UN PROPHETE : Je prophétise une pluie de Césars

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unpropheteafficheParmi les grands réalisateurs français, Jacques Audiard figure en bonne place. Bon sang ne sachant mentir, on sent chez lui un vrai amour et un vrai respect du cinéma. Contrairement à bien de ses collègues nationaux, il connaît la différence entre un long métrage et un téléfilm. Un Prophète, récompensé à Cannes par le Grand Prix du Jury, vient confirmer l’immense talent de ce grand cinéaste, même si j’émettrai quelques bémols personnels.

Malik a 19 ans et vient d’écoper de 6 ans de prison. Il tente de rester à l’écart de la vie carcérale, de ses clans et de sa violence. Mais la réalité vient vite le rattraper et il tombe sous la coupe de César Luciani, gangster corse qui règne en maître sur la prison. Pour lui et pour sauver sa propre vie, il devra tuer un autre détenu.

Un Prophète est un film sombre et dur. Mais c’est aussi un film surprenant, dont le scénario ne vous mènera pas là où vous le pensiez. La morale de l’histoire est dérangeante et ambiguë. Le parcours de Malik n’est absolument pas tracé d’avance et ne formera en rien une ligne droite. Ce film intrigue, questionne, prend le spectateur à témoin d’une réalité où rien n’est blanc, ça c’est certain, mais où le noir a lui aussi bien des nuances. On pourra reprocher à Jacques Audiard de ne pas avoir forcément apporté de réponses aux questions que son film soulève. Mais y’a-t-il vraiment de réponses à des questions aussi complexes ?

Un Prophète, c’est également deux magnifiques performances d’acteurs. Ne cherchez plus le prochain César du Meilleur Espoir Masculin, il s’appelle Tahar Rahim. Il pourrait même n’être pas très loin d’emporter également celui du Meilleur Acteur. Son jeu n’est peut-être pas flamboyant, mais il est d’une troublante justesse. Il incarne avec le même bonheur et le même talent toutes les phases de l’évolution de son personnage.

A ses côtés, le prochain César du Meilleur Acteur dans un Second Rôle, Niels Arestrup, un vieux routier du cinéma français. Déjà à l’affiche de De Battre, mon Cœur s’est Arrêté, il se voit offrir par Jacques Audiard un deuxième rôle à la hauteur de son immense talent. D’ailleurs pour incarner aussi magistralement « César Luciani » quand on s’appelle Niels Arestrup, il ne faut pas en manquer !

unpropheteLa caméra de Jacques Audiard ne se contente pas rester posée là, en attendant que ça se passe. La lumière, le montage, les mouvements à l’intérieur même des plans sont là pour aider à raconter l’histoire et souligner l’émotion des personnages. Certes, il en fait peut-être parfois un peu trop, mais cela reste toujours bref et de toute façon cent fois plus intéressants et orignal que la manière de filmer de la plupart de ses collègues français.

Le petit bémol vient pour moi du rythme imprégné à Un Prophète. Ce film aurait duré 2h, au lieu de 2h30, il aurait été incontestablement un très grand film. Certes, cette durée permet au scénario de louvoyer, nous plongeant dans une abîme de perplexité, nous demandant comment tout cela va donc pouvoir finir. Mais elle nous fait aussi souvent flirter avec le bord de la falaise de l’ennui. On n’y tombe jamais, mais on se fait parfois un peu peur à l’idée d’y sombrer.

Un Prophète est donc un film exceptionnel par bien des points. Mais la perfection n’étant pas de ce monde, il rate de peu le statut de chef d’œuvre.

Fiche technique :
Production : Why not productions, chic films, page 114
Réalisation : Jacques Audiard
Scénario : Thomas Bidegain, Jacques Audiard
Montage : Juliette Welfling
Photo : Stéphane Fontaine
Décors : Michel Barthélémy
Distribution : UGC distribution
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 149 mn

Casting :
Niels Arestrup : César Luciani
Tahar Rahim : Malik 

LIGNE DROITE ET CHEMIN SINUEUX

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teddyrinerchampiondumondeCe week-end nous avons pu voir deux façons d’utiliser un immense talent. Certes, les deux conclusions furent heureuses pour le sport français, mais les parcours nettement moins.

