LES ROYAUMES D’EPINES ET D’OS, TOME 4 : LA DERNERE REINE (Greg Keyes) : L’apothéose était presque parfaite

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leroyaumedepinesetdos4Ceux qui ont l’habitude de lire mes avis l’auront compris, Les Royaumes d’Epines et d’Os constitue un des tous meilleurs cycles d’heroic fantasy de ces dernières années. Et son quatrième et dernier tome, la Dernière Reine, est dans la droite lignée des trois précédents. Mais il est aussi celui qui contient ce que tous les lecteurs de la saga attendent avec impatience et avidité depuis la première page : le dénouement ! C’est sans doute ce qu’il y’a de plus difficile à réussir dans une œuvre aussi riche et complexe. Et Greg Keyes s’en sort… (suspense insoutenable !).

Anne Dare a repris le trône de Crotheny et se prépare à la guerre contre Hansa et l’Eglise. Elle envoie sa mère comme ambassadrice pour tenter de stopper un conflit qui semble inévitable. Loin d’eux, Stéphane et Aspar tentent eux-aussi de sauver le monde de la destruction et feront face à des forces de plus en plus puissantes.

J’ai lu la Dernière Reine avec la même avidité que les trois tomes précédents. Cette saga est tellement passionnante qu’elle ne se lit pas, elle se dévore ! J’ai donc lu les 550 premières pages avec un bonheur rare et un enthousiasme réel. Ce dimanche, alors qu’il était minuit, il ne me restait plus que 100 pages à lire. J’avais donc le choix de le finir d’un trait, comme j’en mourrais d’envie, mais avec le risque de lutter contre le sommeil et du coup, de ne pas profiter pleinement du plaisir de la lecture. J’ai choisi la seconde option, celle de repousser ça au lendemain soir, passant la journée de lundi à attendre impatiemment de me retrouver dans mon lit pour cette apothéose.

80 pages plus loin, mon enthousiasme était au plus haut face à un final formidablement haletant. Plus que 20 pages pour tout conclure, cela semblait impossible…. Et c’était effectivement trop peu ! La fin de la Dernière Reine est loin d’être ratée, mais simplement trop rapide et du coup, un peu confuse et avouons-le, un rien frustrante. Sans faire du Tolkien, Greg Keyes aurait gagné à prendre un peu plus son temps.

Rendons cependant à Greg Keyes ce qui lui appartient. Si l’extrême fin des Royaumes d’Epines et d’Os essuient quelques critiques, c’est que le reste place la barre très très haut. L’intensité des deux derniers tomes est tout à fait exceptionnelle, la seule erreur de l’auteur et d’avoir voulu la pousser encore plus loin pour le dénouement. Cela part d’un bon sentiment, mais la réussite ne fut pas totale.

Mais cessons-là ces critiques, qui s’assimilent quand même largement à du pinaillage. La Dernière Reine est un des meilleurs bouquins que je n’ai jamais lu et garde sur plus de 600 pages toutes les qualités qui nous ont fait tant aimer les trois tomes précédents. Un récit clair malgré son incroyable richesse (je vous conseille cependant de ne pas lire les 4 tomes avec un an d’intervalle, surtout les deux derniers), un style direct qui vous fait entrer de manière rare au cœur de l’action qui ne ralentit jamais depuis le milieu du troisième tome. Bref, un livre exceptionnel qui vient conclure une saga exceptionnelle.

Personne n’aurait pu se douter que Greg Keyes nous entraînerait là où se termine la Dernière Reine. C’est une des plus grandes forces des Royaumes d’Epines et d’Os ! La saga n’est en rien cousue de fil blanc et constitue un univers vraiment original et unique. Bien sûr, on y retrouve bien des élément classiques de ce genre, mais qui sont ici mis en scène dans un récit hors du commun de l’héroic fantasy.

Je le répète encore un fois, mais La Dernière Reine et plus largement Les Royaumes d’Epines et d’Os est indispensable à tout amateur de près ou de loin d’heroic fantasy et saura séduire un public simplement amateur de récits palpitants et pleins d’aventures.

P.S : Encore un grand merci à Armelle pour ce superbe cadeau d’anniversaire !

