STARPLEX (Robert J. Sawyer) : Le charme des différences culturelles

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starplexLa rencontre de l’humanité avec des races extra-terrestres est un des sujets les plus classiques de la science-fiction. C’est aussi le cas pour Starplex, un roman de Robert J. Sawyer. L’avantage de ce genre de récit est qu’il permet à l’auteur de laisser libre court à son imagination. Alors même sans être original, ce livre nous permet de passer un bon moment, non dénué de surprises.

En 2096, les quatre races intelligences connues de la Voie Lactée se sont organisées au sein du « Commonwealth », à savoir les Ebis, les Waldahuds, les humains et… les dauphins. Keith Lansing dirige le Starplex, un vaisseau spatial dont la mission est d’établir un lien avec des races encore inconnus. Mais la cohabitation entre les différentes races, aux mœurs et philosophie très diverses, n’est pas toujours facile. Aussi bien au sein du vaisseau qu’au sein du Commonwealth.

Starplex est donc réellement de la pure science-fiction et ne séduira guère en dehors des amateurs du genre. Pourtant, le grand intérêt de ce roman n’est pas tant les vaisseaux, les batailles spatiales ou les voyages hyperspatiaux. Le vrai ressort de l’intrigue, et ce qui fait son intérêt, ce sont les tensions permanentes liées aux différences culturelles entre les différents protagonistes de cette histoire. On aurait donc pu l’imaginer dans un contexte totalement humain. Dans un contexte de science-fiction, l’auteur a pu évidemment s’affranchir de toutes contraintes de vraisemblance et s’en donner à cœur-joie. Ceci constitue une vraie réussite et donne beaucoup de plaisir au lecteur.

Heureusement, car à côté de ça, les autres aspects de ce roman sont nettement plus moyens. Oh jamais rien de catastrophique, mais pas de petite flamme. Les passages plus tournés vers l’action se laissent lire, mais on a déjà vu mieux ailleurs. C’est vraiment dans ces moments là où Starplex ne brille pas particulièrement par son originalité. Le roman fait également une petite place aux « paradoxes temporels », là encore un grand classique de science-fiction, traité ici avec clarté (ce qui est loin d’être toujours le cas dans beaucoup d’autres œuvres du même genre), mais sans réel génie.

La plume de Robert J. Sawyer n’a non plus rien d’inoubliable. On pourra lui reconnaître une grand fluidité, une clarté indéniable, mais on n’est pas non plus devant de la très grande littérature. L’écriture est ici vraiment un support, non un outil d’expression en lui-même. Ce n’est pas forcément ce que l’on demande à une telle œuvre, mais tout cela contribue à faire de Starplex un sympathique divertissement sans grande envergure.

Starplex est donc un roman dont la trame est réussie, mais qui n’a pas été assez étoffée. Il lui manque cette part de rêve que doit inspirer toute œuvre de science-fiction, qui par définition, peut nous faire voyager loin et sans entraves. L’imagination de Robert J. Sawyer apparaît ici comme trop bridée pour vraiment nous enthousiasmer. L’auteur semble s’être contenté de nous servir une histoire qui ne pouvait que fonctionner par son classicisme, mais qui se condamne à ne pas être inoubliable. Mais encore une fois, ça se laisse lire avec plaisir quand même.

Pour les fans de science-fiction uniquement donc.

CAPITAINE BLANC A LA BARRE !

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laurentblancIl n’y avait déjà plus guère de suspense, et même si ce n’est pas encore tout à fait officiel, on le sait désormais, Laurent Blanc succèdera à Raymond Domenech après la Coupe du Monde en Afrique du Sud. Toute la France du football pousse un soupir de soulagement et se réjouit de cette nouvelle.

La future tâche de l’ancien défenseur des Bleus sera à la fois particulièrement facile… et particulièrement ardue. Succéder à un homme aussi détesté que Raymond Domenech permet de partir plutôt confiant quant à sa propre popularité. De plus, vu le niveau affiché par l’Equipe de France, Laurent Blanc ne pourra qu’améliorer les choses. En termes d’image, les Bleus sont tellement bas, qu’on peut douter qu’ils puissent encore creuser. Leur côté d’amour  ne sera donc pas très difficile à améliorer, surtout que le public français ne rêve que de retomber amoureux de son équipe.