D’un côté, Teddy Riner, 20 ans qui vient de conquérir le plus tranquillement du monde son troisième titre de champion du monde de judo. Tellement tranquillement qu’on est déjà en train de s’interroger pour lui sur les prochains challenges qui pourraient le motiver. Certes, d’ici 2012, on est tranquille, Teddy Riner restera sur les tatamis pour conquérir l’or olympique, après son « échec » tout relatif de Pékin.

Evidemment, rien ne dit que l’année prochaine un champion de même envergure que lui ne surgira pas pour le mettre en difficulté. En attendant, à un âge où bien des sportifs sont encore affublés du titre d’espoir, Teddy Riner aura été ce que tout sportif aspire à être. Le meilleur, sûr de sa force et dominateur !

francebelgiquebasketDe l’autre côté, l’équipe de France de basket a réussi à se qualifier pour le prochain Euro de basket par la plus petite des portes. Ils auraient cherché à le faire exprès, ils n’y seraient par arrivés. Mais comment se fait-il qu’une telle équipe, composée de telles individualités en arrivent-elles là ? Et ce, de manière récurrente !

Il y’a quelque chose que tout le talent du monde ne pourra remplacer dans le sport de très haut niveau, c’est l’implication ! Il n’y a pas de place ici pour le je-m’en-foutisme et l’a peu près ! Le niveau est trop élevé pour que l’on puisse triompher en faisant les choses à moitié, sans une totale concentration. Alors de temps en temps, au pied du mur, elle se réveille et nous démontre qu’elle est bien une des meilleures équipes d’Europe.

Peut-être que cette équipe deviendra championne d’Europe d’ici un mois. Peut-être que cela soulèvera plus d’enthousiasme que la victoire si tranquille et attendue de Teddy Riner. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Peut-être, mais si l’équipe de France de basket pouvait prendre exemple sur notre judoka et arrêter de créer le péril elle-même, pas sûr qu’on l’aimerait moins…

NEW MASTERS (Cat Stevens) : Une trahison pas si désagréable !

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newmasterscatstevensCela fait un bout de temps que je n’ai pas écrit un avis musical. Déjà parce que j’avoue ne pas être super à l’aise dans l’exercice. De plus, il demande d’écouter vraiment un album avec un stylo et une feuille pour prendre des notes à portée de main, ce qui n’est pas vraiment compatible avec mon emploi du temps.

Je vais donc continuer à explorer la carrière de Cat Stevens… dans l’ordre alphabétique. Oui, je sais, j’aurais mieux fait de les écouter dans l’ordre chronologique, mais que voulez-vous, je n’ai pas que des bonnes idées.

New Masters est le second album de la carrière de Cat Stevens, sorti en 1967, tout comme le premier Mattew and son. C’est aussi un échec commercial. Pour beaucoup, la faute en revient au producteur, Mike Hurst, qui a renforcé l’instrumentation de la plupart des morceaux, ce que a toujours déploré Cat Stevens, qui trouvait ça complètement superflu.

En effet, pour ceux qui l’ignoreraient encore, la musique de Cat Stevens, c’est avant tout une voix parmi les plus extraordinaire de l’histoire. Une voix unique, sublime et fascinante. Il constitue le principal instrument des oeuvres de Cat Stevens, même si à côté de ça, ils se caractérisent par une instrumentation très complexe, toujours interprétée par une grande variété d’instruments et marquée par de nombreux changements de rythme. Rien ne sonne comme du Cat Stevens, à part du Cat Stevens. Et il faut bien avouer que New Masters ne sonne pas tout à fait comme du Cat Stevens.

Ici, la plupart des morceaux reposent sur un schéma musical beaucoup plus classique que d’habitude, avec une voix posé sur une partie instrumentale. On ne retrouve pas la fusion entre les instruments et la voix de Cat Stevens qui rend sa musique tellement extraordinaire.

Cependant, New Masters est-il un mauvais album ? Non, loin de là, car tant de talent, même contraint au classicisme, reste du talent. Et Cat Stevens en a foison. L’album est très homogène. Il ne comporte qu’un seul « classique », First Cut is the Deepest, mais aucune chanson vraiment à jeter. Le côté un peu expérimental de la musique de Cat Stevens fait qu’il y’a souvent un ou deux morceaux dans chaque album qui ont le mérite d’être originaux… mais pas toujours très audibles. Rien de cela ici. Quelque part, on peut le regretter, mais notre oreille ne s’en plaint pas forcément.