LA VOIX DU PEUPLE

daviddouillet

daviddouilletLe peuple souverain a parlé et nul ne peut contester sa parole. Il a choisi d’élire un type qui a touché une coquette somme pour faire de la pub pour une boîte qui s’est révélé une vaste arnaque dont ont été victimes des gens très modestes et n’en a jamais rien eu à foutre. Un type qui a visiblement un compte bien planqué au Luxembourg (même si ça reste à prouver). Un type qui n’a aucune compétence. Un type qui n’avait sûrement jamais mis le pieds ni à Poissy, ni à Plaisir avant le début de l’année. C’est le choix du peuple et la démocratie impose de le respecter.

frederikbernardLe peuple souverain et nul ne peut contester sa parole. Il a choisi de ne pas élire un élu de terrain, qui a milité pendant 30 ans dans sa commune. 30 ans pendant lesquels une victoire semblait inaccessible, dans une terre de mission, où la politique était un sacerdoce, non une ambition. Un homme qui a sué sang et eau pendant plusieurs décennies pour l’unique amour de ses idées et de ses convictions. Un homme qui sait ce que c’est que de tracter dans une ville qui ne vous est pas favorable, par –5°, quand personne n’a envie de sortir les mains de ses poches pour prendre le papier que vous lui tendez. Un homme qui avait même rasé sa moustache pour l’occasion. C’est le choix du peuple et la démocratie impose de le respecter.

Mais bon, dans le peuple, y’a quand même beaucoup de blaireaux et ils sont quand même particulièrement concentrés dans les Yvelines !

TOUS LES ESPOIRS SONT PERMIS…TOUS LES DOUTES EGALEMENT

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franceautricheUne de mes plus grandes fiertés idiotes est le fait que, même lorsque les pires critiques pleuvaient sur l’équipe d’Aimé Jacquet, j’ai toujours affirmé que nous serions Champion du Monde en 1998. Nous étions chez nous, avions les meilleurs joueurs au monde, une défense de fer. Bref, cela me semblait logique et j’avais raison.

Et bien, cette fois je vous annonce qu’en 2010 ; la France va…participer à la Coupe du Monde. Oui bon, pour le reste, cette fois-ci, je dois bien avouer qu’il n’y a aucune certitude. Mais est-ce une raison pour ne pas y croire ?

A peu près toutes les équipes championnes du monde ont été porté par un grand joueur, un très grand joueur. Matthäus, Romario, Zidane, Ronaldo pour les dernières éditions. Toutes ? Non, il y’a trois ans, l’Italie a triomphé avec une équipe très homogène mais sans une individualité qui se détachait vraiment. A ce jour, nous n’avons pas non plus un tel joueur, malgré la dimension prise par Ribery et toutes les promesses portées par Gourcuff.

L’Equipe de France pourrait donc ressembler à la Squadra Azzura de 2006. Une équipe que l’on placerait parmi les favoris par habitude, mais sans vraiment y croire. Une équipe qui passerait peut-être péniblement le premier tour, triompherait peut-être de justesse en 8ème de finale contre une équipe de seconde zone (par exemple, au hasard,…l’Australie !), monterait peut-être doucement en régime et gagnerait peut-être la finale sans vraiment le mériter, en faisant notamment disjoncter le meilleur joueur d’en face en insultant sa sœur… Oui bon ok, ça, j’en doute fort, ce n’est pas vraiment dans la culture tricolore.

Dans tout ce que je viens de dire, ce qui est important évidemment, ce sont les peut-être. Car une élimination honteuse dès le premier tour peut tout aussi bien arriver. Mais justement, on ne sait pas, c’est ça qui est beau dans le football, le sport le plus imprévisible qui soit.

Bon, vous me direz que j’oublie quand même un point de détail. Les fameux barrages… Oui certes, c’est un gros détail. Mais qui ne m’inquiète pas plus que ça. Comme en 98, je suis persuadé que j’aurais finalement raison…ou pas !

LE PETIT NICOLAS : Indigne de Goscinny

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lepetitnicolasafficheRené Goscinny est un des plus grands génies de l’histoire de la francophonie. Son humour d’une subtilité remarquable nous a laissé des œuvres qui ont profondément marqué la culture de la seconde moitié du 20ème siècle : Les Dingodossiers, Astérix, Lucky Luke et… le Petit Nicolas. Bon, même si ces derniers temps les mots petit et Nicolas ont tendance à désigner une personne relativement antipathique que l’on voit partout, il servait précédemment à désigner un personnage de roman, dont le héros est un petit garçon espiègle. Le voici enfin adapté sur grand écran. Mais le génie de Goscinny est-il vraiment transcriptible au cinéma ?

