LA LEGENDE PAR LA GRANDE PORTE

michaelphelps

michaelphelpsIl était venu pour entrer définitivement dans la légende olympique. Dans l’absolu, il y était arrivé, devenant l’athlète ayant remporté le plus de médailles dans l’histoire. Mais la manière n’y était pas. Il manquait un titre en individuel pour que Michael Phelps ne nous laisse pas sur une impression mitigée. Les premières courses l’ont clairement montré sur le déclin laissant à Yannick Agniel et Ryan Lochte le titre de roi de ces Jeux en natation. Mais un tel champion ne pouvait finir ainsi ! En remportant le titre du 200m 4 nages, il a rappelé au monde entier qui il était !

Cependant… oui car quand il s’agit de Michael Phelps, j’ai quand même une grosse réserve à formuler, qui est à mon sens totalement passée sous silence. Il existe une énorme différence entre lui et Mark Spitz, qui était précédemment considéré comme le plus grand nageur de l’histoire. En effet, ce dernier a remporté le titre phare, à savoir le 100m nage libre. Michael Phelps ne s’y est jamais frotté. Cela lui aurait demandé sûrement un travail trop spécifique, qui l’aurait éloigné de ses objectifs. Je regrette vraiment qu’il ait préféré le quantité à la qualité, dominant outrageusement des épreuve qui, avouons-le, n’intéresse pas grand monde. Or, à l’occasion de certains relais, il a prouvé que le potentiel était là. Faire du 100m son ultime défi aurait été pour moi la marque d’un vrai champion…

Michael Phelps se moque évidemment bien de mes réserves. Il a 20 médailles olympiques, 15 titres… Moi aucune… Alors des fois, je me dis que je ferais mieux de me taire…

LITTLE MISS SUNSHINE : Du bonheur concentré !

littlemisssunshineaffiche

littlemisssunshineafficheDe l’autre côté de l’Atlantique, le cinéma hollywoodien est le premier à célébrer, parfois jusqu’à l’écœurement, les valeurs familiales traditionnelles. C’est parfois touchant, mais aussi très souvent carrément insupportable. Mais le cinéma américain plus indépendant est le premier, à l’inverse, à dynamiter ce modèle et à se moquer du conformisme qui règne en maître dans les studios de Los Angles. Un des meilleurs exemples reste une merveilleuse comédie : Little Miss Sunshine.

Un père qui essaye désespérément de vendre une méthode pour devenir un gagnant, une mère qui fait ce qu’elle peut, un grand-père obsédé et toxicomane, un oncle suicidaire et dépressif, un fils qui s’est voué au mutisme et surtout une fille qui ne rêve que d’une chose : remporter le concours Little Miss Sunshine, un concours de beauté, ce à quoi son physique ne la voue pas vraiment. Elle se retrouve pourtant sélectionnée et embarque tout ce petit monde dans une traversée du pays à bord d’un van aussi délabré que cette famille loin de l’idéal hollywoodien.

Je me rappelle très bien être allé voir Little Miss Sunshine au cinéma sans trop savoir à quoi m’attendre. Certes, le film était précédé d’une réputation flatteuse, ayant remporté de nombreux prix dans plusieurs festivals. Je me rappelle surtout en être ressorti débordant d’enthousiasme et de bonne humeur. Ce film s’apparente à du concentré de joie et d’optimisme, dynamitant le conformisme et le bonheur formaté. Il y a quelque chose d’Amélie Poulain, mais en plus mordant et en plus déjanté.

Little Miss Sunshine est une comédie incroyablement drôle, mais tellement plus que ça. Le film ne cherche pas à donner de leçon, si ce n’est que personne n’a à en donner à qui que ce soit ! Il s’en dégage une incroyable fraîcheur. L’histoire, récompensée par l’Oscar du meilleur scénario, connaît des rebondissements et réserve bien des surprises. Une vraie trame narrative au service d’un sujet pour un résultat incroyablement réjouissant. L’humour est plutôt subtil, jamais vulgaire. Lorsque Jonathan Dayton et Valerie Faris utilisent le premier degré, c’est toujours pour surprendre et surtout pour envoyer un missile au cœur des valeurs traditionnelles.