Après cet album, Cat Stevens changera de maison de disque et son oeuvre prendra l’envol artistique que l’on connaît. Même renié par son géniteur, New Masters reste quand même un vrai moment de plaisir musical.

A noter, que l’album original ne comportait que 12 morceaux. Les sept suivants sont des faces B rajoutés lors de l’édition en CD.

Parcourons donc cet album :

1.: Kitty

Une chanson au ton gai, enjoué et entraînant. Très rythmé, le chant est ici plus martelé que mélodique.

2.: I’m So Sleepy

Une chanson douce, presque enfantine. Le rythme ressemble à celui d’une berceuse, dégageant une grande sérénité.

3.: Northern Wind

Le morceau voit le rythme, l’instrumentation et la voix monter au fur et à mesure. L’effet est très classique, mais fonctionne parfaitement.

4.: Laughing Apple

Une chanson guillerette et entraînante. Le résultat est pas mal du tout !

5.: Smash Your Heart

Un morceau aux airs mélancoliques, mais un peu répétitifs.

6.: Moonstone

Une chanson légère et dynamique. Les variations de rythmes sont très classiques chez Cat Stevens et donnent encore une fois un résultat excellent.

7.: First Cut Is The Deepest

Un classique de Cat Stevens. Une chanson douce et mélancolique dans le premier couplet, plus qui devient plus dynamique dans le refrain et les couplets suivants.

8.: I’m Gonna Be King

Un morceau léger avec une instrumentation minimaliste…enfin surtout par rapport au reste de l’album.

9.: Ceylon City

Une chanson guillerette, aux allures de comptine, mais sur une instrumentation complexe.

10.: Blackness Of The Night

Un morceau au ton plus grave, comme l’est la voix de Cat Stevens; dégageant une grande profondeur.

11.: Come On Baby (Shift That Log)

Un morceau au rythme plus lent. Le résultat est relativement transparent, même s’il nous permet la superbe voix de Cat Stevens.

12.: I Love Them All

Une chanson dynamique qui sonne comme une conclusion (c’est la dernière de l’album dans sa version originale). Ce n’est pas la plus originale, ni la plus intéressante de l’album, mais le résultat est agréable.

13.: Image Of Hell

Un morceau dont le rythme est celui d’un slow, aux élans de tristesse transmis par la voix de Cat Stevens.

14.: Lovely City (When Do You Laugh?)

Une chanson dynamique, mais sans relief.

15.: View From The Top, The

Une ballade sympathique, où Cat Stevens pousse un peu sa voix, ce qui est chose rare dans cet album.

16.: Here Comes My Wife

Un morceau gai, rythmé et plein d’énergie.

17.: It’s A Super (Dupa) Life

Une chanson très dynamique et rythmée. L’énergie vient avant tout de l’instrumentation, chose rare chez Cat Stevens.

18.: Where Are You

Une ballade mélancolique dans un style différent de ce que nous propose d’habitude Cat Stevens. Très classique au début, mais l’instrumentation variée est finalement assez typique.

19.: Bad Night, A

Un morceau très rythmé, aux sonorités jazz. Un très bon morceau pour finir.

L’ERE PRIMAIRES

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primairespsBon, c’est vrai, j’aurais pu rédiger cet article il y’a quelques jours déjà. Cependant, j’ai même failli ne pas du tout l’écrire. En effet, je n’ai pas vraiment d’opinion sur cette histoire de primaires, ouvertes, pas ouvertes, à qui, pour quels candidats… Toutes les options me semblent comporter des avantages et des inconvénients (comme tout dans la vie me direz-vous) et chacune ne m’apparaît comme une meilleure idée dans l’absolu, tout dépend ce que l’on en fait.

Finalement, il semblerait que le consensus se fasse autour de l’idée de primaires ouvertes à l’ensemble des sympathisants et à l’ensemble des partis de gauche qui le voudront bien. Et après mûre réflexion, il me semble que cela représente la meilleure option.

Déjà, il y’a un consensus qui se dégage, ce qui est déjà un exploit quand on parle du PS. Je n’ai rien contre Paul Quilès, ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur tout de même, mais tant que cela restera la seule voix discordante, nous n’avons pas trop de soucis à nous faire. Donc pour une fois qu’on est tous d’accord sur quelque chose dont on parle dans les journaux, profitons en !

