ON-GAKU : NOTRE ROCK ! : Rock sans le roll

Le hasard des horaires et l’envie de ne pas me contenter d’un seul film pour cette reprise après une si longue attente m’ont conduit à aller voir On-Gaku : Notre Rock !, un film d’animation japonais d’un genre un peu particulier. Ou du moins très différent de ce que ce pays à l’habitude de nous offrir en la matière. En fait, il est assez original dans l’absolu pour que le constat soit resté le même, même s’il venait d’un autre pays. Une production onirique et parfois étrange, qui peut laisser circonspect et interdit. Voire même nous ennuyer un brin.

La musique joue un rôle central dans On-Gaku : Notre Rock !, avec, surtout dans les ultimes minutes, quelques longs passages musicaux. Ces derniers restent ceux qui éveillent le plus d’intérêt chez le spectateur. Il est difficile d’en dire autant de l’histoire dans laquelle ils prennent place. Les personnages et les situations sont pour la plupart totalement décalés. A tel point que l’on a du mal à trouver un sens à tout cela. L’absence de réel enjeu narratif rend ce film avant tout contemplatif avec des dialogues particulièrement minimalistes. Le film est assez court, une heure dix, mais propose malgré tout de nombreuses longueurs.

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MILLA : La fureur de vivre

Milla nous raconte l’histoire d’une jeune adolescente atteinte d’un cancer, tombant amoureux d’un junkie. Autant être clair, ce film n’a rien d’une joyeuse comédie. Mais la magie du cinéma fait que ce n’est pas non plus un drame ou un mélo larmoyant. Les sujets aussi lourds sont rarement traités de manière réellement intéressante si le résultat est avant tout plombant. Il y a dans tout malheur quelque chose qui peut nous rattacher à la notion d’espoir. Dans la noirceur peut toujours émerger un peu de poésie. Cela demande beaucoup de subtilité pour y parvenir. Mais le film de Shannon Murphy n’en manque pas.

Milla ne choisit pas la facilité, mais c’est là tout le mérite de ce film. En effet, il repose sur une galerie de personnages qui peut, dans un premier temps, laisser quelque peu circonspect. En effet, aucun d’eux ne déclenche un élan immédiat de sympathie. Ils sont présentés dans toute leur complexité, en ne s’interdisant pas de faire une première impression qui n’a rien d’idéale. Mais en apprenant à les connaître, on finira par apprécier pleinement cette famille largement dysfonctionnelle. L’histoire capitalise sur cette épaisseur des personnages, sans forcer le trait sur le malheur qui les frappe. Bien sûr celui-ci est sous-jacent à toutes les attitudes, tous les mots. La sensation du temps qui risque de manquer est omniprésente, mais ce que l’on retient avant tout c’est la volonté de vivre pleinement malgré cela.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 12: Au sommet de l’olympe

REUTERS/Dylan Martinez

Depuis les débuts de ces Jeux Olympiques, je n’ai quasiment parlé que des performances des athlètes français. On peut y voir la traduction d’un vilain chauvinisme cocardier. Mais aussi l’absence jusqu’alors de moments vraiment inoubliables, au-delà de l’enjeu lié à la présence d’athlètes tricolores. J’aurais pu effectivement évoquer Simone Biles et ses démons, ou bien le crash en plein vol de Novak Djokovic, mais c’est bien par des victoires et des exploits que se forgent la légende olympique, pas par les échecs retentissants. Du coup, j’aurais pu dire un mot sur Caleb Dressel, mais les exploits programmés à l’avance n’ont pas la même saveur.

Certes, on s’attendait à ce que le record du monde du 400m haies tombent ce mardi. C’est très rare de voir une épreuve compter deux athlètes de ce calibre en même temps. Leur affrontement dans une finale olympique avait toutes les chances d’affoler les chronomètres. Mais personne ne s’attendait à un tel écart. Améliorer un record du monde de 76 centièmes sur une distance aussi courte qu’un 400m a quelque chose de sidérant. Surtout quand on sait que le deuxième l’améliore aussi de 53 centièmes. Mais ce chrono de 46 »17 ne sera jamais considéré comme un record du monde.

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MANDIBULES : Reprise en douceur

Après autant de mois de frustration, quel plaisir de retrouver le chemin de salles de cinéma ! Quel plaisir aussi de pouvoir à nouveau écrire des critiques de film, même si j’ai continué à écrire sur les livres et la musique ! Je me souviendrai donc longtemps de Mandibules, le film qui m’aura permis de renouer avec un des plus grands plaisirs de mon humble existence. Un long métrage de Quentin Dupieux (alias Mr. Oizo), qui nous emmène toujours dans des univers profondément absurdes, décalés et inattendus. C’est une nouvelle fois le cas ici puisque le film nous raconte le parcours de deux losers sympathiques qui tombent nez à nez… avec une mouche géante.

