synopsis décrit comme ça paraît un peu léger… Surtout que tout ça occupe une bonne moitié du film. Après, Copacabana devient une comédie humaniste intelligente et bien sentie. Certes, cela valait le coup d’attendre, mais c’est vraiment dommage que le film mette autant de temps à vraiment démarrer. Il vaut mieux un déséquilibre dans ce sens, certes, cela permet de sortir sur une bonne impression, mais tout de même, cela constitue un petit gâchis.

Surtout, que dans sa longue introduction, le personnage principal, magistralement interprété par Isabelle Huppert, est plutôt tête à claques et horripilant. Ce qui est intéressant, c’est évidemment l’évolution du personnage, mais on a ici largement le temps de se dire qu’on ne va pas arriver à le supporter sur les 1h40 que durent ce film. Tout change par la suite, mais cela ne fait pas vraiment démarrer Copacabana du meilleur pied.

Enfin, voilà, on ne va pas épiloguer cent sept ans. Concentrons-nous plutôt sur cette seconde partie qui fait tout de même de Copacabana un film agréable à suivre, même si le voir à la télé sera tout aussi bien. Babou se retrouve comme un chien dans un jeu de quilles au milieu de ses collègues aussi looser qu’elle, sauf qu’eux ne l’assument pas, puisqu’ils ne l’ont pas choisi. C’est ce contraste qui constitue le principal ressort de l’intrigue et qui nous permet surtout de finalement ressentir un fort attachement avec le personnage principal.

copacabanaL’autre axe fort réside dans la relation entre la mère et la fille. Mais le personnage de Babou vampirise trop le film pour que cet aspect soit vraiment intéressant. En fait, tous les personnages secondaires ne sont que des éléments du décor dans lequel Isabelle Huppert évolue. C’est sans doute là la plus grande limite de Copacabana, même dans sa seconde partie.

Vous l’aurez compris, Copacabana repose en grande partie, voire exclusivement, sur les épaules d’Isabelle Huppert, qui heureusement les possède assez larges. On donnerait presque ici dans le one woman show, mais vu le talent en présence, ce n’est pas forcément gênant. Elle s’amuse visiblement beaucoup dans ce rôle de femme bohême et libérée, mais dont la quête de liberté lui a parfois fait perdre le sens des réalités et a nuit à ses relations avec les autres.

Copacabana est donc un film inégal, quelque peu inabouti, mais qu’Isabelle éclabousse assez de sa classe pendant une très bonne deuxième moitié pour meubler agréablement un soir de pluie.

Fiche technique :
Production : Avenue B productions, Arte France Cinéma, Mars Films, Caviar Films
Réalisation : Marc Fitoussi
Scénario : Marc Fitoussi
Montage : Martine Giordano
Photo : Hélène Louvart
Décors : Michel Barthélémy
Distribution : Mars distribution
Musique : Tim Gane, Sean O’Hagan
Costumes: Anne Schotte
Durée : 107 mn

Casting :
Isabelle Huppert : Babou
Aure Atika : Lydie
Lolita Chammah : Esméralda
Jurgen Delnaet : Bart
Chantal Banlier : Irène
Magali Woch : Sophie
Joachim Lombard : Justin
Noémie Lvovsky : Suzanne
Luis Rego : Patrice

L’ILLUSIONNISTE : Joile résurrection

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lillusionnisteafficheIl est des œuvres qui prennent leur temps pour voir le jour. L’Illusionniste en fait partie. A l’origine, il aurait du être un film de Jacques Tati, mort en 1982 avant que le scénario ne soit achevé. 30 ans plus tard, Sylvain Chomet, le réalisateur des Triplettes de Belleville, a repris le flambeau et a porté cette histoire à l’écran, sous la forme d’un film d’animation. Une jolie réussite et un bel hommage qui fait revivre cet univers si particulier…

Tatischeff est un illusionniste dont la carrière bat de l’aile. En cette fin des années 50, le music-hall traditionnel ne fait plus recette. Il décide alors de tenter sa chance à Londres, mais la situation n’est guère différente. Un jour, au fin fond de l’Ecosse, il croise le chemin d’Alice une jeune adolescente un peu naïve qui se décide à le suivre dans sa tournée.