Une des interrogations portent sur la participation des autres partis de gauche, principalement les Verts et le PC, voire éventuellement le Parti de Gauche. A mon sens, ils commettraient une grave erreur de ne pas y participer. Nous avons assez entendu les candidats de ces partis se plaindre du faible intérêt médiatique qui leur était porté. Il y’a toutes les chances que cela se reproduise en 2012. Vu que Daniel Cohn-Bendit ne semble pas vouloir se présenter, je doute que les caméras se bousculent pour interviewer un Alain Lipietz ! Ces primaires seraient donc l’occasion pour ces partis d’avoir un écho médiatique inaccessible par ailleurs.

De nombreux commentaires ont également souligné le PS le danger que représenterait la victoire d’un représentant d’un autre parti ou d’un indépendant (cette dernière me semblant l’hypothèse la plus envisageable, hors changement d’avis de Dany). Et là, je suis en fort désaccord avec ce qui est dit. Le PS manque d’un leader fort, ce n’est pas un scoop et un tel scénario ne ferait que confirmer ce que tout le monde sait déjà pertinemment. Au moins, une candidature hors PS règlerait le problème pour 2012. Et cela n’enlèvera pas au PS ses milliers d’élus locaux et les collectivités qu’ils contrôlent… ni les moyens financiers que cela génèrent ! Qu’on le veuille ou non, c’est un élément important pour la pérennité d’une formation politique et dans ce domaine le PS n’a pas encore d’inquiétudes à se faire.

Enfin, ces primaires seront un très bon entraînement pour apprendre à parler à d’autres personnes que les militants socialistes. Les campagnes internes au PS sont des combats certes tout à fait respectables, mais pour vivre ça de l’intérieur, il faut bien avouer que les considérations qui font la décision n’ont que peu de poids dans le monde extérieur. Ces primaires forceraient les candidats à la candidature de s’y plonger dès le début du processus. Et ça, ce serait vraiment, mais alors vraiment une bonne nouvelle !

LE HUITIEME SORTILEGE (Terry Pratchett) : Quand les Monty Python couchent avec Tolkien

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lehuitiemesortilegeLes annales du Disque-Monde constituent une des séries les plus célèbres du monde de l’heroic fantasy. Par sa qualité tout d’abord, mais surtout pour son ton unique et inimitable. En effet, les annales du Disque-Monde sont parmi les livres les plus hilarants jamais écrits. L’absurde et le 27ème degré sont présents à toutes les pages. Le 8ème sortilège est le deuxième tome de cette étonnante saga (donc chaque tome peut être lu indépendamment).

Le Disque-Monde est menacé de destruction. Pour les sauver, les 8 sortilèges originels doivent être invoqués en même temps. Le problème est que le 8ème s’est retrouvé par accident dans la tête du plus mauvais sorcier de l’histoire, Rincevent. Accompagné de Deux-fleurs, de son bagage (les adeptes de la série comprendront !) et de Cohen le Barbare, il s’en va donc pour sauver le monde…

Le Disque-Monde est dans la forme l’antithèse absolue du Seigneur des Anneaux. Ceux que ce dernier ennuie profondément (pauvres d’eux !) trouveront peut-être ici une bonne, que dis-je une très bonne raison, de se réconcilier avec l’heroic fantasy. En fait, cette lecture est à conseiller au moins autant aux fans des Monty Python. D’ailleurs, le fait que tout ce petit monde soit britannique n’est pas non plus complètement un hasard. Terry Pratchett a su mixer les deux influences pour former ce cocktail détonnant.

Même si Rincevent, comme précédemment mentionné, était à la magie ce que la bicyclette est au bourdon, il bénéficiait tout de même d’un privilège accordé aux hommes de l’art : à l’heure du trépas, ce serai la Mort elle-même qui viendrait réclamer son dû (au lieu de refiler le boulot à une personnification anthropomorphique et mythologique d’échelon inférieur, comme c’est souvent le cas) Ce petit extrait est un excellent exemple de l’humour de Pratchett. Le livre regorge de métaphores, de détails, de remarques, d’aparté, qui ne font pas avancer l’intrigue mais nous plie souvent en deux. Il y’a une imagination dans l’écriture que je n’ai trouvé que chez un Frédérique Dard, dans un style très différent. Créer un monde délirant est déjà une grande preuve d’imagination, mais le décrire avec une écriture aussi créative tient du prodige !