Little Miss Sunshine offre surtout une des scènes les plus extraordinaires de l’histoire du cinéma. Et oui, je n’ai pas peur de le dire ! Le passage du concours de beauté qui conclut le film reprend tout l’esprit dont il a fait preuve précédemment, mais en décuple toutes les qualités. C’est à mourir de rire et constitue surtout un pied de nez génial à tout ce qu’il y a de pire dans la culture américaine, et plus largement occidentale ! Un moment culte qui joue un grand rôle dans le succès commercial et critique de film indépendant… Enfin produit par la branche indépendante de la Fox, qui est donc prête à promouvoir les œuvres qui détruisent tout ce qu’une telle société représente… Enfin pour le coup, ils ont eu le nez creux !

littlemisssunshineLittle Miss Sunshine est un grand film surtout parce qu’il nous propose la plus incroyable galerie de personnages qui soit. Une bande d’anti-héros, qui joueraient le rôle de faire-valoir ou d’éléments comiques dans d’autres productions et qui tiennent là une formidable revanche ! Une merveilleuse inversion des rôles et des valeurs qui fait vraiment du bien. Car honnêtement, on peut plus facilement s’identifier à eux qu’aux modèles de perfection qui occupe les premiers rôles dans les blockbusters.

Little Miss Sunshine, c’est enfin un formidable casting. Au premier rang de celui-ci, Alan Arkin, dont la performance a été récompensée par un Oscar du second rôle, couronnant une carrière débutée en… 1957 ! La très jeune Abigail Breslin nous charme par son incroyable énergie et son charme dévastateur… malgré tous les efforts pour l’enlaidir. Mais le film repose quand même avant tout sur les deux valeurs sûres Greg Kinnear et Steve Carell, vieux routiers du cinéma comique américain, qui tiennent là tous deux deux le plus beau rôle de leur carrière.

Little Miss Sunshine est un chef d’œuvre qui ne paye pas de mine. Mais un vrai chef d’œuvre quand même.

Fiche technique :
Production : Big Beach films, Third Gear prod, Deep River prod, Bona Fide prod
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : Jonathan Dayton, Valerie Faris
Scénario : Michael Arndt
Montage : Pamela Martin
Photo : Tim Suhrstedt
Décors : Kalina Ivanov
Musique : Mychael Danna
Effets spéciaux : Look!
Directeur artistique : Alan Muraoka
Durée : 101 mn

Casting :
Greg Kinnear : Richard
Toni Collette : Sheryl
Steve Carell : Frank
Paul Dano : Dwayne
Abigail Breslin : Olive
Alan Arkin : Grandpa
Bryan Cranston : Stan

MAINS ARMEES : Classique mais efficace

mainsarmeesaffiche

mainsarmeesafficheRoschdy Zem semble avoir un physique de policier. En effet, il ne semble plus possible de réaliser un polar en France sans en faire le personnage principal. Après Go Fast et Une Nuit, voici Mains Armées, où il campe un inspecteur de police pris entre enquête et problèmes de famille. Un film ultra classique, tel que le cinéma hexagonal en a produit tant. Mais cela reste une spécialité locale et le résultat se montre encore une fois tout à fait digeste.

L’inspecteur Skali enquête avec son équipe basée à Marseille sur un trafic d’armes volées à l’OTAN en ex-Yougoslavie et dont on a retrouvé la trace dans plusieurs braquages. Pour poursuivre leurs investigations, ils se délocalisent à Paris. Afin de suivre une des pistes, il contacte Maya, sa propre fille, elle aussi dans la police, mais qu’il a abandonnée avant sa naissance. Des retrouvailles qui ne sont pas uniquement professionnelles.