J’avoue être bien embêté pour écrire cette critique car l’univers de Jacques Tati ne m’a jamais enthousiasmé comme il devrait. J’ai toujours vu ses films avec un intérêt poli et amusé, mais sans jamais crier au génie. Alors évidemment, L’Illusionniste m’a fait un peu la même impression. Par contre, si je dois reconnaître un immense mérite à Sylvain Chomet, c’est celui d’avoir réussi à faire revivre cet univers à la perfection. La tentation a du être grande de profiter des possibilités offertes par le cinéma d’animation pour en rajouter des tonnes. Ici, il reste dans un univers visuel qui aurait pu être celui d’un film dans des décors réels. Seul le lapin apporte une petite touche cartoon, mais qui reste tout à fait dans l’esprit.

L’Illusionniste est bien plus poétique que vraiment comique. Là encore la fidélité avec Tati est respecté. On ne rit que très rarement, pour ne pas dire jamais, aux éclats. Mais on savoure avec un œil amusé et étonné ce personnage improbable et intemporel évoluer dans un environnement où rien ne semble vraiment fait pour lui. Lunaire apparaît comme le terme le plus approprié pour le définir. Du coup, il ne sait guère que faire de cette jeune fille attachante mais qui n’a pas sa place dans sa vie d’artiste solitaire.

lillusionnisteL’Illusionniste respecte aussi l’absence quasi totale de dialogues, si caractéristiques du cinéma de Tati. Non que le film soit muet et les personnages incapables de parler, mais tout passe ici par le visuel, les expressions, les postures, les gestes et les relations avec les objets. Il y’a dans ce film, comme il y’a toujours eu chez Tati, une certaine nostalgie du cinéma muet où le moindre élément d’un décor tout ce qu’il y’a de plus anodin et quotidien pouvait devenir source de burlesque et de comique. Une vraie créativité visuelle qui est évidemment facilitée ici par le recours à l’animation mais qui, encore une fois, reste dans totalement dans l’esprit du cinéma dont il s’inspire.

Graphiquement, on retrouve la qualité de l’animation des Triplettes de Belleville. Une animation traditionnelle mais à l’animation fluide, aux personnages expressifs et surtout au décors fourmillant de détails. L’animation traditionnelle a encore de beaux jours devant elle, j’en suis certain et l’Illusionniste contribue largement à le prouver. Il y’a un charme particulier, différent de celui des créations Pixar, et qu’il serait vraiment dommage de voir disparaître de nos écrans pour cause d’une supposée ringardise.

Tous les fans de Jacques Tati trouveront donc leur bonheur avec l’Illusionniste. Ceux comme moi, dont son cinéma a toujours laissé quelque peu indifférent, pourront tout de même apprécier le travail en tout point remarquable de Sylvain Chomet.

Fiche technique :
Production : Django films, Cine B, France 3 Cinéma
Distribution : Pathé distribution
Réalisation : Sylvain Chomet
Scénario : Jacques Tati
Montage : Sylvain Chomet
Décors : Isabel Stenhouse, Bjorn Erik Aschim
Musique : Sylvain Chomet, Jean Goudier
Effets spéciaux : Olivier Malric
Directeur artistique : Bjarne Hansen
Durée : 80 mn 

WE ARE THE NIGHT (The Chemical Brothers) : We are disappointed

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wearethenightthechemicalbrothersIl y’a des albums qui vous donnent la pêche, que vous pouvez écouter encore et encore sans vous lasser, avec toujours cette même envie de remuer votre popotin. L’album Come with Us des Chemical Brothers me fait tout à fait cet effet-là. Pourtant, certains d’entre vous l’auront compris, je n’aime pas vraiment la musique électronique, mais je sais faire des exceptions quand le son est vraiment bon et enthousiasmant.

Malheureusement, ce n’est pas cet album dont je vais parler, mais de We Are the Night qui est très très loin de m’avoir fait le même effet. Où sont passés l’énergie et le punch ? Où sont surtout passés la créativité et l’envie d’aller au bout des idées ? A ce niveau-là, l’album est très décevant, comme si le groupe s’était vidé de son influx créateur entre temps.

Certains pourront dire que l’album est tout simplement plus électro. Que la parenté avec Fat Boy Slim est moins évidente et que l’on s’approche plutôt de Massive Attack… Et là évidemment, je fais un blocage puisque c’est vraiment un genre musical auquel je suis hermétique. Mais au moins, je reconnais un certain sens artistique, même quand la musique m’ennuie profondément. Et ici, rien de tout ça.