Le Petit Nicolas croit comprendre un jour que ses parents vont lui donner un petit frère. Il s’imagine alors les pires catastrophes et craint d’être abandonné dans la forêt. Avec ses amis, il fonde alors une bande secrète pour trouver une solution au problème.

N’y allons pas par quatre chemins, le Petit Nicolas est un film raté et sans intérêt, vaguement mignonnet, même pas vraiment drôle et surtout totalement indigne du génie de Goscinny. Une comédie sans rythme, sans énergie, sans imagination et surtout sans la moindre dose de subtilité. Relire du Goscinny à l’âge adulte nous permet de voir enfin que derrière la farce, il y’a une critique très juste de nos petits travers quotidiens et franchouillards. Du 8ème degré qui nous échappait quand nous étions enfant, mais qui redonne un intérêt à son œuvre à tout âge de la vie.

Rien de tout cela dans le Petit Nicolas, le film, où seuls la farce et l’humour premier degré subsistent. Si au moins, le film avait été une réussite à ce niveau là, on aurait pu pardonner. Mais là, rien ne vient donner à ce film le souffle et l’intérêt minimal que l’on aurait pu attendre pour un tel « blockbuster » à la française. La scène du dîner entre les parents du Petit Nicolas, le patron du père et sa femme aurait du être le moment de bravoure de ce film puisque sa préparation est un des fils rouges de l’intrigue. Le résultat est une scène où l’on voit Valérie Lemercier s’agiter dans tous les sens, sans nous arracher à peine plus qu’un sourire.

lepetitnicolasAutre chose m’a également gêné dans ce film, mais cela reste très personnel. En effet, j’ai trouvé le petit garçon interprétant le Petit Nicolas absolument pas mignon. Au contraire, j’ai eu envie pendant tous le film de lui filer une bonne paire de claques, pour rien, comme ça, juste pour le plaisir. Bon j’exagère un tantinet (je rassure tout le monde, je n’ai pas ce genre de pulsions envers les enfants !). Il y’a, certes, une vraie ressemblance avec le personnage dessiné par Sempé mais du coup, il semble artificiel, un extra-terrestre parmi de vrais petits garçons.

Car heureusement que ses camarades sont là. Ils représentent, avec les décors et les costumes qui forment une reconstitution des années 50 tout à fait remarquable, la seule réussite du film. Au moins, eux, ils y croient et donnent tout ce qu’ils ont. Pas comme la multitude de « guests » qui se contentent du minimum. Sortir Galabru de l’hospice (ok, j’ai décidé d’être méchant ce soir) pour lui faire faire le pitre en Ministre de l’Education, comme moi je suis coureur de 100m, n’était vraiment pas digne de sa grande carrière… Enfin, si Galabru n’avait pas tourné dans un grand nombre de navets, ça se saurait…

Bref, heureusement qu’Alain Chabat a réussi son Astérix Mission Cléopâtre, car sinon les adaptations de l’univers de Goscinny à l’écran tourneraient toutes à la catastrophe. La pression est maintenant sur Lucky Luke qui sort dans les semaines à venir. De toute façon, il y’a peu de chance qu’il fasse pire que ce Petit Nicolas qui est un petit, mais alors un tout petit film.

Fiche technique :
Production : Fidélité, Imav
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Laurent Tirard
Scénario : Laurent Tirard, Grégoire Vigneron, Alain Chabat, d’après l’oeuvre de Sempé et Goscinny
Montage : Valérie Deseine
Photo : Denis Rouden
Format : 1.85, Dolby SRD DTS
Décors : Françoise Dupertuis
Musique : Klaus Badelt, Renan Luce (chanson)
Costumes : Pierre-Jean Laroque
Durée : 90 mn

Casting :
Maxime Godart : Nicolas
Valérie Lemercier : La maman
Kad Merad : Le papa
Sandrine Kiberlain : la maîtresse
Daniel Prévost : M. Moucheboume
Anémone : Mlle Navarrin
François-Xavier Demaison : Le bouillon
Michel Galabru : Le Ministre
Louise Bourgoin : La fleuriste 

MARY ET MAX : Pâte à modeler l’émotion

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maryetmaxafficheIl y’a des films dont on attend rien, où l’on va en traînant un peu des pieds. Bon ok, c’est surtout à moi que cela arrive lorsque j’enchaîne trois films en une soirée et que j’ai besoin que les horaires concordent. Bref, on entre dans la salle à reculons et on en sort…à reculons aussi parce que le spectacle nous a tellement enthousiasmé qu’on aimerait bien qu’il se prolonge un peu. Mary et Max qui est, pour moi, un vrai coup de cœur cinématographique.