Mains Armés est un film noir à la française. Une enquête qui sert de fil rouge, mais une intrigue qui s’intéresse avant tout aux personnages qui la mènent. L’équilibre entre les deux est capital pour assurer la réussite d’une telle histoire et celui de ce film est parfait. Des scènes à d’action policières, des pistes, des vraies, des fausses, des rebondissements, des tensions dans les équipes, un vilain à coincer… Bref, tous les ingrédients sont là…

Mains Armés repose beaucoup sur ses personnages. Ils sont plutôt réussis et cela contribue fortement à la réussite de ce film. On s’y attache assez facilement, même si ce sont de vrais archétypes. Certes, la relation père-fille compliquée n’est pas d’un intérêt fabuleux, mais elle est néanmoins parfaitement exploitée pour enrichir et faire avancer l’intrigue. Encore une fois, aucun élément de ce film n’est vraiment original, mais tout s’articule parfaitement bien. C’est en ça que l’on apprécie grandement le spectacle offert, au-delà de la légère impression de déjà-vue.

Pierre Jolivet a toujours réalisé des films plutôt populaires et souvent bien foutus. Mains Armés se situe dans cette droite lignée, puisque le film est plutôt rythmé et efficace. Certes son œuvre ne dégage pas une forte personnalité, mais on passe souvent un bon moment. Au moins, a-t-il mis son talent au service d’histoires très variées, du polar à la comédie romantique, avec la même réussite. Ses films ne bénéficient pas de la même promotion qu’une production Besson, mais rivalisent largement avec n’importe laquelle de ces dernières.

mainsarmeesArtistiquement, Mains Armés est donc plus efficace que véritablement abouti. Mais la réalisation est tout simplement au service de l’intrigue et de l’interprétation. Une sobriété qui n’a cependant rien à voir avec un aspect « téléfilm » que peuvent parfois revêtir certains longs métrages français. Pierre Jolivet nous propose du cinéma direct et sans fioriture, mais du cinéma quand même.

Les deux interprètes principaux tiennent parfaitement leur rôle. Ce n’est vraiment pas étonnant de la part de Roschdy Zem qui est déjà à la base un grand acteur et qui, on l’a vu, est ici dans son élément. Leila Bekhti est elle-aussi un niveau, malgré quelques maladresses. Elle explore un registre assez nouveau pour elle et confirme ainsi tout son potentiel. On attend avec impatience de la voir dans un grand rôle. A noter également l’apport de Marc Lavoine, donc le personnage est sûrement celui qui possède la personnalité la plus intéressante.

Mains Armés n’a donc rien d’inoubliable et brille pas par son originalité. Mais il reste une production solide et tout à fait divertissante.

Fiche technique :
Production : Mars Films, 2 4 7 Films, France 2 Cinéma
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Pierre Jolivet
Scénario : Pierre Jolivet, Simon Michaël
Montage : Jean-François Naudon
Photo : Thomas Letellier
Décors : Denis Seiglan
Musique : Sacha Sieff
Costumes : Chloé Lesueur
Durée : 105 mn

Casting :
Roschdy Zem : Lucas Skali
Leïla Bekhti : Maya Dervin
Marc Lavoine : Julien Bass
Nicolas Bridet : Simon
Nina Meurisse : Juliette
Eric Bougnon : Melik
Adrien Jolivet : Hector
Cyril Gueï : Benji
Marilyne Canto : Brigitte

VALEURS SURES

luciedecosse

luciedecosseA chaque édition des Jeux Olympiques, la France sait qu’elle peut s’appuyer sur deux sport qui fournissent toujours un contingent de médailles important pour notre pays. L’escrime et le judo ont toujours fait partie de nos points fort et ces olympiades le confirme… ou pas. La médaille d’or de Lucie Décosse se situe donc dans cette tradition. La déroute de nos escrimeurs beaucoup moins.

