Vraiment rien ne garantissait que je puisse apprécier Bergman Island. Déjà parce que la bande-annonce ne faisait pas spécialement envie. Mais aussi parce que ma précédente expérience avec le cinéma de Mia Hansen-Løve ne m’avait pas spécialement convaincu. J’étais d’autant plus échaudé que le film tourne beaucoup autour de la figure d’Ingar Bergman, dont la l’œuvre la plus connue, Cris et Chuchotements (et la seule que j’ai vue, j’avoue) est pour moi un film absolument ridicule. Mais j’ai surmonté mes réserves de départ et je ne le regrette pas.
Bergman Island nous offre une nouvelle version d’un schéma de narration classique, mais assez peu fréquent pour être tout de même jugé original. Il nous raconte l’histoire de quelqu’un qui écrit une histoire… Le film nous offre donc deux histoires en une, deux histoires imbriquées l’une dans l’autre. L’intérêt de ce film tient dans un jeu de miroir entre la réalité et comment cette dernière est utilisée pour nourrir la fiction. Cela aboutit à un film un rien contemplatif mais avec essai d’épaisseur narrative pour que le spectateur ait envie de savoir à quoi vont aboutir les deux fils de l’histoire.
Entre la compétition pour choisir la ville organisatrice des Jeux et les compétitions sur la piste, a lieu une troisième compétition qui échappe largement aux feux médiatiques. En effet, des nombreux sports cherchent à intégrer le programme olympique, quand d’autres essaient de sauver leur peau. Pour Tokyo, quatre d’entre eux font leur entrée. En attente de l’escalade, la première semaine a permis de découvrir les trois premiers. Les commentateurs de tout ordre, des grands médias au café du commerce, ont évidemment de quoi donner leur opinion sur ces nouveaux venus. Je ne vais donc pas manquer de participer à l’exercice.
Commençons par celui qui ne m’a franchement pas convaincu. L’arrivée du skateboard a fait polémique au sein même des acteurs de ce sport, dont beaucoup conteste le principe même de compétition. Ceux qui s’attendaient à des acrobaties spectaculaires n’en ont pas eu pour leur argent. Le concours s’est surtout résumé à des figures se distinguant peu les unes des autres. Il s’agit aussi d’un sport reposant uniquement sur des notes données par des juges, ouvrant la porte à d’interminables débats éventuels sur la légitimité du vainqueur. Enfin, voir sur le podium des adolescentes de moins de quinze ans ne renvoie par l’image d’un sport sérieux demandant un long apprentissage pour accéder à la maîtrise du geste juste ou du physique adéquat.
Lentement mais sûrement, je m’approche de la fin de ma réserve de romans mettant en scène ce détective, qui n’en est pas vraiment un, surnommé le Poulpe. Après Un Singe en Isère, il ne m’en restera plus que deux et la source sera tarie. Peut-être que d’autres me tomberont sous la main, mais j’en lirai clairement moins régulièrement. A travers toutes ses aventures, toutes écrites par un auteur différent, j’aurais appris à aimer ce personnage assez unique et particulièrement attachant. Même si aucun volet ne m’aura transporté jusqu’au nirvana littéraire, chacun m’aura apporté sa dose de plaisir. Celui-ci ne fait pas exception.
Marin Ledun est un écrivain dont les œuvres traites de sujet en prise avec l’actualité (si j’en crois Wikipedia). Un Singe en Isère donne raison à cette source de savoir désormais absolu et universel. En effet, la toile de fond de son intrigue est le combat écologiste, en mode David engagé et désintéressé contre Goliath vilain et capitaliste. Un peu manichéen et facile, mais on ne demande pas à ce genre de roman de ressembler à une thèse sociologique. Cela reste avant tout un polar sympathique et léger, peuplé de personnages hauts en couleur qui donnent toute sa saveur au roman. Et le résultat est plutôt bon.
Il est rare qu’un film récompensé par une Palme d’Or fasse totalement l’unanimité. Cela tient à la nature des longs métrages sacrés, qui se distinguent le plus souvent par une forte originalité, voire un caractère hors normes. Titane n’échappera pas à la règle. Tout le monde s’accordera à dire que l’on ne voit pas des films comme celui-ci tous les jours et sur tous les écrans. Le reste prêtera forcément à des débats où les opinions seront partagés, voire totalement contraires. En effet, certains trouveront le spectacle fascinant, d’autres le trouveront absolument insupportable. En tout cas, il y a peu de chance qu’il laisse quiconque indifférent.