Mary est une petite fille solitaire qui vit en Australie. Affublée d’une tâche de naissance sur le front couleur marron, elle vit avec sa mère passionnée par le sherry et son père passionnée par la taxidermie. Un jour, elle choisit au hasard un nom dans l’annuaire de New York et lui écrit une lettre. Ce dernière arrive chez Max Horowitz, 44 ans, obèse et atteint du syndrome d’Asperger. Va alors débuter la plus improbable correspondance, mais aussi la plus sincère amitié.

Réalisé entièrement en pâte à modeler, Mary et Max est très loin de l’univers de Wallace et Gromit. Il s’agit d’un vrai film pour adultes, mais surtout une fable magnifique et bouleversante. Un film sur l’acceptation de la différence et, encore plus, l’acceptation de soi-même, exercice ô combien délicat pour beaucoup d’entre nous.

En choisissant de faire de cette histoire, un film d’animation, Adam Elliot s’est donné toute liberté pour l’illustrer et lui donner vie. Et il utilise à merveille toutes les possibilités qui lui sont offertes. Le film reste cependant intensément humain, les effets visuels n’étant jamais une fin en soi mais un outil pour renforcer la force et la profondeur du message.

maryetmaxSi Mary et Max avait été un film classique, il n’aurait pas eu la même poésie. Et c’est justement cette dernière qui le rend si émouvant. Sans elle, il aurait été juste glauque et dramatique. Grâce à elle, il y règne un élan d’optimisme humaniste malgré toute la tristesse de l’univers des deux personnages. Leurs échanges constituent une des rares lueurs qui éclairent leurs vies, dans un monde qu’ils ne comprennent pas bien. La manière dont ils sont illustrés apportent cette touche de fantaisie et d’humour qui apporte plus bien au propos que tous les moments larmoyants qu’on pourrait imaginer.

Mary et Max vous fera donc au moins rire que pleurer. Et même les larmes versées seront des larmes d’émotion où se mêle tristesse et joie. La fin notamment ne pourra laisser personne indifférent. Moment magnifique, parfaite conclusion d’un récit aussi riche qu’original, délirant parfois, profondément humain toujours.

Mary et Max est donc une vraie bonne surprise cinématographique. Un moment d’émotion pure mise en scène de manière originale. Bref, un film extraordinaire dans tous les sens du terme.

Fiche technique :
Production : Mélanie Coombs, Melodrama Pictures
Distribution : Gaumont Distribution
Réalisation : Adam Elliot
Scénario : Adam Elliot
Montage : Bill Murphy
Photo : Gerald Thompson
Décors : Adam Elliot, Isabel Peppard et Claire Tennant
Son : Peter Walker
Directeur artistique : Craig Fison
Durée : 92 mn

Casting :
Toni Collette : Mary Daisy Dinkle
Philip Seymour Hoffman : Max Jerry Horovitz
Eric Bana : Damien
Barry Humphries : le narrateur
 

L’APPRENTI DU DIABLE (Ellis Peters) : Miss Marple en robe de bure

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lapprentidudiableQuand on pense crime, investigation, coupable démasqué, on pense tout de suite à une vieille dame prenant son thé, genre Miss Marple, ou alors à un détective privé avec un long imperméable, un chapeau et une ville où il pleut tout le temps. Mais, même si c’est plus rare, on peut également penser à un moine dans une abbaye du 12ème siècle. On peut donc penser à Cadfael, personnage crée par Ellis Peters et qui nous plonge en pleine Angleterre moyenâgeuse.

A l’abbaye St Pierre et St Paul de Shrewsbury, le dernier novice, prénommé Meriet, inquiète les autres moines par ses cauchemars à répétition et les cris qu’il pousse la nuit. Il est très vite surnommé l’Apprenti du Diable. Très vite, le perspicace frère Cadfael va chercher à comprendre ce qu’il y’a derrière tout ça. Surtout qu’au même moment, Peter Clemente, ambassadeur du Roi Etienne, a mystérieusement disparu.