Mais à côté de ça, il y’a une vraie intrigue. Bien sûr, tout cela n’apparaît parfois que comme un prétexte aux délires de l’auteur, mais elle est bien réelle, construite et pleine de rebondissements. Disons-le tout net, le suspense n’est pas insoutenable, mais là encore, on prend plaisir à voir où l’imagination de l’auteur va nous conduire. Et ce n’est pas toujours là où on s’attendait, même si la trame narrative est sans doute ce qu’il y’a de plus classique dans Le Huitième Sortilège.

Le seule reproche que l’on peut peut-être formuler à l’encontre du Huitième Sortilège est peut-être que toutes les qualités que je viens de citer précédemment sont tellement présentes qu’elles pourraient en lasser certains. Personnellement, j’en redemande, mais je peux comprendre que certains trouvent que c’est un peu « too much ». Nous pourrons donc disserter sur ce sujet passionnant : trop d’humour tue-t-il l’humour ?

Les Annales du Disque-Monde sont un univers que je pénètre à peine puisque je n’ai pour l’instant lu que les deux premiers volets. Mais avec le Huitième Sortilège, je comprends déjà pourquoi elle connaît un tel succès !

FAUTEUILS D’ORCHESTRE : Le meilleur du cinéma français !

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fauteuilsdorchestreafficheJe reproche souvent au cinéma français ses scénarios paresseux, se contentant de décrire les états d’âmes de ses personnages, sans trame narrative digne de ce nom. Fauteuils d’Orchestre est un peu à ranger dans cette catégorie… sauf que ce coup-ci tout fonctionne parfaitement et le résultat donne un film très plaisant, particulièrement intelligent et surtout pas ennuyeux une seule seconde.

Jessica débarque de Macon à la recherche d’un travail et d’un logement. Elle trouve une place de serveuse au Bar des Théâtres. Elle y croisera un pianiste qui rêve de liberté, un collectionneur d’art qui vend toute sa collection et une vedette de la télé qui rêve d’être considérée comme une grande actrice.

Fauteuils d’Orchestre est donc un film de personnages, et par la même occasion un film de comédiens. D’ailleurs, l’affiche ne nous montre pas autre chose puisque nous pouvons y voir les portraits de tous ceux qui constituent un casting plutôt prestigieux. Le personnage central est interprété par une Cécile de France rayonnante de fraîcheur et d’enthousiaste, parfaite dans ce rôle de femme enfant, candide et avide d’expériences et de découvertes.

Mais les deux étoiles du casting de Fauteuil d’Orchestre sont deux acteurs « comiques » employés ici plutôt à contre-emploi. Et comme souvent, c’est une totale réussite. Enfin, peut-on encore considérer que le registre d’Albert Dupontel se limite au comique ? Il a prouvé à de nombreuses reprises qu’il est un acteur complet et surtout fantastique. Ce film en est une nouvelle preuve.

A ses côtés, Valérie Lemercier trouve là sans doute le rôle le plus abouti de sa carrière. Bien sûr, elle nous livre toujours les mêmes mimiques, mais avec cette fois, infiniment plus de retenu et surtout de justesse que d’habitude. Et surtout, il y’a beaucoup plus que cela qui ressort de son jeu, une grande faiblesse sous le vernis de la star adulée de tous.

fauteuilsdorchestreGrâce au talent de ses acteurs et du talent de scénariste de Danièle Thomson, Fauteuils d’Orchestre est un film divertissant. Les personnages dégagent une sympathie extrême, leur situations sont souvent cocasses et même si toutes ces petites histoires n’en forment pas une grande, on a plaisir à les suivre. On attend de voir où chacune d’elle va nous mener, ce qui maintient l’intérêt du spectateur de bout en bout, un exploit dans ce genre de production hexagonale.