We Are the Night fait la part belle à la musique vraiment artificielle. Sauf qu’au lieu de créer une musique électronique résolument moderne, il nous livre plusieurs morceaux qui semblent sortis de la fin des années 80, aux balbutiements de la techno, quand le moindre son sorti des entrailles d’un ordinateur était taxé d’originalité. Sauf que depuis, on a quand même progressé au niveau de la qualité des sons que ces petites bêtes sont capables de produire. Il y’a peut-être des nostalgiques du son Bontempi, mais pas moi…

D’ailleurs, les meilleurs morceaux de We Are the Night sont ceux qui font la part belle aux vrais instruments. Car la créativité du duo anglais prend toute son ampleur quand ils placent leur musique à la frontière entre les genres, les influences et les sonorités. Cet aspect est vraiment peu présent dans cet album et du coup, il est plutôt transparent, quand les morceaux ne flirtent pas même avec le ridicule.

Si je devais quand même sauver quelques titres de We Are the Night, j’épargnerais All Right Reserved, Salmon Dance et Modern Midnight Conversation. Mais bon, même là, rien de génial ni particulièrement enthousiasmant. Enfin, faut bien positiver dans la vie. Encore une fois, cet album donne une impression globale de créativité paresseuse qui fait que même le meilleur ne décolle pas bien haut. Dommage car ils nous ont déjà prouvé qu’ils étaient capables de faire bien mieux que ça.

We Are the Night est donc pour moi un album raté et sans grand intérêt, constituant une vraie déception.

Allez, n’en jetons plus et faisons plutôt le tour des morceaux de cet album.

1.: No Path To Follow
Une rapide intro qui aurait pu être le calme avant la tempête… mais cette dernière ne se lève jamais.

2.: We Are The Night
Un son très mécanique qui rappelle les débuts de la techno dans les années 80.

3.: All Rights Reversed
Une vraie fusion entre musique électronique et de vrais instruments pour un titre relativement énergique. Le meilleur de l’album en tout cas.

4.: Saturate
Un son très électro, quelques vrais instruments, des ruptures de rythme, mais pas beaucoup d’intérêt.

5.: Do It Again
Un nouveau titre qui semble sorti de la fin des années 80.

6.: Das Spiegel
Une mélodie basique, des sons divers et variés… sans intérêt.

7.: Salmon Dance
Une fusion entre électro et hip-hop pour un résultat sympa.

8.: Burst Generator
On retombe dans l’électro ringarde.

9.: Modern Midnight Conversation
Un nouveau mélange des genres qui reste meilleur que la majorité des titres de l’album, mais sans être vraiment génial.

10.: Battle Scars
Une voix profonde sur un fond musical sans grand relief… Le tout est beaucoup trop mou.

11.: Harpoons
Heureusement que le morceau est court…

12.: Pills Won’t Help You Now
Une espèce de ballade à l’image de l’album… Transparente…

MILLENIUM 2 : LA FILLE QUI REVAIT D’UN BIDON D’ESSENCE ET D’UNE ALLUMETTE : Dense fidélité

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millenium2afficheDans la plupart des cas, adapter c’est condenser, résumer, trancher dans le vif, éliminer, supprimer, enlever…Garder l’essentiel, sans négliger le superflu qui fait souvent le charme d’une œuvre. Cela devient particulièrement épineux lorsqu’il s’agit de porter à l’écran une intrigue riche et complexe issue d’un bouquin plutôt dense. C’est le défi auquel on fait face l’équipe chargée de l’adaptation de la saga Millenium. Après un premier volet très réussi, voici venu La Fille qui Rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette. Un nouveau très bon film, même s’il possède naturellement quelques limites…

Lisbeth Salander est de retour en Suède pour empêcher son tuteur de se faire enlever le tatouage qu’il porte sur le ventre et qui lui rappelle les sévices qu’il lui a fait subir. Mais peu après ce dernier est assassiné, ainsi qu’un couple de journalistes enquêtant sur les réseaux de prostitution. Tout accuse Lisbeth et une véritable chasse à l’homme s’organise dans tout le pays. Mais son ami reporter Peter Blomkvist est convaincu de son innocence et est bien décidé à l’aider, bien qu’il n’ait plus aucun contact avec elle depuis de longs mois.