Ellis Peters est une romancière anglaise au parcours étonnant. Décorée lors de la Seconde Guerre Mondiale pour son travail dans les communications, elle devint une spécialiste de la littérature tchèque. Puis elle écrivit différents romans historiques et policiers. Puis, à 64 ans, elle décida de mêler les deux pour créer le personnage de Cadfael, dont les aventures comptent 21 tomes et une adaptation en série télévisée. L’image d’une romancière anglaise plutôt âgée revoit donc évidemment à Agatha Christie. Il est vrai que la filiation est indéniable.

Même si le contexte de l’Apprenti du Diable n’a rien à voir avec un Hercule Poirot, on n’est là face à un polar tout ce qu’il y’a de plus classique. Un temps où les enquêtes ne se menait pas à grand coup de test ADN, mais d’interrogatoires, de jugeote et de déductions. Et le frère Cadfael n’en manque pas. Comme tous les personnages de ce type, il est aussi curieux, tenace et va au bout de ses intuitions et de ses raisonnements. Bref il n’a rien à envier à un Columbo des grands soirs ! Même si évidemment, il ne parle pas tout le temps de sa femme…

Mais que ceux qu’Agatha Christie endort de rassure. Le contexte est quand même moins policé que la bourgeoisie anglaise du début du siècle dernier. Il y’a nettement plus de boue et de sang. Bon, il n’y a pas de scènes gores, ni même beaucoup d’action à proprement parler, mais au moins ça sent un peu la sueur et le purin, pas seulement le thé et la camomille.

La plume de Ellis Peters n’a rien à envier à celle de son aînée. Elle maîtrise parfaitement la légèreté du style qui sied à ce genre de lecture. L’Apprenti du Diable se lit donc très facilement et rapidement. Idéal pour les moments de détente, surtout que l’on entre très aisément dans l’intrigue. Et le fait que ce livre soit le 8ème de la série n’a aucune espèce d’importance et ne nuit en rien à la compréhension du récit.

L’Apprenti du Diable n’est donc pas de la grande Littérature avec un grand L, mais de la très bonne littérature policière et historique. Un mélange des genres assez rares (même si de plus en plus répandu) pour satisfaire un large public.

THE INFORMANT ! : Steven, pense plutôt à la qualité qu’à la quantité !

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theinformantafficheSteven Soderbergh vient de réaliser un petit exploit en sortant en 2009 pas moins de quatre films, dont le petit dernier, The Informant ! S’il n’a toujours été assez productif, il bat ici tous les records. Sa filmographie comporte la particularité d’enchaîner des films de commande, orienté vers le grand public, et des projets plus personnels, nettement moins abordables. Pour ne pas dire parfois méga chiants, comme le diptyque sur le Che. The Informant ! est une comédie légère qui s’adresse à une audience large. Mais à trop en faire, Steven Soderbergh a peut-être oublié d’y mettre tout son talent.

Mark Whitacre est un des principaux cadres d’ADM, un géant de l’agroalimentaire américain. Un jour, suite à une affaire d’espionnage industriel par des concurrents japonais, il est confronté au FBI, auquel il finit par avouer une vaste organisation d’entente sur les prix entre les différents acteurs du marché. Il devient alors informateur et chargé de réaliser des enregistrements pour prouver ses allégations.

The Informant ! a un côté Erin Brokowich, du moins dans sa première partie, avec un aspect parodique tant le personnage de Mark Whitacre prête à sourire. La bande-annonce insistait d’ailleurs énormément sur son côté « Je me prends pour James Bond », alors qu’il est en fait particulièrement maladroit et se trouve sur le point de faire capoter toute l’enquête.

Mais voilà, au bout d’une heure, The Informant ! prend une toute autre tournure. Il serait dommage d’en dire quoi que ce soit et de gâcher la surprise de ceux qui auront l’occasion de voir ce film. Le glissement se fait petit à petit, et le spectateur commence à comprendre peu à peu que les choses ne sont pas tout à fait ce qu’elles semblaient être au début. C’est beaucoup plus subtil que le retournement final classique dont le cinéma hollywoodien use et abuse. Il y’a donc une vraie intelligence dans le scénario… mais malheureusement il lui manque bien d’autres choses.

theinformantDéjà, du rythme. The Informant ! est un film mollasson. Il se veut une comédie, mais n’est absolument pas parcouru par l’énergie indispensable à ce genre de film. Il est amusant, sympa, marrant, mais certainement pas drôle, alors qu’il promettait de l’être et que tout était réuni pour cela. C’est bien dommage et regrettable. En fait, le film donne un peu l’impression d’avoir été bâclé et le rythme de sorties des films de Soderbergh donne à penser que l’on ne doit pas être très loin de la vérité en pensant cela.