Le couronnement de Lucie Décosse est celui d’une immense championne. Un énorme palmarès : 3 fois championne du monde, 4 fois championne d’Europe, elle avait remporté l’argent à Pékin. Elle semblait donc promise à ce titre suprême. La maîtrise avec laquelle elle a remporté tous ces combats, toujours dominatrices, démontre incontestablement qu’elle était la plus forte et ne pouvais que l’emporter. Une grande favorite au rendez-vous, ce n’est pas forcément ce qu’on voit le plus dans ces JO surprenants. Si Teddy Riner écrase un peu la discipline médiatiquement, Lucie Décosse mérite également largement un vrai statut de star.

L’escrime est de loin la discipline qui a remporté le plus de médailles à la France dans l’histoire de l’olympisme. Plus d’une centaine. Mais on est cette fois bien parti pour un zéro pointé. Certes, on s’attendait à des JO difficiles puisque les résultats ont rarement été brillants depuis quatre ans, mais certainement pas à un tel fiasco. La faute à une génération moins brillante que le précédente (on peut difficilement incriminé les maîtres d’arme), mais aussi à une internationalisation de la discipline. On voit désormais sur les podiums des athlètes venus ailleurs que l’éternel quatuor France-Hongrie-Italie-Russie. Et c’est tant mieux, même si c’est à nos dépends !

VIE ETERNELLE

tonyestanguet

tonyestanguetIl ne faut jamais envoyer un champion à la retraite trop tôt. Voilà encore un lieu commun ! Mais ce qu’il y a de bien avec les lieux communs, c’est qu’il se vérifie quand même souvent. Il y a quatre ans, les JO de Pékin avait ressemblé à une tournée d’adieu pour Tony Estanguet. Porte drapeau, il avait été éliminé en demi-finale et on se disait alors que tout cela avait un goût de tour d’honneur pour le double champion olympique.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on s’était bel et bien trompé. En remportant un troisième titre olympique sur trois olympiades différentes, il est entré dans l’histoire du sport français et signé un exploit rare. Surtout que sa discipline est à la fois technique et physique et ne laisse aucune place à l’erreur. Une porte de ratée et on abandonne toute chance de médaille. La maîtrise avec laquelle il a dominé cette finale fut tout réellement sidérante, donnant l’impression que Tony Estanguet dominait les flots. Loin du sport spectacle, en toute humilité, il est tout simplement le champion ultime, celui auquel la victoire semble s’offrir de manière inexorable.

Les grands champions ne meurent jamais ! En voilà un nouveau lieu commun ! Mais il ressemble aujourd’hui un peu plus à une vérité historique.

808S & HEARTBREAK (Kayne West) : Potentiel gâché

808sHeartbreakkaynewest

808sHeartbreakkaynewestJ’aime la musique de pouffes, c’est un fait connu de tous et qui passe pour une vérité aussi immuable que deux et deux font quatre. Du coup, on m’imagine en train de me trémousser devant des clips où des créatures à forte poitrine se déhanchent de manière lascive… Ceci est évidemment de la pure calomnie, même si j’avoue que parfois, en faisant mon repassage, je bouge mon postérieur au rythme des tubes de Britney ou des Destiny’s Child. Mais on oublie trop souvent que la musique de pouffes peut tout aussi bien être chantée par des hommes. Parmi eux Kayne West et son album 808s & Heartbreak Un jeune homme qui possède un certain potentiel mais qui le gâche quelque peu.

Kayne West est à la fois un rappeur et un producteur à succès. Il est connu en particulier pour avoir gâché la cérémonie des MTV Awards en montant sur scène pour critiquer le choix du jury qui n’avait pas accordé le prix du meilleur clip à sa protégée Beyonce… ce qui fit réagir même Barack Obama. Au-delà de ça, il a sorti 7 albums, dont ce 808s & Heartbreak, sorti en 2008, et qui propose un son très R’N’B, pas vraiment représentatif de sa carrière plus tourné vers le hip-hop.