A mon sens aller voir Millenium 2 : la Fille qui Rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette implique au moins un de ces deux préalables : avoir lu le roman ou bien au moins avoir vu le premier volet au cinéma. Sinon, vous aurez bien du mal à comprendre qui est qui et le pourquoi et le comment de leurs relations. Et encore, ceux qui auront lu le livre auront un large avantage. En effet, dans ce film les évènements se succèdent sans transition, sans vraiment prendre le temps de s’attarder sur les personnages, leurs personnalités, leurs motivations. Quelqu’un qui ignorerait tout de l’univers de la sage serait à mon avis très vite perdu.

Mais même pour quelqu’un qui a autant apprécié le roman que j’ai pu le faire, Millenium 2 : la Fille qui Rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette est terriblement frustrant. Bien sûr, la lecture nous permet de comprendre tout ce qu’il y’a derrière certains détails, certains sous-entendus, mais il n’en reste pas moins que le film reste dense, à la limite de l’indigeste. On aimerait parfois que l’histoire prenne un peu le temps de nous faire revivre cette intrigue de manière moins pressée. Un peu comme un plat succulent avalé sur le pouce. Du coup, je regrette d’avoir raté le passage sur Canal + de la version télévisée, plus longue et qui colle plus au rythme du roman, qui est déjà très soutenu.

millenium2Cependant, j’ai tout de même éprouvé beaucoup de plaisir devant Millenium 2 : la Fille qui Rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette. Car au-delà de ça, le travail d’adaptation reste de premier ordre. Si la réalisation est efficace mais sans génie, l’interprétation donne vie aux personnages du roman avec une fidélité et une justesse remarquables. La critique a salué, et avec raison, la performance de Noomi Rapace qui incarne littéralement Lisbeth Salander. Pourtant, le film ne donne qu’un léger aperçu du caractère fascinant que possède ce personnage sous la plume de Stieg Larsson.

Millenium 2 : la Fille qui Rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette n’est donc pas un film parfait. Mais sans doute le meilleur possible avec comme but premier la plus grand fidélité possible au roman. En tout cas, il est assez bon pour que je suis fort impatient de retrouver Lisbeth et Mikael d’ici quinze jours pour le 3ème volet !

Fiche technique :
Production : Yellow Bird
Distribution : UGC Distribution
Réalisation : Daniel Alfredson
Scénario : Jonas Frykberg, d’après le roman de Stieg Larsson
Montage : Mattias Morheden
Photo : Peter Mokrosinski
Musique : Jacob Groth
Durée : 129 mn

Casting :
Noomi Rapace : Lisbeth Salander
Michael Nyqvist : Mikael Blomkvist
Lena Endre : Erika Berger
Peter Andersson : Nils Bjurman
Per Oscarsson : Holger Palmgren
Annika Hallin : Annika Gannini
Georgi Staykov : Alexander Zalachenko

LE TAILLEUR DE PANAMA (John le Carré) : Manipule-moi si tu peux !

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letailleurdepanamaJ’ai découvert, il y’a bien longtemps déjà, John Le Carré en lisant son plus célèbre roman, l’Espion qui Venait du Froid et il est vrai que je l’avais plus qu’apprécié. Plus tard, je me suis attaqué à Un Pur Espion et Comme un Collégien, deux romans assez difficiles d’accès, à l’écriture puissante mais si dense qu’on y avance avec peine. J’avais donc une légère appréhension en attaquant Le Tailleur de Panama. Mais puisque j’avais déjà vu l’adaptation cinématographique, je savais que le ton y était un peu plus léger qu’à l’habitude. Enfin un peu…

Andrew Osnard est un espion britannique chargé de surveiller l’évolution de la situation politique au Panama. Et quel meilleur contact que Harry Pendel, le tailleur chez qui toute l’élite du pays vient se faire faire un costume sur mesure ? Surtout lorsque ce dernier a quelques problèmes d’argent. Mais, il va vite avoir tendance à broder aussi bien ses renseignements qu’il coud ses vestes.