Mais d’un autre côté, Laurent Blanc va faire face à un formidable défi. Combien même, l’Equipe de France serait championne du monde en Afrique du Sud, Raymond Domenech n’a rien bâti, ni plan de jeu, ni socle de joueurs sur lesquels s’appuyer sur le long terme. L’émergence de Yoann Gourcuff est une bonne nouvelle, mais Laurent Blanc y aura justement beaucoup plus contribué que l’actuel sélectionneur. Et aussi talentueux soit le jeune Breton, il est encore loin d’avoir l’étoffe pour être la seule pierre angulaire d’un projet de reconstruction de cette ampleur. Bref, recommencer presque à zéro est un formidable défi, mais il est parfois plus facile de construire alors que des fondations solides sont déjà là.

Ne doutons pas que Laurent Blanc saura être la hauteur. Avant cela, il y’a à une Coupe du Monde à jouer et Domenech à supporter pendant encore deux mois. Pour le meilleur, mais peut-être pour le pire…

DANS SES YEUX : Un Oscar amplement mérité

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danssesyeuxafficheFilm argentin, Oscar du meilleur film étranger, au dépend d’un Prophète notamment, Dans ses Yeux est enfin arrivé en France après avoir séduit la critique du monde entier. Il est d’ailleurs vraiment dommage qu’un tel film ne bénéficie pas de la même couverture médiatique qu’un navet comme Iron Man 2 (sans même parler du Choc des Titans). Pourtant, polar bourré d’humour, de suspense et de romance, ce film séduira un très large public par ses formidables qualités.

Il y’a 25 ans, en 1974, Benjamin Esposito enquêtait sur le meurtre violent d’une jeune fille. Cette affaire l’a hanté toutes ces années et il se décide à en faire un roman. Ce sera l’occasion de se replonger dans les méandres de cette investigation et de retrouver sa collègue d’alors, dont il était follement amoureux.

Dans ses Yeux est un film particulièrement riche, à la frontière entre plusieurs genres, qu’il réunit de la meilleure des façons. Le fil rouge est évidemment l’enquête menée dans le passé, mais qui se poursuit encore partiellement dans le présent. Nous sommes là devant un vrai polar, avec les rebondissements qu’il faut, les fausses pistes et le suspense indispensables à ce genre de production. Juan José Campanella est un scénariste vedette du monde des séries (il est un des auteurs attitré pour Docteur House notamment) et cela se ressent dans cette faculté à dérouler des intrigues parallèles, sans que cela ne nuise jamais à la clarté de la narration.

Dans ses Yeux joue également largement la carte de la comédie. Benjamin Esposito et son compère, Pablo Sandoval, sont deux enquêteurs aussi maladroits qu’acharnés. Il faut dire qu’on n’est loin des Experts, niveau moyens d’investigation, et qu’ils doivent faire face à l’hostilité de leur hiérarchie qui n’a pas guère envie de passer plus de temps que cela sur cette affaire. Du coup, ils font avec les moyens du bord, n’hésitant pas à mentir afin de passer entre les gouttes. Ce film ne bascule du coup jamais vraiment totalement dans le film noir, même quand l’intrigue se fait plus dure.

Dans ses Yeux est enfin une très belle histoire d’amour. On est là face à un mélange des genres délicat qui aurait pu très vite alourdir le film, mais il n’en est rien, je serais même tenté de dire au contraire. Cet aspect contribue, comme l’humour, à contrebalancer la noirceur de l’enquête pour en faire un film parfaitement équilibré. On peut ajouter également une toile de fond politique, puisque l’intrigue se déroule principalement à un époque où l’Argentine était en pleine dictature. Mais il s’agit plus d’un contexte, important certes, qu’un vrai élément constitutif de l’histoire, même si cela contribue évidemment à sa grande richesse.

danssesyeuxSi Juan José Campanella est très doué de sa plume, il l’est aussi de sa caméra. La photographie, le montage, la direction d’acteurs, tous ces éléments techniques sont parfaitement maîtrisés pour faire de Dans ses Yeux un film remarquable de ses points de vue là. Là encore, il esquive tous les pièges qui aurait pu le faire sombrer dans une lourdeur qui peut vite venir avec un film qui fait une large part aux flash-backs. Pas de flous artistiques ridiculement pompeux ou de fondus grotesques. La caméra navigue d’une époque à l’autre avec habileté sans jamais perdre les spectateur en route.

Un mot enfin sur les deux acteurs Ricardo Darin et Guillermo Francella, absolument remarquables. L’un est un premier rôle, l’autre un second, mais tous deux arrivent remarquablement à passer d’un genre à l’autre aussi habilement que le scénario. En gardant leur crédibilité aussi bien dans les moments sombres que les moments humoristiques, ils contribuent évidemment à la crédibilité générale du film. Si on ajoute à cela le charme discret de Soledad Villamil, on ne peut que saluer cette distribution, merveilleusement choisie.