Commençons par ce qui fâche et gâche tout. Sur 808s & Heartbreak, Kaye West utilise l ‘Auto-Tune, un logiciel modulant la voix. Mais la question reste : pourquoi ? Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Parce qu’au final, cela donne l’impression de l’entendre au travers d’un téléphone qui ne capterait pas bien. Au mieux, cela donne un petit effet 80’s, mais sûrement pas du meilleur de cette décennie. Il a du trouver que cela faisait terriblement moderne, mais au final ça fait juste terriblement moche.

Et c’est vraiment dommage, car Kayne West a plutôt une belle voix. Pas forcément hyper originale et intéressante, mais suffisamment harmonieuse pour proposer beaucoup mieux que ce 808s & Heartbreaker. D’ailleurs, au détour d’un ou deux titres, on peut apprécier ce potentiel. Dans Love Lockdown ou encore Paranoid, on arriverait presque à faire abstraction des effets de déformation. Mais c’est surtout le dernier titre, une plage cachée, qui attise définitivement la frustration. Un titre enregistré en live, et donc sans le fameux logiciel, ce qui permet d’être définitivement convaincu du potentiel vocal du jeune homme.

Cependant, à côté de ça, même quand la partie chantée est sympa et dynamique (je parle de la mélodie, plus de la voix en elle-même), elle n’est que rarement mise en valeur par l’accompagnement instrumental. Certains morceaux ne sont soutenus que par un rythme très basique, voire même parfois carrément horripilant. Ca semble sorti d’une vieille boîte à rythme d’occasion et ça reste souvent très basique. Encore une fois, on a l’impression d’être de retour dans les années 80, mais on se rappelle pourquoi souvent on essaye d’oublier cette époque.

En fait, il faudrait reprendre tous les morceaux de 808s & Heartbreak, revoir les arrangements et les faire chanter par Kayne West sans toucher à sa voix. Dans ce cas-là, on aurait droit à un album de R’N’B fort sympathique. Au lieu de ça, on a droit à un mélange quelque peu indigeste, où les influences hip-hop ne viennent pas du tout enrichir le résultat, mais au contraire, le tire vers le bas.

808s & Heartbreak est donc un album totalement gâché par une série de choix artistiques particulièrement regrettables.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur cet album.

1.: Say You Will
Un long morceau d’introduction, qui commence de manière assez mélodieuse, même si l’instrumentation électro ne met pas du tout le chant en valeur. Ensuite, le titre se poursuit par un long instrumental sans intérêt.

2.: Welcome To Heartbreak
Une ambiance assez sombre pour un titre quelque peu transparent.

3.: Heartless
Un peu plus de rythme et dynamisme. La voix se lâche un peu et c’est tout de suite meilleur.

4.: Amazing
Pourquoi déformer la voix comme ça ? Cela gâche vraiment tout…

5.: Love Lockdown
Kaye West joue avec sa voix, pour un résultat plutôt intéressant.

6.: Paranoid
Une instrumentation épurée, de la conviction dans la voix et c’est bon !

7.: RoboCop
La voix se fait plus sexy. Serait vraiment pas du tout sans la déformation.

8.: Street Lights
Un titre totalement transparent.

9.: Bad News
La voix est plus aigüe et éloignée du micro. Effets ratés…

10.: See You In My Nightmares
La voix est de plus en plus déformée…

11.: Coldest Winter
La voix est plus pure dans titre qui sonne vraiment très années 80.

12.: Hidden Track, Pinocchio (freestyle live from Singapore)
Un live qui permet vraiment de mesure à quel point Kayne West a une voix vraiment sympathique.