Et moi ? J’avoue avoir eu longtemps du mal à savoir ce que je pensais de Titane tout le visionnant. Une part de moi avait envie que ce spectacle gore et dérangeant s’arrête au plus vite. On connaissait déjà le goût de Julia Ducournau pour ce genre d’ambiance, découverte avec Grave. Elle met la barre encore un peu plus haut en la matière et il vaut bien avoir le cœur bien accroché pour la suivre. Mais une autre part de moi se trouvait profondément intrigué par cet univers noir et étrange, qui prend vie à travers une réalisation formellement sublime. Et puis, le dénouement m’a fait prendre un peu de recul sur ce que je voyais et réaliser quelque chose… En fait, ce film est juste l’histoire d’une fille qui se fait engrosser par une voiture. J’ai alors trouvé ça aussi ridicule que gratuit et toute forme de magie s’est éteinte.
Depuis le début des Jeux Olympiques, j’ai parlé avant tout de belles histoires et d’événements inattendus, source d’émotions fortes. Cependant, certaines médailles d’or représentent le dénouement d’une histoire sans surprise. La notion de favori est évidemment subjective, mais pour beaucoup d’épreuves un nom se détache assez nettement pour faire l’unanimité. Il y a deux jours, je me demandais ce qui pouvait bien se passer dans la tête d’une athlète sur le point de devenir championne olympique à la surprise générale. Désormais, je m’interroge sur ce qui se passe dans celui d’une athlète dont tout le monde attend qu’elle le devienne.
Cette nouvelle journée olympique nous a offert deux beaux exemples côté français. Tous les pronostics nous prédisaient deux médailles d’or presque assurées. En VTT, c’était même un doublé qui nous était promis. A la place, ce fut un triplé suisse, ridiculisant les certitudes affichées par beaucoup de commentateurs hexagonaux. Il serait tentant d’accabler Pauline Ferrand-Prévôt et Loana Lecomte, mais un peu de recul permet de se dire qu’elles sont avant tout victimes d’un optimisme béat et mal placé. L’une aura subi une chute et une crevaison, l’autre a juste rappelé l’importance de la notion de préparation et de pic de forme. Les mêmes commentateurs parlent désormais de désastre. C’est avant tout leur ignorance de la réalité du sport de haut niveau qui est désastreux.
Bien avant le mouvement BlackLivesMatter, de nombreuses œuvres ont abordé la différence de traitement de la justice américaine (et à vrai dire d’une large part de la société) selon l’origine ethnique des personnes concernées. C’est le cas de Papillon de Nuit, de R.J. Ellory. Pourtant, il s’agit d’un récit à la première personne d’un personnage caucasien (pour reprendre le terme le plus politiquement correct qui soit), mais l’histoire… Non je n’en dirai pas plus pour laisser d’éventuels lecteurs découvrir le contenu exact de l’intrigue de ce très bon roman.
La narration de Papillon de Nuit est construite à travers le récit d’un condamné arrivant dans le fameux couloir de la mort. On alterne le retour sur les événements passés avec des passages nous décrivant le présent du narrateur. Le procédé est classique mais R.J. Ellory l’utilise avec assez d’habileté pour qu’il se montre convaincant. Le lien entre le passé et le présent se dessine peu à peu et créer une réelle tension narrative. On parcourt donc le récit avec beaucoup d’envies, découvrant un panorama éloquent de l’Amérique profonde des années 60 et 70, mêlant histoire et Histoire.
Le prétention est un travers très dommageable pour un artiste. Connaître sa valeur est important, se croire plus talentueux que ce qu’on est réellement représente un vilain défaut. D’après certains critiques, Leos Carax est un véritable génie. Ils avaient chanté les louanges d’Holy Motors son précédent film. De mon côté, j’avais trouvé le film incroyablement ridicule et mauvais. Je ne formulerai pas un jugement aussi dur sur Annette, qui vient de recevoir le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Par contre, je ne déborderai toujours pas d’enthousiasme pour un long métrage signé par un réalisateur d’un immense talent, mais persuadé à tort d’être un pur génie.