Mais Fauteuils d’Orchestre est aussi un film intelligent, qui possède un vrai fond. Une belle réflexion sur l’enfermement que peut représenter un statut social. La plus part des personnages ont très bien réussi leur vie, allant au bout de leurs ambitions. Mais du coup, les autres ont du mal à comprendre qu’ils aient envie d’autre chose puisqu’ils ont ce dont les autres rêvent. Une réflexion remarquable sur la différence entre le bonheur et la réussite. Une vraie leçon à méditer !

Fauteuils d’Orchestre est donc un des meilleurs exemples de ce que le cinéma français peut nous offrir de mieux et d’unique. Une perle rare donc !

Fiche technique :
Production : Studio Canal, TF1 Films Production, Radis Films Production
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : Danièle Thompson
Scénario : Danièle Thompson, Christopher Thompson
Montage : Sylvie Landra
Photo : Jean-Marc Fabre
Décors : Michèle Abbe
Son : Michel Kharat
Musique : Nicola Piovani
Durée : 106 mn

Casting :
Cécile de France : Claudie
Valérie Lemercier : Catherine Versen
Albert Dupontel : ean-François Lefort
Christopher Thompson : Frédéric Grumberg
Guillaume Gallienne : Pascal
Laura Morante : Valentine
Claude Brasseur : Jacques Grumberg
Suzanne Flon : Mme Roux
Dani : Claudie
Sydney Pollack : le réalisateur américain

AU BONHEUR DES GROS

bordeauxetlesgros

bordeauxetlesgrosAprès seulement trois journées de championnat, le classement de la Ligue 1 ressemble déjà au classement final donné par les pronostics : Bordeaux en tête, suivi de Lyon, Paris et Marseille. Si le PSG ne s’était pas écroulé dans les cinq dernières journées de la saison précédente, cela aurait été également le quatuor gagnant de cette dernière. Un Big Four à la française semble donc bien né et c’est une bonne nouvelle sur bien des points.

Déjà, cela ne peut avoir un impact que positif sur les résultats des clubs français en Coupe d’Europe. Pas tant par l’expérience, argument pourtant le plus souvent avancé. C’est important certes, mais elle ne remplacera jamais le talent et son absence est souvent une excuse facile au manque de courage et d’abnégation et à la défaite qui en résulte. Par contre, au niveau financier, une participation régulière à la Ligue des Champions permet d’acquérir une solidité inaccessible sans cela. La campagne de recrutement de Lyon en est la meilleure démonstration. Les millions dépensés ne sont pas sortis de nul part, mais de la participation régulière depuis 6 ans au deuxième tour de la Ligue des Champions.

L’autre bonne raison de se réjouir est que tout cela est bon pour le spectacle. Il suffit de regarder régulièrement la Ligue des Champions pour voir que ce sont les grands joueurs qui font les grands matchs. Et pour des raisons bassement salariales, les grands joueurs jouent dans les grands clubs. Alors, quand une équipe arrive à conjuguer un collectif bien rôdé avec des individualités de premier temps, ce sont les spectateurs qui se régalent. Tous ceux qui voient jouer Bordeaux ces derniers temps ne pourront qu’être d’accord. On pourra me raconter ce que l’on veut, mais la victoire de la Grèce à l’Euro 2004 était peut-être rafraîchissante mais fut une curée pour le spectacle footbalistique proprement dit.

Que les éternels romantiques se rassurent. Rien ne prouve qu’un Toulouse, un Rennes ou même une équipe que l’on attendait pas du tout ne viendra pas se mêler à la course aux titres. Cependant, cette spécificité française qui veut qu’un grand nombre de clubs soient tour à tour champions (enfin avant les 7 titres consécutifs de Lyon) est peut-être une nouvelle tradition qui va se perdre.

LA RENTREE DU BON PIED !

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rentreeEt voilà, j’ai donc repris le chemin de l’école… Enfin du bureau ! J’ai retrouvé les copains, les copines… Enfin les collègues… Ah oui, mais non, c’est vrai que je n’en ai pas ! Je ne retrouve même pas mon Président qui est parti en vacances, sans faire le nécessaire pour que je sois payé ce mois-ci !

Mais bon, plaie d’argent n’étant pas mortelle, cela n’entame pas une seule seconde mon bonheur, oui mon bonheur, de reprendre une activité normale comme dirait l’autre. Rassurez-vous, je ne suis pas devenu workaholic, ce n’est pas mon genre. Mes deux premiers réveils furent très difficiles et j’avoue m’être accordé un peu de rab de sommeil ! Mais promis, demain, je me lève à 8h pour de vrai !