LE POISSON VOLANT

yannickagnel

yannickagnelSeule la victoire est belle, qu’importe la manière. De ce soir, on retiendra surtout la médaille d’or sur 200m nage libre de Yannick Agnel. Qu’il ait gagné avec près de deux secondes d’avance restera une simple anecdote. Mais après sa remontée fantastique lors du dernier relais du 4x100m, le nageur a réalisé une performance incroyable et s’ouvre des perspectives qui donnent déjà l’eau à la bouche. Car le voilà grand favori de la distance reine, le 100m. S’il remportait une troisième médaille d’or, jeudi soir, il deviendrait en l’espace de quelques jours un de plus grands sportifs de l’histoire de notre pays.

La natation a longtemps apporté à notre pays une longue litanie de déceptions. Les trois médailles de bronze de Barcelone étaient alors considérés comme une performance historique. Puis vint le 0 pointé à Atlanta qui décida le DTN à prendre les mesures drastiques pour faire progresser la natation française. Roxana Maracineanu, puis Laure Manaudou et enfin Alain Bernard ont entraîné dans leur sillage toutes une génération qui est en train de déferler sur la natation mondiale.

Yannick Agnel a le potentiel pour devenir une immense star. Car en plus d’avoir écrasé la finale du 200m, il faut quand même rappeler qu’il était le plus jeune participant de la finale. Il pourrait connaître le parcours que Laure Manaudou n’a finalement pas connu, ne s’étant jamais remise de sa rupture avec Philippe Lucas alors qu’elle était au sommet. On peut désormais espérer le voir devenir une star mondiale, marquant durablement l’histoire d’un de deux sports olympiques phare, statut acquis par la seule Marie-Jo Pérec.

Le nageur niçois ne sera sûrement jamais Mark Spitz ou Michael Phelps. Mais il a les moyens de devenir l’égal d’un Alexandre Popov ou d’un Peter Van Den Hoogenband. Bref, une légende… Celle de Yannick Agnel reste encore largement à écrire. Mais les premiers chapitres sont prometteurs !

TOUT SUR MA MERE : Tout Almodovar

toutsurmamereaffiche

toutsurmamereafficheTous les artistes parlent toujours un peu d’eux-mêmes à travers leurs œuvres. Pour certains, c’est tout à fait évident. Pedro Almodovar en est sûrement un des exemples les plus évidents. L’ambiguïté sexuelle et de genre, les rapports parentaux complexes peuplent son œuvre et font forcément écho à des éléments de sa propre existence. De toute façon, peut-on réaliser un film intitulé Tout Sur Ma Mère sans y mettre un peu de soi ?

Manuela vit seule avec son fils. Elle a toujours refusé de lui parler de son père mais s’apprête, pour son anniversaire, à lui révéler qui il est réellement. Elle n’en aura pas l’occasion car il meurt fauché par une voiture. Sa mère va alors quitter Madrid pour Barcelone, sur les traces de sa propre jeunesse, pour retrouver son père et lui révéler le décès d’un fils qu’il ignore avoir.

Pour beaucoup, et moi y compris, Tout Sur Ma Mère est le plus beau film jamais réalisé par Pedro Almodovar. Peut-être parce que c’est celui qui parle le plus de ses thématiques récurrentes et, on peut le supposer, celui dans lequel il a mis le plus de lui même. Une œuvre qui dégage une incroyable émotion, dépassant la simple fiction aux personnages torturés, pour nous offrir un grand moment d’humanisme. Même si les circonstances et les évènements sont quelques peu exceptionnels, il y a forcément des éléments de cette histoire qui parle à chacun d’entre nous.

Si le point de départ de Tout Sur Ma Mère est le plus dramatique qui soit, la perte d’un enfant, le film n’est jamais sinistre. Il ne s’agit pas d’un film sur la mort, même pas vraiment sur le deuil, mais parle bien de la vie, de la manière dans notre existence est marquée par nos passions et notre amour, qu’il soit charnel ou familial. Tous les personnages de ce film nous font partager leurs émotions. Cependant, même quand elles sont plutôt négatives, on les ressent comme des éléments qui forgent qui ils sont vraiment et qui leur permettent d’avancer.