Les premiers films de Quentin Dupieux sont restés relativement anonymes, avant de connaître de vrais succès commerciaux avec Au Poste ! puis surtout le Daim. Ses nouvelles œuvres sont désormais attendues et susceptibles des créer une certaine déception. Mandibules peut effectivement provoquer un tel sentiment. Il est clairement en retrait par rapport à ces deux précédents longs métrages. C’est drôle et distrayant, mais aussi assez inégal. Il est cependant important de noter que tout le monde n’est pas d’accord sur les éléments qui nuisent à la qualité globale du film. Comme d’habitude, le côté franchement décalé de beaucoup d’éléments ne laisse jamais indifférent et chacun va accrocher ou non à chacun d’eux.

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ONODA, 10 000 NUITS DANS LA JUNGLE : La guerre sans fin

Parfois la réalité dépasse la fiction. Du coup, il est tentant de faire de cette réalité une fiction. Hiro Onoda est un soldat japonais qui se rendit et accepta la fin de la guerre en… 1974, après trente ans passés dans les montagnes des Philippines à poursuivre une guérilla contre un ennemi imaginaire. Cela semble trop incroyable pour être vrai, mais ça l’est pourtant. Onoda, 10 000 Nuits dans la Jungle, coproduction internationale, réalisée par le français Arthur Harari, nous permet de découvrir cette histoire relativement incroyable, mais vraie. Un film de près de trois heures, mais dont la longueur témoigne avant tout de sa grande richesse.

L’abnégation des soldats japonais pendant la deuxième guerre mondiale a déjà fait l’objet de nombreux films, réalisé aussi bien du côté japonais que de celui de leurs adversaires américains. Cependant, rarement le propos n’aura pris un caractère aussi intime. Onoda, 10 000 Nuits dans la Jungle n’est pas un film de guerre, puisque la grande majorité du film se déroule alors que la guerre est terminée. Il s’agit bien d’un film portrait, non pas tant sur les événements de la grande Histoire, mais sur ses conséquences sur la vie d’un homme. Des conséquences hors du commun certes, mais qui découle de mécanismes intimes qui auront frappés des milliers de soldats. L’intime et l’exceptionnel se mêlent à la perfection dans ce film qui offre à la fois une grande profondeur et des péripéties qui nous préservent totalement de l’ennui.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 11: Petits sports, grands souvenirs

Tauseef MUSTAFA / AFP

Parmi les lieux communs qui peuplent les discussions sur les Jeux Olympiques, il y a les fameux « sports que l’on ne regarde que tous les quatre ans ». Et comme beaucoup de clichés, cela s’avère en fait parfaitement fondé, même si l’utiliser semble facile et un rien vulgaire quand on cherche à être éclairé et pointu. Car comment nier que je n’ai vu strictement aucune image de tir ou de concours complet entre les Jeux de Rio et ceux de Tokyo. Je ne sais même pas si j’ai vraiment lu un article de l’Equipe évoquant ces sports dans l’intervalle. Je me suis peut-être juste contenté de parcourir quelques gros titres (enfin pas trop gros non plus…). Mais alors pourquoi vibrer tout à coup pour ces sports qui laissent par ailleurs indifférents ?

La réponse est simple… la magie des Jeux… OK, non, je ne vais pas me contenter de cette nouvelle banalité, mes chroniques valent mieux que cela. Car la question mérite que l’on s’y attarde. Car, avec un peu de recul, c’est assez extraordinaire d’avoir vibré devant une épreuve de tir qui bénéficiait d’une réalisation par la télévision japonaise absolument apocalyptique, puisqu’il n’y avait aucune caméra pour filmer les cibles. Regarder l’épreuve du tir du jour revenait à peu près à l’écouter à la radio. En termes de grand spectacle, on a fait mieux, avouons-le. Mais le fait que cette compétition se déroule aux Jeux Olympiques, qu’un Français soit en course pour une médaille d’or, suffisait à créer un enjeu dramatique, captant l’attention et créant de la tension.

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SEROTONINE (Michel Houellebecq) : Ecrivain agronome

J’entretiens un rapport particulièrement ambigu avec Michel Houellebecq. Il n’y pas grand chose que j’aime chez l’homme, voire même beaucoup de choses chez lui m’inspirent un profond mépris. D’un autre côté, je ressens une certaine affection du fait qu’il soit un des rares Agros Paris à avoir accédé à un tel degré de notoriété. Et surtout, il y a quelque chose dans son œuvre qui me parle profondément, que je retrouve nul par ailleurs et que je ne peux donc ignorer. Son roman Sérotonine allie ces deux aspects : il y fait transparaître clairement son titre d’ingénieur agronome et aborde une nouvelle fois avec force son sujet de prédilection. Malgré de nombreux défauts, je ne peux que reconnaître une nouvelle fois un profond attachement à ce roman.