Car The Informant ! avait du potentiel. Déjà la caméra de Soderbergh reste malgré tout une de plus élégantes du cinéma mondial. On avait déjà fait la remarque pour le Che, tous ses films sont beaux à voir. Mais du coup, il a franchement tendance à tomber dans le contemplatif. Et les productions de cette année donnent à penser que ce défaut s’accentue avec l’âge, signe peut-être que sa créativité artistique tourne en rond, et surtout plus autour que d’elle-même. Mais bon, un tel talent ne saurait se complaire dans la médiocrité bien longtemps.

Et puis, The Informant ! avait la chance d’avoir comme tête d’affiche l’immense Matt Damon. Mais voilà, aussi bon soit-il, il ne peut à lui seul apporter tout ce qui manque à ce film. Du coup, son interprétation tourne elle aussi vite en rond, autour des mêmes mimiques. Même quand la vision que l’on a du personnage évolue, son jeu ne change pas, ou si peu. Mais il n’y avait sans doute pas matière à.

The Informant ! restera un Soderbergh plutôt raté. Mais après l’échec du diptyque sur le Che, même ses plus farouches adeptes vont peut-être commencer à se faire du soucis.

Fiche technique :
Production : Warner Bros. Pictures, Participant Media et Grounswell Productions, Section eight-Jaffe / Braunstein Entrprise
Distribution : Warner Bros. Entertainment France
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Scott Z.Burns
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Peter Andrews
Format : 35mm
Décors : Doug Meerdink
Son : Denis Touwns
Musique : Marvin Hamlisch
Directeur artistique : David E. Scott, William Hunter
Durée : 107 mn

Casting :
Matt Damon : Mark Whitacre
Melanie Lynskey : Ginger Whitacre
Tom Papa : Mick Andreas
Eddie Jemison : Kirk Schmidt
Lucas McHugh Carroll : Alexander Whitacre
Rusty Schwimmer : Liz Taylor

CULTE DE LA PERSONNALITE

princejean

princejeanCe week-end, j’ai eu l’occasion de tomber à la télévision sur plusieurs émissions revenant sur les évènements de la semaine. Et à ma grande consternation, les deux faits les plus longuement commentés furent « l’affaire Mitterrand » et le Prix Nobel de la Paix de Barack Obama. Dans le même temps, David Douillet arrivait en tête de la législative partielle dans la 12ème circonscription des Yvelines.

Tout cela est quand même révélateur d’une tendance lourde du traitement de l’information. Ce qui intéresse vraiment, ce ne sont ni les faits, ni les évènements, ni les analyses de fond, ni les problèmes de la société en eux-mêmes. Ce qui intéresse vraiment ce sont les personnes, « ceux qui font l’actualité » et non ce que ces derniers font. C’est regrettable et cette peoplisation de la vie politique n’est franchement pas bonne pour la démocratie.

Mais bon tout ça, ce n’est quand même rien par rapport à l’éventuelle nomination du Prince Jean à la tête de l’établissement public gérant la Défense. Parce que le pire, ce n’est pas le népotisme que tout le monde évoque. Je ne suis pas sûr que Nicolas Sarkozy soit très heureux de cette annonce. La vraie raison, on la connaît, c’est une manœuvre de Balkany, à côté de qui Sarko est en enfant de cœur, pour faire chier Devedjian qu’il déteste. Que la gestion du plus grand pôle d’affaires de France tienne à ce genre de considération en dit long sur ce à quoi mène la notabilisation des élus de droite de l’Ouest parisien.

EN OBSERVATION (Helmut Fritz) : Intérêt musical plus que limité

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enobservationhelmutfritzAprès Cat Stevens…Helmut Fritz. Effectivement, je donne dans la diversité musicale. Et j’en entends déjà se demander pourquoi donc ai-je braver les foudres d’Hadopi pour télécharger cet album. Et bien, au final, il s’avère qu’ils n’ont pas tellement tort de se la poser…

Helmut Fritz n’est pas vraiment un chanteur, mais un personnage interprété par Eric Greff. Allemand, héritier d’une confortable fortune, il vient s’installer à Paris et se met rapidement à fréquenter la jet-set et les soirées branchées. Mais très vite il réalise la vacuité de ce milieu et décide d’en faire des chansons.