De plus, Tout Sur Ma Mère est plein de cet humour si particulier de Pedro Almodovar. Ce dernier possède un recul sur sa propre création, apporte cette pointe de dérision qui montre qu’il ne se prend jamais tout à fait au sérieux. On est loin d’une description du malheur qui se renfermerait sur lui-même. Non, la vie est fait de larmes et de rires et parler de l’un sans l’autre n’a pas vraiment de sens et enlèverait toute sa force à l’histoire.

toutsurmamereTout cela permet au spectateur de ressentir une incroyable tendresse pour l’ensemble des personnages. C’est ainsi que l’on arrive à vraiment et totalement entrer dans l’histoire, à partager les sentiments et les émotions. Pedro Almodovar nous invite à partager son propos et ne se contente pas de nous l’exposer de manière académique. Certes, certains protagonistes sont hauts en couleur, mais son étonnamment proches de nous, nous démontrant à chaque fois que la notion de différence n’a guère de sens.

Comme à son habitude, Pedro Almodovar dirige dans Tout Sur Ma Mère un formidable casting. Il fait partie de ces réalisateurs qui subliment le jeu de leurs comédiens. Cecilia Roth est absolument fabuleuse de justesse et d’émotion. A ses côtés, deux grandes étoiles du cinéma espagnol brillent de mille feux : la sublime Marisa Paredes et Penelope Cruz, qui était alors très jeune.

Tout Sur Ma Mère est un chef d’œuvre du cinéma européen. Bouleversant, triste et drôle, il délivre un flot ininterrompu d’émotions pour un film passionnant.

Fiche technique :
Production: El Deseo Filmes, Pathé, Renn Productions
Réalisation: Pedro Almodovar
(Talons Aiguilles, En Chair et en Os)
Scénario: Pedro Almodovar
Photo : Alfonso Beato
Musique : Alberto Iglesias
Son : Miguel Rejas
Montage : Jose Salcedo (100 mn)

Casting :
Cecilia Roth : Manuela
Marisa Parédès : Huma Rojo
Penelope Cruz : Hermana Rosa
Antonio San Juan : Agrado
Eloy Azorin : Esteban

PUTAIN, QUEL PIED !

relaisnatation

relaisnatationIl y a quatre ans, je m’étais levé au beau milieu de la nuit pour regarder le relais 4x100m de natation. A l’époque, on espérait une médaille, voire même, l’or mais sans trop oser y croire. Puis la course commença et tous s’enchaîna comme dans un rêve. Seul dans mon salon, à 4h du matin, je commençais à sauter d’enthousiasme. Alain Bernard, le meilleur sprinteur au monde, prenait son relais, le dernier, avec une véritable avance. Plus rien ne pouvait nous arriver, la course était gagnée… Et pourtant…

Ce moment-là fut un des plus forts que je n’ai jamais vécu grâce au sport, même si ce fut dans la déception. Jamais je n’oublierai les émotions vécues cette nuit-là et revoir cette course continue de me faire quelque chose. Ce soir, je viens de vivre une émotion comparable, mais dans le sens inverse. Et c’est évidement tellement meilleur. Car ce sentiment de revanche décuple la joie procurée par cette médaille d’or. Cette réécriture de l’histoire, avec ce scénario inversé, a quelque chose de « trop beau pour être vrai ! ». Un enchaînement des évènements comme seul le sport peut en proposer et qu’on oserait imaginer si on devait les écrire à l’avance. C’est juste le pied absolu !

Voilà ce soir, j’ai sauté comme un con tout seul dans mon salon ! J’ai crié sûrement assez fort pour que mes voisins soient au courant ! Et quelques larmes étaient au bord des yeux ! Surtout que cela vient avec une très belle journée de sport avec ces trois autres belles médailles. Camille Muffat a réussi à remporter le titre en étant archi-favorite, ce qui n’est jamais facile. Cela peut passer pour un lieu commun, mais les résultats des épreuves de natation depuis le début de ces Jeux montre que la hiérarchie a vite fait d’être bousculée !