Il est donc largement question d’agriculture dans Sérotonine. Michel Houellebecq y démontre une compréhension du sujet infiniment supérieure à la moyenne, mais n’échappe néanmoins pas à de nombreux clichés démontrant aussi son lien distendu avec le milieu agricole. Mais après tout, il s’agit d’un roman, pas d’un essai, donc ce n’est pas non plus vraiment un problème, même si, personnellement, ça m’a forcément fait tiquer à de nombreuses reprises. On peut aussi reprocher à l’auteur un petit goût pour le sordide parfois inutile. Le passage sur le voisin pédophile n’apporte rien à l’histoire, ni au propos et on n’aurait pu franchement s’en passer.

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THE SUICIDE SQUAD : Le retour du reboot

On efface tout et on recommence. Désormais, cela ne fait plus peur aux producteurs, en particulier dans le domaine des super-héros. Et rapidement si nécessaire. En 2016, j’avais qualifié Suicide Squad de « raté de l’été », lui attribuant la note peu flatteuse de 07/20, à l’unisson de la moyenne des avis formulés sur ce film. Cette année, DC Comics nous offre The Suicide Squad (la différence est subtile). A la fois suite (on retrouve certains personnages avec les mêmes interprètes) et reboot (il y a une volonté claire d’effacer le premier volet raté), le film atteint cette fois-ci pleinement son objectif. Mais une nouvelle fois sans génie.

Pour ne prendre aucun risque, DC Comics a cette fois misé sur une valeur sûre derrière la caméra. James Gunn nous avait séduit avec sa vision des Gardiens de la Galaxie. Celle qu’il nous propose pour The Suicide Squad reprend les mêmes ingrédients, avec notamment une bande-originale particulièrement séduisante. On y retrouve aussi le même humour décalé réjouissant et la maîtrise dans les scènes d’action. Tout cela aboutit à un joli moment de divertissement ne laissant aucune place à l’ennui. Mais tout cela s’insère dans un scénario qui va droit au but, mais offre quelques idées originales et inattendues. Cela se fait sans doute au détriment de l’épaisseur des personnages et ne fait pas totalement oublier un certain nombre de clichés.

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CHRONIQUE DES JO DE TOKYO : JOUR 10: Histoire de famille

(Photo by Attila KISBENEDEK / AFP)

Depuis le début des Jeux Olympiques, je m’efforce de montrer comment derrière chaque médaille, il y a une histoire. Regarder les Jeux Olympiques ne revient pas qu’à regarder des compétitions sportives, c’est aussi découvrir toutes sortes d’histoire. Et forcément, dans cette diversité, il y a des histoires de famille. Celle de la famille Manaudou aura marqué l’histoire du sport français ces vingt dernières années, avec sept médailles olympiques à eux deux, dont une médaille d’or chacun. Ils resteront pour longtemps les plus grandes stars de l’histoire de la natation française. Par leur histoire (on y revient), leur personnalité et évidemment leur formidable palmarès.

La médaille d’argent remporté ce matin par Florent Manaudou n’a rien d’ordinaire. Au-delà de l’histoire de la famille, il nous a rejoué l’histoire de l’improbable retour, un autre grand classique indémodable. Quand il a annoncé sa volonté de se mettre… au handball après les Jeux Olympiques de Rio, la plupart des commentateurs (moi le premier) considérait que cela mettait fin à sa carrière sportive au plus haut niveau. Comme attendu, il n’a pas réussi à accéder à l’élite du handball, car on n’atteint pas ce niveau en débutant une carrière à un âge aussi avancé, quelles que soient ses qualités physiques de départ.

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ACQUAINTED FOR THE NIGHT (Lael Neale), HAUTE FIDELITE (Raphaël), MILANO (Daniele Luppi & Parquet Courts) : A mi-chemin

On commence avec une jeune américaine nommée Lael Neale et son album Acquainted with Night, sorti cette année. On est immédiatement frappé par le caractère dissonant de sa voix, mais qui parvient à faire preuve d’une réelle profondeur et d’une jolie personnalité. Elle alterne les moments où elle parle plus qu’elle ne chante, avec ceux où elle pousse un peu plus son chant. Certain titres sont hypnotiques, voire même lancinants. Le léger décalage entre la voix et la musique donne toute son originalité à cet univers musical, mais en constitue aussi la principale limite.C’est au final plutôt agréable, intéressant, mais jamais vraiment enthousiasmant car tous les titres sont bâtis quand même tous plus ou moins sur le même schéma.

On poursuit avec un habitué de mes critiques, à savoir Raphaël et son dernier album intitulé Haute Fidélité. Il nous plonge dans les premiers temps dans une ambiance sombre et rock, avec parfois quelques accents orientaux. Les textes sont moins poétiques que d’habitude. La diction est plus martelée. Il y perd son habituel côté dilettante, qui peut parfois agacer, mais perd du coup une partie de son habituelle personnalité. On a parfois du mal à comprendre le sens des textes, mais c’est souvent le cas avec lui. La deuxième moitié est plus claire et plus classique. On retrouve le Raphaël qu’on aime, où il partage avec nous son spleen et ses blessures intimes. Un univers plus habituel, mais qui ne représente pas ici le meilleur de lui-même. Un album qui laisse donc globalement sur une impression mitigée.

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