Bien plus que par son album, Helmut Fritz est connu par les deux clips largement diffusés sur le net, Ca m’énerve et Miss France. En fait, on est vraiment à la frontière entre la musique et l’humour. Je vous conseille sa fausse biographie ou ses fausses interview que l’on peut facilement trouver sur Youtube. Tout cela contribue à donner vie au personnage, à ses mimiques et à son univers. Et le résultat est vraiment drôle, chacun de ces éléments formant un sketch à lui tout seul.

Mais voilà, quand il ne reste que la musique, le bât blesse quelque peu. Certes, les deux titres phares sont particulièrement entraînants, ma jambe gauche peut encore en témoigner, suite à la soirée de samedi. Cependant, le reste de l’album se compose de musique électro assez médiocre, avec des textes plus ou moins drôles. En Observation est d’ailleurs assez inégal sur ce plan là et seul Yellow Safety Jacket est au niveau des deux titres précédemment évoqués.

On touche là les limites du principe de la parodie. Certes, il faut prendre tout ça au second degré. Cependant, de la mauvaise musique, même quand elle se moque de la mauvaise musique, reste de la mauvaise musique… Olala, c’est puissant ce que je dis !

Cet album est donc à prendre au 8ème degré. Les fans déjà convertis d’Helmut Friz trouveront peut-être tout de même un peu de plaisir à écouter En Observation. Cependant, même chez eux, je doute fort qu’il tourne en boucle sur leur platine.

Faisons tout de même le tour des titres de cet album.

1.Opening (0′ 27)
Une intro en anglais, 100% second degré.

2.Ça m’énerve (Radio Edit) (3′ 37)
Une version différente de celle du clip, plus clubbing, avec plus de distorsion. Pour moi, cette version est surtout moins dansante.

3.Tu l’as pas créé, tu le vends (3′ 11)
Un titre qui se moque des vendeurs dans les magasins branchés qui se la pètent. C’est rigolo mais pas top musicalement.

4.Ça gère (3′ 14)
Le morceau se moque des post-ados qui fréquentent les soirées branchouilles. Le titre n’es pas super réussi, malgré un sujet qui aurait pu être mieux exploité. L’humour y est ici souvent facile. On retiendra juste cette phrase remarquable : « Je me demande parfois si la mode n’a pas tort ».

5.07h45 (3′ 10)
Une chanson qui se moque de la queue à la Poste dès l’ouverture. Tous ceux qui sont régulièrement usagers de la Poste trouveront ça bien senti.

6.Miss France (3′ 38)
Sans le clip, c’est tout de suite moins drôle. Mais cette chanson reste musicalement une des plus entraînante de l’album.

7.’Partout (3′ 44)
Le titre se moque des VIP de manière général. Le texte est un peu basique mais colle bien dans l’esprit du reste de l’album.

8.Burn Out (3′ 17)
Un morceau sur les inconvénients de la vie parisienne : embouteillages, loyers, prix des sorties… Un titre qui manque un peu de second degré.

9.Mister Hype (3′ 49)
Le titre de la chanson parle de lui-même. L’humour est facile, mais on reconnaît forcément des gens que l’on connaît… ou soi-même.

10.Yellow Safety Jacket (3′ 11)
Une chanson sur tous ceux qui laisse le gilet jaune fluo sur le siège passager. Un morceau vraiment jouissif qui nous livre cette remarquable citation :  » Le gilet jaune est fait dans une matière qui réfléchit. Tu devrais peut-être faire comme lui. « 

11.Le Plein des sens (3′ 03)
Une chanson sur l’amour dans la voiture… Pas vraiment un sujet de fond, mais le résultat est assez drôle.

12.16.01.74 (3′ 09)
Une chanson sans réelles paroles qui fait un peu remplissage de fin d’album.

13.Ça m’énerve (VIP Dub Mix) (5′ 16)
La version que l’on connaît avec le clip. Elle reste la chanson la plus entraînante et la plus drôle de l’album.