Dans ses Yeux est donc un film aux qualités multiples, qui forment un tout encore meilleur que la sommes de ses parties. Bref, un Oscar amplement mérité !

Fiche technique :
Production : Tornasol films, Haddock Films, 100 Bares, Canal + Espana
Distribution : Pretty Pictures
Réalisation : Juan José Campanella
Scénario : Juan José Campanella, Eduardo Sacheri (d’après son roman)
Montage : Juan José Campanella
Photo : Félix monti
Décors : Marcelo Pont
Musique : Federico Jusid
Durée : 129 mn

Casting :
Ricardo Darin : Benjamin Esposito
Soledad Villamil : Irene Menéndez Hastings
Guillermo Francella : Pablo Sandoval
Pablo Rago : Ricardo Morales
Javier Godino : Isidor Gomez
Carla Quevedo : Liliana Coloto

IRON MAN 2 : Il va pleuvoir, les boîtes de conserve volent bas

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ironman2afficheNourri depuis le berceau aux comics, j’attends toujours avec impatience tous les nouveaux films de super-héros. Mais en fan et en cinéphile exigeant, je regarde toujours d’un œil critique toutes ces adaptations. Le premier volet des aventures de Iron Man m’avait plutôt déçu. J’espérais que le second soit de meilleure facture… C’est raté, la boîte de conserve volante ne s’élève toujours pas très haut.

Tony Stark est devenu une super star dans son rôle d’Iron Man, apportant au monde la paix et la sécurité. Il pavane, cherchant à oublier que son pouvoir a un prix qui l’emmène doucement à une mort certaine. Cette attitude en agace plus d’un et des doutes se font entendre sur sa capacité à assurer seul la mission qu’il s’est donné. Surtout quand un mystérieux personnage surgit avec un équipement proche du sien, alors qu’il avait toujours prétendu que cette technologie était inaccessible à un autre que lui.

Le grand défaut de Iron Man 2 repose dans le fait qu’il ne s’y passe…rien…ou si peu. Deux scènes d’action, dont une ridicule. Entre elles du blabla, du vide, du vent sans intérêt où Scarlett Johansson erre comme une âme en peine, méritant son titre d’actrice la plus sous-exploitée dans un film. Bref un scénario qui n’a pas du coûter trop d’efforts intellectuels à ses auteurs. Des scénariste sûrement très chèrement payés pour tant de médiocrité.

Le seul moment vraiment remarquable d’Iron Man 2 réside dans la scène de la course automobile, dont on voit de larges extraits dans la bande-annonce. Là, on frôle de s’étouffer de rire, tant tout est ridiculement invraisemblable. Alors qu’un méchant s’amuse avec des fouets électrifiés sur le circuit, tous les concurrents continuent de rouler comme si de rien n’était, tandis que par ailleurs une voiture de ville traverse le circuit à contre-sens. Bon, certains pourront dire que si les films de super-héros étaient réalistes, ça se saurait, mais là, c’est juste pathétique de j’m’en foutisme scénaristique.

On dit souvent que les méchants sont des personnages plus intéressants que les gentils. Pour le coup, dans Iron Man 2, on peut dire que c’est le cas, tant Mickey Rourke se donne en ridicule. Au moins, on n’oubliera pas sa prestation, une des plus mauvaises qu’il n’ait jamais donnée. Le vrai problème est qu’au fond, ce second volet est une sorte de remake du premier épisode, en beaucoup moins riche… Aucune réelle nouveauté, alors que la mythologie Marvel recèle assez de méchants divers et variés pour éviter l’impression de déjà vue. Mais bon encore une fois, ça aurait sûrement du demander trop d’effort.

ironman2Après techniquement, il est vrai que le film est impeccable. Mais bon, des films aux effets spéciaux superbes, on en a dix par mois sur nos écrans, il nous en faut désormais plus pour nous émouvoir. Restent alors l’humour de Robert Downey Jr, qui fonctionne tout de même dans cet océan de médiocrité, et le charme de Gwyneth Platrow pour sauver Iron Man 2 du désastre. C’est quand même peu, très peu.