Si ce synopsis vous fait penser à l’inoubliable Notre Agent à la Havane, avec Alec Guiness, rassurez-vous, cette parenté est assumée, puisque John Le Carré dit avoir eu l’idée du livre depuis le jour où il a vu ce film. Mais si le film de Carol Reed est une vraie comédie, Le Tailleur de Panama est lui sur un ton…disons contrasté. La situation est porteuse d’un vrai potentiel burlesque, mais on sent bien que l’auteur n’est pas ici dans son domaine et a bien du mal à l’exploiter totalement. Roman d’espionnage ou parodie de roman d’espionnage, la plume balance pour finalement pencher sur la fin vers un ton plus grave. On ne se refait pas…

L’écriture de John le Carré conserve ici toute sa force. Mais dans Le Tailleur de Panama, elle gagne surtout en clarté. Dans ce roman, on ne passe pas deux cents pages à essayer de comprendre qui est qui… C’est un vrai changement par rapport à pas mal de ses œuvres. Honnêtement, j’ai pris ça pour un progrès, même si du coup, ce livre est moins « typique » du style de l’auteur, plus classique et moins original. Mais rentrer vraiment dans une histoire dès son commencement facilite largement l’attachement que l’on peut porter aux personnages et à l’histoire en général.

Le Tailleur de Panama est donc un John Le Carré largement accessible. L’hésitation entre deux tons tout au long du récit ne pose pas forcément un problème, même si cela constitue sûrement la plus grande limite de ce roman. En choisir un pour de bon lui aurait peut-être permis d’y mettre la petite étincelle qui en aurait fait un grand roman. Il n’en reste pas moins qu’on est là face à un très bon roman, porté par une plume d’une personnalité rare.

Le couple Harry Pendel – Andrew Osnard est savoureux et cette réussite explique en grande partie le succès du Tailleur de Panama. Entre le tailleur mythomane et l’espion trop sûr de lui, le duel semble trop déséquilibré, mais très vite on ne sait plus très bien qui manipule vraiment l’autre. C’est là que repose tout l’intérêt de l’intrigue et cet aspect est parfaitement maîtrisé par John Le Carré, qui n’est quand même pas le premier auteur venu. Le récit est cependant largement centré sur le personnage d’Harry Pendel dont on partage de très près les états d’âme. Le tout conduira à un dénouement auquel on ne s’attend pas forcément, même si, personnellement, je n’ai pas trouvé que la fin soit tout à fait au même niveau que le reste du roman.

Le Tailleur de Panama est donc un bon bouquin, pour une fois très accessible, d’un grand auteur. Un roman d’espionnage, loin des clichés à la James Bond, qui vous fera naviguer entre humour, exotisme et manipulations.

PETITS MEURTRES A L’ANGLAISE : Cible plus trop émouvante

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petitsmeurtresalanglaiseafficheAu bout d’environ 30 secondes de Petits Meurtres à l’Anglaise, je me suis dit « tiens, ça ressemble beaucoup à Cible Emouvante »… Au bout de 5 minutes, je n’avais plus aucun doute sur le fait qu’il s’agissait là d’un remake… Bon, il m’aurait suffit de me renseigner un tant soit peu avant d’aller voir ce film pour le savoir, mais voilà, j’aime en savoir le moins possible avant d’aller au cinéma. Mais malheureusement, si le premier film de Pierre Salvadori est un de mes films préférés, celui-ci ne restera pas gravé dans les mémoires.

Victor Maynard est une légende vivante dans le monde très fermé des tueurs à gage britanniques. D’ailleurs, il affiche le flegme et l’élégance typiques des sujets de sa Majesté. Cependant, le jour où son chemin croise celui de la jeune et belle Rose, arnaqueuse hors paire, sa main tremble pour la première fois et il finit même par protéger celle qu’il doit assassiner.

L’échec de cette version british repose sur un seul constat : Bill Nighty, que j’adore pourtant, n’est pas tout à fait Jean Rochefort. Je ne dis pas ça par patriotisme cinématographique, mais en toute objectivité. L’acteur anglais n’a pas le charisme suffisant pour porter à lui seul un film sur ses épaules. Lui qui brille tant en tant que second rôle ne convainc malheureusement pas qu’il puisse vraiment sortir de ce registre.