FAUBOURG 36 : Oui mais là non !

faubourg36affiche

faubourg36afficheIl y’a des bande-annonces qui donnent légèrement envie de vomir. Ca déborde de tant de bons sentiments, les ficelles, pardon les cordes, de l’intrigue sont tellement évidentes et tellement faciles, qu’on se jure de ne jamais aller voir un tel film. C’était mon cas avec Fabourg 36, qui sentait la mauvaise exploitation du triomphe des Choristes. Et puis, plusieurs personnes m’en ont dit du bien alors je me suis laissé tenter lors de son passage sur Canal. Mal m’en a pris…

A l’aube de 1936, un cabaret ferme ses portes mettant tous les employés au chômage. L’un d’eux y perdra la garde de son fils. Il décide alors, avec certains de ses anciens collègues, d’occuper le théâtre désaffecté et de remonter un spectacle.

Ne croyez pas une seule seconde que je sois spécialement allergique aux histoires mignonnettes et pleines de bons sentiments. J’ai personnellement adoré les Choristes. Mais voilà, ce genre de film, soit c’est parfaitement réussi, soit cela donne la nausée. Et Faubourg 36 est raté sur tous les plans. La bande-annonce me donnait envie d’appeler ce film Les Choristes au Moulin Rouge… et bien c’est exactement cela, mais en prenant le pire de chacun de ces deux films.

Le scénario déjà. Qu’il soit convenu, certes, c’est tout à fait concevable dans une comédie. Mais là, il y’a tellement peu d’imagination qu’il se répète en proposant deux fois le même rebondissement principal. J’en suis resté sans voix, en ayant du mal à y croire. Les spectateurs sont venus pour voir le théâtre abandonné être retapé et revenir à la vie. Et bien, ils ne seront pas déçus puisque ils assisteront à ce spectacle deux fois, dans une intrigue qui ne couvre même pas une année.

Le casting était alléchant. Il réserve deux bonnes surprises avec une apparition remarquable de Pierre Richard, désormais extrêmement rare à l’écran, et la charmante Nora Arnezeder qui redonnerait envie de retomber amoureux au cœur le plus brisé. Mais en face, le trio Gérard Jugnot, Clovic Cornillac et Kad Mérad s’agite dans tous les sens avec une frénésie vaine qui ne donne jamais la moindre épaisseur à leurs personnages caricaturaux. Mais le comble du ridicule revient à Bernard-Pierre Donadieu qui fait ce qu’il peut pour donner de la crédibilité à son personnage de méchant auquel on croit autant qu’à un banquier qui vous parle de régulation et de transparence.

faubourg36Il reste quelques décors assez réussis. Mais là encore, c’est du Canada Dry quand Moulin Rouge était de la Kilkenny. Ca tente de briller de mille feux, mais ça se limite finalement à 512. Et puis, quand bien même l’écrin serait splendide, le bijou est tellement raté qu’on a envie de le jeter avec le reste.

Tout est facile dans Faubourg 36, chargé d’une fausse émotion, de bons sentiments à en devenir écœurant. Il confond gentillesse et niaiserie, générosité et naïveté, brillant et clinquant. Le mot subtilité est le grand absent de ce film. Il laisse surtout un vide abyssal qui a happé toute la magie qui aurait pu éventuellement naître, laisse place à la consternation. Le seul point positif restera tout de même le dénouement qui ne sonne étrangement pas comme un happy end. Mais bon, il est bien trop tard, le mal est déjà fait.

Faubourg 36 a totalement échoué là où Les Choristes avaient si bien réussi. Mais Christophe Barratier en cherchant à nous refourguer discrètement la même soupe, a surtout pris le risque qu’on la trouve fade et écœurante. Et ça n’a pas manqué.

Fiche technique :
Production : Jacques Perrin, Nicoals Mauvernay, Romain Le Grand, Galatée Films, Constantin Film, France 2, Novo Arturo, Pathé Renn
Distribution : Pathé Distribution
Réalisation : Christophe Barratier
Scénario : Christophe Barratier
Montage : Yves Deschamps
Photo : Tom Stern
Format : 35mm
Décors : Jean Rabasse
Son : Daniel Sobrino, Roman Dymny, Vincent Goujon
Musique : Reinhardt Wagner
Costumes : Carine Sarfati
Durée : 120 mn

Casting :
Gérard Jugnot : Pigoil
Clovis Cornillac : Milou
Kad Merad : Jacky
Nora Arnezeder : Douce
Pierre Richard : Monsieur TSF
Bernard-Pierre Donnadieu : Galapiat
Maxence Perrin : Jojo
François Morel : Célestin
Elisabeth Vitali : Viviane