Avant de finir, une petite remarque à l’adresse de tous ceux qui iraient voir ce film quand même après cette critique. Depuis toujours, les films Marvel comporte une scène à la toute fin du générique, alors ne faites pas comme tous ces criminels qui se jettent sur la sortie à la première seconde de ce dernier. Quand même, depuis le temps, les gens devraient quand même l’avoir compris, vu que c’est vraiment systématique. Mais visiblement, Marvel doit surestimer son propre public.

Iron Man est donc un navet qui ne vous plongera pas dans un ennui profond, mais ne vous permettra pas d’échapper à de très longs moments de consternation.

Fiche technique :
Production : Marvel Studios
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Jon Favreau
Scénario : Justin Theroux, d’après le comic book Marvel de Stan, Don Heck, Larry Lieber, Jack Kirby Lee
Montage : Dan Lebental, Richard Pearson
Photo : Jonathan Taylor
Décors : Lauri Gaffin
Son : Mark Ulano
Musique : John Debney
Effets spéciaux : Ben Snow
Maquillage : John Blake
Directeur artistique : David Klassen
Durée : 128 mn

Casting :
Robert Downey Jr : Tony Stark
Gwyneth Paltrow : Pepper Potts
Don Cheadle : Rhodey
Scarlett Johansson : Natalie Rushman
Sam Rockwell : Justin Hammer
Mickey Rourke : Ivan Vanko
Samuel L. Jackson : Nick Fury

VIVE LE TOP 14 !

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perpignantoulouseLe championnat de France de rugby, ou Top 14, c’est beaucoup plus in de l’appeler comme ça, va donc connaître la même finale que l’année dernière. Pourtant ce n’est en rien le signe d’une compétition routinière et dénuée d’intérêt. Les deux demi-finales qui se sont déroulées ce week-end ont été deux matchs des très haut niveau, pleins de suspense, d’engagement et de qualités techniques. Elles confirment la domination de la compétition hexagonale sur toutes ses consœurs du vieux continent.

La présence de deux clubs français en finale de Coupe d’Europe ne doit donc rien au hasard. Et quand on sait que le futur champion d’Europe ne sera donc même pas en finale du championnat de France, on mesure mieux l’hégémonie exercée par les clubs français. Peut-être que cela ne sera plus le cas dès la saison prochaine, mais le modèle économique du Top 14 semble avoir pris une sérieuse longueur d’avance.

Mais le succès du championnat de France, toujours croissant auprès du grand public, s’explique aussi justement par la qualité des matchs qui sont proposés et par le suspense qui règne de bout en bout de la compétition. Plus de spectateurs, plus de recettes, plus de moyens pour recruter des stars internationales, plus de spectacle et, au final, plus de spectateurs. Le rugby français est donc entré dans un cercle vertueux. Et le récent Grand Chelem du XV tricolore nous donne même à penser que l’Equipe de France profite aussi de cette dynamique.

Pourvu que ça dure car ces deux matchs furent un vrai régal et on en redemande !

L’AMOUR C’EST MIEUX A DEUX : Légèreté printanière

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lamourcestmieuxadeuxafficheJe ne sais pas si c’est le printemps qui veut ça, mais la mode est aux comédies romantiques dans le cinéma français. Et aux bonnes comédies romantiques surtout, ce qui est déjà beaucoup plus surprenant, tant ce genre n’a jamais été la tasse de thé des réalisateurs hexagonaux. Après le fantastique Arnacoeur, voici le très sympathique L’Amour c’est mieux à Deux.

Pour Michel, la rencontre parfaite doit être le fruit du hasard. Alors quand il réalise que son pote Vincent a arrangé sa rencontre avec Angèle, il la quitte. Combien de temps mettra-t-il à admettre qu’il l’aime et que c’est la seule chose qui compte ?

Et oui, encore une fois, pour une comédie romantique, j’ai quasiment dévoilé comment le film se termine. Mais à la fois, s’il y’a quelqu’un qui en doute, même une seule seconde, pendant ce film, on peut déjà être sûr que le paradis lui appartiendra bientôt. Là ne réside évidemment pas l’intérêt de L’Amour c’est mieux à Deux. Ce qui motive le spectateur c’est de savoir quel sera le chemin que vont parcourir les deux protagonistes pour être enfin réunis. Ce dernier est riche en rebondissements, parfois un peu artificiels, mais qui maintiennent l’intérêt du spectateur de bout en bout.