Pourquoi tant d’enthousiasme me direz-vous ? Ce n’est pas que grâce à ma nouvelle imprimante, noire et très élégante, qui en plus imprime mieux et plus vite ! Non, c’est juste que j’aime vraiment mon boulot, la liberté qu’il m’offre, à 15 minutes à pied de chez moi ! Je ne le vis donc pas comme une contrainte, même si le chèque à la fin du mois n’est pas assez épais à mon goût. Mais bon, il ne tient qu’à moi de profiter un peu moins de la liberté et de bosser un peu plus !

Il y’a aussi la rentrée politique qui s’annonce et qui devrait m’offrir une année très enrichissante. En effet, à Viroflay, nous sommes en pleine révision du Plan Local d’Urbanisme, qui est justement le sujet dont je m’occupe principalement. Bien sûr, ça va être beaucoup de boulot, pour un résultat qui sera forcément loin d’être à la hauteur du travail fourni. Mais si je ne croyais pas que notre boulot d’opposition sert vraiment à infléchir le cours des choses, même un petit peu (et c’est objectivement le cas !), je ne sacrifierais pas autant de soirée de Ligue des Champions pour des réunions pas toujours hyper passionnantes.

Et puis, la dernière et vraie bonne raison pour ne pas être grognon à l’heure de reprendre le boulot, c’est aussi que je suis jeune, en bonne santé, que mes problèmes d’argent sont quand même objectivement des problèmes de riches (ou au moins de classe moyenne supérieure), qu’il fait beau, que j’ai la chance de vivre dans un pays où chacun jouit d’un minimum de liberté (même s’il faut rester vigilant !), que j’ai beaucoup d’amis qui sont tous des êtres exceptionnels, que Tarantino est un génie, que le PSG a réussi son début de saison, que la SAUR a donné son accord pour financer mon projet d’écologie territoriale sur la Plaine de Versailles… Bref, parce que la vie est belle ! Certes j’aurais bien envie de dire « vivement fin juillet prochain et mes prochaines longues vacances ! ». Mais il y’a tellement de choses merveilleuses à vivre d’ici là que ça vaut peut-être le coup de prendre le temps de les apprécier !

LE JUGE TI A L’OEUVRE (Robert Van Gulik) : Enquêtes dépaysantes !

lejugetialoeuvre

lejugetialoeuvreLe polar historique est un genre littéraire très en vogue. Il est vrai que le meurtre est une tradition universelle, que ce soit du point de vue temporel ou géographique. Et depuis que les hommes vivent en société organisée, il y’a toujours une « police » sous une forme ou sous une autre. Cependant, cela ne fait que quelques années que les écrivains se sont décidés à explorer cette source de richesse. Pourtant, ce genre a connu ses précurseurs. Parmi eux, Robert Van Gulick, qui dès la fin des années 40 a crée le personnage du juge Ti, magistrat de la Chine du VIIème siècle, célèbre pour ses qualités de détectives.

Le Juge Ti à l’œuvre est un recueil de courtes nouvelles, généralement entre dix et vingt pages. 8 enquêtes où le juge Ti nous fait découvrir son sens de l’observation, de la déduction, et encore plus, sa capacité à juger les hommes sur ce qu’ils sont vraiment et non leur apparence ou leur milieu social.

Le juge Ti est un personnage historique, même si les aventures relatées ici sont totalement imaginaires. Sa légende qui a traversé les siècles est l’équivalent en Chine de celle d’un Sherlock Holmes en Occident. Robert Van Gulick est d’ailleurs un vrai spécialiste de la culture chinoise dont l’érudition se ressent à chaque page.

C’est d’ailleurs, là que réside le principal intérêt, dans l’exotisme du contexte de ces enquêtes. La Chine du VIIème siècle y est décrit à la fois avec précision et modernisme. Un peu comme dans la série Rome, il n’y a aucun idéalisation, ni vision romantique des choses. Beaucoup des enquêtes se déroulent dans le milieu des maisons closes et un chat est appelé un chat. Il faut dire que parmi les sujets d’étude de Robert Van Gulick, l’érotisme chinois occupe une très bonne place.