A côté de ça, il y’a eu un vrai travail pour angliciser au maximum le scénario, les personnages et l’ambiance en général. Ceux qui n’ont pas eu la chance de voir Cible Emouvante (les pauvres, comme je les plains !) auront peut-être envie de qualifier Petits Meurtres à l’Anglaise de comédie typiquement britannique. Il est vrai que l’absurde de certaines situations, le contraste entre le flegme du tueur et l’énergie débordante de sa « victime » et les personnages de truands tous très typés, voire caricaturaux, donne à ce film un petit air de Snatch ou de Be Happy. Mais voilà, une traduction dénature forcément une œuvre et donc le film a perdu ici une grande partie du charme qui habitait la version originale.

petitsmeurtresalanglaisePourtant, du charme, il y’en a dans Petits Meurtres à l’Anglaise, en la personne de Emily Blunt que l’on avait découvert dans Le Diable s’Habille en Prada. Elle arrive à soutenir la comparaison avec la regrettée Marie Trintignant, qui occupait son rôle dans la version originale. Mais son petit numéro lasse vite et ne justifie pas à lui tout seul une heure et demi de film. Les fans d’Harry Potter seront peut-être heureux de voir que Ruppert Grint a définitivement passé la puberté. Mais bon, malgré ses efforts évidents, on ne peut s’empêcher de s’écrier « oh mais c’est Ron ! » à chacune de ses apparitions à l’écran.

Vous l’aurez compris, si Petits Meurtres à l’Anglaise m’a surtout déçu par la comparaison que je n’ai pu m’empêcher de faire avec l’œuvre dont il est le remake. Du coup, je suis peut-être un peu sévère avec ce film tout de même drôle par moments, sympathique toujours et globalement distrayant. Mais c’est dur d’ignorer le fait qu’il y’avait moyen de faire beaucoup mieux que ça avec cette idée de base, Cible Emouvante en est la preuve.

Je ne sais donc pas si je dois conseiller d’aller voir Petits Meurtres à l’Anglaise. Mais en tout cas, je conseille à tout le monde de voir ou revoir Cible Emouvante.

Fiche technique :
Production : Studio 36, Isle of Man film, Matador pictures, Cinema Four, Regent Capital, Magic Light Pictures
Distribution : Rezo Films
Réalisation : Jonathan Lynn
Scénario : Lucinda Coxon, d’après le film Cible émouvante de Pierre Salvadori
Montage : Michael Parker
Photo : David Johnson
Décors : Caroline Greville-Morris
Son : Patrick Owen
Musique : Michael Price
Durée : 98 mn

Casting :
Bill Nighy : Victor Maynard
Emily Blunt : Rose
Rupert Grint : Tony
Rupert Everett : Ferguson
Eileen Atkins : La mère de Victor
Martin Freeman : Dixon
Gregor Fisher : Mike 

UN SACRE SI MERITE !

espagnechampionnedumonde2010

espagnechampionnedumonde2010Le football a ceci de formidable que les résultats y sont souvent inattendus et imprévisibles. Je le répète souvent. Mais parfois, c’est le plus fort qui gagne. Et le plus fort, lors de la Coupe du Monde en Afrique Sud, était l’Espagne et l’Espagne est devenue championne du monde. Ce n’est donc que justice.

Etre au rendez-vous quand on est le grand favori d’une compétition n’est pas la chose la plus aisée qui soit. L’histoire du football est pleine de victoires trop vite annoncées qui n’ont jamais vu le jour. A être trop attendu, on se retrouve face à des adversaires surmotivés qui connaissent votre jeu par cœur. On doit alors redoubler de vigilance et de force pour être à la hauteur et triompher. Le faire une fois est donc en soi une grande performance, deux fois c’est un véritable exploit.

La double victoire aux Championnats d’Europe puis à la Coupe du Monde propulse cette équipe d’Espagne parmi les plus grandes équipes de l’histoire. Grande par le palmarès donc, mais aussi grande par la qualité de jeu collectif et individuel qu’elle déploie avec une constance déconcertante depuis quatre ans. Une maîtrise technique hors du commun à laquelle se combinent un jeu de passe précis et rapide et une capacité à faire la différence individuellement.

Alors, il y’aura toujours des grincheux pour objecter que cette Coupe du Monde aura été quand même plutôt décevante au niveau de la qualité de jeu et que l’Espagne se sera imposée systématiquement par le plus petit des scores lors de tous ses matchs à élimination directe. Toutes ces critiques ne seraient pas infondées si la domination espagnole ne s’exerçait pas depuis de si longs mois. Alors bravo à l’Espagne et rendez-vous dans quatre ans au Brésil pour un nouveau mois de bonheur !