En fait, le piment de L’Amour, c’est mieux à Deux réside dans l’énervement que provoque le personnage de Michel chez le spectateur. Quand va-t-il arrêter de déconner pour rendre cette histoire simple et heureuse ? C’est aussi peut-être là sa plus grande limite car on peut très bien ne pas du tout adhérer à cette histoire et la trouver ridicule. Evidemment, ce n’est peut-être pas très épique comme idée, mais gâcher une relation pour une raison objectivement ridicule reste malheureusement un comportement tout de même assez répandu chez nos congénères… voir chez nous-mêmes.

lamourcestmieuxadeuxL’Amour, c’est mieux à Deux n’est peut-être pas un chef d’œuvre, mais il parlera peut-être à certaines d’entre vous. J’ai lu une critique très négative sur le jeu de Virginie Efira qui « plisse du nez lorsqu’elle ressent une émotion ». Effectivement, on sent bien la différence net avec Clovis Cornillac, à qui on pourrait presque au contraire reprocher de surjouer. Mais du coup, personnellement, je l’ai trouvée très naturelle, usant réellement de son charme, plus que de son talent d’actrice. Et du coup, on peut croire aisément qu’elle arrive à séduire son partenaire. Alors oui, ce n’est pas du grand cinéma, mais ça fonctionne très bien.

Et puis, la plus grande qualité de l’Amour, c’est mieux à Deux est avant tout d’être drôle. Là encore, on n’a vu mieux, mais il y’a assez de densité pour que l’on s’ennuie pas une seule seconde et que ce film constitue un divertissement tout à fait regardable. Manu Payet est plutôt convaincant en obsédé repenti et nombreux seront les hommes rêvant de maîtriser son si efficace « regard-bite ». Le seul raté, le personnage de Shirley Bousquet, une ex de Caméra-café, dans un rôle de secrétaire cruche et légèrement nymphomane absolument pas maîtrisé, rarement hilarant, mais souvent ridicule.

L’Amour, c’est mieux à Deux est largement deux classes en dessous de l’Arnacoeur. Mais dans un style où Hollywood règne en maître, il apporte une fraîcheur hexagonale réjouissante. Vive le printemps !

Fiche technique :
Réalisateur : Dominique Farrugia et Arnaud Lemort
Scénario : Arnaud Lemort et Franck Dubosc
Photographie : Eric Guichard

Casting :
Clovis Cornillac : Michel
Virginie Efira : Angèle
Manu Payet : Vincent
Annelise Hesme : Nathalie
Laurence Arne : Claudine
Shirley Bousquet : Swan
Jonathan Lambert : Ariel
Laurent Lafitte: Sylvain
Sophie Vouzelaud : Hélène
Emmanuel Suarez : Romain

SOYONS RIGOUREUX AVEC LA RIGUEUR

fillonrigueur

fillonrigueurDans la série des mot-valises qui ne veulent rien dire du tout à force d’être employés à tort et à travers, voici venu le temps de la rigueur. Le mot est sur toutes les lèvres, au bout de toutes les plumes, comme cela se produit périodiquement depuis la fin du gouvernement Mauroy en 1984.

Prenons le Petit Larousse. Rigueur : Caractère, manière d’agir de quelqu’un qui se montre sévère, inflexible. Ou encore : Grande exactitude, exigence intellectuelle. Bref, aucune rapport avec le débat qui a lieu ces derniers jours. Quand un homme politique parle de rigueur, il parle simplement de réduction des dépenses, généralement sociales. Car en politique « l’exigence intellectuelle » n’a pas bonne réputation… Remarquez, ce n’est pas nouveau.

Parmi les rares comiques actuels qui me font rire, on trouve le merveilleux François Fillon. Car quand on l’accuse de mettre en place un plan de rigueur, il répond que pas du tout, car la rigueur, un truc de gauche, ça signifie également augmenter les impôts. Et ça, il n’en évidemment pas question ! Si vous voyez un rapport avec la définition du Petit Larousse, vous m’appelez, parce que personnellement, je n’en vois aucune.

Ah mais c’est parce que je ne suis pas de droite. Car augmenter les impôts, c’est mal ! Augmenter les impôts, c’est faire preuve de négligence intellectuelle ! Bah oui, je suis con parfois…ou pas. De tels propos dans la bouche d’un Premier Ministre relèvent tout de même du navrant, du consternant et malheureusement de l’inquiétant.

Il n’y a évidemment aucune vertu en soi à diminuer les impôts, comme il n’y en a aucune à les augmenter d’ailleurs. Ceci n’est pas une opinion, c’est un fait. Tous les études ayant cherché à trouver un lien entre le niveau d’imposition et la santé économique ont conclu à l’absence de corrélation. Et encore, si on considère que les inégalités ne constituent pas un critère pour juger de la santé d’une économie, car les sociétés où les impôts sont les plus faibles sont celles où les inégalités sont les plus fortes. Mais même là, le lien n’est pas simple qu’il n’y paraît.