Leos Carax se distingue par une imagination débordante. C’est évidemment une qualité non négligeable, mais le travail ne s’arrête pas là. Il faut faire le tri parmi tout ce qui germe dans son esprit, ne garder que le meilleur pour le retravailler, le polir pour arriver à un résultat réellement abouti. Annette regorge d’idées et de créativité. Mais tout semble livré de manière brute, sans prise de recul pour voir si c’était vraiment à retenir. Cela donne une alternance de moments de grâce cinématographique et de passages un peu ridicules ou horriblement longs, qui nous empêchent de rentrer totalement dans ce film. Comme si être sorti de l’esprit de Leos Carax se suffisait à lui-même pour justifier une présence à l’écran.
Le meilleur a gagné ! Voilà le constat qui est supposé conclure chaque compétition. Le champion olympique est celui qui s’est montré le plus performant. Et ce n’est que justice ! Enfin logiquement. En effet, il arrive parfois qu’un des battus trouve que ce n’est pas la justice qui triomphe avec son vainqueur, mais bien l’injustice. Or, si être battu par plus fort que soit peut simplement décevoir, être battu par une injustice a quelque chose d’insupportable, tant cela trahit l’esprit même d’une compétition saine et loyale. Surtout quand la compétition en question est aussi prestigieuse que les Jeux Olympiques.
L’histoire du sport est jalonnée d’injustices devenues parfois légendaires. Et derrière beaucoup d’entre elles se trouvent quelque chose de terriblement faillible… Le jugement humain. Combien d’arbitres ou de juges ont vu leurs décisions contestées et jugées scandaleuses par ceux dont elles ont précipité la défaite ? A une époque où la technologie semble capable de résoudre tous les problèmes, cela devient de plus en plus insupportable. Le sport s’adapte du coup à cette exigence, en faisant de plus en plus appel à cette technologie supposée miraculeuse, sous forme de vidéos et capteurs divers.
Sault est un groupe britannique particulièrement mystérieux. En 2019, il a sorti deux albums : Rise et Black Is… et c’est tout. Pas d’interview, pas de photos, pas de scène. Reste juste donc la musique, ce qui est tout de même l’essentiel. Commençons donc par le premier de deux. On y plonge dans une ambiance électro éthérée, mais non dénuée de peps et d’énergie. Cela sonne avant tout comme une musique d’ambiance. En effet, c’est agréable, mais rarement réellement accrocheur. Un peu comme du Daft Punk sous Prozac. On leur connaîtra un gros travail sur les sonorités qui apporté de la variété entre les titres, qui contrebalance un côté parfois lancinant de ces derniers.
Le second nous entraîne sans surprise dans une ambiance similaire. Mais cette fois-ci, le résultat est nettement plus lancinant et encore moins accrocheur, ce qui ne nous pousse guère à la mansuétude. Le travail artistique est moins intéressant. Les titres restent variés mais se démarquent moins les uns des autres. On les traverse sans encombre, rien ne venant agresser les oreilles, mais on n’en retire pas grand chose au final. Cela classe définitivement la musique de Sault dans les pures musiques d’ambiance. Mais on n’a déjà fait mieux en la matière.
Tout au bout d’une grande saga, on s’attend d’abord à une fin, qui achève la narration et marque le bout des fils de l’intrigue, puis à un conclusion, qui tire les leçons de tout ce qui a été raconté. Pour la saga des Rougon-Macquart, Emile Zola nous propose d’abord la Débâcle, récit de la défaite militaire de la France face à l’Allemagne en 1870. Elle marquera la fin du règne de Napoléon III, dont la saga a cherché à brosser un portrait le plus exhaustif possible. Il s’agit donc de l’aboutissement du fil rouge avec lequel ont été brodé les 18 romans qui l’ont précédé. Un aboutissement d’une formidable intensité.
Le titre même de la Débâcle indique à quel point Emile Zola cherche à mettre en avant la fin prévisible d’un régime, dont il n’aura cessé de dénoncer les travers. Mais paradoxalement, le roman parle bien plus du destin individuel et humain des simples soldats, que des erreurs tactiques commises par les généraux. Ces derniers ne sont cependant pas absents, puisque le travail de reconstitution des événements militaires est d’une incroyable précision. Cela constitue cependant un simple arrière-fond, quand on partage avec une force magistrale le quotidien des fantassins et de quelques civils dont le destin va se briser dans un conflit dont ils ont parfois bien du mal à saisir le sens. Rarement une œuvre n’aura décrit à quel point la guerre est une horreur pur et simple, dont il ne ressort rien de bon, quelle que soit sa bravoure.
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