EMBARQUEMENT POUR LE FARNIENTE

vacances

vacancesDemain soir, je suis en vacances !!! Et vue ma productivité exceptionnelle de cette semaine (non, ce n’est pas ironique), je l’aurais bien mérité. Bon, ce n’est qu’une petite semaine, histoire d’y prendre goût avant les 4 semaines de congés traditionnelles du mois d’août. Et cette année, je pars !

Bon, je ne sais pas encore où, ni tout à fait quand, mais c’est sûr, je monterai dans un avion direction le soleil et un océan et une mer avec de l’eau chaude. Déjà parce que cette année, j’ai les moyens de me les payer, mais surtout parce que pas question de renouveler le plan de l’année dernière : une semaine à la campagne en tête à tête avec mes parents et trois semaines chez moi. En fait, je n’ai pas vraiment envie de voyage, j’ai envie de vacances !!

Alors oui, je vais sûrement bronzer idiot, me reposer, lézarder au soleil et découvrir le vrai sens du mot farniente. Ce ne sera sûrement ni culturel, ni très écologique (désolé Hélène !), mais ça me fera du bien ! Et ceux qui ont émis la crainte que je m’ennuie en partant seul ne me connaisse pas si bien que ça, car c’est un mot dont j’ignore la signification. C’est simplement dommage que je n’ai pas d’ordinateur portable parce que ça aurait pu me faire une occasion pour écrire autre chose que mon blog et enfin finir le deuxième chapitre de mon roman commencé l’été dernier. Enfin bon, il me restera trois semaines pour ça.

Mes envies de voyage seront sûrement remises à plus tard (même si le circuit en République Tchèque reste une option envisagée), avec notamment un voyage en Inde dont je rêve depuis longtemps et qui aura une forte signification pour moi. Ce n’est pas tout à fait le même budget, alors il faura que je garde la même productivité que cette semaine pour l’espérer pour l’année prochaine… On y croit tous très fort !

DU NOUVEAU SOUS LE SOLEIL D’AFRIQUE DU SUD

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espagneenfinaleLa Coupe du Monde en Afrique du Sud s’achèvera donc par le couronnement d’une nation qui n’a encore jamais connu ce bonheur suprême. C’est un réel événement car le cercle des nations championnes du monde de football est un club très fermé, où les nouvelles admissions sont rares. Il aura fallu attendre 12 ans entre le premier sacre du Brésil en 1954 et celui de l’Angleterre en 66 et encore 12 avant que l’Argentine ne s’impose pour la première fois en 78. Ensuite, le club resta en l’état pendant 20 ans avant que la France n’y entre enfin en 98. 12 nouvelles années viennent donc de s’écouler avant qu’une place supplémentaire ne soit enfin accordée. Mais le sera-t-elle à l’Espagne ou aux Pays-Bas ?

 

L’événement est encore plus extraordinaire quand on réalise que l’Angleterre, l’Argentine et la France ont conquis leur premier titre à la maison, jouer à domicile constituant quand même un avantage non négligeable. C’est donc un véritable exploit que réalisera un des deux finalistes dimanche soir. Mais si j’ai longuement insisté tout au long de ce tournoi sur le resserrement des valeurs, le sacre des Espagnols ou des Pays-Bas constituera-t-il vraiment une révolution sur la planète football ?

 

Pour les Pays-Bas la réponse est clairement non. Le deuxième pays du fromage a déjà joué deux finales dont une, en 1974, qu’elle aurait du remporter si la noble incertitude du sport n’était pas parfois synonyme d’injustice. Les voir triompher ne serait que la réparation d’une aberration, même si l’équipe de cette année est loin d’être la plus belle que le football hollandais nous ait jamais proposé.

 

Pour l’Espagne, la réponse est moins tranchée. Pas tellement par rapport à la valeur historique du football espagnol, mais par rapport aux performances habituellement décevante de la sélection ibérique, qui n’avait encore jamais atteint la finale, ni même les demi-finales depuis 1950. Il y’a toujours eu un fossé immense entre le niveau de leurs clubs et celui de leur équipe nationale. Ceci tire ses racines de multiples facteurs liés à l’histoire du pays. Mais voir enfin les Espagnols devenir champion du monde constituerait peut-être une révolution dans l’histoire des équipes nationales, mais pas vraiment dans l’histoire du football dans sa globalité.

 

Mais encore une fois, que le meilleur gagne.