Les impôts sont un outil et comme tout outil, leur efficacité dépend évidemment de la manière dont on s’en sert. En matière fiscale, plus que le quantitatif (quel taux ?), c’est le qualitatif qui compte (quelle assiette ?). Mais malheureusement, le débat porte plus souvent sur le premier que sur le second. Se targuer de faire baisser la part des prélèvements obligatoires dans l’économie revient à être satisfait d’avoir chaud parce qu’on vient de brûler la hache avec laquelle on coupait le bois pour le feu.

Proposer une réforme fiscale qui élargirait les assiettes sur lesquelles sont prélevées les ressources de l’Etat pour corriger les injustices les plus criantes constitueraient une politique dont le gouvernement pourrait se vanter. Ce dernier semble ignorer que le taux d’imposition réel des 10% les plus riches n’excède pas 20% (quand la dernière tranche de l’impôt sur le revenu est à 40%). Car voici le paradoxe du système fiscal français : c’est quand vous avez beaucoup d’argent que vous avez les moyens de payer moins d’impôts, par tout un tas d’exonérations qui font la fortune des conseillers en gestion de patrimoine.

Mais François Fillon n’y voit visiblement pas là un manque d’exigence intellectuelle… 

L’OPEN-SPACE M’A TUER (Alexandre Des Isnards et Thomas Zuber) : Un tabou levé avec humour…noir

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lopenspacematuerManagement, consulting, engineering, webdesigning, marketing, start-up… et bien sûr open-space, autant d’anglicismes devenus des tics de langage pour certains. Ce sont aussi des mots synonymes de gros salaires et de cadres dynamiques qui s’éclatent dans leurs jobs. Bref, des mots qui font rêver et qui représentent un idéal de réussite, qui permet d’avoir une Rolex des l’âge de 28 ans. Mais si tout cela n’était qu’illusion ?

L’Open-space m’a Tuer n’est pas un roman, il n’y a ni histoire, ni synopsis. Il s’agit plutôt d’un recueil de témoignages et d’anecdotes, toutes véridiques a priori. Le livre est décomposé en plusieurs dizaines de courts chapitres, chacun illustrant un aspect de la vie des salariés des sociétés de la finance, du conseil ou du marketing. Bref, les sociétés où tout le monde est cadre et où on trouve formidable de travailler dans un open-space.

L’Open-space m’a Tuer parle de souffrance, d’humiliation et d’insatisfaction. Les vagues de suicide chez Renault puis France Telecom nous a montré que le titre de ce livre n’est en rien qu’une figure de style. Même si personne ne va ici aussi loin, on sent bien parfois que l’on n’en est pas très loin. Le propos est donc particulièrement pertinent et dévoile un des plus grands tabous de notre société. Si l’exploitation ouvrière est un thème maintes et maintes fois abordés, la souffrance des cadres l’est nettement moins. Prends ton salaire et tais-toi !

On peut rapprocher l’Open-Space m’a Tuer du film Violence des Echanges en Milieu Tempéré ou bien 99 Francs. Mais en choisissant de ne pas romancer leur propos, les auteurs n’ont fait que renforcer la force de la démonstration. Pourtant, il ne s’agit pas du tout d’un essai, il n’y a pas d’argumentation à proprement dite. Mais une somme de témoignages qui parlent d’eux-mêmes. Après, on peut reprocher un manque de recul et de mise en perspective, mais cela aurait rendu la démarche totalement différente.

L’Open-Space m’a Tuer est réellement agréable à lire. Les auteurs manient un humour grinçant et noir qui met en relief l’hypocrisie destructrice qui règne dans ce milieu. Leur plume nous fait souvent sourire, mais un sourire crispé par l’horreur des situations qu’ils décrivent. Comme je l’ai dit, il n’y a jamais mort d’homme, mais tous qui ont vécu une telle situation savent comment le même stress répété au quotidien peut avoir des conséquences terribles.

L’Open-Space m’a Tuer a aussi la bonne idée d’être très court. Cela évite au propos de tourner en rond et de n’avoir choisi que des anecdotes valant le coup d’être racontées. Tout cela contribue au plaisir que l’on à lire ce livre vraiment remarquable par son fond, mais aussi par sa forme. Un message n’a pas besoin d’être long et compliqué pour être pertinent et percutant. Ce livre ne rate donc pas sa cible !