Du côté des enquêtes proprement dites, le Juge Ti à l’Oeuvre ressemble à du Miss Marple. C’est sympathique, intelligent, mais très pépère. Les raisonnement sont clairs et parfaitement compréhensibles. Le suspense est souvent réel, même si quelques dénouements se voient arriver d’un peu loin. Un peu comme Columbo, le plus intéressant est de savoir comment le Juge Ti va démasquer le coupable, encore plus que sa réelle identité.

Le style est léger, riche en dialogue. Le Juge Ti à l’Oeuvre se lit facilement, aucune nouvelle ne vous prendra guère plus d’un quart d’heure. Il peut donc être idéal pour des courts moments de transports ou pour tous ceux qui attendent longtemps entre deux moments de lecture. En plus, vu son épaisseur, vous ne vous démonterez pas l’épaule en le portant.

Le Juge Ti à l’Oeuvre est donc un livre original qui ravira les amateurs de polar et les amateurs de romans historiques. La série comporte une quinzaine de volumes. Celui-ci est le premier que je lis, je ne peux donc dire s’il se place dans les meilleurs ou non.

LE GANG DES CAFOUILLEUX (Jimmy Breslin) : Cosa nostra n’est plus ce qu’elle était !

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legangdescafouilleuxLa mafia est un sujet qui a inspiré bien des auteurs, sans parler des cinéastes. Le Parrain, tout d’abord le roman de Mario Puzo, puis la trilogie de Coppola, est bien entendu l’archétype du genre. Ce n’est que plus récemment que certains ont commencé à trouver ce milieu, ses codes, ses coutumes comme étant matière à plaisanterie. La série Les Sopranos a très fortement bousculé les clichés du genre. Mais des 1973, un roman, le Gang des Cafouilleux, nous décrivait la mafia new-yorkaise comme un ramassis de crétins égocentriques et mégalomanes.

Kid Sally Palumbo se verrait bien calife à la place du calife, poussé en cela pas sa grand-mère. Malheureusement, ni lui, ni ses acolytes n’ont vraiment les capacités intellectuelles à la hauteur de leurs ambitions. A New-York, le calife se nomme Baccala qui occupe ses troupes en organisant une compétition de cyclisme sur piste. Mario débarque depuis sa Calabre pour participer à la course. Mais sa vraie ambition dans la vie, c’est d’être un artiste. Son destin croisera celui d’Angela, la sœur de Kid Sally, dont l’intelligence est à des années-lumière de celle de son frère.

Le Gang des Cafouilleux est donc écrit sur le ton de la parodie. Les magouilles montées par les gangsters n’ont généralement rien de glorieuses et se terminent souvent pas un fiasco. Les personnages sont vulgaires, idiots mais persuadés d’être les maîtres du monde. Bref une vision très différente de la pègre que celle véhiculée par un film de Martin Scorcese. Malheureusement, le livre a un peu de mal à trouver le ton juste.

Le Gang des Cafouilleux est incontestablement un livre amusant. Relativement court, il n’occupera que peu de vos longues soirées d’hiver. Mais il manque cruellement d’une trame narrative assez épaisse pour dépasser le seul intérêt amusé que l’on éprouve pour les personnages. La fin est à l’image du destin de ses malfrats : décevante, malgré les rêves de gloire qui les habitait pourtant. On repose donc ce livre une fois terminé sans avoir passé un mauvais moment, mais sans en retirer un enthousiasme quelconque.

Le seul vrai élément de bravoure du Gang des Cafouilleux est sa traduction qui a du retranscrire en français l’accent italien. Ainsi la première phrase de dialogue est « Jé veux juste faire du dottore des chiens un mouchard. Il mé dit jouste qui c’est le type qu’a mon chien ». Ceci renforce bien sûr le ridicule des personnages et donne un peu de vie aux dialogues qui constituent l’élément le plus réussi de ce roman. Prononcés par un Joe Pesci, certains pourraient devenir cultes sous la caméra d’un Scorcese. Malheureusement, ils resteront dans les pages de ce livre pas vraiment raté, mais loin d’être totalement réussi.

Si Le Gang des Cafouilleux vous passe sous la main, vous pourrez toujours prendre un peu de temps pour le lire. Ce dernier ne sera pas perdu, mais pourra tout aussi bien être consacré à revoir les meilleurs épisodes des Sopranos.