Les relayeurs français l’ont fait ! (mais ils sont où les Australiens?). Et putain, qu’est ce que c’est bon !

 

LA MORT DANS UNE VOITURE SOLITAIRE (Hugues Pagan) : Pas vraiment mortel

lamortdansunevoituresolitaire

lamortdansunevoituresolitaireLe flic, c’est bien connu, est particulièrement sujet à la dépression. Enfin dans les polars, même si, vu la difficulté du métier, on peut facilement imaginer que cela soit également le cas dans la vraie vie vraie. Cela procure une source inépuisable de personnages torturés, plongés dans une logique d’auto-destruction. La Mort dans une Voiture Solitaire, d’Hugues Pagan, publié en 1982, se situe dans cette droite lignée.

L’inspecteur principal Schneider est amené à enquêter sur la mort de Mayer, un malfrat local. Cela tombe bien car il a bien des choses à oublier, bien des pages à tourner. Mais se plonger dans son travail n’est-il pas le meilleur moyen de s’y noyer ?

Hugues Pagan sait de quoi il parle puisqu’il est lui-même un ancien policier. La Mort dans une Voiture Solitaire fut son premier roman. Il en a depuis signé bien d’autres et a également beaucoup travaillé pour la télévision. Il est notamment l’auteur de la série Mafiosa que l’on a pu voir sur Canal+. On sent d’ailleurs dans La Mort Dans une Voiture Solitaire qu’il est encore très attaché à son ancienne profession car il laisse une large part à la description du fonctionnement de la police. Son parcours rappelle un peu celui d’Olivier Marshall, l’un derrière la plume, l’autre derrière une caméra.

Globalement, la Mort dans une Voiture Solitaire s’assimile plus à un livre sur les policiers qu’à une enquête pure et dure. Cette dernière est un fil rouge, avec un certain suspense, mais ne constitue pas forcément la principale source d’intérêt. C’est son impact sur le moral et les états d’âme de l’inspecteur Schneider qui forment le cœur de cet ouvrage. On est là dans la pure tradition du roman noir. On aurait envie de dire « à l’américaine », mais notre pays est également un producteur important de ce genre littéraire. Mais avoir une intrigue policière, au sens classique du terme, un peu plus développée n’aurait rien gâté.

Malheureusement, la Mort dans une Voiture Solitaire fonctionne moyennement. C’est riche et particulièrement touffu, mais ça ne passionne pas forcément. L’attachement aux personnages reste quand même assez minime, y compris au personnage principal, ce qui est quand même un tantinet embêtant. On reste largement en dehors de cette histoire trop dense pour qu’on puisse s’y glisser sans effort. Globalement, ce roman ne se démarque pas vraiment de la tradition dans laquelle il s’inscrit, ce qui peut être vu comme une force, mais qui constitue pour moi avant tout pour moi ici une faiblesse.

De plus, la Mort dans une Voiture Solitaire n’est pas franchement bien écrit. Ce n’est pas toujours très clair, alors que les personnages sont nombreux. On s’y perd et on progresse dans le roman avec effort, pour ne pas dire peine. Cela aurait pu coller avec l’ambiance générale du roman, mais cela contribue avant tout à laisser le lecteur en dehors de l’histoire. Cela nuit parfois même à la compréhension, ce qui est encore plus gênant. En ce sens, on pourrait comparer Hugues Pagan à John Le Carré, mais sa plume est quand même très loin (c’est un euphémisme) de valoir celle de l’auteur de l’Espion qui Venait du Froid. Bref, la lecture de ce roman ne s’apparente pas du tout à un moment de détente légère.

La Mort dans une Voiture Solitaire m’a donc moyennement convaincu, pour ne pas dire que sa lecture fut un peu pénible.