Un livre à mettre entre tous les mains, qui balayera quelques idées préconçues et qui pourrait même vous faire aimer votre boulot…

LA COMTESSE : Bravo Julie !

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lacomtesseafficheJe le disais encore récemment (cf. mon avis sur Carbone modifié, un excellent roman que je vous recommande), la quête de la jeunesse éternelle est un thème extrêmement classique depuis que l’homme invente des histoires. Bon ça y’est, j’ai atteint le sommet de la gloire littéraire puisque je deviens obligé de me citer moi-même, tellement je suis devenu LA référence… C’est terrible la gloire… Hein, quoi ? ok ok, je reviens à ma critique, où je vais me contenter de vous parler de La Comtesse, le deuxième film de Julie Delpy.

Erzsebet Bathory dirige depuis la mort de son mari un de plus puissants domaines de la Hongrie du XVIIème siècle. Dernier rempart contre l’empire ottoman, elle est crainte et respectée, même par le roi. Elle réussit à séduire une jeune noble, dont elle a éconduit le père. Ce dernier sépare les amants, conduisant la comtesse vers la folie et la quête d’une jeunesse éternelle qu’elle pense trouver dans le sang de jeunes filles vierges.

Julie Delpy nous offre un film étonnant. Pourtant, quoi de plus classique qu’un film historique en costumes, qu’une histoire de meurtres en série, qu’une lente descente vers la folie ou que la quête de la jeunesse éternelle ? Pas grand chose, mais les trois ensemble l’est déjà beaucoup moins. La Comtesse nous raconte donc une histoire qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, ce qui en fait déjà un film digne d’intérêt.

De plus, pour La Comtesse, la forme est elle aussi particulièrement soignée. Rien d’extraordinaire, mais une caméra élégante, un sens de la narration et des costumes et des décors magnifiques. Julie Delpy a donc vraiment l’âme d’une réalisatrice et on peut regretter qu’elle n’ait pas franchi le pas plus tôt (même si personnellement, j’ai détesté 2 Days in Paris, son premier film) . Elle a pris un risque audacieux en s’attaquant à cette histoire qu’elle a mise en scène de main de maître, sans génie, mais avec un réel talent et une classe indéniable.

lacomtesseMais un des plus grands mérites de Julie Delpy reste la manière dont elle s’est elle-même dirigée. J’avoue que c’est une actrice qui m’a toujours laissé relativement indifférent… D’un point de vue artistique évidemment ! Dans la Comtesse, elle est cette fois-ci remarquable, étonnamment remarquable. Evidemment, écrire un scénario pour soi-même et se diriger doit aider à se sentir bien dans un rôle. Mais tout de même, cela peut aussi aboutir à un plantage dans les grandes largeurs. Cela confirme donc que Julie Delpy possède sans doute des talents qui ont été considérablement sous-exploités jusqu’à présent.

A ses côtés, un casting très européen avec Daniel Brühl, monsieur Goodbye Lenin. Bon depuis, on l’a vu dans des dizaines de films, mais c’est vrai qu’on pense tout de suite à ce film en le voyant. Mais on pense surtout qu’il est un acteur particulièrement talentueux, même si son visage poupin nuit parfois à sa crédibilité. A l’affiche également, Anamaria Marinca, l’actrice roumaine découverte dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours et qu’on a vu récemment dans la révélation qui devient peu à peu une valeur sûre du cinéma du Vieux Continent. Enfin, William Hurt vient compléter cette distribution prestigieuse. Bon, ok, ce dernier est américain, mais on ne va pas chipoter !

La Contesse n’est pas forcément du grand cinéma. Mais il constitue une œuvre suffisamment originale pour valoir le coup d’être vue.

Fiche technique :
Production : BloodWorks, X Filme Creative Pool, Polaris Film, Social Capital, Tempête sous un crâne, Tuffin Entertainment, Celluloïd
Distribution : Bac films
Réalisation : Julie Delpy
Scénario : Julie Delpy
Montage : Andrew Bird
Photo : Martin Ruhe
Décors : Hubert Pouille
Musique : Julie Delpy
Costumes : Pierre-Yves Gayraud
Directeur artistique : Astrid Poeschke
Durée : 94 mn

Casting :
Julie Delpy : Elizabeth Bathory
Anamaria Marinca : Anna Darvulia
Daniel Brühl : Istvan Thurzo
William Hurt : Gyorgy Thurzo
Vizakna Sebastian Blomberg : Dominic
Anna Maria Mühe : Bertha 

MAMMUTH : Sortons des sentiers battus avec Serge Pilardosse

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mammuthafficheIl est des films dont il est un peu difficile de parler. OVNI cinématographiques, ils requièrent des mots justes pour bien faire ressentir ce qu’ils sont. Des films qui se vivent plus qu’ils ne se racontent. Je devrais donc simplement vous conseiller d’aller voir Mammuth et vous laisser vous débrouiller avec ça. Mais bon, étant de nature particulièrement magnanime, je vais quand même tenter d’éclairer votre lanterne.

L’heure de la retraite a sonné pour Serge Pilardosse. L’heure de l’ennui aussi. Mais heureusement, il va trouver à s’occuper en partant à la recherche des justificatifs qui lui manquent pour faire valoir ses droits complets et toucher sa pension. Mais voilà, son parcours l’a amené à exercer des dizaines de petits boulots et retrouver la trace de tous ses anciens employeurs va vite tourner à l’aventure.

Benoît Délépine et Gustave Kervern, acteurs emblématiques de l’univers de « Groland », signent là un film beaucoup plus poétique que leurs farces télévisuelles. Mais on y retrouve une même sensibilité envers la « France d’en bas ». Non, Mammuth, n’est en rien un film social, il ne dénonce pas un système, mais parle des gens. Des gens simples, pour ne pas dire simplets, mais qui n’en sont pas moins capables de rendre extraordinaire le quotidien.

Mammuth reste avant tout une comédie, certains passages sont vraiment très drôles. Avec une mention particulière pour « Serge Pilardosse va faire les courses au supermarché ». Mais le film est aussi parfois mélancolique, émouvant, toujours empli de sensibilité et surtout d’une grande poésie. Il y’a une infinie tendresse envers tous les personnages, qui sont pourtant à l’exact opposé des super-héros d’Hollywood.

Mammuth est aussi un road-movie qui va conduire Serge de rencontres en rencontres. Le film s’apparente donc quasiment à un film à sketchs. Et comme toutes les œuvres de ce genre, il est quelque peu inégal. Il s ‘agit là sans doute de sa limite la plus criante. Si certains passages sont de vrais moments de bonheur, certains autres laissent nettement plus circonspects. Mais bon, le film est assez original pour que, dans tous les cas, nous soyons constamment au minimum surpris et étonné. Ca part un peu vrille parfois, mais au moins, on n’a pas l’habitude voir ça ailleurs.

mammuthMammuth constitue aussi un grand rôle pour Gérard Depardieu. Evidemment, sa carrière en comporte plus d’un et il y’a longtemps qu’il n’a plus rien à prouver à personne. On peut aimer ou détester l’homme, mais l’acteur mérite le plus grand respect, car la France compte peu de comédiens de sa trempe. Après, on peut toujours lui reprocher d’en faire trop et de tourner un peu tout et n’importe quoi, mais ceci constitue un autre débat que je ne vais pas débuter ici.

Yolande Moreau est l’autre grande vedette de ce casting. Depuis sa consécration dans Séraphine, elle a gagné ses galons d’actrices sérieuses et elle prouve encore une fois avec Mammuth qu’elle possède un talent singulier et unique, mais surtout immense. Le film comporte également plusieurs apparitions comme celle d’Isabelle Adjani, Benoït Poelvoorde ou Siné, mais leur apport est trop bref pour jouer un rôle réel dans la qualité de ce film.

Mammuth est donc un film particulièrement déroutant. Si vous aimez sortir des chemins battus cinématographiques, il peut être fait pour vous et vous pourrez vous laisser charmer par son humour poétique, fortement décalé.

Fiche technique :
Production : No money productions, GMT Productions
Distribution : Ad Vitam
Réalisation : Gustave Kervern, Benoît Delépine
Scénario : Gustave Kervern, Benoît Delépine
Montage : Stéphane Elmadjian
Photo : Hugues Poulain
Décors : Paul Chapelle
Musique : Gaëtan Roussel
Durée : 92 mn

Casting :
Gérard Depardieu : Serge Pilardosse
Yolande Moreau : Catherine
Isabelle Adjani : l amour perdu
Anna Mouglalis : la jeune femme handicapée
Bouli Lanners : le recruteur
Benoit Poelvoorde : le concurrent
Dick Annegarn : le gardien de cimetière
Sine : le viticulteur
Miss Ming : Miss Ming